Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

17/03/2012

Dale Crover par Charles Peterson, ou la promotion de la "mode grunge"

Bon, vous savez mon respect sans bornes pour Charles Peterson, qui à mon gout mérite amplement le statut de héros du grunge, au même titre qu'un Cobain ou un Vedder, ou un Thayil ou plein d'autres... Enfin bon, passons... Voici, une fois n'est pas coutume, une chouette photo du mossieur. Mesdames, merci de maitriser votre excitation... La légende? La voici :

Dale Crover (the Melvins) sortant de scène au RCKNDY. Quand un journaliste de CBS lui demanda avant le concert : "Comment définissez vous la mode grunge?", Dale enleva son jean et lui répondit : "Eh bien, voici ma tenue de scène". 1993

03/03/2012

Le Seattle Sound vu de l'intérieur : l'avis de Xana La Fuente, girl friend d'Andrew Wood

Lance Mercer (photographe de la scène de Seattle) : Un jour, j'ai photographié Andy avec Xana. Il était avec cette fille qu'il aimait, et c'était une séance différente de quand je le shootais en tant que Landrew. Andy aimait Xana, il était totalement éprit d'elle. Il y a une photo que j'ai pris ou on la voit assise sur un tabouret derrière lui, qui est assis par terre, et ses jambes s'enlacent autour de lui. Cette photo, pour moi, est révélatrice de ce qu'était leur relation. Elle était définitivement la plus forte des deux. Je pense qu'il comptait sur elle pour prendre soin de lui.

Tiens tiens... V'là un nouveau venu dans l'univers des fanatiques du Seattle Sound, on donnera pas son nom, on va l'appeler PYC, comme ses initiales... PYC il a réussit à trouver à me joindre je ne sais comment (dis hein tu l'as trouvé où mon mail...) et depuis on se tient au courant régulièrement. PYC est un fan absolu de Mother Love Bone. Il a d'ailleurs promis d'écrire un article sur le sujet pour Seattle Grunge, qui, d'après ce que j'en ai entendu dire, devrait pas tarder... PYC c'est le genre de gars qui n'ira pas voir Soundgarden (parce que c'était mieux avant), ni PJ (parce que avant c'était mieux), mais qui par contre ferait des kilomètres pour approcher Mark Lanegan, et, truc de ouf, trouve le moyen de discuter, comme ça, tranquille le gars, avec Xana, la fameuse copine d'Andrew Wood, au début des années grunge... Bon, ok, maintenant avec Facedebouq on arrive à tout... Mais quand même, faut un peu de culot et aussi avoir cette qualité de mettre en confiance les gens...


PYC (il est fou ce gars) : Une question Xana... Quand tu fréquentais les groupes de Seattle, est ce que tu confirmes que ces gars étaient tous amis ou pas? Je sais que les mecs de MLB étaient très bons amis avec les membres de Soundgarden, avec ceux d'Alice In Chains aussi, mais avec Nirvana par exemple, ça se passait comment? J'ai entendu dire que Layne Staley était ami avec Lanegan, et Lanegan avec Kurt Cobain, mais était ce aussi cool et marrant que ça semble l'être ou est ce qu'il y avait de la concurrence entre eux...

Xana La Fuente (petite amie d'Andrew Wood à l'époque) : Il y avait cette rivalité un peu bizarre avec les gars de Mudhoney et Nirvana, qui disaient à qui veut l'entendre : "Tu dois être un top model pour sortir avec un gars de Mother Love Bone", ce genre de truc. Et vice versa. Quand Andy entendait ça, il rigolait et disait : "Je parie que tu dois être moche et pas te laver pour sortir avec Kurt"... Etc. Kurt, avant de connaître Courtney Love, sortait toujours avec des filles un peu dans le style junkies crados. Sans juger. C'était juste ses gouts. Par contre, musicalement parlant, chaque groupe faisait son truc, mais n'oubliait jamais d'écouter les autres. Sauf Jerry Cantrell, lui il n'écoutait que lui même, c'est pour ça que c'est un putaing de bon gars (lol). J'ai jamais entendu qui que ce soit qui ait insulté la musique d'un autre. La famille, c'était Mother Love Bone, Alice In Chains, Soundgarden, Cameron Crowe Etc... Je sais pas qui sortait avec les gars de Nirvana, d'autres pleurnicheurs suicidaires je pense...

Voilà un bon témoignage qui confirme la rivalité entre les ex-Green River, Stone Gossard et Jeff Ament (MLB, futurs PJ) d'un coté, Mark Arm et Steve Turner (Mudhoney) de l'autre. Entre les tenants d'un hard rock paillettes, funky, et ceux d'un rock punk garage sans fioritures... Entre MLB ou AIC d'un coté, et Nirvana ou TAD de l'autre. Nous on s'en fout, on les aime bien tous... Bon, PYC, si t'en a d'autres comme celles là, n'hésites pas à les faire partager... Je te dis ça, mais je sais que tu le feras... Grand merci à toi...

26/02/2012

Seattle Grunge's Anecdotes : Sub Flop '91 ou les poches trouées de Sub Pop...

Stephanie Dorgan (propriétaire du Crocodile Café) : Le Crocodile a ouvert le 30 avril 1991. Jonathan Poneman et Bruce Pavitt venaient tout le temps déjeuner ici parce que les bureaux de Sub Pop étaient tout prêts, et je me souviens au début, ils payaient de temps en temps avec des disques. Ils étaient sur le point de faire faillite.


Rich Jensen (manager général chez Sub Pop) : Le premier job que j'ai eu à Sub Pop, en 1991, était d'aller dans les bureaux du dernier comptable, qui était complètement jonché de papiers, et de déterminer, parmi ceux là, lesquels étaient des factures. J'en ai fait une grosse pile, je les ai classé, et j'en ai reporté tous les montants sur une feuille de calcul, le genre de truc dont ces gars n'avaient apparemment jamais entendu parler. C'était mon grand talent : je savais ce qu'était une feuille de calcul. J'ai imprimé tout ça, c'était une liste de six pieds de long, et j'ai accroché ça au mur dans le bureau de Bruce. En bout de liste ça disait qu'on devait 250000$. A la banque, on avait 5000$. C'était en mai.

Saltpeper (bassiste des Dwarves) : Les bureaux originaux de Sub Pop étaient un peu ouvert à tout le monde. Je me souviens avoir jeté un œil aux chiottes et y avoir trouvé les masters de plusieurs disques, dont le notre Blood Guts &Pussy. Si j'avais su, je les aurais glissé dans mon slip et je me serais barré. A l'époque vous pouviez faire à peu prêt tout ce que vous vouliez. Je me souviens avoir trouvé une bombe de peinture et, j'ai pensé que ça avait du sens, j'ai écrit à la bombe sur le sol du bureau : VOUS DEVEZ DU FRIC AUX DWARVES!!!

