Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

03/07/2012

Compte rendu Pearl Jam Arras 30.06.2012 - Par Cyril Jégou



Cyril Jégou, énorme fan de PJ devant l'éternel, l'un des rares francophones à écrire sur Pearl Jam, accessoirement l'un des quelques fans ultimes de grunge de l'hexagone, nous fait le plaisir de partager sa joie d'avoir vu PJ à Arras le WE dernier... PJ, toujours que du bonheur en live!!! :

Arras, à l'autre bout de la France. C'est là que se déroule depuis huit ans le Main Square Festival, organisé entre autre, par la firme Live Nation. Dans un cadre étonnant - une ancienne forteresse militaire conçue par Vauban, site protégé - a lieu l'un des gros festivals de l'été. Mais soyons clair : si j'ai fait six heures de train, c'est parce que la tête d'affiche s'appelle Pearl Jam. En pleine tournée européenne, les cinq de Seattle donnent ici leur unique date française. Live Nation impose plus ou moins par contrat l'exclusivité nationale. Et comme les dieux du grunge n'ont pas toujours eu les faveurs de la France, une seule date, ça leur va.

L'heure est arrivée. Je me rapproche des barrières histoire de pouvoir voir quelques chose du set. Autour de moi des allemands, des espagnols, des danois et un groupe de français que je soupçonne faire partie du PJ Boots trading, le fan club francophone de Pearl Jam. Ils dissertent sur les shows d'Amsterdam et des espoirs d'entendre tel ou tel morceau. A part un emmerdeur bourré et sa copine qui se font gentiment prier de déguerpir par le service d'ordre, l'ambiance est bon enfant, convivial. Sur les écrans géants les cameramans s'amusent à afficher des images de fans arborant le drapeau de leur pays. Et il y en a un paquet.

Quand enfin Pearl Jam débarque sur scène, Jeff en premier, le public hurle comme un beau diable. Voir pour de vrai ces icônes du rock US à huit mètres de moi, ça me fait quand même un drôle d'effet. Je ne pourrais pas dire le nombre de fois que j'ai écouté Vitalogy. Assez pour user ce CD plus que tout autre. Le concert commence calmement avec un morceau de choix : Release, dernier titre toute en émotion de leur premier album Ten. Eddie Vedder le chanteur est en grande forme mais on n'entend pas trop la guitare de Gossard qui demandera un réglage quelques temps après. Jeff Ament (basse) est groovy, Matt Cameron (batterie) impeccable, Stone Gossard (guitare) souriant et tranquille, Boom Gaspard (orgue) discret et Mike McCready (guitare) est là pour en découdre. Le public chante le refrain en chœur. Un bon début.


Après ça, c'est l'explosion car ils enchaînent sur Go, Severed hand et Do the Evolution. Et c'est là que je me suis rappelé d'où venait Pearl Jam. Avec le temps, les albums s'énervant moins qu'aux premiers jours, je m'étais fait cette image mentale d'un groupe pêchu mais faisant la part belle aux mid tempos, aux ballades subtiles. Quand ils ont attaqué les choses sérieuse,s les six premiers rangs se sont mis à sauter partout à bouger comme des excités. Je me suis dit deux choses : "Merde ! Pourquoi je me suis foutu à deux mètres des barrières ?" et "Va falloir être solide sur mes pattes pour rester où je suis parce que quand même, c'est PJ !"

Quelques mouvements de foule plus tard, les choses se calment enfin. Eddie Vedder remercie Florence and the Machine pour le soleil, parle de ses bons souvenirs d'Arras 2010 (ils étaient également têtes d'affiche) avant de s'extasier devant tous ces drapeaux qu'il voit dans le public, invitant les politiciens du monde entier à se rassembler avec autant de ferveur. En ces temps de G20, sera-t-il entendu ? Puis il enchaîne avec l'un de leurs plus grands succès : Better Man. Les fans compressés chantent à tue-tête histoire d'obliger Vedder à leur laisser le lead. Le chanteur s'efface un peu mais reprend vite le chant car un public de festival n'est pas un public de concert de Pearl Jam (même si on pouvait parfois s'y tromper) et tout le monde ne connaît pas les paroles (à part les cinq premiers rangs). J'ai les jambes en feu et appréhende le prochain morceau. Mais Eddie, la voix un poil fatiguée, nous parle de lumière idéale pour la prochaine chanson et entame un Low Light chaloupé avant d'enchaîner sur Amongst the Waves, titre qui prend toute sa saveur et sa force en concert. Puis voilà que le rock dur revient à la charge, mais cette fois mes jambes sont chauffées, et puis je ne suis pas au milieu d'un public de brutal hard-core. La fosse s'est un peu calmée quand résonnent les premiers accords du mythique Even Flow. McCready est déchaîné et nous fait le coup de la guitare dans le dos pour débuter le long solo d'impro finale. Ceux qui découvrent le groupe en sont scotchés. On a droit à quelques excités qui tentent un slam sur le public. Les mère de familles et les jeunes filles en fleur n'apprécient pas, d'autant qu'une boue bien fournie accompagne les godasses de ces surfeurs de foule. On recalme le jeu avec Wishlist (sans la partie solo E-Bow de Vedder) pour balancer un Lukin de furie, puis le manifeste Corduroy. Sur les 28 000 personnes présentes, on est bien cinq cents péquins à beugler toutes les paroles qu'on connaît.

Le silence se fait après Corduroy. Ou presque. Le problème de ce festival est la trop grande proximité des deux grosses scènes. On entend Izia qui se produit au même moment deux cent mètres à côté. Eddie fait une blague sur le fait qu'ils allaient tenter de faire plus de bruit qu'eux. Le soleil est sur le point de disparaître définitivement, le moment parfait pour la prochaine chanson nous annonce le chanteur. Nothing Man débute, mémorable valse de Vitalogy. Et si le Vedder est un poil bourré et un peu fatigué, force est de constater que ça ne change rien à sa force d'interprétation. Plus tard dans la soirée il va se casser la gueule (sans gravité puisqu'il continuera à chanter) et se remontera même la braguette comme s'il était chez lui, mais le show sera plus qu'assuré. C'est d'ailleurs étonnant de voir à quel point ce groupe est chez lui sur scène, comparé aux autres formations de la journée. Les six musiciens sont tout hilares, lancent quelques vannes avant de repartir au charbon avec une énergie impressionnante. De ça j'étais au courant depuis longtemps. Le constater pour de vrai, c'est autre chose. Après ça, le groupe entame Arms Aloft en mémoire de Joe Strummer, avant d'aligner deux morceaux de Backspacer leur dernier album : Unthought Known et The Fixer. Mais quand la foule entend les premières notes de Rearviewmirror, c'est à nouveau la folie à Arras City. L'impro finale, tonitruante, et les spots qui balancent dans tous les sens offrent une fin explosive à cette première partie de concert.

