Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

26/02/2011

La vie entre Kyuss et Queens Of The Stone Age : Josh Homme chez les Screaming Trees

1995 : l'ultra culte Kyuss se brule les ailes après 4 albums phénoménaux. Josh Homme décide de quitter son désert natal pour d'autres horizons. Allez savoir pourquoi, c'est Seattle qu'il choisit!!!

Josh Homme : Je suis allé au seul endroit ou je savais que la musique était morte – Seattle. Le grunge était finit, et si un semblant de bon groupe ou d'une quelconque scène pointait son nez, là bas ils étaient morts d'avance. A Seattle à l'époque, ils essayaient de tout détruire, ils détestaient tout. Pour moi c'était parfait. J'y allais dans le but de ne pas jouer la moindre musique. J'essayais de me séparer de ma maison de disque, Elektra. J'avais ce plan de leur demander une avance de fric ridicule pour enregistrer quelques démos, en pensant qu'en les écoutant, ils me considéreraient comme perdu, et me ficheraient la paix. Mais ils n'en ont rien fait! Et ils m'ont filé le fric! J'ai pensé, ok, je vais chanter, ça me fera peut être démarrer. Et ça l'a fait!

J'ai fini chez les Screaming Trees comme second guitariste. Mais c'était juste pour une tournée. Je leur ai d'abord dit que je ferais le Lollapalooza avec eux, et qu'ensuite je rentrerais chez moi pour reprendre mes études (il n'a que 23 ans à l'époque). Mais, sur la route du Lollapalooza, quelque part au Nouveau Mexique, quelque chose s'est révélé en moi. Qu'est ce que j'allais foutre à refaire des études? Qu'est ce que j'en avais à foutre qu'il y ait pléthore de groupes, qu'est ce que j'en avais à foutre si personne n'aimait ma musique? C'est ce que je déteste dans le punk rock, quand on commence à anticiper ce que les gens vont penser de vous. J'ai laché cette attitude pourrie et j'ai décidé de continuer la musique. C'était ma période « aventurier » (rires). Ma période « kung fu ».

Josh passera une année dans le giron des Trees, bâtissant une solide amitié avec Mark Lanegan, ainsi qu'avec nombre de musiciens de la scène de Seattle. Au passage, il apporte une certaine fraicheur à un groupe miné par les querelles, mais paradoxalement au zénith de sa gloire.

Van Conner (bassiste des Screaming Trees) : Josh était vraiment un gars super en tournée, et un très très bon ami. Avec lui tout était tellement plus fun. On voulait avoir un second guitariste - il était étudiant, donc on lui avait causé deux mots pour qu'il nous accompagne au Lollapalooza. Ça déchirait vraiment de les voir, lui et Lee, jouer ensemble - j'espère que j'ai des bandes des concerts, parce que, au milieu de la tournée, tout d'un coup ça a fait tilt entre eux deux. Ils ont commencé à faire des impros de tarés ensemble pendant les concerts. La venue de Josh a définitivement été un temps fort de la dernière partie de vie des Trees - il nous a donné une énergie nouvelle. J'espérais qu'on puisse enregistrer un album avec lui, mais ça a tombé à l'eau. On allait faire une seconde tournée, mais les histoires de drogues et d'alcools ont finit par détruire ce qu'il restait du groupe...

Le passage de Josh Homme dans le NorthWest annonce la suite d'une longue collaboration avec la scène de Seattle. La génèse de QOTSA voit le petit coup de pouce de Matt Cameron et Van Conner, alors que le concept des Desert Sessions accueillera Ben Shepherd, Dave Grohl ou Mark Lanegan, et servira de prélude au chef d'oeuvre des Queens : Songs For The Deaf. En vidéo, Witness en live avec Josh... Et Green Machine par Kyuss, parce que j'aime trop ce groupe!!!


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15/02/2011

Charles Peterson, l'oeil et l'histoire du Seattle Grunge

Zut et rezut, d'abord un blog c'est avant tout subjectif comme approche, y'en a qui y racontent leur vie d'ailleurs. Rassurez vous, ce sera pas mon cas, mais permettez moi svp de faire partager ce qui, à moi perso, me fait vraiment bien triper. Le thème central de ce blog ci, certains l'auront compris depuis le temps que je les bassine avec ça, ben c'est la découverte du mouvement grunge, mais plus précisément une découverte de l'intérieur, une approche intimiste si je puis dire, avec pour but dernier d'arriver à sentir un élément clé de la réussite de ce courant musical : l'amitié!!!