Kim Warnick (chanteuse guitariste des Fastbacks, réceptionniste chez Sub Pop). Et c'est toujours resté. J'avais trouvé ça absolument hilarant...

Puis quelques mois plus tard, Nirvana se mit à vendre des cartons et des cartons de Nevermind, et Sub Pop, par le miracle d'un contrat exigé à l'époque de Bleach par le groupe, reçu des milliers de dollars de dividendes... Z'auraient pas un peu de moule chattée ces gars là???

En photo : Kim Warnick et Bruce Pavitt lors d'une soirée Sub Pop au Crocodile Café - 1993

Sources tirées du nouveau livre de Mark Yarm : Everybody Loves Our Town

19/02/2012

1991 : Les démellés de la scène de Seattle avec le Rock n'roll Circus...

Bon, la prog du Hellfest est tombée il y a bien deux semaines maintenant, et je dois dire que je suis un peu déçu... Bon, on a Guns N'Roses, le Guns N'Roses du pauvre, la belle affaire... Ils auraient mieux fait d'appeler ça, comme dirait un pote à moi "Axl Rose plays GNR"... Tenez, à ce propos, vous êtes bien au courant des inimitiés entre Axl Rose et le clan Nirvana, voire même toute la scène de Seattle... En 1991, l'ensemble de la scène arena rock américaine veut s'attacher les services des groupes de Seattle, entre autres les deux méga rock bands du moment : Metallica et Guns N'Roses.

Jeff Gilbert (employé de Sub Pop, journaliste pour Guitar World) : Savez vous qui a vraiment connecté les deux scènes metal et grunge? Kirk Hammett de Metallica. Enorme fan des Melvins et de Nirvana. Parlait d'eux dans les newsletters du fan club de Metallica. Collectionnait tout ce qui venait de Sub Pop. Les métalleux se sont dit "Si Kirk Hammett aime, alors allons jeter une oreille". Kirk a été un bon outil de vente pour Sub Pop, sans le savoir. Enorme fan de Mudhoney. Quand Metallica est venu jouer à la Key Arena de Seattle, ils avaient ce qu'ils appelaient le Snake Pit, ou tu pouvais être comme sur scène avec le groupe. Kirk y avait amené tous les gars de Mudhoney et de Nirvana. Il avait filé des bières à Matt Lukin. Matt avait commencé à se les siffler, et Kirk lui avait dit "Partage les bordel!!!"

Amy Finnerty ((directrice des programmes de MTV en 1991) : C'était aux MTV Awards, on était tous posé sous une grande tente à l'extérieur. Kurt était assis juste à coté de moi, Janet, Courtney, et Jackie Farry, ma meilleure amie et la nounou de France. Axl Rose est passé devant nous, et Courtney lui a gueulé dessus "Hey Axl, veux tu être le parrain de notre fille?". C'était la blague ultime. Tout le monde se roulait le cul par terre.

Janet Billig (manager de Hole) : Axl Rose était avec Stephanie Seymour à l'époque. Il s'est retourné vers Kurt et lui a dit : "Dis à ta salope de la fermer". Et Kurt a regardé Courtney en disant, complètement impassible "Ferme là, salope". Hilarant. Puis Stephanie a demandé à Courtney "Tu serais pas mannequin toi?". Je pense qu'elle essayait d'être méchante. Courtney lui a répondu "Tu serais pas neuro chirurgienne toi?". On a rit et rit et rit de ça pendant des jours...

Bryn Bridenthal (publicitaire pour Geffen) : Courtney et Axl ont passé tellement de temps à penser l'un à l'autre. Des années après cette histoire, quand Axl commençait à travailler sur l'album qui allait devenir Chinese Democracy, Jim Barber chapeautait le projet. Et Axl à un moment m'a confié que quand Jim venait au studio, Axl sentait l'énergie de Courtney Love venir à lui. Il a viré Jim. Il ne pouvait pas travailler avec cette énergie dans la pièce. Ce que j'ai su plus tard, et que Axl ne savait pas à ce moment, c'est que Barber sortait avec Courtney Love à l'époque. Ils avaient gardé ça secret. Donc pour Axl, de sentir l'énergie de Courtney Love à travers Jim Barber, sans savoir qu'ils avaient une relation, c'était super fort. C'était juste énorme. Axl faisait ce genre de truc tout le temps. Ça va sonner complètement ridicule, mais c'est vrai : Axl est une personne très spirituelle...

Au tout début du succès de Nirvana, Axl voulait que Nirvana ouvre pour GNR, parce qu'il trouvait que la musique du groupe était vraiment spéciale, et qu'il voulait faire tout ce qu'il pouvait pour aider ce nouveau groupe. Mais il n'avait pas réalisé que Nirvana était à l'avant garde d'un mouvement plus vaste. Il ne comprenait pas pourquoi Nirvana ne voulait pas de son aide. Un jour, Amy, sa soeur, qui travaillait pour lui, m'appelle et me demandant "Pourquoi ils ne veulent pas de notre aide?". J'ai répondu "Parce que vous représentez tout ce qu'ils détestent. Vous êtes un énorme groupe, plein de succès et de millions de dollars. C'est l'antithèse de Nirvana". Mais Axl ne voyait pas GNR de cette manière.

Nirvana ne sera pas le seul groupe de Seattle à avoir affaire à GNR. Soundgarden en fait aussi les frais...

Colleen Combs (assistante de Kelly Curtis pour PJ) : Axl m'avait demandé de lui amener des nouveaux groupes à écouter, quand je travaillais pour lui. Donc je lui ai amené des trucs de Soundgarden, et aussi de Nirvana. Personne ne vous a jamais raconté l'histoire d'Axl Rose slammant à un show de Soundgarden?

Susan Silver (manager de Soundgarden) : Après que j'ai eu un appel pour une tournée commune avec GNR, j'ai rejoint le groupe chez Stuart Hallerman, aux studios Avast!. J'avais avec moi une boite pleine de nouveaux t shirts, que je souhaitais leur montrer. J'étais tellement excitée. Mon Dieu, j'étais si excitée : "Hey les gars, J'ai quelque chose à vous dire! On a eu une offre aujourd'hui... pour aller... en tournée.... AVEC GUNS N'ROSES!!!"........ Ils ne disaient pas un mot. Après à peu prêt 30 secondes - une éternité - l'un d'eux a dit : "Qu'est ce qu'il y a dans la boite?"

