Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

10/11/2019

Une ode à Mark Lanegan : live @ Le Chabada - Angers - 04.10.19

1996 : p'tit bouseux fraichement débarqué à la grande ville (Angers!!) pour essuyer son cul sur les bancs de la fac, je profite enfin pleinement des disquaires du coin pour entretenir mon amour d'un certain rock américain découvert quelques années plus tôt. Je traine souvent mes guêtres à CD/BD, boutique d'occasion faisant face aux locaux du Black et Noir, disquaire indé et label des frères Sourice des Thugs (les gloires locales yyouhoou). La mémoire me fait souvent défaut, mais c'est un vendredi, pluvieux et annonciateur des vacances de Noel, que j'extirpe des bacs avec le V de la victoire et un cri de rage contenu un disque à la pochette quelconque, pour ne pas dire à chier. J'ai entre les mains Buzz Factory des Screaming Trees.


J'avais bien compris depuis mes années lycées et la découverte des Soundgarden, PJ et autres AIC, et la lecture de ma bible du moment (Seattle Grunge de Charles Peterson!!!) que Seattle était loin d'avoir tout donné, et cachait encore jalousement quelques secrets bien gardés. Les Trees avaient déjà à l'époque plus d'une dizaine d'années de carrière au compteur, mais que voulez vous, l'ère internet en était encore à l'état hybride, et se procurer un disque des Trees pouvait relever du parcours du combattant... Et pis j'étais tout jeunot, 13 ans en l'an de grâce 1991, le temps devait faire son œuvre... Ce fut néanmoins mon premier aperçu du talent du bonhomme... 


Buzz Factory reste encore aujourd'hui pour moi l'un des grands albums du Trees (le premier avec Endino aux manettes et le dernier chez SST), et son grand échalas de chanteur n'y était pas pour rien... Suivirent d'autres albums : Uncle Anestesia entre autre (toujours chez CD/BD, éternel merci à toi CD/BD). Puis vinrent les albums solos : Whiskey For The Holy Ghost notamment, les collaborations : QOTSA, Isobel Campbell... Et la claque, qui ne fut pas Bubblegum, même si j'ai beaucoup aimé, mais Blues Funeral : là le gars il tenait un vrai truc : le style évoluait carrément vers des sons plus synthétiques, avec grande réussite. Depuis l'amour n'a plus de limites entre nous. Gargoyle, en 2017, concentre la quintessence de l'esprit nouveau du gars en question, et Somebody's Knocking file encore plus loin vers les années 80. Toujours avec classe...

Restait à voir l'homme en concert. Chose faite ce lundi soir dans un Chabada somme toute assez tranquille. Il apparait derrière ses grosses lunettes, peu enclin aux longs discours. D'ailleurs sa voix ne s'y prête pas, affutée qu'elle est à la tronçonneuse, à moins que ce ne soit les années d'un mix clopes/bourbon qui ont ciselé, pour ne pas dire rapé, raboté, poncé, un appareil vocal peu commun... 


Tout change quand l'homme se met à chanter. Là cette voix si peu agréable aux discussions du quotidien se met à enchanter nos oreilles, nos cerveaux et pour ainsi dire nos corps, âmes et esprits tout entiers... Sans forcer il nous ensorcelle avec le meilleur de ses derniers albums, entendons nous ceux post QOTSA. Nulle trace ici de sa première vie en solo... Les morceaux du dernier album se fondent dans une setlist déjà fantastique de chansons d'une beauté contenue, discrète, ou carrément plus enlevées et presque joyeuses : les derniers singles y passent, ainsi que Dark Disco Jag ou Penthouse High, des perles à priori pas plus extraordinaires que ça de prime abord, mais qui révèlent à la longue des signes d'addictions majeures. 

L'histoire dit de Lanegan qu'il n'y avait pas plus timide et prévenant que ce gars là. C'est surement vrai : peu prolixe, de prime abord plutôt distant, d'une distance à des années lumières de l'arrogance, mais plutôt tendant à la discrétion, à l'effacement, et qui force d'emblée le respect autant que l'adhésion, cet homme, mélange d'une certaine prestance et d'autant de retenue, figé sans trop l'être à son pied de micro, ses 35 années de carrière le rendant à l'aise sur scène, fait preuve sans le montrer de petites attentions discrètes à ses musiciens et se donne sans rien calculer, totalement, à son public. Plus d'1h30 de concert sans temps mort, ou si peu. Mais Lanegan n'est définitivement pas homme à se mettre en avant, et préfère laisser la place à son guitariste quand à attirer l'attention du public. Attentionné il l'est encore en proposant à ceux qui le veulent de le rencontrer après le concert en face du bar. Cet homme est humain, surement plus profondément qu'il ne le laisse voir... Simple, apaisé, proche des uns et des autres. Et qui possède l'art du don, l'art de s'offrir aux autres. Un musicien qui enchante son monde album après album. Une voix rare, aussi rare que peuvent l'être celle d'un Vedder, d'un Cornell ou d'un Staley.