"Twelve years ago. Be safe, be carefull." balance Eddie lors du rappel cinq minutes plus tard. Car nous sommes le 30 juin. Il y a douze ans de ça, A Roskilde au Danemark, neuf jeunes avaient péri dans un mouvement de foule alors que les PJ interprétaient Daughter. Si les musiciens de Seattle n'oublient jamais cette date, le temps a passé et le traumatisme s'est atténué puisque, pour une fois, ils n'ont donné aucune consigne particulière de sécurité aux organisateurs. Après Given to Fly, le chanteur explique un peu l'historique du groupe autour du projet Temple of the Dog de 1991, avant d'interpréter Breath, morceau rare issu de la B.O du film Single ; on dit que des fans leur envoient régulièrement des lettres pour qu'ils jouent ce titre. Et pour enfoncer le clou, et comme ils sont quand même là en théorie pour fêter leur plus de 20 ans d'existence, voilà qu'ils nous balancent la triplette Black, Jeremy et Alive. De quoi achever tous les fans de la première heure. A part un plantage de paroles sur Alive (ben ouais !), le chanteur nous fait l'honneur d'une interprétation magistrale. Sur les écrans géants on voit une fille qui pleure sur Black ! McCready nous sort ses meilleures notes de gratte, improvise plusieurs minutes sur Alive pendant qu'Eddie sillonne la longue scène pour aller voir les gens sur les côtés. Les dernières notes se font sur Yellow ledbetter comme de tradition dans les concert de PJ.

"Have a great night. Have a great life !" conclue le grand Eddie Vedder, tout en remerciant en riant le groupe d'à côté - une blague que lui aura soufflé Jeff Ament hilare - avant de quitter les lieux. La foule conquise se sépare. Les fans sont heureux, persuader d'avoir assister au meilleur moment de ce samedi, ce en quoi je suis d'accord même s'il paraît que la prestation de Skip the Use était terrible, et que j'ai adoré l'électro trash impro de Birdy Nam Nam.
Après ça, devant une dernière bière je me mets à espérer que les Pearl Jam repassent par la France en 2013 pour la tournée de leur dixième album. Sait-on jamais...

La set list :
Release, Go, Severed Hand, Do the Evolution, Better Man, Low Light, Amongst The Waves, Even Flow, Wishlist, Lukin, Corduroy, Nothingman, Arms Aloft, Unthought Known, The Fixer, Rearviewmirror.

Le rappel :
Given to Fly, Breath, Just Breath, Black, Jeremy, Alive, Yellow Ledbetter.

Le concert en intégralité tout en haut, un peu loin mais son  pas pourri du tout!!! Cyril Jégou sort donc à l'automne, aux dernières nouvelles, un bouquin sur PJ chez Camion Blanc, une bonne grosse œuvre de fan comme on les aime... A ne pas louper!!! Sur ce, Seattle Grunge c'est terminé pour l'été, peut être verra t'on un article ou deux sortir d'ici septembre, mais l'été est trop chargé pour rester le cul assis devant son ordi... Bon vent à vous chers fans du son de Seattle!!!

20/06/2012

Hellfest 2012 : le compte rendu

Au Hellfest, on va voir ce qu'on veut, parce que maintenant y'a 6 scènes, alors on est pépère pour apprécier tous les styles... Bon, moi je squatte comme d'hab The Valley, la scène stoner doom... On y voyage pas mal... Le Hellfest 2012 manquait un peu d'envergure coté programmation, comme ça, sur le papier... Mais en vrai, c'était encore une fois absolument énorme... Ont été décernées, après moults tergiversations, les quelques oscars du WE : 

Oscar du groupe le plus français : Bukowski... C'est sympa Bukowski, les gars y s'donnent, le style rock n'roll tendance gros riffs c'est chouette, on aime bien.

Grand prix de la ville de Clisson du clone de Seb Chabal : Ben Ward d'Orange Goblin... Ouaip, Orange Goblin, une merveille de stoner blues rock gras comme un cochon, débarqué d'Angleterre il y a des années déjà, à la grande époque du stoner...



César du groupe le plus barré : Big Business. Faut croire que les deux Melvins historiques ont vraiment déteint sur Big Business... Concert impeccable, énergie imparable, Big Business c'est du lourd, mais du lourd un peu fèlé quand même...


Grand Prix Pulitzer du Jimi Hendrix Experience : Atomic Bitchwax. Avec eux ça bluesaille de partout... Une merveille de blues (hard) rock hyper explosif!!!

Award du groupe le plus "Godzilla" : YOB. La claque du WE. Bordel ce son pachydermique, ils sortent ça d'où ces trois là?? La vérité vraie, à l'instant de la première note du concert, j'ai vu des gars reculer de trois mètres tellement ce son était gigantesque... Putain quel voyage mes amis!!! Un broyage de cerveau en règle...


Golden Globe de l'enclume du WE : The Obsessed. Où comment expérimenter le combat physique que peut représenter la musique... Cette basse, grave, sourde, ronde, elle te rentre jusqu'au tréfond de toi même, là où rien n'est plus que vibrations infra soniques...



MTV Award du clone de Black Sabbath : Saint Vitus... Wino au meilleur de sa forme, pour nous envoyer la purée dans un groove certain (écoutez moi cette basse sautillante). Évidemment c'est sous perfusion Black Sab, mais évidemment, on était au courant et c'est tellement bon qu'on en redemande... Groupe culte!!!


César du groupe qui a un train à prendre : Napalm Death... Une moitié de concert, le temps au moins d'entendre 18 morceaux. Au bas mot... Napalm Death, j'adore, et Barney Greenway c'est une star ce gars... C'est propre, ça déchire, ça bastonne à donf, ils méritent largement leur réputation ceux là...

Prix du solo le plus à mourir d’ennui : Zakk Wilde avec Black Label Society : on aurait dû le minuter ce solo aussi chiant que la mort... Pourtant on l'aime bien Zakk, BLS c'est bien bon, et écoutez moi ce Pride & Glory, merveille de hard rock sudiste inoubliable... Mais voilà, je sais pas, le gars il est rentré dans un trou noir ou bien, genre il s'est pas rendu compte que 10mn venaient de passer ou alors??? Genre il avait une crampe ou bien??


J'aime bien : Slash

Prix de l'amitié franco belge : Amenra. Cette année les belges ont la frite bien grasse... Un sens du riff imparable, un sens du robotique imparable, un sens de l'ambiance desert rock imparable, un chant hardcore pas trop présent : on est transporté loin loin loin... On a comme l'impression d'entendre du Kyuss sous influence hardcore... Révélation du WE!!!


Prix du stoner le plus planant : Monkey 3... Longues plages instrumentales, morceaux étirés à l'infini, un joli stoner parfaitement exécuté pour t'envoyer loin dans l'espace intersidéral...