Ben Shepherd (bassiste de Soundgarden) : Notre tournée avec GNR? Ouais, pas de mon fait. J'aime pas ce style de musique. Ce sont tous des bons gars, ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Mais laisse moi finir. Je suis un punk rockeur, mec. J'aime Black Flag et tout ces trucs hardcore. Cet espèce de rock caricatural, j'aime pas. Je veux rien avoir affaire avec ce monde là. Je suis pas une rock star, j'aime pas les rocks stars et je veux pas les côtoyer. Ce mot, rock star, est quelque chose de dégradant pour moi.
La tournée avec GNR était une parodie de metal circus. C'était insensé. J'ai jamais voulu jouer dans des stades. On est si éloigné des fans, et le son est pourri. Donc on était là, exposés à tous ces rockeurs de pacotille, les mêmes que ceux qui voulaient me tabasser quand j'étais un petit punk rockeur. J'avais vraiment de l'animosité envers ces gars...

Voilà pour la petite histoire... Aussi présents au Hellfest, Black Sabbath!!! Hop, excusez, Ozzy Osbourne plays Black Sabbath en fait, parce que Black Sab vient d'annuler suite à la maladie de Tommy Iommi... Paraitrait qu'il serait accompagné de beau monde, tel Zakk Wylde, Slash ou Geezer Butler... A voir... Bonne scène hardcore avec Hatebreed, Lamb Of God ou Devildriver et quelques bons trucs stoner / doom : St Vitus, The Obsessed, Big Business, Atomic Bitchwax, Orange Goblin, Acid King ou Sunn O))). Point trace de Soundgarden par contre, j'ai bien fait de prendre ma place pour Paris!!!! Reste 4 groupes à annoncer, surement parmi eux quelques bonnes sous têtes d'affiche... Mais bon, ça reste un peu faible par rapport à l'année dernière par exemple... Sûr qu'on peut pas toujours faire mieux, c'est comme si on demandait une croissance économique infinie dans un monde aux ressources finies, on voit bien que c'est pas possible...

11/02/2012

Seattle Grunge's Anecdotes : "We're nerds goddammit", ou de l'utilité du "nerd" dans l'origine sociale du Grunge

Au lycée, on se faisait tout le temps taper dessus. On pouvait pas parler aux jolies filles... Je veux dire... We're nerds goddammit!!!!!! On est des minables bordel!!!!! raconte un Van Conner (bassiste des Screaming Trees) hilare dans le docu Hype!

Nerd (définition) : Terme argotique, surtout employé par les élèves des lycées américains, qui peut se traduire par « intello » (avec la nuance péjorative que cela implique) : on peut ici se référer au stéréotype du gars à lunettes. Plus globalement, un nerd est un minable, un ringard...

Y'a comme un truc qui revient souvent dans ce petit monde du grunge à Seattle, ce sentiment d'avoir été méprisé, perçu comme un moins que rien, marginalisé à l'adolescence... Et parallèlement à ça, cet instinct de se réfugier dans un univers à part, celui de la musique, du rock, du punk... Quelque chose qu'on peut aussi apercevoir, par exemple, au début du docu PJ20, quand des flics en civils trainent autour de Stone Gossard et sa bande pour mieux les surveiller... Le punk à Seattle dans les 80's n'est pas le punk tel qu'on le connait aujourd'hui, un courant musical accepté de tous, même de ta mère bien que, quand même : "baisse la musique bordel, les voisins vont encore gueuler"... Nirvana est passé par là, et c'est pas rien de le dire, l'explosion grunge en 1991 a complètement démocratisé cette musique qualifiée auparavant d’extrême... Et ouaip, le hardcore de Black Flag était bien extrême en 1980, de fait complètement underground et surement inconcevable dans l'esprit de la majorité des citoyens US de l'époque. Et pour cause, nous sommes dans l’Amérique puritaine de Reagan... Seattle était une petite ville bourgeoise, qui n'avait aucune place à offrir au moindre marginal, et surtout pas aux quelques keupons qui trainaient par là... Et au lycée, c'était le même topo : comme dans les séries télé américaines, t'es populaire quand tu tâtes du ballon ovale avec un gros casque grillagé vissé sur ta tronche de cake ou quand tu fais des pirouettes en petite jupette et grosses chaussettes pour supporter ces gros lourdeaux de footballeurs... T'es une merde quand t'as pas de biscottos et que t'écoutes pas de la disco comme tout le monde...

Charles Peterson (photographe de le scène de Seattle) : J'avais 16 ans en 1980, quand j'ai découvert le premier album des Clash. De ce jour, j'ai été accro à la musique punk. Cette année là, je prenais déjà des photos pour le journal interne de mon lycée ainsi que celles des classes en fin d'année. J'étais aussi le seul et unique "punk" de tout l'établissement : mon crane rasé et mes rangers me faisaient tout de suite repérer. Imaginez vous aux prises avec une équipe de football au grand complet, encouragé de la voix et du geste par ses entraineurs, qu'il vous faut regrouper et arranger pour une photo de groupe pendant que fusent des "punkettes, p'tite punkette, gare à tes fesses!"

Tom Price (guitariste des U Men et de Gas Huffer) : Quelque chose que je vois rarement mentionné, c'est la réaction violente que les gens avait contre vous, juste parce que vous étiez punk. Tous les jours, tu marchais dans la rue, et des gens te criaient dessus : "tapette" et te jetaient des bouteilles de bières à la tronche. Tu te faisais courser par des gars des fraternités universitaires ou des stoners. Partout ou tu allais c'était pareil. Ça me parait tellement bizarre maintenant, de penser à quel point j'étais accoutumé à cette violence. Je suis pas vraiment un gars costaud - j'ai jamais été un grand cogneur - mais j'étais très bon à baisser le regard et à les ignorer. Et si ils décidaient de me tabasser, j'étais aussi très bon à prendre les jambes à mon cou et courir très vite. Pour moi, le plus excitant était la musique et tous ces supers groupes. Mais la tension journalière et la violence étaient omniprésentes...

Mark Arm (chanteur de Mudhoney) : Dans mon lycée, entre 1980 et 1982, il y avait peut être 4 gars qui écoutaient du punk et 8 de plus qui étaient plutôt dans la new wave. Un jour, un pote et moi on s'est coupé les cheveux très court, et on les a coloré. On est entré comme ça dans la cafétéria - c'était un lycée de 2000 élèves. Ça a été le silence complet dans la salle et tout le monde s'est mit à nous mater. Un de ces footballeurs est venu vers moi et m'a dit : "Devo, je vais te tuer". C'est tout ce qu'ils connaissaient à ce point, Devo, donc bien sûr tous ces gens ont fini par m'appeler Devo. C'était si facile à l'époque de faire peur...