A écouter absolument du Lanegan de ces dernières années, son duo avec Duke Garwood, Black Pudding, collection de folk songs épurées qui auraient tout aussi bien pu faire l'affaire comme BO d'un bon vieux western 70'. Des albums du Mark Lanegan Band, Blues Funeral et surtout Gargoyle, vous l'avez compris, se sont révélés de pures perles à mon gout, mais le reste suit de très prêt en qualité, notamment l'EP No Bells On Sunday et Phantom Radio. Pas assez de recul pour dire si Somebody's Knocking les surpassera tous, mais il est évident qu'il les égale. Rien n'est à jeter de cet homme qui donne l'impression de vouer sa vie au plaisir de composer, jouer ou donner des coups de mains à qui le demande, dans un état d'ouverture total, et sans chercher le moins du monde à tirer la couverture à lui. Finalement, on dirait bien que de tous ces musiciens surexposés à l'aube des 90', en soit sorti deux catégories : ceux qui en ont tiré toujours plus de désespoir, et ceux qui ont su survivre, se détacher d'un certain mal être et le sublimer. Il semblerait que Lanegan fasse parti de la deuxième... Longue vie à ce gars qui a bercé ma vingtaine, et qui contribue désormais à illuminer ma quarantaine.


13/06/2019

Le Grunge est mort... Longue vie au Stoner!!!

Soundgarden me manque!!! Cri du cœur de Peeper Keenan (Corrosion of Conformity) à l'aube du tournant du siècle, dans une interview pour Hard Force Mag.

L'autre fois, en partageant une bière tout en discutant du premier bouquin sorti sur le stoner en français (Stoner : Blues for the red sun de Jean-Charles Desgroux), une révélation du genre christique nous a été donné : le grunge est mort, vive le stoner!!!!


 Je m'explique. Avec plus de 20 ans de recul désormais sur un mouvement hétéroclite et tiré par les cheveux longs (comme tout mouvement musical) ou l'on a casé tout ce qui sonnait gros riffs mastoc versus longues plages évasives voire psychées, mouvement amorcé donc au milieu des 90's, il faut se rendre à l'évidence que le stoner (et par extension le doom) partage plus avec une certaine idée du grunge, de l'alternatif, du rock burné, qu'avec son voisin métalleux. Vous me direz : vvvvooouuii hheeeuu alors zut le stoner c'est quand même plus ou moins vaguement du 100% plagiat de Black Sabbath, lequel est à l'origine de toutes les branches du métal actuel. Donc stoner = métal. Je vous répondrais ok d'ac, y'a pas l'ombre d'un doute que le stoner dude venère Black Sabbath. Même si j'en penserais pas moins que c'est avant tout un cliché... Qu'est ce qu'ont en commun les Kyuss, Corrosion of Conformity, Fu Manchu ou Clutch, si ce n'est un mélange des genres plus ou moins prononcé entre l'explosivité du punk hardcore et le rock riffé des Led Zep, Blue Cheer ou Black Sab bien sûr. Qu'est ce qu'ont en commun Soundgarden, Nirvana ou les Screaming Trees, si ce n'est le même mélange entre le rock des années 70 et le punk hardcore des années 80... Un nombre incalculable de ces groupes, qu'ils soient de Seattle d'abord, de Palm Desert, Atlanta ou du New Jersey ensuite, ont débuté dans les mêmes périodes, dans les mêmes milieux undergrounds de leur propre espace géographique. Et tous autant que les autres, montraient une addiction pour les riffs monstrueux à faire mémé s'auto-pousser dans les orties... Rappelons que Soundgarden ou les Screaming Trees ont débuté sur SST, le label fondé par Greg Ginn, guitariste de Black Flag, à l'origine du renouveau des riffs lents et lourds avec la fameuse face B de My War. Et qui comprenait en son sein, bien que dédié au hardcore, l'un des premiers groupes ouvertement autoproclamé suiveurs de Black Sab, et ayant grandement contribué à construire le pont entre punk et gros riffs : Saint Vitus. On y est...


