Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

01/03/2013

Peter Bagge et Buddy Bradley, où le Comic made in Seattle...

 

Le Northwest, on l'a vu, peut être considéré à la fin des années 80 et au début de l'explosion grunge comme l'épicentre géographique de l'ère du temps. Là où tout se passe, de là en tout cas où sortira le meilleur de la culture américaine des années 90... Matt Groening et les Simpsons, Art Chantry, The Jim Rose Circus Sideshow, le Grunge, Pearl Jam, Soundgarden, Nirvana, les Riot Grrrls, Sub Pop. On en trouve encore un exemple avec Peter Bagge, jeune illustrateur de comics à l'américaine, installé depuis 1984 à Seattle.

Bagge est un des élèves de l'illustre maître du comic alternatif américain (j'entend par là : le comic sans super héros), j'ai nommé Robert Crumb, et accède à une certaine notoriété en rentrant dans l'équipe de Weirdo, le légendaire magazine créée par Crumb. Il en deviendra le grand chef de 1983 à 1986... Bagge en profite pour peaufiner la série de son invention : les Bradleys, une famille de dégénérés de banlieue. En sortira quelques années plus tard la Bd Hate, mettant en scène la vie déglinguée, merdique, sans avenir de Buddy, le cadet des Bradley, lequel deviendra une des références des pseudo paumés de la X Generation... Peter Bagge est alors hissé au rang d'artiste majeur de son temps, bien malgré lui et grâce, finalement, à un heureux concours de circonstances (toujours pareil : à la bonne place au bon moment), ce alors même que Buddy Bradley se veut une satire de l'esprit slackers du moment...

Bagge démarre les aventures de Buddy à Seattle entre 1989 et 1990, soit une année avant que Smells Like Teen Spirit se mette à tourner en boucle sur les radios. Le timing parfait sera le garant de son succès, mais pèsera de tout son poids sur le reste de sa carrière. Ironiquement, Bagge n'est pas vraiment fan de musique grunge...

Peter Bagge : Certains diront que le grunge a contribué à la popularité de Hate, mais Hate a autant souffert de cette association qu'il en a profité. Beaucoup de gens n'ont pas prit Hate au sérieux à cause de ça. Toute une catégorie de gens est devenue allergique aux termes « Grunge » ou « Génération X », et le fait que Hate y soit associé a fait que ces derniers ont refusé de s'y intéresser. 

(...) Quand j'ai commencé Hate, bien que terme grunge existait déjà, il n'était pas devenu un nom commun dans les foyers américains. Les deux premières années d'existence de Hate, la bd s'est plutôt bien vendue. Ce qui a tout changé c'est quand Nevermind est arrivé. Seattle est soudain devenue la destination préférée des journalistes. Curieusement, quand le phénomène grunge est arrivé, les ventes ne se sont pas envolées. Elles sont plus où moins restées les mêmes. On aurait pu penser, et certainement je l'espérais moi même, qu'à cause de cette attention continue des médias, les gens se seraient mis à acheter ma bd, mais ça n'est vraiment pas arrivé. Ça montre finalement que l'impact des comics de ce genre au States se limite à un petit nombre de personnes... Sans compter que, comme je l'ai dit plus haut, un paquet de gens ont mis un point d'honneur à ne pas lire Hate juste parce que c'était associé au grunge. C'est malheureux car ils l'auraient surement apprécié. L'autre problème, c'est que beaucoup ont dit que j'avais profité du train « Grunge » pour sauter dans un des wagons, ce qui n'était vraiment pas le cas. C'était juste une coïncidence. Toute cette histoire a eu l'effet d'une épée à double tranchant pour moi.