Duff McKagan (élément essentiel de la scène de Seattle et accessoirement bassiste de Guns N'Roses) : Le punk rock était un refuge pour ceux qui n'étaient pas populaire au lycée ou au sport - les punks rockeurs étaient ceux qui se faisaient taper dessus par les footeux. En 1982, il y avait des footeux qui venaient de la banlieue de Seattle pour foutre le bordel dans les concerts et nous tabasser.

Charles Peterson : A l'automne 1982, dès mon premier mois en fac à l'Université de Washington State, à la cantine de ma résidence, j'ai repéré un type : boule à zéro, nez proéminent, converse montantes et t-shirt de Crass. Désespérément en quête d'un ami, je l'ai accosté. Le hasard a fait qu'il s'agissait de Mark Arm, guitariste de Mr Epp, un groupe de l'Eastside totalement hors normes. Nous avons fraternisé et sommes devenus, l'année suivante, colocataires. Mark m'a fait connaître Bruce Pavitt. Puis Bruce m'a fait rencontrer Kim Thayil, et ainsi de suite. Nous avons vite formé un cercle d'amis se consacrant à la création musicale, la promotion, la production, ou encore la prise de vue de tout ce qui se rattachait à cette musique qu'on aimait. L'inspiration provenait avant tout de l'expérience commune d'avoir été des souffre douleurs dans nos lycées respectifs, et bien sûr le rock punk nous aidait à tenir dans cette épreuve.

Voili voilou, l'aventure grunge était en marche... On peut imaginer l'avènement du Seattle Sound comme une espèce de catharsie, comme une voie de guérison consécutive à des années de brimades... C'est marrant la vie quand même, tous ces gars qui étaient perçu comme des sous merdes, et qui en fait se sont révélés bien plus productifs pour leur communauté que tous ces gars et filles populaires de leurs lycées... Qui n'étaient finalement que des futurs gentils petits moutons prêts à être marqués au fer rouge de la société de consommation débilitante d'aujourd'hui... Ceci n'est qu'un aparté, vous pouvez maintenant éteindre votre écran d'ordinateur...

Photos issues du super bouquin de Michael Lavine, préface de Thurston Moore : la communauté punk du début 80's à Seattle...

05/02/2012

L'énorme docu culte Hype! en intégral...

Hype!, documentaire culte filmé et réalisé par Doug Pray entre 1992 et 1994 , est à classer dans le haut du panier des documents essentiels, majeurs, indispensables de tout bon nostalgique de cette époque bénie des dieux de l'underground rock. Témoignage extraordinaire pour qui veut vraiment comprendre ce qu'était le "Grunge" à Seattle avant, pendant et après 1991. Tout y est : de Sub Pop à Geffen, de Nirvana au plus obscur des groupes du North West, des petits clubs aux grosses salles, des moments de joies aux plus sombres d'entre tous... Grand prix du jury au festival de Sundance en 1996.

Doug Pray : C'est vraiment une histoire extraordinaire. Vous avez une petite poignée de groupes - environ une vingtaine de personnes - qui, en l'espace de 5 ou 6 ans, a complètement transformé la pop culture. Révolutionné l'industrie de la musique. Je veux dire, Nirvana l'a fait à lui tout seul, mais chacun de ces groupes a été parti intégrante de ça.



Le résumé : Avec le documentaire Hype !, le réalisateur Doug Pray retrace le développement de la culture grunge, de sa naissance subversive dans les garages de la banlieue de Seattle, à son avènement mondial en tant que phénomène musical et culturel. Un « rockumentaire » qui mêle habilement interviews inédites et performances live exceptionnelles, avec la participation des figures emblématiques du mouvement comme Nirvana, Soundgarden, Mudhoney ou encore The Melvins. Un regard rétrospectif et critique sur la façon dont fut lancée cette nouvelle vague rock des années 90 avant d'être finalement récupérée par l'establishment.

A voir absolument. C'est con, c'est juste tiré d'une VHS, et ça saute tout le temps... Et pis si vous comprenez l'anglais c'est tant mieux, parce que le sous titrage, celui là en tout cas, est bien pourri, et ne vaut pas grand chose en comparaison de celui du dvd...

02/02/2012

Le nouveau scud de Mark Lanegan, Blues Funeral en sortie nationale lundi prochain...

Josh Homme (leader des QOTSA, guitariste de Kyuss et des Screaming Trees) : Mark Lanegan est flippant! C'est le mec le plus méchant que je connaisse et que j'apprécie. C'est aussi l'un des mecs les plus drôles que j'ai rencontré, et la plupart des gens ne connaîtront jamais cette facette de sa personnalité parce qu'ils n'ont tout simplement pas le courage d'aller vers lui... Ce que je peux tout à fait comprendre.

Mark Pickerel (premier batteur des Screaming Trees) : Lanegan venait d'un cercle dont nous avions tous peur. C'était tout à la fois une bande de ploucs, de sportifs sans cervelles, et de drogués (stoner) - et chacun de ceux là étaient les pires dans leurs propre catégorie. Je pense que Mark a joué une saison au football. Mais il était aussi un stoner et il buvait beaucoup, donc c'était dur pour moi d'imaginer qu'il allait à l'église. Beaucoup de gens avaient peur de Mark, parce que s'il était à une soirée et qu'il buvait, il avait toujours dans la tête de foutre sur la gueule de quelqu'un. Mais il était aussi quelqu'un de très aimant, et il était toujours attentionné avec chacun de nous. A chaque fois qu'il y avait un problème nous concernant en ville, si n'importe qui nous emmerdait, il était toujours le premier à prendre notre défense.

Mark Lanegan. Personnage parmi les plus ambivalents de la scène de Seattle. Poète mystique. Jim Morrison grunge. Grand copain d'un certain Kurt Cobain avec qui il reprit ce qui deviendra l'un des inédits de Nirvana, Where did you sleep last night, morceau responsable à lui tout seul de ventes complètement inutiles de quelques centaines de milliers de disques de plus chez Geffen. Et musicien omniprésent au sein de la scène alternative des années 2000, grand habitué du Rancho de la Luna aux cotés de ses amis Josh Homme ou Alan Johannes, et toujours présent auprès de son vieux compère Greg Dully (ex Afghan Whigs, son jumeau chez les Gutter Twins)... Mark Lanegan et bin vous savez quoi, il me donne l'impression d'être un mec sacrément attachant... Bon, de là à lui donner le bon dieu sans confession, on n'en est pas encore là... Et ben savez quoi? Le gars il nous pond un nouvel album qui me ferait vendre père et mère... Un condensé de blues (pas la musique, mais l'esprit) envoutant, sombre, nostalgique, beau à en pleurer. C'est lundi prochain 6 février qu'on pourra le trouver chez les meilleurs (vrais) disquaires, s'ils existent encore... Et pis savez quoi? Le gars il pense sérieusement à revenir en juin ou du moins dans l'été dans notre beau pays pour se faire pardonner de ne pas passer en mars... Sympa quand même le gars... Franchement, putaing de bordel, à écouter ce nouvel album en boucle, il me semble qu'il ne faudra pas louper ça... Déjà que sa discographie solo est impressionnante, là on touche au sublime... La vidéo de The Gravedigger's Song en dessous. Un autre extrait de l'album dans la playlist Deezer à droite...