Grand prix RTL du vieux qui sait qu'il est vieux mais qu'assure crânement et de quelle manière!! : Lynyrd Skynyrd... Vraiment, c'était plein d'émotions ce concert, ces gars sont adorables, Free Bird ou Sweet Home Alabama sont des merveilles de légèreté rock, comme toute la discographie du groupe d'ailleurs... On en aurait presque la larme à l'oeil!!


Prix OMO Machine de la ménagère du WE : Machine Head. On aime où on n'aime pas, Machine Head a livré un concert d'une propreté irréprochable, qu'on a prit plaisir à suivre alors qu'on connait pas spécialement...


J'adore : Dropkick Murphys : Ça c'est du punk rock comme on n'en voit plus... Et pour cause, on a souvent l'impression d'entendre le fantôme du Clash planer sur ce groupe. L'esprit y est pour le sûr... Cornemuse, accordéon, violon aux grandes jambes de girafe, c'est l'autre particularité du groupe : ils sont descendant d'irlandais... Et le mélange est particulièrement jouissif...


César du doom le plus spatio temporel : Ufomammut... Ils portent bien leur nom les mecs : imaginez la rencontre d'un ovni et d'un mammouth dans l'espace inter galactique et vous aurez une approche assez fine de ce que peut être ce groupe...

Oscar du plus tendu du slip : Hatebreed... On y va parce qu'on nous l'a conseillé, merci R. On y reste parce que on a la jambe et la tête qui bougent toutes seules...

Prix du meilleur solo du WE : Donald Roeser du Blue Oyster Cult pour l'ensemble de son œuvre du jour... Le mossieur tricote des merveilles de solos coulant comme la crème anglaise sur son gateau au yaourth...


Prix du grabataire du WE : Ozzy Osbourne. Oh non pas encore lui, il a déjà gagné l'année dernière!!! Ouais mais bon, Ozzy c'est un peu Black Sab, qui est un peu à l'origine du métal quand même. Et pis là il avait emmené ses copains : Slash, Zakk Wylde, Geezer Butler à la basse pour quelques morceaux... C'était chouette bien que on n'a pas trop compris, mais il a manqué une demi heure au concert. Coté setlist, on n'a pas eu à supporter les vieilles ballades moisies du mossieu, et les quelques morceaux du Sabbath Noir était ma foi bien exécutées... NIB avec Geezer et Slash!!!


Podium du WE, dans le désorde : YOB, The Obsessed, Amenra

27/05/2012

Compte rendu Melvins + Sleep, Mudhoney Villette Sonique, Soundgarden Zenith Paris 2012

Allez les aminches, c'est parti pour un WE de folie, on enchaine en 4 jours 3 des quelques groupes emblématiques du Seattle Sound : The Melvins, Mudhoney et Soundgarden. Rappelons que le terme "grunge" n'était pas encore à même d'avoir été pensé que ces trois là sous leur forme originelle (Melvins '83, Soundgarden '84) ou non (Green River '84) essuyaient déjà la poussière des scènes nauséabondes du Seattle underground. Autant dire qu'on a affaire ici à la crème du hardcore américain de tous les temps confondus à jamais...

Jeté porte de Pantin à 15h00 par le covoit', vite on file à la Villette avant d'aller poser le sac chez les copains... Tiens donc, on dirait le riff babaresque de Dragonaut de Sleep qui sort de toutes les pores de la Grande Halle... Aihaihaille, ça promet : surtout penser aux boules quies!!!

19h30 : L'heure de l'apéro cacahuètes... Ça commençait à 19h00 avec Ice Age, des petits cons venus du Danemark... Mais qu'entend-je en arrivant??? Dans les jardins ça groove fort... Un trio basse / batterie / gros bits de la mort? The Field? Des suédois qui déclinent la techno d'une fort belle manière, tantôt grave planante, tantôt sacrément rock n'roll... On est tellement transporté qu'on en oublie ou on habite, et c'est fort heureux quand un concert nous fait c't'effet là... On en oublie aussi les morveux d'Ice Age et c'est fort heureux également, parce que rien qu'à voir le dernier morceau du set, on n'est pas ce qu'on peut dire emballé... 

20h30 : L'hamburger frites, le petit encart qui fait patienter avant le dessert, parce que merde nous c'qu'on veut c'est du sucré. Psychic Paramount. Un bon mélange noise kraut prog instrumental qui incite fortement à poser son cul sur les sièges moelleux de la Grande Halle et à se laisser porter... Peut être un peu trop alambiqué à mon gout pour prendre un plaisir digne de ce nom, mais on respecte, ils le méritent...


22h00 : Le dessert, enfin. Et quel dessert!!! Un bon gros gateau plein de chantilly qu'on s'en met plein la moustache : The Melvins!! Les légendes. Buzz Groz'Bourre et Dale TropVert, toujours accompagnées de Big Business... Après le Hellfest 2011, que vaut le nouveau cru 2012?? Comme ça ne peut être possiblement humain  de cracher sur une nouvelle livraison sonore des Melvins (sortie début juin je crois??!!), il semble tout aussi difficile de chercher à pourrir une prestation scénique de ces bonhommes là... Un concert des Melvins reste, très subjectivement, un énorme moment de jouissance musicale. Sans temps morts, en permanence à fond les ballons, toujours hyper barré. Tout est en trop : les cheveux, les batteries (bordel cette double batterie est absolument jubilatoire), la jolie robe de Buzz... Ça slamme de partout là dedans, la sécurité en est tellement dépassé que c'en est à se taper le cul par terre. Comme d'hab, Buzz et Dale font le show, Jared Warren y va de ses petits cris d'ours noir qu'on serait en train d'égorger à la tronconneuse, histoire d'amuser la galerie le temps de remettre les plombs qui ont sauté : ambiance aux limites de l’extrême électrique, vous dis je... Heureusement ces 4 là ne sont jamais à cours d'idées pour sauver les meubles : une batterie, et à plus forte raison deux batteries, n'ont que peu besoin d’électricité pour se faire entendre. Un Star Plangled Banner plus tard, on est en mesure de dire que, oui, encore une fois, plus ils sont vieux, plus c'est mieux!!! Coté playlist, quelques nouveaux morceaux du dernier album, dont ce War On Wisdom excellent, pas mal d'autres du Melvins version BB, dont ce Water Glass qui, décidément, est devenu un sommet de la discographie du groupe. Mais aussi quelques vieux trucs sortis de derrière les fagots, ce chouette The Bit par exemple qu'on n'aurait jamais pensé entendre ici!!! A juste titre le Villette Sonique ressort la fameuse citation de Kurt Cobain, qui dit que "Les Melvins sont le passé, le présent et l'avenir du rock". C'est désormais plus que vrai. C'est peu de dire qu'on ressort lessivé d'un tel déballage de riffs surpuissants, explosifs et hyper précis qui font la marque des Melvins... Car ces déconneurs ultimes du hardcore américain n'en restent pas moins, et ça se confirme encore aujourd'hui, un des groupes les plus propres, précis, ciselé de sa génération!!! Chapeau bas les Melvins, vous êtes énormes... The setlist