(…) J'ai mis en scène Buddy à Seattle, parce que c'était où je vivais. Mais pour moi ça n'avait pas vraiment d'importance : Buddy aurait pu vivre n'importe où. Mais tout d'un coup, Seattle est devenue SEATTLE, à cause du business grunge. (…) Pour moi Seattle est toujours la même. Pas de différences. Pendant une brève période après Nirvana, beaucoup de gens venaient visiter la ville. Et puis ils sont repartis aussi vite qu'ils sont arrivés. Pareil dans la scène comics alternative dont je suis... Beaucoup de dessinateurs sont venus ici pour je ne sais quelle raison. Je sais pas ce qu'ils pensaient qu'il allait arriver, peut être qu'ils attendaient qu'une poussière divine se pose sur eux et qu'ils pourraient devenir riches? 

Peter Bagge est accessoirement un artiste multi talents, et notamment musicien au sein de Actions Suits, son groupe power pop, signé un temps sur Man's Ruins, le label plutôt orienté stoner de Frank Kozic, autre illustrateur de talent. Attaché à Seattle, Bagge servira également la cause de la scène locale en collaborant avec Sub Pop et quelques autres groupes locaux... 

J'étais tellement en dehors de ça. J'avais pas réalisé l'importance de l'utilisation de l'héroïne au sein de la scène grunge. J'avais dessiné un groupe, et je voulais y joindre les paroles les plus absurdes qui soient. Donc j'avais le chanteur qui criait "I Scream, you scream, we all scream for heroïn". Je pensais qu'il n'y avait pas d'héroïne à Seattle. Puis on m'a informé que l'héroïne était un vrai fléau dans le coin (rires). Beaucoup de monde dans la communauté musicale était très vexé. Mais plus tard j'ai appris que certaines personnes qui étaient addicts à l'héroïne avaient trouvé ça hilarant! Comme Mark Arm. Pavitt et Poneman ont trouvé ça très marrant aussi. Et deux trois fois ils m'ont demandé de faire des variations à partir de ce dessin pour des t-shirts, ou des posters. Ils m'ont fait écrire : "I scream, you scream, we all scream for a fashion spread in Vogue"
 
(…) J'ai jamais détesté le genre musical, mais j'ai jamais été un grand fan. Je trouvais la plupart des groupes horribles. Mon groupe préféré – ok j'aimais Nirvana, mais la plupart des trucs qu'ils faisaient, j'étais loin d'en être fou – c'était TAD. Pour moi TAD était meilleur que Nirvana. Mais Tad pesait 180 kg. Il n'avait pas de valeur marchande. (…) J'ai pas autant de mépris pour le grunge que Buddy. Buddy est un personnage semi-autobiographique. Il est plus irascible, plus négatif. Mais c'est comme dans tout type de musique, il y avait beaucoup de groupes grunge qui étaient merdiques. Mais certains étaient vraiment bons.

Une petite vidéo d'un épisode de l'adaptation dessin animée de Buddy Bradley... Tout savoir sur Peter Bagge Ici...

23/02/2013

Seattle Grunge's Anecdotes : Tad Doyle en mode stage diving!!!


Bruce Fairweather (guitariste de Mother Love Bone et Green River, bassiste de Love Battery) : Y'a une histoire sur Tad que j'aime beaucoup raconter. Mudhoney jouait ce soir là au MotorSports Garage. Ma copine et moi étions sur le coté de la scène à mater le show. Tout d'un coup, je vois une forme filer devant moi, je regarde, et c'était Tad. C'était l'époque où il était au top de sa forme, mec - il pesait probablement plus de 170 kg. Il courait comme un dingue et a sauté dans la foule. Stage diving. Il a fallu une vingtaine de personnes pour le réceptionner. Ils étaient tous là à en chier comme des turcs : "Putain de merde!!!!!". C'est un miracle que personne n'ai été tué.


TAD où le grunge incarné... L'actualité de Tad Doyle Ici. Pour une revisite de l'histoire du groupe :

09/02/2013

Zoom sur Cyril Jégou, auteur de "Pearl Jam au pays du grunge"...