Le mot de la fin pour... Charles Peterson (photographe mythique de la scène de Seattle) : Au festival de Reading, Mark propose de m'offrir une bière. Sur le chemin vers la tente qui fait office de bar, il se prend les pieds dans un câble qui trainait par terre, et se viande tête la première dans la boue. Il m'a fait jurer de ne jamais en parler à personne.

http://marklanegan.com/. Photo tout en haut : Mark dans la Buick modèle 1967 de Charles Peterson

22/01/2012

Seattle Grunge's Anecdotes : Dan Peters entre Mudhoney, Nirvana et les Screaming Trees

1990. Dan Peters est et restera à jamais "The batteur Of Mudhoney". Mais c'homme là est bien plus que cela. Dan Peters est une figure essentielle, indélébile, voire complètement indétronable, du mouvement Grunge. Dan Peters a joué avec un paquet de groupes du North West, à commencer par Bundle Of Hiss avec son pote Kurt Danielson (futur TAD), un combo purement proto grunge dans le son et l'attitude, et annonciateur à ce titre de bien des bonnes choses... Ouaip, bien sûr il assura derrière les futs chez bien d'autres : Feast, Love Battery, the Fastbacks ou même Valis avec Van Conner... Dan Peters n'a peur de rien, et quand, au court de l'année 1990, Steve Turner décide de mettre en stand-by Mudhoney pour reprendre ses études, Dan, lui, profite de l'opportunité pour voir si il peut tâter de la grosse caisse ailleurs... Enfin, soyons sérieux : ailleurs ici, à Seattle... C'est chez Nirvana qu'il va frapper à la porte, pour participer à une période cruciale de l'histoire du groupe, celle qu'on peut qualifier de "pré Nevermind", celle ou l'on sent la hype autour du groupe monter de toutes parts... Nirvana a l'époque vient de lacher Chad Channing, son batteur historique, et Dale Crover des Melvins assure l'intérim.

Dale Crover (batteur des Melvins) : J'ai joué quelques shows avec Nirvana. On a ouvert pour Sonic Youth sur la côte Ouest. Ils parlaient de me faire jouer sur leur prochain album, mais ils ont finalement décidé de prendre Danny de Mudhoney.

Nils Bernstein (publiciste de Sub Pop) : Il y a eu cette période ou Dan Peters était avec Nirvana, et de mon point de vue ils étaient énormes avec lui. C'est vraiment un batteur intéressant, qui se distingue des autres. C'était une période vraiment excitante - juste entre Bleach et Nevermind.

Dan Peters : Une nuit, c'était au Vogue, j'ai rencontré les copines de Kurt (Cobain) et Krist (Novoselic), Tracy et Shelli, et elles m'ont dit que Nirvana cherchait un nouveau batteur. Steve (Turner) avait décidé de reprendre les cours, donc je leur ai dit que j'étais intéressé. Quelques jours après, j'ai eu un appel de Kurt, et j'ai commencé à jammer avec ces gars. Mais les répét' n'étaient pas vraiment fun, comme chez Mudhoney, où on prenait toujours du bon temps en buvant quelques bières. Mais j'étais heureux de la perspective d'enregistrer ce morceau, Sliver, avec eux.
Kurt Danielson (bassiste de TAD) : A l'époque on enregistrait des démos avec Jack Endino. Pendant la pause de midi, Nirvana est arrivé - Krist, Kurt et Dan - et ils ont enregistré Sliver. Personne ne l'a su, mais tout le matos qu'ils ont utilisé pour enregistrer ce morceau était celui de TAD. On était super heureux de leur laisser l'utiliser, parce que Krist nous avait préparé un énorme spleef qu'on a fumé pendant qu'ils enregistraient.Dan Peters : Le seul show que j'ai joué avec eux, c'était au Motor Sports International Garage à Seattle. Ce concert a été en quelque sorte un élément fondamental de l'histoire du groupe.

Le concert du Motor Sports Garage, un parking couvert qui accueillait au début des 90's un paquet de concerts rock, ce avant d'être démoli, est resté dans les annales des moments les plus puissants de la carrière du groupe. On est le 22 septembre 1990, et l'affiche annonce Nirvana, Melvins, Dwarves et Derelicts. C'est une première pour Nirvana qui dévoile un morceau de son futur album : In Bloom. Dans l'assemblée se trouve un inconnu débarqué à Seattle pour voir ses potes des Melvins et jeter un œil à ce nouveau groupe dont on promet qu'il sera "the next big thing" et avec qui il est déjà en contact : Dave Grolh commence à se dire qu'il pourrait prendre la place de ce fameux Dan Peters...


Julianne Andersen (manager des Supersuckers et de Gas Huffer) : Le concert du Motor Sport? Un grand moment. C'est là que j'ai su (que Nirvana allait exploser).

Jonathan Poneman (co-fondateur de Sub Pop) : C'était un show énorme.

Alice Wheeler (photographe) : Le concert qui a tout changé était celui du Motor Sports Garage - d'un seul coup, il y avait des tonnes de gens, et tu devais demander des pass backstage.

Malheureusement pour lui, Dan Peters est un batteur plutôt "garage". Pas du tout un cogneur. Or Kurt Cobain cherche un vrai frappeur de futs comme peut l'être Dale Crover ou ce gars que lui ont présenté les Melvins : Dave Grolh... Ses jours sont comptés chez Nirvana...