En parlant de Soundgarden, je vais me répéter, je l'ai souvent évoqué dans ce blog, mais il m'a toujours semblé qu'un tel groupe pouvait en apprendre beaucoup à la horde des plus ou moins miteux groupes stoner du moment. Ultramega Ok, voire plus encore Louder Than Love, ont toujours sonné pour moi comme certains des albums fondateurs du stoner. Tout comme les premiers Melvins. Eux restent à mon goût les véritables inventeurs du riff robotique poussé à l'extrème et décliné sous toutes les manières chez les adeptes du stoner. Gruntruck ou Alice In Chains restent des maîtres en matière de gros riffs mi-plombés mi-dépressifs, qu'on peut retrouver par exemple chez Hangman's Chair, l'un des fers de lance du stoner doom hexagonal... Nebula, trio constitué d'anciens Fu Manchu, a parfois des faux airs de Mudhoney, avec qui ils ont partagé fut un temps le même label : Sub Pop. Sundrifter, un bon outsider dans le milieu stoner actuel, pue le Soundgarden à plein nez, même s'il garde un style bien à lui... Tout comme Gas Giant, fer de lance danois du stoner des années 2000. Inversement, les groupes originels du stoner comme Kyuss ou Monster Magnet ont à leur début été sans l'ombre d'un doute pour beaucoup, catalogués grunge... Nous y sommes. 

De même plusieurs membres éminents de la communauté de Seattle sont désormais passés à un grain plus rude, apparenté au stoner : Van Conner ex Screaming Trees qui fonde Valis, au son psyché pas si éloigné de son premier groupe, signé chez une des écuries stoner historiques, Small Stone, ou Tad Doyle passé au doom avec son projet de longue date Brothers Of The Sonic Cloth. D'autres ont accompagné l'avenement du stoner en participant aux Desert Sessions de Josh Homme, ainsi qu'aux fondations de Qotsa, mené par le même bonhomme : Matt Cameron, Van Conner, Ben Shepherd, Barrett Martin ou Mark Lanegan... Dave Grohl bien sûr, au delà de son implication dans le 3ème album mythique des Qotsa, devient dès 1992 et la sortie de Blues for the Red Sun de Kyuss, un fan invétéré, au point de commander l'album en plusieurs exemplaires pour en faire la promotion dans son entourage... Matt Cameron et Ben Shepherd, suite à une tournée en compagnie des jeunes Monster Magnet, se lient d'amitié avec John Mc Bain, guitariste sur l'ultra culte Spine Of God, premier album hallucinogène des MM, et fondent ensemble Wellwater Conspiracy... Dans le sens inverse, Josh Homme a accompagné les Screaming Trees en bout de course sur une de leurs dernières tournées, et Nick Oliveri, ancien bassiste de Kyuss, était Rex Everything chez les Dwarves... On le voit, les ponts entre les 2 « étiquettes » sont légions. 

Le stoner est bien une extension logique et filiale du grunge. De pauvres étiquettes pour des scènes décomplexées, pas effrayées pour un sous de mixer 70's et 80's en la seule décennie 90's. Si le grunge est avant tout la mise en avant d'un mouvement local, l'origine du stoner, lo Desert Sound, est aussi l'avenement, à l'instar du grunge, d'une scène oubliée de tous, loin de tout, et pratiquée en petit comité au fin fond du trou du cul du monde... Même combat...  


Disons simplement que le rock burné n'a pas besoin d'étiquettes... Disons qu'en fait on s'en fout de tout ça... Du moment que ça valse.

Pour les amateurs, à absolument regarder : Lo Sound Desert, documentaire qui retrace l'histoire de la scène à l'origine du desert rock et de Kyuss, entre ennui total, skate et generator party sous 40° à l'ombre...  Trailer ci dessus... Quelques morceaux de groupes suscités ci dessous :


25/05/2019

Seattle Grunge's Anecdotes : Charles Peterson face aux L7


Charles Peterson (photographe star de la scène de Seattle) : Les filles de L7 se sont posées dans mon salon, et elles ont été terribles : elles m'ont mis dans l'embarras, rendu foux mes voisins et tout dévasté. c'est la séance photo la plus folle et la plus réussie de toutes celles que j'ai réalisées. Une de ces photos a illustré la pochette de leur single "Shove", sorti chez Sub Pop, 1989


Les L7, adoptées par Seattle et Sub Pop dès 1989 avec la sortie de Smell the Magic, pour des raisons évidentes d'affinités de son d'abord, d'esprit ensuite, assoient leur popularité en rudoyant les mâles testostéronés durant des concerts ultra physiques où elles savent montrer qui sont les patronnes (voir ICI)!!!