Si si j'vous assure, aujourd'hui on trouve encore des gars courageux. Des gars qui n'en veulent. Des gars qui se fichent royalement de se faire du fric (putaing ça existe cette race là de nos jours?), et qui se laissent guider par leur(s) passion(s)... On en a rencontré un pour de vrai, pas plus tard que y'a 15 jours, dans un vieux (mais sympathique) rade d'Angers, au fond d'une vieille cave humide qui sert de défouloir pour excités du riff en tout genre, le T'es Rock Coco... Le gars il tenait la guitare pour un groupe qu'il a monté avec ses potes rennais, et qui sonne sacrément 90's... Cyril Jégou, je l'avais déjà eu une fois ou deux au tél, il m'avait sympathiquement envoyé il y a quelques mois le 6 titres de son groupe, Golden Age Of Monkeys, et franchement j'avais bien trippé dessus... Un savant mélange de mélodies et de puissance sonore, quelque chose qui rappelle étrangement l'age d'or du rock alternatif... En live, les mélodies sont toujours là, emmenée par la voix la plupart du temps douce et lancinante, mais parfois franchement déraillée, d'une chanteuse dont on se demande comment un bout d'bonne femme comme ça peut gueuler comme ça... Mais aussi, en live, c'est ça l'avantage : la puissance est démultipliée, et là on s'en est pris plein la gueule. Ça envoie du gros... Cyril est aussi accessoirement dessinateur bd de talent (putaing une bande dessinée sur Pearl Jam c'est unique ça!!!) , et écrivain à ses heures perdus. Bref, un touche à tout qui cherche d'abord à se faire plaisir... On parlait de Do It Yourself dans le dernier post. En voilà un bel exemple. Et par un gars humble et modeste comme tout... Mr Jégou est un grand fan de Pearl Jam, et a donc sorti à ce titre il y a bien peut être une année maintenant, un bon petit bouquin intitulé "Pearl Jam au pays du grunge"... Et comme il est d'actualité que ce bouquin réaugmenté sorte éventuellement chez Camion Blanc, ben c'était l'occase d'avoir le bonhomme une nouvelle fois au bigophone, histoire de mieux cerner le personnage...

Seattle Grunge : Bon Cyril, pourquoi un bouquin sur Pearl Jam?

Cyril Jégou : Parce qu'il n'y a pas de livres en français qui retrace l'histoire du groupe... Et aussi parce qu'il y a un truc qui m'a toujours énervé, c'est les dénigrements de la presse française au sujet du groupe... C'est un peu ça qui m'a incité à écrire ce bouquin... 

SG : Pourquoi PJ à travers l'histoire du grunge? 

CJ : Simplement : je trouvais intéressant de remettre Pearl Jam dans son contexte. La première partie de la vie du groupe est vraiment indissociable de l'histoire du grunge de Seattle. J'aurais fais un bouquin sur U2 ça n'aurait eu aucun intérêt de s'y prendre de cette manière. Mais pour PJ, on voit bien que certains des gars de ce groupe ont depuis toujours fait parti de cette communauté de musiciens qui sont à l'origine du mouvement... C'est une scène incestueuse comme ils disent, et ces gars en ont toujours été. Point barre. Ca permet de comprendre comment PJ en est arrivé là ou il est aujourd'hui. Et puis une chose : je prend comme exemple le seul morceau que PJ ai jamais sorti chez Sub Pop, sur la BOF du docu Hype!. C'est une version live de Not For You pour Self Pollution Radio, et sur le livret les mecs de Sub Pop ont noté sur le ton de la blague : "Ils nous ont demandé de sortir leur premier single, mais on a trouvé ça trop commercial. Un an plus tard on était au bord de la banqueroute. Pearl Jam est la conscience sociale de notre rock nation". Pour moi ça veut tout dire : ce groupe est l'épicentre social de la scène rock de Seattle... Ça m'a toujours passablement énervé de voir qu'ils étaient taxés de commercial, alors je voulais vraiment montrer qu'ils étaient issus d'une certaine lignée... C'est pour cette raison que j'ai choisis de démarrer le bouquin par la fin des années 70, qui sont la génèse du grunge, et par la même occasion de Pearl Jam...

SG : Comment tu t'y es pris pour orienter tes recherches documentaires? 