Je voulais donc vous présenter, si vous ne la connaissez pas déjà, une des photographies parmi les plus excellentes, à mon gout, jamais réalisée par notre fameux Charles Peterson, choppée dans le non moins excellent bouquin du même auteur : Seattle Grunge, recueil du haut du panier de plus de dix années de travail acharné du mossieu suscité, dix années pendant lesquels il a dû s'en prendre un paquet, de godasses dans la tronche, une infinité, de coup de coudes dans les côtes, une multitude, de murges à la mauvaise mousseuse blonde. Quel courage. La légende de ce cliché parfait, la voici :

Pogo au concert des Replacements. The Metropolis. 1983
De gauche à droite : Heather Lewis (Beat Happening), Slim Moon (Earth et Kill Rock Stars Label), Mark Arm, Alex Shumway et Steve Turner (Green River, Mudhoney), Ed Fotheringham (The Thrown Ups et j'ajouterais : artiste complet, il a notamment réalisé la pochette de Every Good Boy... de Mudhoney).

Voilà, tout est dit. On est en 1983, à 10000 lieux d'une éventuelle explosion d'un éventuel mouvement musical qui pourrait éventuellement changer la donne au sein d'une certaine culture occidentale, et là, qu'esse qu'on voit là hein hé ho : une bande de potes qui s'éclatent à un putain de concert, et quels potes! : des gars et des filles qui compteront parmi les plus importants, à défaut d'être les plus connus, représentants du futur mouvement. Si ça c'est pas authentique, alors j'ai plus qu'à aller me coucher... Sur ce, bonne nuit...

12/02/2011

"L'Alice In Chains way of life"

Bon, encore jamais parlé d'Alice In Chains, comme de Nirvana par ailleurs, mais Nirvana on en a tellement parlé que c'en est gerbant. Alice In Chains, énorme groupe, énorme son, énorme attitude. Bien qu'ayant éclot en dehors de la scène purement SubPopienne de Seattle, à l'inverse des Pearl Jam (qui ne sont après tout que d'ex Green River), Soundgarden, Tad, Mudhoney, Nirvana voire Screaming Trees, tous passés au sein du label phare de la ville, Alice In Chains reste cependant un de ceux qui ont définit et popularisé le son grunge. Très influencé à leur début par Soundgarden, qu'ils érigent en modèle, et Mother Love Bone pour l'attitude glam rock, ils trouvent toutefois rapidement un son unique, et parviennent dès leur premier méfait à sortir l'album parfait : Facelift. Tout est dit à mon gout, et la suite ne sera que resucée magnifiée. Le double Ep Jar Of Flies / Sap reste une extraordinaire collection de morceaux acoustiques, jamais égalé par qui que ce soit depuis. Mais quand on parle d'Alice In Chains, c'est aussi pour évoquer les nombreux abus du groupe, et surtout l'excès de drogues en tout genre. Il faut dire que le way of life de cette bande de tarés n'était absolument pas une sinécure :

Van Conner (bassiste des Screaming Trees) : En parlant de débauche - les gars d'Alice In Chains nous faisait tous passer pour des petites écolières catholiques! Ils étaient hors de contrôle, d'une manière complètement fun aussi. Mais ça leur a joué des tours...

Tim Branom (copain de Layne Staley) : Je bossais avec Layne au Music Bank. Une bande de filles nous amenaient de la bouffe et nous laissaient prendre des douches chez elles. On survivaient comme ça. Le Music Bank était énorme - je ne sais pas combien il y avait de salles de répèt là bas, peut être une centaine. Et la nuit, on squattait là bas. Il était sur la couchette et moi par terre. Si tu voulais aller pisser la nuit, c'était au fond du couloir, et c'était super sombre et crade. Donc parfois quand on était trop crevé, on pissait dans un seau. Une fois, Layne a pissé dedans - moi je dormais par terre, dans mon sac de couchage - et ça s'est renversé. J'étais tellement crevé, et il faisait tellement noir, que j'ai dormi dans la pisse...

Sean Kinney (à propos d'un appel de Jerry Cantrell qui avait eu son contact d'un certain Layne Staley) : Je suis allé le rencontrer au Music Bank. Ma petite amie à l'époque était la sœur de Mike Starr. Jerry m'a dit : "ça me plairait vraiment de monter un groupe avec toi - j'ai pensé à un bassiste, ce gars, Mike Starr". Et moi je me suis dit : "c'est trop bizarre : je sors avec sa frangine!" Je dormais depuis un mois dans ma caisse devant la maison des Starr. Donc je l'ai appelé, et il est venu le soir même. On s'est rencontré, on a prit quelques verres, et on a commencé à jammer. Et essayé d'attirer Layne par la ruse.