Dan Peters : Le jour juste après le show, il y avait une interview qui était programmé avec une radio de Tacoma, et les gars ont insisté pour que je ne vienne pas. Mais je leur ait dit "Non non je viens". J'y suis allé et j'ai fais l'interview et la séance photo. Mais il y avait ce gars qui était là, il était le batteur de Scream, et il attendait sagement que ça se finisse. Et personne ne m'a rien dit. C'est quelques jours plus tard, en parlant d'une éventuelle tournée anglaise, que Kurt m'annonce qu'ils ont un nouveau batteur. Ce gars de Scream, Dave Grolh. J'ai dit "ok, c'est cool". J'étais un peu pris de court, mais vraiment libéré, parce que Mudhoney avait quelque chose de spécial que je ne retrouvais pas chez Nirvana. Mais avec du recul, je me dis "Aww, Jesus". Ce qui m'a frappé à ce moment là, tout ce qu'ils avaient à faire était d'être honnête avec moi - de ne pas faire les fiottes. La communication n'était vraiment pas leur fort. J'ai appris plus tard que Dave avait répété avec eux avant le show du Motor Sports. Il était surement plus préparé que moi à jouer ce concert.

Juste après ça, Jonathan Poneman m'apprend que Mark Pickerel quitte les Screaming Trees. Je me suis dis "Ok, j'ai du temps, j'adore les Trees". Puis je reçois un coup de téléphone : "Salut, j'ai entendu dire que tu étais intéressé à jouer avec nous". Et j'étais là : "Ouais!!??". Et le gars au téléphone se met juste à rire. "C'est quoi ce bordel, tu te fous de ma gueule?" je lui ai demandé un couple de fois. Et finalement il me dit "C'est Lanegan". Mark est un mec vraiment drôle. Il voulait me foutre les boules.

Gary Lee Conner (guitariste des Screaming Trees) : On a eu cette tournée avec Dan, ça se passait pas trop mal, jusqu'au moment ou le premier de nos deux vans, celui dans lequel Mark était, a eu un accident sur la route. C'était dans le Wyoming, en plein hiver, et il a glissé sur la glace. On a tous cru qu'ils étaient morts. Considérant la gueule du van, c'est un miracle que personne n'ai été sérieusement blessé. A partir de là, Mark s'est remis à boire. Ça a été le début d'années de galère.

Dan Peters : A Chicago, Lanegan a recommencé à boire. On était parti faire les courses avec Mark et Van, et Mark est revenu avec trois bières dans les mains. J'ai ricané en voyant ça, et il m'a demandé "Quoi, y'a un problème?". Et je lui ai répondu : "Qu''est ce que tu fais?". "Je vais boire ça". "Vraiment? Alors je vais en prendre aussi".

Le concert de Chicago marque le début de la fin pour cette tournée, Mark Lanegan quittant la scène après deux morceaux. La tournée sera définitivement annulée en Floride. C'est le retour aux affaires à Seattle, ou Dan reprend contact avec son groupe, le seul, l'unique : Mudhoney.

Dan Peters : Mudhoney avait enregistré "Every Good Boy" juste avant que Steve reprenne les cours, et au retour de la tournée des Trees, le disque était prêt de sortir. Mais en même temps les Trees était pas loin d'enregistrer un nouveau disque, donc j'ai participé aux démos avec eux. C'est là que j'ai réalisé que je devais prendre une décision. J'ai demandé à Steve ou il en était. "Veux tu partir en tournée ou rester à l'université?". Il m'a répondu qu'il pensait qu'on pouvait tourner. C'était la réponse que j'attendais. Autant j'ai adoré travaillé chez les Trees, autant Mudhoney était mon groupe.

14/01/2012

Seattle Grunge's Anecdotes : Smell like Grunge Spirit, ou les dessous malodorants du Grunge...

Danny Bland (guitariste de Catt Butt et bassiste chez les Dwarves) : Les L7 étaient des trous du cul. C'était des mecs. Bordel, elles puaient autant que nous.

Megan Jasper (réceptionniste chez Sub Pop, devenu depuis vice présidente, chanteuse de Dickless) : Je t'ai déjà parlé de ce classement qu'on avait chez Sub Pop, des groupes qui puaient le plus? Non? L7 y était, mais celles qui battaient tous les records, c'était les filles de Babes In Toyland. Un jour qu'elles étaient dans les bureaux de Sub Pop, Geoff Kirk, notre comptable à l'époque, n'a pas pu s’empêcher de les suivre partout pour les arroser avec un spray à chiotte spécial fraicheur. Nirvana était aussi dans la liste. C'était surtout Chad, le batteur. Une fois qu'ils étaient là, ça puait tellement - c'était au delà d'une odeur purement humaine; ça sentait comme une espèce de levure - que tout le monde en était à essayer d'ouvrir les fenêtres. J'ai dis "qu'est ce que c'est que cette odeur?" mais je pensais pas du tout que ça venait de quelqu'un. Et Chad m'a répondu "Oh, je pense que c'est moi".

Le point sur l'agenda live de l'été : Soundgarden, Mudhoney, Pearl Jam, Melvins, Afghan Whigs, Mark Lanegan...

L'été de folie que voilà!!!!

Soundgarden, la grosse affaire. Confirmé début janvier chez GDP... Ca va s'arracher comme du petit pain c't'affaire là, même si la place en fosse avoisine les 56€, ce qui coute quand même un rein... Z'ont pas honte les gars de mettre des prix pareils... Bon, même si d'aucun confirment que GDP est souvent de mèche avec l'orga du Hellfest qui a lieu 15 jours plus tard, j'ai comme mon petit doigt qui me fait de plus en plus hésiter à mettre un kopek sur la venue du groupe à Clisson cette année. Comme dit précédemment, c'est mathématiquement faisable pour Matt Cameron, mais ne lui laisse que peu de repos avant d'attaquer la tournée PJ 20 qui commence le 20 justement... Sans compter que pour le moment, la tournée s'articule plutôt autour de la fin mai début juin (rien après le 7). D'un autre coté, aucune date n'a encore été révélée chez nos amis rosbeefs, ce qui est louche. Ni en Espagne d'ailleurs, ce qui est doublement louche... Sachant que le Download a lieu du 8 au 10 juin, on se rapproche quand même dangereusement du 15, date du Hellfest... A voir donc, j'espère de tout cœur me tromper... PS : (03.02) - Point de Soundgarden dans le programme officiel du Hellfest...

29/05/2012 - Paris, Zénith

Mudhoney nous sort une petite tournée européenne de derrière les fagots, avec pas moins de 5 dates en France... Dont la seule parisienne dans le cadre du Villette Sonique le 27 mai, soit deux jours avant Soundgarden... Ça promet!!! Ce sera en extérieur, et c'est à priori accès libre!!!! Manque plus que le dimanche soit ensoleillé et que les quelqu'autres groupes soient tout aussi sympas, et ce sera le pied intégral...