CJ J'ai d'abord commencé par rassembler tout ce que je savais sur le sujet, puis ensuite par vérifier la véracité de tout ça... Ensuite, j'ai eu un gros travail de recherche sur magazines, vieilles coupures de presses, et mine de rien, pas mal de truc sur internet. Et puis le bouquin de Greg Prato m'a bien aidé aussi... Tu sais, si tu commences à fouiller dans tout ce qui s'est dit sur PJ, tu tombes fatalement sur des tonnes de rumeurs, surtout pour la première période du groupe, les années 1993-94. Tout ça pour dire qu'en rassemblant un maximum de documentation, j'avais en main de quoi confronter les points de vue et faire la part des choses... Rassembler cette doc a été comme un grand jeu de piste... Concernant cette première mouture, j'ai illustré moi même le livre, mais pour la version Camion Blanc, j'ai cherché des photos libre de droit, et les membres du forum PJ m'ont beaucoup aidé en faisant jouer leur réseau...Si tout va bien, ma bd sur Pearl Jam sera incluse dans la version Camion Blanc...


SG : Justement, tu as sorti d'abord ton bouquin via un imprimeur sur le net, une sorte d'auto prod en somme... Pourquoi le choix de Camion Blanc ensuite?

CJ : J'aurais préféré vraiment auto produire la première mouture du bouquin dans le vrai sens du terme, mais pour ça c'est mieux si on a une petite somme d'argent pour commencer, parce qu'en général les imprimeurs ne bossent pas pour moins de 1000 exemplaires... Je me suis rabattu sur cette formule d'impression en ligne, qui, à défaut d'être satisfaisante, m'a permit de sortir rapidement mon travail, et d'écouler une centaine d'exemplaires, sans compter les versions pdf... J'ai eu de bonnes critiques sur certains webzines et magazines, qui m'ont pas mal aidé... Le contact avec Camion Blanc, je sais plus trop comment ça s'est fait... Je me rappelle les avoir contacté d'abord par lettre. Mais peut être que l'élément déterminant, c'est le contact que j'ai eu avec Brice Tollemer qui lui avait les siens chez Camion Blanc... Le principe de l'impression en ligne a ses limites, et j'avais vraiment envie d'approcher quelque chose de plus professionnel, de tâter le monde de l'édition... Mais ceci dit, il n'y a aucune raison pour qu'une auto production ne fonctionne pas... Après il faut juste trouver le bon tarif, et y'a un gros boulot de com' à faire soi même si on choisit cette option..

SG : As tu une date à nous donner pour la sortie? 

CJ : Pour l'instant ça reste mystérieux, c'est une petite maison d'édition, très ciblée aussi, et avec peu de moyens... Donc on verra... Mais tout est prèt pour une sortie rapide, le taf est finalisé... Reste plus qu'à...

SG : Parallèlement à l'écriture, tu es à l'origine d'un groupe au son très alternatif 90's : Golden Age Of Monkeys... Peux tu nous en parler un peu plus?

CJ : Concernant Golden Age Of Monkeys, on se concentre pour l'instant sur les concerts... On a sorti un 6 titres dernièrement, toutes des compos originales, et perso moi c'est ce que j'aime : le travail de studio... C'est mon ambition avec ce groupe : faire un album d'abord, puis éventuellement j'adorerais tourner sur une plus grande aire géographique, et pourquoi pas en Europe, juste une fois... Mais bon, c'est un objectif encore lointain. Après, je sais pertinemment que j'en ferais pas ma vie, mais j'ai juste envie de prendre plaisir avec ce groupe, de m'éclater, et de réaliser ce qu'il est possible de faire ensemble...

Merci à toi Cyril et au plaisir de te croiser à nouveau!!! Deux petites vidéos pour découvrir Golden Age Of Monkeys. Le premier morceau est mon préféré!!! Mais l'autre a une petite touche féminine qui n'est pas pour me déplaire non plus... Pour acheter Pearl Jam au pays du Grunge, voir sur la colonne à droite. Cyril a accessoirement écrit pour GoToSeattleGrunge un compte rendu sur le dernier concert français de PJ, à Arras l'année dernière... Lequel reste le post le plus consulté à ce jour sur ce foutu blog... Comme quoi Pearl Jam c'est vendeur... Putaing Cyril t'as peut être choisi le bon groupe pour te faire un peu de fric héhé!!!!