23h15 : La cerise sur le gâteau plein de chantilly : Bon, à ce moment précis de la soirée, on serait près à aller pioncer, mine de rien on s'en est pris plein la tronche, et ça fatigue... Et ben là, the cherry on the gros cake, je dis encore une fois chapeau bas à l'organisation, car, à l'heure d'aller dormir, c'est "Sleep" qui prend la place... Sleep, un monument du stoner rock. je me souviens jeune étudiant naïf, me passant en boucle le fameux Jerusalem de Sleep, 52 minutes et 1 riff, 1 seul. je peux vous dire que pas la peine de se rouler quoi que se soit pour se broyer le cerveau... Sleep donc. Apprécier un concert de Sleep demande un gros effort, unique et indispensable : oublier qu'on a une cervelle, squizzer le mental, passer en mode méditatif. Car on parle ici d'expérience de l'esprit, d'un trip qu'on pourrait qualifier de... chamanique, le mot est lancé... Sous ambiance de fin du monde, ça tombe bien on est en 2012, c'est Dopesmoker qui ouvre le bal... Tiens c'est quoi ces petits nuages de fumées qui montent de partout? C'est marrant ça je me sens tout chose. Si vous avez des joints, des spliffs, de la mariejeanne qu'il dit l'autre Al Cisneros après deux morceaux, please use them. Hé pèpère t'as 12000 trains de retard, t'as pas vu ce strato cumulus qui cherche à sortir de la salle? Bon, on a droit au best of, ni plus ni moins : Holy Moutain, Dragonaut, que du classique!!! Sleep, les rois du son massif. Elephantesque. Outrageusement sabbathesques. Outrageusement lent. Putaing ce batteur est d'une lourdeur qui tient beaucoup à ce jeu hyper lent, tout est là, c'en est absolument dantesque... Et là il peut donc se passer ce fameux truc qui tient à l'expérience mystique, chamanique appelez le comme vous voulez. Ce moment où, sans effort apparent, tu n'existes plus, ne reste que le son. Ce son d'une puissance inoue. Qui te rentre par tous les pores, cette puissance sans nom qui s'installe en toi.... Y plus rien que ce putain de son qui envahi jusqu'au dernier des atomes de ce qui était avant ton corps et qui n'est plus que rien parmi le rien... Allez, il est temps d'aller récupérer toutes ces cellules éparpillées et de voler jusqu'à son pieux pour pouvoir apprécier la suite demain... Setlist



Dimanche 27, 16h30 : Tiens, aujourd'hui j'ai mis un visage sur le pseudo Sly de Seattle Sound... Ca fait bien plaisir, après deux années d'échanges inter blog... Intercalé entre quelque chose comme 28000 groupuscules techno electro gros bits, l'extra terrestre du jour Mudhoney envahi la grande scène du jardin sud, plein soleil, belle ambiance de trente-quarantenaires près à en découdre avec ce qui fut pour eux en 1988 le début d'une nouvelle ère rock... Ces 4 là n'ont pas tant changé que ça... Steve Turner par exemple ressemble toujours autant à l'ingénieur en informatique qu'il n'est pas... Voilà un vrai groupe rock n'roll, rien que quelques simples guitares, basse et une batterie qu'on pourrait presque qualifier de batterie pour débutant... C'est ce qu'on aime chez ces gars, ce sens des choses simples... D'ailleurs on les croiserait dans la rue qu'on les prendrait pour monsieur tout le monde... Alors que merde, ils sont quand même à l'origine d'un des plus grands mouvements musicaux de l'histoire contemporaine... Rapellons que c'est quand même le premier groupe de Seattle à avoir exporté le son du North West américain, ce fameux son crade qui caractérise l'écurie Sub Pop... Bon, Mudhoney ils ont pas grands chose à défendre ici, leur dernier album date quand même d'il y a 4 ans, on le connait par cœur, d'ailleurs on connait tout par cœur... Mais en bon vieux briscard du Seattle Sound, nous ce qu'on aime c'est les vieux trucs. Et des vieux trucs, on en a bouffé plus qu'à notre tour : ces Touch Me I'm Sick, Into The Drink, Judgement, Sweet Young Thing, In n'Out Of Grace, Hate The Police qui nous remuent le cul et accessoirement nous rendent joyeusement mélancoliques!!! Mudhoney tire sur la corde sensible, alors que la première partie à deux guitares donne pas mal de volume aux morceaux, c'est quand Arm lâche le manche et se transforme en clone de Iggy Stooge que le véritable Mudhoney Spirit se révèle... Le bonhomme n'est pas manchot et se donne comme il convient pour déchainer les fans...Et nous, ben on est tout simplement heureux, on a juste les yeux qui pétillent de se retrouver à deux mètres de ses idoles de jeunesse. Putaing, quand on s'imagine ce qu'ils représentent ces gars là!!! Setlist






Mardi 29 20h00 : Comme on est bien calé, là, en deuxième ligne coté gauche, coté guitare, coté Thayil. Et ouaip, si on veut suivre le cours de tricot, c'est quand même mieux d'être en face. Chouette première partie que ces Gaslight Anthem. J'allais même dire : enfin une première partie digne de ce nom. Dans un esprit rock américain, tel qu'on pourrait qualifier Pearl Jam désormais ou Bruce Springsteen, ces gars sont de ceux qu'on dédaignerait pas inviter dans son salon, tellement ce qu'ils font est recherché, et ce qu'ils sont semble plein d'humanité et d'humilité...