20/05/2012 - Lyon - Villeurbanne, Transbordeur
25/05/2012 - Metz, Chapelle / Caveau des Trinitaires
27/05/2012 - Paris, Villette Sonique
30/05/2012 - La Rochelle, Sirène
01/06/2012 - Marseille, Cabaret aléatoire de la Friche
29/05/2012 - Louvain, Het Depot pour nos amis belges

The Melvins nous font le plaisir de repasser cette année en France, et ce sera... à Villette Sonique aussi, mais le samedi 26 du coup... Et accompagné svp de... Sleep, groupe mythique précurseur d'un genre que perso j'adore : le stoner... Putaing, 26€ pour voir ces deux groupes, c'est un bonheur... Les places sont déjà en vente. Oh bordel, vous imaginez : Melvins, Mudhoney, Soundgarden en quatre jours... La folie furieuse!!!!!! Même dans mes rêves les plus fous, ça serait jamais arrivé!!!

26/05/2012 - Paris, Villette Sonique

Pearl Jam, on le sait tous, présent au Mainsquare à Arras, festival qui pue la frite rance à douze km et où la tenue de chaussures de chantier est de rigueur vu le nombre de péquins au m²... Il n'en reste pas moins que c'est PJ, un des meilleurs groupes live de tous les temps...

30/06/2012 - Arras, MainSquare Festival
29/06/2012 - Werchter Festival pour nos toujours amis belges

The Afghan Whigs se reforment, repartent en tournée, et... ne passent pas par la France pour le moment, mais y'a moyen de faire un saut en Belgique ou au Luxembourg pour les voir... Afghan Whigs, c'est encore un de ces groupes qui n'ont pas connu la notoriété à laquelle ils auraient pu légitimement aspirer. Vraiment un truc à voir je pense... Z'ont l'air d'avoir quand même une bonne cote, parce que le concert de Bruxelles, et ben il est déjà complet. La loose...

11/06/2012 - Luxembourg, Den Atelier
13/06/2012 - Bruxelles, Cirque Royale (déjà complet)

Mark Lanegan n'a pas oublié sa promesse de passer nous voir, après nous avoir snobé pour sa tournée européenne de mars-avril. C'est à Rock en Seine qu'il vient d'être confirmé. Quel jour?, on ne le sait point pour le moment. Présent également à la Route du Rock à St Malo, au sein d'une belle affiche de groupes indés, de mon point de vue, ça vaut bien le coup :

11/08/2012 - St Malo, Festival Route du Rock

24-25-26/08/2012 - Saint Cloud, Festival Rock en Seine

Voili voilou pour les news du moment!!!! Attendez : là, c'est proprement hallucinant, cet été c'est tout le Seattle Sound qui passe en France!!!!! On n'avait jamais vu ça, et pire, on n'aurait jamais imaginé que ça puisse exister un truc de ce genre!!! Si certains d'entre vous veulent se prendre un petit verre en terrasse avec moi et Sly de Seattle Sound avant les concerts de Mudhoney, Melvins ou Soundgarden, c'est possible... Me contacter en laissant un message dans les commentaires...

07/01/2012

The Blackouts, à mi chemin entre grunge et indus

The Blackouts étaient probablement le meilleur groupe à jamais être sorti de Seattle. Amazing. Jim Tillman (bassiste des U Men et de Love Battery)

Larry Reid (manager des U Men) : The Blackouts étaient probablement les précurseurs de ce qui a été plus tard connu comme le Seattle Sound. Ils n'étaient pas un groupe punk rock standard, basique - ils avaient un son plutôt sophistiqué et un vrai sens de l'instrumentation. Un groupe vraiment influent.

Les Blackouts se forment en 1979 sur les cendres des Telepaths, un des premiers groupes punk de Seattle, et enregistrent dans la foulée un premier single intitulé Music : 528 seconds. Le groupe est alors composé de Eric Werner au chant, Bill Rieflin à la batterie, Roland Barker au synthé et Mike Davidson à la basse.

Bill Rieflin (batteur des Blackouts, puis de Ministry et REM) : Je me souviens quand Eric Werner, après le split des Telepaths, m'a demandé si je voulais monter un nouveau groupe avec lui et le bassiste des Telepaths. Je détestais cette idée - être dans un "rock trio". Donc j'ai dis non, sauf si il trouvait un quatrième élément. Robert Barker, avec qui je vivais, jouait du synthé et du saxo. Il était un peu réticent au début, mais on ne l'a pas lâché jusqu'à ce qu'il accepte. C'est comme ça que les Blackouts se sont formés. Paul Barker à rejoint le groupe en 1981 - il vivait en Allemagne. (...) Les Telepaths étaient un groupe punk plein d'intensité et de puissance. on voulait dépasser ça, revenir à une simplicité un peu poisseuse. On était plus dans Gang Of Four ou les premiers Talking Heads.

C'est véritablement l'Ep Men In Motion (1981) qui va définir le son du groupe. Hurlements dissonants et morceaux déstructurés. No Wave en somme. C'est l'époque ou le groupe trouve sa véritable identité, par la force des choses. Mike Davidson lâche l'affaire, lassé de devoir batailler pour trouver de quoi tourner. Il est donc remplacé par Paul Barker, frangin de Roland de retour d'Allemagne. Surtout, le synthé de Roland Barker est volé lors d'un enregistrement de son autre groupe, les Young Scientist, au Showbox. Roland s'attelle donc par défaut à son deuxième instrument : le saxophone.

Bill Rieflin : Les Blackouts ne seraient jamais vraiment devenu les Blackouts si on ne s'était pas fait volé notre matos. On a perdu Mike au même moment. Par la force des choses on est devenu un "trois pièces" : basse, saxo, batterie. Ça a vraiment reconfiguré, redéfini ce qu'était les Blackouts. Notre son en a été réduit à l'essentiel, il a gagné un caractère plus tribal. Il est devenu plus condensé, unique en un sens.

Daniel House (bassiste de Skin Yard, fondateur de C/Z Records) : Leur musique avait un coté tranchant, angulaire, angoissant - comme du verre brisé.

C'est au même moment que le groupe gagne son statut de groupe "live", ce grâce à des performances scéniques remarquables et à un fort sens de l'imagination. Une touche artistique qu'on retrouvera dans nombre de leurs futurs shows et vidéos à venir.