02/02/2013

Review bouquin très subjective : Do It Yourself! de Fabien Hein

Les gens s'imaginent généralement que le monde de la musique tourne avec des tas de gens chargés de faire le boulot à ta place. Mais ce n'est pas punk rock. Nous venons d'un monde où l'on fait les choses par nous même. (Ian McKay)

Rraaahh putaing, enfin un bouquin en français qui parle de culture punk pour de vrai, documenté pour de vrai, et écrit par un vrai fan... Fabien Hein était déjà connu du petit monde du punk pour avoir sorti il y a pas si longtemps un beau travail intitulé "Ma petite entreprise punk : sociologie du système D", où il décrit dans le détail la dure, mais tellement riche, vie d'un combo punk lambda (en l’occurrence les Flying Donuts). Cette fois ci, on a droit à "Do It Yourself : autodétermination et culture punk". DIY, où quelque part, l'autre nom chez les anglophiles pour système D... Un sujet existentiel au sein du mouvement punk. Et aussi pour votre serviteur, particulièrement intéressé qu'il est par faire tout avec rien.

Même si le bouquin suit un certain ordre chronologique, depuis 1977 et l'arrivée du punk anglais, et ce jusqu'à aujourd'hui, ici on ne revisite pas l'histoire du mouvement punk, mais on cherche surtout à en déterminer l'essence, la raison de vivre, les motivations... Et ce qui peut sembler en être les dérives... Ou l'on constate que, effectivement, ceux qui apparaissent aujourd'hui comme les groupes punks les plus respectés de tous les temps à jamais, Sex Pistols et Clash en tête, sont aussi ceux qui ont le plus rapidement signé des contrats avec les majors... La question est donc posée : l'esprit punk est t'il tout fait de DIY où le DIY n'est t'il qu'un moyen d'expression parmi d'autres au sein du mouvement punk? Le DIY est t'il un simple moyen d'accéder à un but précis, où une fin en soi avec une portée plus globale? Autrement dit : être punk veut t'il dire être simple fan de musique punk où alors, si l'on creuse, est t'il question de chercher à remettre en cause une certaine société dont les valeurs ne nous paraissent pas justes et égales pour tous, quitte à tenter d'inventer de nouvelles règles du jeu, en se retroussant les manches et en se disant qu'on peut faire beaucoup par soi même? 


Bon, je dis pas pour les Sex Pistols, que j'ai toujours personnellement considérés comme des rigolos (après tout ils n'ont sorti qu'un album, et quoi qu'on en dise, ils n'étaient que le moyen qu'avait trouvé le fameux Malcom McLaren pour se faire du fric...). Mais les Clash, extraordinaire groupe au demeurant, ont su profiter de la puissance d'exposition de leur maison de disque pour faire passer de vrais bons messages à portée sociale... Fabien Hein s'attache donc tout au long du livre à mettre en lumière toutes ces contradictions qui scinderont le mouvement en deux : les puristes et ceux qui le sont moins. D'autre part, en passant à la moulinette moults expériences réalisées dans tous les domaines d'expression punk, et en fouinant dans la vie de deux groupes au parcourt exemplaire en la matière, les anglais de Crass et les américains de Fugazi, il s'efforce de définir au mieux ce que représente le Do It Yourself, et pourquoi nombres de petits punkeux en ont fait le garant de leur liberté d'être et de vivre, tout simplement...