21h00 : Soundgarden. Oh putain Soundgarden. S.O.U.N.D.G.A.R.D.E.N!!!! Des années qu'on attendait ça. Suffit juste de jeter un œil sur les articles du blog pour voir que ce groupe, et ses membres, tous sans exception, sont à classer parmi les inventeurs historiques du Seattle Sound, de ceux qu'on retrouvent dès 1980 avec encore les dents qui poussent. Allez, on vire les boules quies, on y comprend mieux sans. Car oui, ce sera le petit hic de ce concert : le son restera pourri du début à la fin... Mais bon, on s'en fout, moi perso c'est pas ça qui viendra gâcher mon plaisir... C'est sur les premières notes de Searching With My Good Eye Closed que le bal s'ouvre sous les acclamations, hourras et autres jubilations diverses. Soundgarden nous sort comme une sorte de triple best of, du Badmotorfinger, du Superunknown à gogo. Oh bordel Hands All Over ou Loud Love plus heavy que jamais. Et yes, Beyond The Wheel ou Hunted Down pour les vieux fans. Et un peu du meilleur de Down On The Upside. Le pied intégral. Soundgarden cultive à merveille ce qu'on aime chez lui, ce sens du riff god-esque. Vous savez, ce riff lent, lourd, puissant que d'autres font très bien aussi, mais qu'eux savent véritablement transcender au point d'y insuffler une âme que, par contre, personne n'a jamais pu jusqu'à simplement toucher du doigt. Ce riff qui pourrait naitre du tréfonds de l'univers, de la queue d'une supernova, ou jaillir du néant des plus grands black holes. C'est ça Soundgarden, cette capacité qu'à ce groupe à nous entrainer "alone in the superunknown", à nous diriger droit vers le coté cosmique que peut avoir la musique. Et c'est peu dire que c'est jouissif. Putaing, jamais on ne retrouvera ailleurs que chez ces gars des riffs aussi heavy. On balance la tête dans tous les sens, on sait plus quoi penser, on n'est pas à même de donner quelques morceaux qui feraient office de summum du concert. En fait on s'en branle car véritablement, tout était énorme. Et pour ceux qui pensent que Cornell a perdu sa voix depuis qu'il prend son thé avec Timbaland, et ben en fait, c'est étonnant, mais c'est dans les morceaux qui demandent le plus de coffre qu'il excelle aujourd'hui. Paraîtrait que ce gars a un bon sens de l'humour, ce n'est que la moitié de la vérité, car c'est carrément une boite à connerie qui s'ouvre dès qu'il prend la parole... Thayil assure le coup, en bon bouddha impassible qu'il est, tout en laissant toutefois filtrer quelques légers rictus de satisfaction, heureux qu'il est d'être là à contenter ses vieux fans... Cameron bucheronne grave et Shepherd, pour qui on a une affection toute particulière, semble prendre son pied en trainant ses guêtres sur toute la longueur de la scène, balançant une de ses basses à 5 mètres en bon père punk qu'il est (à moins que ce ne soit les problèmes de son à répétition qui ne l'exaspère), ou magnifiant d'un son plein de rondeurs nombre de morceaux, tel ce Beyond the Wheel titanesque, comme à l'accoutumé. L'ensemble n'est pas ce qu'on appelle vraiment un groupe expressif sur scène, l'age y est surement pour quelque chose même si c'est clair que tout le monde s'en fout et prend son pied... Pas une chanson qui ne sera reprise en cœur par le public, faut dire que chacun d'entre nous avons eu le temps d'user nos disques en les attendant durant ces 15 années. Une dernière volée météoritique du maître zen Thayil achève Slaves And Bulldozers et un concert qu'on n'est pas près d'oublier. On a la gueule tout écorchée tellement qu'on s'est pris de grosses claques tout au long de la soirée.  Soundgarden fait honneur à son rang, celui d'un des plus original groupes rock de sa décennie. Celui d'un des plus grands groupes rock de tous les temps... Chapeau bas. La setlit ici










Merci à tous les vidéastres en herbe de youtube pour les vidéos, en particulier au monsieur de http://livevideobootlegs.blogspot.fr/, qui fait du putain de boulot... Voili voilou, c'est la fin d'un excellent WE, ponctué d'excellents concerts, et qu'on oubliera pas de sitôt. RV au Hellfest dans 3 semaines pour d'autres reviews concert !!!

19/05/2012

Seattle Grunge's Anecdotes : Bob Whittaker ou le cinquième homme de Mudhoney...


Lui, on ne le voit jamais sur les photos de Mudhoney... Pourtant il le mériterait. Bob Whittaker est un mec marrant comme tout, et accessoirement un autre élément important du Seattle Sound originel... Bob Whittaker est devenu, sur un malentendu, manager de Mudhoney, ce qui lui vaudra par la suite belle carrière puisqu'il finira également au même poste chez REM... Mais dans les années 80, Bob était à 10000 lieux de ça... Il avait juste la chance d'avoir parmi ses tout meilleurs potes des gars comme Mark Arm, Steve Turner ou Charles Peterson...

Mark Arm (chanteur de Mudhoney, batteur des Thrown Ups) : Sur notre première tournée US, on avait emmené Bob. Me demande pas pourquoi, mais il était là. Il ne savait pas comment gérer le son. Mais comme il était vachement plus sociable que n'importe lequel d'entre nous, il était juste chargé de nous trouver tous les soirs un endroit ou crècher. Pour finir, il était un peu devenu notre mascotte...

Steve Turner (guitariste de Mudhoney et des Thrown Ups) : Bob ne s'est absolument jamais sorti les doigts du cul pour nous aider à bouger nos équipements. Il disait toujours : "C'est ton putain d'ampli - alors tu le bouges toi même"

Bob Whittaker : Mon père, Jim Whittaker, est plus ou moins une icône ici dans le North West. Avec son frère jumeau il est devenu un alpiniste fameux, et il a été le premier américain à gravir l'Everest. Il était très bon ami avec la famille Kennedy, surtout avec Bobby Kennedy. En fait, je tiens mon nom de cette amitié. Quand Bobby a été tué, mon père était un ce ceux qui ont porté son cercueil. A cause de ça, mes parents m'ont toujours interdit de jouer avec des pistolets en plastique quand j'étais gosse. (...) Quand j'étais au collège dans les années 80, je me souviendrais toujours de mon père entrant dans ma chambre, alors que j'écoutais tous ces trucs punks, avec au sommet de la pile de disques, celui des Dead Kennedys. Je me suis senti horrible. Je tenais mon prénom de Bob Kennedy - et j'avais ce disque sacrilège. Ça a été dur d'expliquer ça!!! (...) Stone Gossard et moi étions souvent ensemble quand on était gosse. On était du même quartier... Son père courait après ma mère dans leur jeunesse, mais ma mère a préféré Jim. On en a souvent rit avec Stone...

Megan Jasper (standardiste chez Sub Pop, puis directrice, un temps chez Dickless) : Pour mon premier St Sylvestre à Seattle, je suis allé avec J Mastic de Dinosaur Jr à une fiesta chez Bob. J portait une veste de marque "Jim Whittaker", et pour lui Jim était vraiment cool, mais on savait pas que c'était le père de Bob. Et puis on a vu des photos de Bob avec son père sur le frigo. J n'en croyait pas ses yeux... C'était super trippant pour lui!!!

Bob est un gars qui n'a absolument pas une once d'amour propre, ce qui est une qualité quand on s'acharne sur toi : 

John Leighton Beezer (bassiste des Thrown Ups) : Bob avait des problèmes de peau, ce qui n'est pas le genre de chose qu'on crie ordinairement sur tous les toits... Probablement dut au climat du coin...  Il avait des gros cratères sur la face. Quand on a enregistré Melancholy Girlhole (premier album des Thrown Ups), Ed (Fotheringham, le chanteur) en a parlé à Bob, et Bob lui a dit "Super, fais un chanson sur moi". Donc Ed a fait une chanson sur les problèmes de peau de Bob. Et juste pour être sûr que tout le monde comprenne bien, à la fin du morceau, il a crié "Bob Whittaker!". Pour moi ça allait trop loin, mais les gars dans le groupe n'ont rien voulu entendre... 3 ou 4 mois plus tard, je rencontre Bob et il me dit : "J'ai entendu dire que tu voulais pas sortir ce morceau? Pourquoi ça? Je lui ai répondu : "Ben je sais pas Bob, perso je pensais que c'était plutôt cruel pour toi". J'étais le seul gars qui avait suffisamment de décence pour dire que peut être, on ne devrait pas faire ça, et lui il m'enfonçait encore plus : "C'est quoi ton problème? C'est ma chanson bordel!". C'est pour ça que Bob était le gars idéal pour Mudhoney. Ils étaient vraiment cruel avec lui, mais lui il s'en foutait complètement...