Paul Barker (bassiste des Blackouts, Ministry) : On a joué un show dans ce club horrible sur Pionner Square, le Baby's O's. On ouvrait pour un groupe de bar merdique (qui s'avéra être un obscur groupe power pop du nom de Heats). On n'était pas connecté à cette scène là, on était parti intégrante de la scène punk. Donc on s'est dit : "si on doit ouvrir pour ce foutu groupe, alors essayons de faire quelque chose de génial. Notre manager avait mit la main sur une dizaine de litres de sang de cochon chez un boucher, et on a donc décidé qu'on se couvrirait de cendres et de sang de cochon, et qu'on jouerait comme ça. On l'a fait et c'était incroyablement affreux (rires). je me souviens pas comment le concert a été perçu, mais c'était vraiment crade. Mais bon, au final est ce que quelqu'un y a trouvé quelque chose à redire à l'époque?

Dave Dederer (guitariste des Presidents Of The United States of America) : C'est un des meilleurs groupes que j'ai jamais vu. La première fois, c'était en 1982. J'allais voir Killing Joke, et ils ouvraient. J'avais entendu leur Ep, Men In Motion. Bill Rieflin avait ce fantastique son de caisse claire. Ils étaient juste incroyables. Et Eric, le chanteur, était un énorme frontman. Ils ont éclaté Killing Joke.

Bill Rieflin : Notre manager de l'époque bossait au Showbox Theater, et ils faisaient venir un paquet de groupes de renommée nationale et internationale. Ce qui fait qu'on ouvrait souvent pour ce genre de groupe. En un sens, ça ne nous a pas rendu vraiment populaires. on jouait beaucoup et on était très bon en live - on n'a juste pas fait beaucoup de disques.

Larry Reid : Malheureusement, c'est au moment ou ils ont atteint une sorte de pic artistique qu'ils ont quitté la ville. Ça a laissé un vide, qui a été comblé immédiatement par des groupes au style plus proche de ce qu'on défini habituellement par "grunge"

The Blackouts bougent alors jusqu'à Boston, prétextant que la côte Est pourra les aider à accéder à une plus grande popularité. Ils s'acoquinent alors avec le tout nouveau label Wax Trax (devenu légendaire depuis, ayant signé la crème de tout ce qu'on nomme no wave, punk ou indus dans les années qui suivirent : Front 242, KMFDM, Front Line Assembly, Young Gods, et tout ce que les membres de Ministry comptent de projets parallèles), pour signer l'Ep Lost Soul's Club avec un petit jeunot qui débute à la production : Al Jourgensen. Le groupe signe quelques concerts toujours aussi outrageux à New York et Philadelphie. C'est lors de l'un d'eux qu'ils font fureurs en se déguisant tous en juifs hasidiques, à l'exception de Roland Barker, habillé en officier nazi.

Bill Rieflin : L'idée qu'on avait en venant sur la cote Est était de jouer sur New York, mais de vivre à Boston, ou la vie était moins chère. C'était juste horrible. On a juste joué deux ou trois fois à New York. On était tous ensemble dans un tout petit appartement avec des cafards 50000 fois plus nombreux que nous. Je me faisais 60$ la semaine à vendre des muffins avec des ados dans la rue. On a probablement juste écrit 5 morceaux en tout et pour tout quand on était là bas.

Paul Barker : On a vécu un couple d'année à Boston, on jouait à droite à gauche. Mais petit à petit on s'est tous plus ou moins laissé enfermé dans le quotidien, et pour finir on pensait plus à savoir comment payer notre loyer qu'à faire tourner le groupe. On a pensé que si ça devait se passer comme ça, pourquoi ne pas choisir de vivre dans un endroit où on a vraiment envie de vivre. On a bougé à San Francisco. Chacun a essayé de se trouver un job, et on s'est mis à faire quelques concerts. Mais est arrivé un moment ou plus rien ne se passait pour nous. Même si on appréciait tous ce groupe, le groupe en lui même n'avait plus assez d'énergie. Il y avait comme un sentiment d'apathie - on a splitté.

C'est à ce moment qu'Al Jourgensen, qui vient de sortir en solo le premier album de Ministry (Twitch), chez Wax Trax, et qui cherche des musiciens pour partir en tournée, recontacte Paul Barker. Alors que les Blackouts avaient évolué d'une musique pop avant gardiste vers ce qu'on peut qualifier de noise expérimental, Jourgensen, quand à lui, cherche à faire évoluer son bébé, Ministry, vers quelque chose de plus "in your face", un nouveau son noise hardcore teinté d'éléctronique... Ministry était en quelque sorte une suite logique pour les ex-membres des Blackouts. Paul Barker deviendra l'alter ego de Jourgensen au sein du groupe, pour ce qui en deviendra la période la plus aboutie, alors que Bill Rieflin en assurera officieusement la batterie (il n'est crédité souvent que dans les guest) jusqu'au milieu des 90's, avant d'aller rejoindre REM en 2003 jusqu'à leur séparation en 2011. Il collaborera aussi avec Robert Fripp de King Crimson ou Scott Mc Caughey des Young Fresh Fellows.

Paul Barker : Quand on vivait à Boston, on a rencontré Al Jourgensen - il avait produit un Ep pour le groupe. Je suis resté en contact avec lui, et après Twitch, il voulait qu'on monte un vrai groupe ensemble. Donc j'ai demandé à Bill Rieflin et Roland Barker - et nous sommes tous les trois parti en tournée avec Ministry en 1986

En 2004, K Records a sorti un best of retraçant l'ensemble de la carrière des Blackouts : History in Reverse...

Ben Shepherd (bassiste de Soundgarden) : Un de mes groupes préférés était les Blackouts. C'est un disque que tu dois trouver (History In Reverse).

Paul Barker : Un jour que j'étais en ballade avec Kim Thayil, il m'a dit : "Je me souvient du dernier concert des Blackouts au Lincoln Hall de Seattle - c'était vraiment triste. J'étais là bas avec mes amis et tout le monde était vraiment bouleversé. Je lui ai répondu : "Ah bon? Je pensais que tout le monde s'en foutait"

Une vidéo originale de 1982 pour la promotion du single Idiot pour Wax Trax, un peu kitch, qui témoigne bien du penchant artistique des bonhommes... Son un peu pourri cependant, z'ont l'air d'un groupe de midinettes. Le même morceau avec du vrai son et un groove autrement meilleur, accompagné d'un autre, tout aussi excellent, dans la playlist Grooveshark à droite... Une vidéo de Ministry période Barker / Rieflin en sus : NWO avec un fourre tout d'images live... Bien puissant... Ministry c'est des contemporains des groupes de Seattle, ils ont percés en même temps et c'est un peu hallucinant de voir que c'est un groupe qui est, encore une fois, composé de natifs de Seattle. Imaginez la prépondérance de la sub culture seattlelienne au Lollapalooza 91 avec Soundgarden, Pearl Jam, Ministry ou le Jim Rose Circus!!!