Matt Fox (un pote de la scène) : Mike Starr était comme le bon sergent qu'on peut voir dans les films sur la seconde guerre mondiale. Si tu étais dans le désert, sans herbe, sans essence, sans filles - il pouvait te trouver les trois. C'était bon de l'avoir si tu étais un groupe qui vivait dans sa salle de répèt - il pouvait te trouver les filles qui pourraient t'acheter une pizza. Les gars d'Alice In Chains étaient définitivement une bande de clochards.

Jeff Gilbert (journaliste à The Rocket et employé de Sub Pop) : Ces gars avaient une base de groupies insensée. Ces gars avaient des filles comme tu ne peux pas l'imaginer - partout. Et pas seulement des filles bien, des minettes absolument obscènes et repoussantes aussi (rires). Les filles les plus dégueulasses que tu puisses trouver. Et tous les gars venaient, puisque les filles venaient...

Susan Silver (manager de Soundgarden et Alice In Chains) : Je les aidais déjà localement, et j'avais vraiment aimé leurs premiers enregistrements - ils sont parmi les gens les plus drôle que j'ai jamais rencontré de toute ma vie - à mourir de rire. Sean Kinney est un des êtres humains les plus poilant qui soit. Je défie quiconque de rencontrer un gars aussi drôle que lui. Ils vivaient tous ensemble à Des Moines, Washington, dans un appartement complètement défoncé ou il y avait des fiestas pas possibles. 4 drôles de tarés qui survivaient en tournant autour des filles dans le but qu'elles leur achètent à bouffer. Et qui jouaient cette musique tellement catchy et tellement cool. J'ai fini par les manager.

Jerry Cantrell : On a habité un temps au Music Bank. J'avais payé pour une démo qu'on avait enregistré dans une maison perchée sur un arbre dans la montagne - c'est pas une blague, on avait emprunté le van de Coffin Break pour monter là haut à Issaquah, et enregistrer une démo dans une putain de maison dans un arbre! On a bousillé leur van dans l'affaire, et perdu tout notre matos en cours de route parce que les portes ne fermaient pas! On y est retourné pour enregistrer une nouvelle démo. Et cette nuit là, les flics sont venus et ont tout quadrillé. On a comprit qu'il y avait un énorme trafic d'herbe au Music Bank, et qu'ils nous soupçonnaient d'en être. C'est pourquoi ils nous avaient suivi. On vivait la porte à coté d'une putain de forêt de marijuana. J'ai pas idée de combien de fois on s'est dit qu'on avait absolument besoin d'herbe sans en avoir à portée de main, alors qu'il y en avait juste derrière ce putain de mur!!!

Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

06/02/2011

Girl Trouble ou le retour du garage rock

Gros titre de Backlash (un autre gratuit musical de Seattle) à propos de Girl Trouble : Ils habitent à Tacoma. Ils regardent la téloche. Ils bouffent de la viande. Ils répètent de temps en temps. Rien qu'une phrase comme celle là en dit gros sur l'attitude d'un groupe ordinaire, sans génie particulier, mais qui cherche simplement à donner du plaisir de la manière la plus fun possible. Sans vraiment d'ambition sinon celle de faire son petit trou dans l'état de Washington. Façon de dire, ils n'iront pas beaucoup plus loin, mais ça nous suffit largement.

Formé en 1984, Girl Trouble laisse d'une manière plus ou moins visible sa petite empreinte de petit doigt de pied à l'aventure grunge sur, entre autre, la compilation Sub Pop 200 (1988). le groupe est à ce titre, à l'époque, un de ceux sur qui, à défaut de miser, on peut compter. Ils passeront d'un bout à l'autre de leur carrière de covers des Cramps à celles de nombreux garage bands du nord ouest étatsunien : Frantics, Viceroy ou Tiny Tony en tête. Ce tout en écrivant des morceaux originaux hilarants :

Scott Mc Caughey (chanteur des Young Fresh Fellows) : Ils jouaient des morceaux sur les filles, le café, danser, le rock n'roll, les filles en prison, les indiens, les trains, le sexe, les filles de rêve, les gitanes, ça vous donne un petite idée. Des sujets importantes.