Longue vie à Bob!!!

Putaing, zéro photos sur Bob... Alors en haut, on a une jolie photo de Charles Peterson : Mark Arm et Matt Lukin squizzant la queue des chiottes avant de monter sur scène à Bristol UK 1992. Ensuite c'est Jim Whittaker avec son pote Robert Kennedy au sommet de jenesaisquelle montagne...Et pis la pochette de "Melancholy Girlhole" des Thrown Ups, un des groupes de Seattle les plus atypiques et anti musical dans le sens de pas bons mais hyper fun dans l'attitude, qui méritera bien, un de ces jours, un article sur le blog... Jack Endino disait de cet album : "Certains disent que ces gars sont à l'origine du Seattle Sound. Avec cet album ils signent la fin du Seattle Sound". Un morceau des Thrown Ups dans la playlist Grooveshark à droite...

27/04/2012

KARP, ou comment passer son adolescence à Olympia, WA en 1990

Bon, moi je suis toujours un peu en retard niveau sorties d'albums, dvd, etc... A ma décharge, j'habite à la campagne, dans le trou du cul du monde. Vous me dire maintenant avec internet, on n'est jamais perdu... Effectivement... Tout ça pour dire que je me suis aperçu, en lisant le dernier Noise avec beaucoup de retard, qu'un docu sur KARP, plus ou moins mythique groupe d'Olympia des années nineties, était sorti et à priori, avait fait son petit bonhomme de chemin...

Y'a un membre de KARP qui n'est désormais inconnu de personne, c'est Jared Warren, sévissant il y a peu encore chez les Melvins en compagnie de son pote de Big Business Coady Willis... Jared Warren est un pur produit du North West, né dans la banlieue d'Olympia, et, à l'age du lycée, directement influencé en cela par la scène indé du coin, foisonnante et en plein boom (on se répète encore : K Records, Kill Rock Stars, Bikini Kill, Bratmobile, Sleater Kinney, Beat Happening, Riot Grrrls...) et impressionné plus qu'à son tour par un groupe du pays qui déchire sa vieille maman : les Melvins (Aberdeen est à portée de main à vol d'oiseau...)

Calvin Johnson (Beat Happening, K Records) : A ce moment là, rien n'était plus énorme et excitant qu'un concert des Melvins à Olympia. Pour les kids, ils étaient LA solution.

Jared monte donc en 1990 avec ses deux grands potes, Chris Smith aka Chris "Slayer" au chant / guitare, et Scott Jernigan à la batterie, un trio nommé KARP, pour Kill All Redneck Pricks, une appellation plutôt poétique... Trio sous perfusion Melvins hardcore Black Sabbath + petite pointe de mélodie, KARP fait son trou jusqu'à tourner nationalement, entre autres en première partie de Beck (qui est fan), et internationalement, puisqu'ils finiront au Japon... Déglingue totale, inclassable à l'époque (entre metal et punk), malgré tout complètement originale (même si très melvinesque, on les surnommera indifféremment "Little Melvins" ou "Melvins on Crack" à leurs débuts), la musique de KARP te déconnecte complètement les neurones tout en t'injectant l'équivalent de 12 Red Bull prit en une seule fois en intra-veineuse...

KARP sortira 3 (très bons) albums, avant que les problèmes de drogues ne rattrapent Chris Smith et enterrent en 1998 le devenir du groupe. Jared Warren et Scott Jernigan tenteront une nouvelle aventure ensemble en compagnie de l'infatigable Joe Preston (Earth, Melvins, Sunn O)))...) au sein de The Whip... Pas pour longtemps, Scott se tuant dans un accident de bateau peu de temps après les débuts du groupe. The Whip n'aura eu le temps que de signer un single chez Wantage Records... La suite, on la connait, la loose oublie Jared, qui part monter Big Business en compagnie de Coadie Willis...

William E. Badgley : Quand Scott est mort, on a commencé à réaliser qu'il y avait certainement une finalité à cette histoire. Et plus encore quand Jared a monté Big Business, c'était un peu comme un indice que l'histoire commençait à prendre une bonne tournure, simplement parce qu'il continuait. C'est comme s'il s'était confronté à toute cette noirceur. Parce que, tu vois, je pense que la musique nait de relations vraiment intimes entre plusieurs personnes, et plus que jamais dans le North West, et à ce propos, remplacer un des membres du trio, Chris en l’occurrence, était inconcevable, et continuer à deux encore moins. Jared a maturé et s'est confronté à toute cette noirceur (avoir vu ses amis, l'un sombrer dans la drogue, l'autre mourir), et c'est justement grâce à cette confrontation qu'il a pu continuer son chemin. Quand il a débuté Big Business, c'est ce que ça voulait dire pour beaucoup de monde ici, moi inclus : qu'il était revenu, qu'il avait survécu à tout ça. C'était vraiment cool. Et puis la cerise sur le gâteau : être invité à joindre les Melvins... La boucle était bouclée.

Le docu, quand à lui, est une ode à l'indi rock et à l'éthique DIY, et permet de saisir l'ambiance de l'époque dans cette petite ville satellite de Seattle, alors en pleine lumière musicalement parlant... Il a depuis fait le tour du monde, présenté dans 8 pays et une quarantaine de villes.

William E. Badgley : C'est clair pour tout le monde à Olympia, que KARP était un groupe vraiment porté par l'amitié que ces trois là avaient les uns pour les autres. Ils étaient vraiment une famille, et c'était à ce propos vraiment fun de faire un film sur eux, parce que l'amitié joue une grande part dans la musique, et spécialement dans la musique du North West. Il y a un mot sur la jaquette du dvd qui dit : "Kill All Redneck Pricks est la biographie d'une amitié, parce que ultimement, le son d'un groupe est avant tout le son de leur amitié". C'est un peu cucu comme phrase, mais je l'ai utilisé quand même parce que pour moi ça touche un point essentiel, qui est que la musique est l'exacte équation mathématique de la combinaison de quelques péquins enfermés ensemble dans la même chambre.


Ci dessus le trailer du documentaire, et Bacon Industry, morceau phare du troisième album de KARP, repris par les Melvins version Big Business... la boucle est vraiment bouclée!!! Un morceau extra de KARP dans la playlist Grooveshark à droite. Big Business visible en live au Hellfest 2012!

21/04/2012

1994, 9 avril : Pearl Jam et Mudhoney propulsés à la Maison Blanche!!!

En ces temps de carnaval électoral pour élire notre prochain clown président, j'ai trouvé marrant de ressortir cette vieille histoire ou, l'espace d'une journée, PJ et Mudhoney ont tenté un coup d'état et se sont retrouvé à la tête du pays le plus puissant de l'univers!!! Vous m'croyez pas??? Voyez plutôt :

Rrraahh la gueule les superstars du grunge!!! Bon, trève de plaisanterie : c'était le 9 avril 1994, il y a 18 ans, autant dire des lustres, et Kurt Cobain venait d'être retrouvé mort dans sa maison de Seattle... Autant dire que l'ambiance était pas au mieux, mais malgré ça, ça déconnait grave... PJ, alors en tournée avec Mudhoney, acceptait une invitation de la Maison Blanche, histoire de visiter les lieux, parler orga de concerts avec l'administration Clinton et taper le bout d'gras avec Bill.

Eddie Vedder : On était là spécifiquement pour voir s'il y avait moyen d'utiliser pour nos concerts certaines bases militaires récemment désaffectées. Ça aurait pu être une possibilité de squizzer Ticketmaster et d'en faire profiter les économies locales défavorisées par ces fermetures. On m'avait aussi demandé si je serais d'accord pour participer à une réponse officielle du gouvernement au suicide de Kurt, mais à ce moment là j'étais trop choqué pour offrir la moindre aide.

Mark Arm (chanteur de Mudhoney) : Comme à l'habitude, Pearl Jam nous a invité à venir avec eux. Moi, Dan et Matt avions fumé avant de venir. Matt avait toujours un joint sur lui, et le conducteur du bus qui nous emmenait a commencé à nous parler de comment les services secrets se démerdaient toujours pour tomber sur ton shit, ou comment une femme s'était fait arrêter pour avoir sur elle un coupe ongle ou quelque chose comme ça. Et tout d'un coup j'ai regardé Matt qui était littéralement en train de se décomposer.

Matt Lukin (bassiste de Mudhoney, ex Melvins) : J'avais un autre joint que je voulais fumer sur la route, mais là j'ai réalisé : Bordel on était en route pour la putain de Maison Blanche. J'avais plus le temps de fumer ce joint. Donc je l'ai bouffé. J'ai maché ce putaing de joint, et c'était vraiment sec. Ça m'a pas empêché d'être défoncé.

Mark Arm : Craig Livingstone, le directeur de la sécurité à la Maison Blanche, c'est lui qui nous a accueilli. Pearl Jam est parti rencontrer Clinton. On aurait espéré le voir, mais on savait pertinemment qu'on n'était pas des invités spéciaux...

Jeff Ament : On y est allé avec Mudhoney, et quelqu'un est arrivé en disant : vous 5 vous allez avec moi - les 5 c'était nous - et vous autres vous prenez par là". Les gars de Mudhoney ont eu droit à un tour B, et nous au tour A. On a vu le bureau Ovale, et on a rencontré Clinton. Je dois avoir un film de ça quelque part. C'était incroyable. On a pas mal blagué. On n'avait pas peur de lui demander n'importe quoi, et il n'avait pas peur de nous parler de n'importe quoi. C'était juste comme un bon pote.

Matt Lukin : On nous a dirigé vers la visite habituelle. Un gosse nous a reconnu et nous a demandé un autographe. Ok pas de soucis, mais tout d'un coup un paquet de monde s'est agglutiné sur nous, en pensant qu'on était Pearl Jam. On était là : "Non non non, vous savez pas qui on est. Vous ne voulez pas de nos autographes". Et ils étaient là : "Si si, vous êtes Pearl Jam".

Dan Peters (batteur de Mudhoney) : Je suis sûr qu'un coup arrivé chez eux, quand ils se sont aperçu qu'un gars nommé Dan Peters avait signé leur bout de papier, ils se sont dit : "Qui c'est ce con?"

John Hoyt (l'organisateur de la visite) : Normalement Pearl Jam n'était pas là pour rencontrer le président. Pendant la réunion au sujet des bases militaires désaffectées, le secrétaire de Clinton est venu en demandant si PJ avait un moment pour rencontrer le président. C'était vraisemblablement l'effet Kurt Cobain. Donc ils l'ont rencontré, et à la fin, Clinton a demandé à parler à Eddie. Quand Eddie est revenu, il s'est retourné, et je me souviens l'avoir entendu dire "A la prochaine Bill"

Kelly Curtis (manager de PJ) : On était dans le Bureau Ovale, et Clinton a demandé à Eddie si il devait s'adresser à la nation. Eddie lui a dit que non. Le gouvernement se demandait s'il y aurait une vague de suicide suite à la mort de Kurt.

Putain ils sont chouettes ces gars de Mudhoney et PJ... On sera heureux de les revoir cet été... Ça vous dirait vous de visiter l'Elysée par exemple??? Alors votez pour moi demain et je vous invite tous pour faire la foire si je suis élu... Ah ouais merde j'ai pas les 500 signatures... J'ai un autographe de Dan Peters et un autre de Matt Lukin, ça compte ça??? Remarquez si chacun d'entre nous était président, je pense pas que personne y verrait la moindre différence avec les clowns qui se présentent... Tenez, vous aussi vous pouvez être candidats : allez donc voir ça : http://www.touscandidats2012.fr/, ça a été créé par le mouvement Colibri, qui se bat pour plus de bon sens dans ce monde pourri jusqu'à la moelle, et qui s'est trouvé deux jolies représentantes en les personnes de Marion Cotillard et Mélanie Laurent. Le principe : tu fais ton affiche, tu donnes ton slogan, et t'es candidat... Bon, ça n'apporte pas grand chose au schmilblick, c'est juste que ça fait se rendre compte qu'il y a pas mal de monde qui recherche autre chose que cette politique politicienne qui nous emmerde tous. Colibri reprend pas mal d'idées écologistes qui ont été développé par Pierre Rabhi, un vieux monsieur de l'Ecologie, fondateur de Terre et Humanisme (un organisme qui se bat pour l'autonomie alimentaire en Afrique surtout, et en France aussi), qui a prouvé par la simple force de ses bras qu'une vie plus saine et joyeuse est possible pour tous... C'est un des défenseurs de la "simplicité volontaire", ou de la "sobriété heureuse", ce qu'on nomme habituellement la "décroissance" (non non ça fait pas mal la décroissance, on peut la toucher, c'est pas une sorte de monstre aux grandes dents), à l’instar d'un Henry David Thoreau par exemple... Comme il dit le gars : "Cultiver son jardin est un acte politique"... Et ben moi laissez moi faire mon jardin et participer à la politique du pays à ma façon... Y'a plein d'alternatives et de gens qui se battent aujourd'hui pour quelque chose de plus juste, c'est vers ça, à mon gout, qu'il faut se tourner, parce que bon, excusez moi, mais est ce que les politiciens font vraiment quelque chose pour nous??? C'est à chacun de se prendre en charge, d'être responsable de soi même. On n'a pas besoin de rigolos pour nous dire quoi faire... C'est ça l'éthique PUNK, c'est ça le Do It Yourself, bordel de chiotte!!!!! Maintenant ça va pas m’empêcher d'aller voter, juste pour apporter mon grain de sel à faire chier le monde!!! Sur ce bon dimanche!!!