Bill Henderson (guitariste de Girl Trouble) : On a commencé à jouer juste pour nous. Bon avait une batterie à 75$ de chez Sears. J'avais une guitare que j'avais fait moi même en classe de bricolage au collège. Quand j'ai demandé à Kurt de chanter il disait qu'il ne pouvait pas. Je lui ai répondu que c'était ok vu qu'on ne pouvait pas jouer non plus. (...) On ne faisait pas ce qui était attendu qu'on fasse, et avoir Bon dans le groupe était spécialement pas cool du tout. Premièrement, c'était une fille qui jouait de la batterie. En plus de ça, c'était ma sœur. Pire : elle avait 10 ans de plus que moi.

Comme la presse locale ne frappe pas particulièrement à la porte pour les soutenir, que font les Girl Trouble? Ils éditent un fanzine pardi! : Wig Out !! 24 numéros sortiront. Particularité : il ne parle pas exclusivement que du groupe, mais c'est tout comme. Faut se donner les moyens de ses ambitions!!!! Girl Trouble peut être certainement vu, à l'époque, comme l'élément moteur du revival garage punk, de ce coté fun punk qui deviendra de plus en plus prépondérant au sein d'une partie de la scène de Seattle, Mudhoney en tête. C'est via un partenariat Sub Pop / K Records qu'ils signent leur premier album : Hit It Or Quit It. Une certaine notoriété suit :

Bill Henderson : On a eu notre premier gros succès au Tropicana à Olympia. Ils pensaient qu'on était un gentil petit garage band. Ils pensaient que Kurt était mignon. Puis est arrivé Dave (David Duet, futur chanteur de Catt Butt, intérimaire pour un temps au chant), qui était un peu plus rude. Il était pas rare de le voir bourré et de se laisser tomber sur les filles. La frange engagée d'Olympia n'aimait pas trop ça. Mais Dave était plus doué que nous autres pour aller parler aux gens, grâce à ça il nous a aidé à se faire connaître à Seattle.

Le truc du groupe, c'est le live : le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a de l'idée pour faire le show. Des lots (comme à une tombola) sont jetés au public. Comme ça, pour le plaisir, parce que c'est fun.

Bon Von Wheelie (sur comment elle choisit ses lots à envoyer au public) : Si je vois quelque chose qu'on pourrait utiliser comme un lot, je me frappe la tronche avec deux ou trois fois pour être bien sûr que c'est ok.

Mais ce qui restera la vraie star des concerts de Girl Trouble, c'est Granny Go Go. Véritable go-go danseuse, elle attire les foules, hommes et femmes confondus. Sauf qu'elle est née en... 1910. Imaginez une go go danseuse de 80 ans sur scène en train de danser sur la musique d'un groupe garage!!! C'est par un concours de circonstances que Granny, qui a commencé à danser dans les années 50, se retrouve à collaborer avec le garage band.

Bon Von Wheelie : Girl Trouble était toujours en recherche d'innovation pour ses concerts. On essayait de les rendre particulièrement unique. Après qu'on ai vu danser Granny un soir en ville, on a commencé à penser que ce serait vraiment chouette de l'avoir à l'un de nos concerts. Mais bien sur, quand on a pensé ça, c'était déjà deux semaines après, et on n'avait plus vraiment moyen de la contacter. On pensait qu'on avait définitivement loupé la bonne occasion de lui demander, mais il s'est avéré, coïncidence, qu'un copain de Kurt était son voisin de palier. Il s'est arrangé pour lui faire la demande, et à notre surprise, elle s'est trouvée enchantée par la perspective de venir danser à un de nos shows. Notre idée était de la faire venir pour un gros concert, donc on l'a programmé pour un show au Off Ramp à Seattle, avec Thee Headcoats en tête d'affiche. On l'a fait danser sur une reprise d'Elvis : Little Sister. Il y avait 500 personnes dans la salle et la foule était dingue!!!! Tout le monde en redemandait.

Granny deviendra une icône des environs par ses prestations scéniques aussi curieuses que dégommantes. Elle est décédée en 1996.

Girl Trouble est encore en activité, et garde quoi qu'il arrive son sens de l'humour. Persuadés d'être invité pour les 20 ans de Sub Pop, ils ne se démontent pas quand ils apprennent qu'ils ne seront pas de la partie : c'est dans le parc attenant au festival Sub Pop 20 qu'ils organisent leur tout premier concert acoustique!!!

Des morceaux à télécharger légalement sur le site du groupe : http://www.wig-out.com/. Un morceau en streaming dans la playlist Grooveshark à droite. Girl Trouble en marge des 20 ans de Sub Pop dans la première vidéo, un extrait live dans la seconde.


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