09/04/2012

La story Mother Love Bone + les bootlegs de MLB à posséder absolument (par PYC)

Mother Love Bone... Ces Trois mots ne veulent strictement rien dire, Rien ! Mais pour toute personne qui a la sensibilité « Grunge », c’est un mystère ! C’est l’histoire d’un groupe comme il en existe tant, 5 mecs, jeunes, sympas, faisant partie d’une scène musicale locale, passionnés, et qui se rencontrent et montent un groupe de rock ! Oui, mais c’est l’agrégation de trois groupes phares de la scène de Seattle : Malfunkshun, Green River et Ten Minute Warning, groupes dissous et dont certains de ses membres connaitront des destinées diverses et une reconnaissance Mondiale. Ten Minute Warning a en son sein Duff Mac Kagan, futur bassiste des Guns, et Greg Gilmore, batteur de Mlb. Au sein de Green River, il y a Mark Arm et Steve Turner, futur piliers de Mudhoney, mais également Jeff Ament et Stone Gossard, respectivement bassiste et guitariste de MLB et futur Pearl Jam, ainsi que Bruce Fairweather, guitariste de MLB. Et enfin, Andrew Wood, bassiste et chanteur de Malfunkshun, futur frontman de Mother Love bone, qui disparut d’une overdose à l’âge de 24 ans…. Sans ce groupe, pas de Temple of The Dog, pas de Pearl jam…. Vous imaginez ?

Mais Mother Love Bone, c’est quoi en fait ???? Courant 1987, ALORS QUE Alice In chains commence à se faire un nom dans les salles de concert de Seattle, que Soundgarden peaufine sa force de frappe rythmique et vocale, Mother love Bone commence à répéter, improviser, jouer ! Toute la force de ce groupe est de compter en son sein un chanteur fantasque, dont le look à la croisée de David Bowie, Mark Bolan et Freddie Mercury intrigue ! Sa présence scénique est incroyable, c’est la première et dernière Rock Star auto proclamée de SEATTLE , capable de jouer devant 3 personnes ou devant 500 personnes, comme si il était dans un stade ! Musicalement, ils sont impressionnants, mixant les influences led zeppeliniennes, les textes remplis de références bibliques, historiques, de comics, de souffrance, de lutte, d’amour ! Après un premier mini album : « SHINE », ils effectuent une tournée en première partie des « Dogs d’Amour », et écument les salles de concert autour de Seattle.

Ils commencent à se faire un nom et suscitent l’intérêt de nombreuses maison de disques…La force de Mlb, ce sont ces 5 gars dont deux ont vraiment envie de réussir ( Gossard et Ament) et qui font de la pub de partout, 2 autres gars talentueux, et un chanteur qui n’a pas la même force vocale qu’un Staley, un Cornell ou un Lanegan, mais qui, par son interprétation, son charisme, sa boulimie d’écriture, d’interprétation, son style si unique, porte en lui les germes du futur putain de groupe qui va réussir. Mais si MLB est magique, c’est également parce qu’au sein de ces talents, il y a beaucoup de tension, ce ne sont pas les meilleurs amis du monde, mais il y a aussi de la drogue…. Car Wood, sous ces dehors de grand Prêtre de la musique est une âme torturée, malade, hyper sensible…. De cure de désintox en cure de désintox, il réussit à amener le meilleur, la magie et la quintessence d’une âme d’artiste au sein d’un collectif ! Fin des 80’s, de nombreuses compagnies de disques veulent signer ce groupe la ! Allez, ¼ de millions de dollars et Polygram l’emporte !

Apple, c’est leur seul et unique album (en dehors des bootlegs….. dont je suis l’heureux propriétaire), mais quelle galette ! A coté de pur morceaux rock (This is shangrila, Half Ass Monkey Boy, Captain Hi Top), on peut se délecter des chefs d’œuvres mélodiques (Stargazer, Stardog Champion, Gentle Groove) ou des entrainants Holly Roller et Come Bite The Apple !!! Les morceaux de cet album sont fantastiques, différents et si inspirés, suintant le génie à l’état pur ! Mais là ou le génie de Wood prend tout son sens, c’est sur des morceaux ou il joue du piano: Man of Golden Words et bien sur Crown of Thorns, superbes balades reprises par de nombreuses formations.

Le 16 mars 1990, Andrew Wood est retrouvé inconscient par sa copine Xana La Fuente. Trois jours plus tard, il est décidé de le débrancher de tous les appareils qui le maintiennent artificiellement en vie… La fin de Mother Love Bone, c’est le passage pour la scène musicale de Seattle de l’adolescence à l’âge adulte…. La fin de l’innocence….. et Le grunge explose à la face du monde ! il y a eu à Seattle un avant…. Et un après MOTHER LOVE BONE !

Pour conclure, quelques conseils sur les documents à se procurer absolument. Pour tout fan de Mother Love Bone qui se respecte, il est nécessaire d’avoir TOUT ! Bon, il est très difficile 22 ans après le décès d’Andrew Wood d’avoir des flyers ou posters, mais cela se trouve, même si c’est effectivement très cher. Néanmoins, pour toute personne vraiment fan et qui souhaite s’intéresser à son génie créatif, je retiendrais 4 objets essentiels :

The Love Bone Earth Affair qui est une vhs sortie après son décès et qui capitalise sur le succès de Pearl Jam et Temple Of The dog. Cette vidéo est impossible à avoir( je l’ai) mais on peut la regarder sur You tube.

Les deux bootlegs : Words and Music : Communication. Ce sont deux pépites remplies de compositions personnelles, de morceaux inédits de Mother Love Bone, mais également de deux chansons de Temple of the Dog jamais éditées.

Le Live Sister Ass qui est l’avant dernier concert du groupe à Seattle et qui retranscrit parfaitement l’énergie et la folie des concerts du groupe.

Enfin, le dvd de Scott Barbour : Malfunkshun : the Andrew Wood Story qui retrace la vie d’Andrew Wood, ses souffrances, ses dépendances à travers les témoignages de nombreux de ses amis ( Les ex MLB, Kim Tayil, Chris Cornell et Matt Cameron de Soundgarden, le producteur Jack Endino, le photographe Lance Mercer etc.…) et sa famille.




Voilà, on en parlait depuis un moment, franchement qui mieux que PYC pouvait écrire un truc sur MLB??? C'est surement le plus grand fan de Mother Love Bone en France, et un des ultimes grands fous de Grunge de la contrée toute entière... Vous avez quelques morceaux de Mother Love Bone et Malfunkshun dans la playlist Grooveshark à droite...