Merci cependant Mr Hein de montrer que le DIY n'est pas que l'apanage du mouvement punk, mais celui des insurgés, contestataires, révolutionnaires dans l'âme de toutes époques et de tous lieux. Merci Mr Hein de faire allusion à un certain Henry David Thoreau, père de la désobéissance civile et écologiste avant l'heure. J'allais même dire que "Faire par soi-même" est pratique courante depuis que l'homme est homme... Il suffit cependant qu'on arrive à l'avènement d'un certain capitalisme moderne pour que d'autres s'attachent à faire les choses à notre place : cuisiner (les plats préparés au supermarché, ou MacDonald), cultiver (avec quelques pesticides en plus), gérer notre argent (merci Lehman Brothers et toutes les banques qui ne nous veulent que du bien), nous soigner (soyons clair : le but premier de l'industrie pharmaceutique est bien de faire de l'argent, pas de nous rendre la santé...), et même penser (les politiciens sont très bons pour ça : exemple les OGM, toujours pas interdits en France alors que 80% des français sont contre)... Le poids des lobbies est assez ahurissant... Ou l'on se rend compte qu'une démocratie mise au service d'un système marchand et productiviste va peut être à contre courant de ce pourquoi elle a été inventée...


En résumé, faire par soi même, c'est véritablement reprendre sa vie en main sans la laisser entre les doigts de ceux qui sont censer savoir mieux que soi... Faire à son petit niveau, comme une goutte d'eau qui mine de rien, est essentielle pour éteindre un grand feu. C'est réellement ça qu'ont voulu expérimenter Crass et Fugazi, qui ont poussé à l’extrême l'expérimentation dans ce domaine. "Notre objectif premier consiste à être nous même au sein de notre propre groupe et à ne jamais devenir la propriété de quiconque. Et dans un second temps, à être utile à notre communauté" (Ian McKay). Crass en est sorti lessivé, concassé par tant d'effort pour aller à contre courant. Fugazi, et son leader Ian McKay (au passage modèle pour nombres de musiciens de Seattle à l'époque), à travers leur label Dischord Records, ont quand à eux su sublimer le modèle, au prix d'efforts constant, d'une intégrité sans faille (ils ont toujours catégoriquement refusé les appels des majors et autres interviews de Rolling Stone et consorts), et d'un mode de vie que très peu auraient eu le courage de vivre, qui font dire que pratiquer le DIY oui, mais pas sans savoir s'organiser et compter. DIY oui, mais les pieds sur terre d'abord!!!!

Au final, on est ravi de ce petit bouquin, qui, même s'il n'aborde pas notre sujet, celui du grunge de Seattle (qui quoi qu'on en dise, de ses débuts jusqu'à la fin des années 80, n'était fait que de ça), fait complètement fi de ce qui s'est passé à Olympia dans les années 80 et 90 (merde alors : l'International Pop Underground Convention, si ça c'est pas du DIY), et ne parle que peu des Riot Grrrl, reste un très bon moment de lecture où l'on apprend pleins de bonnes choses. Qui surtout, nous font réfléchir et dire que, oui on n'a pas beaucoup de moyens, mais non, ça veut pas dire que rien ne peut être fait. Tout est affaire d'abord de volonté. Les solutions viendront en leur temps.



A noter que les Buzzcocks furent le tout premier groupe de l'histoire du punk à sortir un disque entièrement autoproduit, en l’occurrence le maxi Spiral Scratch en 1977, ce pour l'équivalent de 3500€ actuels. Enregistré en 3 heures top chrono, il se serait vendu à 16000 exemplaires en 9 mois. Et ben savez quoi? Les Buzzcocks seront visibles et écoutables au Hellfest en juin prochain. Attendue sera aussi la prestation de Walking Papers, ainsi que celle d'Alice In Chains (même si pour le moment pas sur l'affiche, après l'avoir été, on le sait hein l'équipe du Hellfest, qu'ils en seront)... Du bon donc, en sus de tout l'armada stoner doom sludge (Spiritual Beggars, Sleep, Cult Of Luna, The Sword etc...) et autres ZZTop, Kiss, Down, Korn ou Stone Sour qui eux, fouleront les grosses scènes...

Turnover live par Fugazi + une reprise du Pulled Up de Fugazi couplée avec Rockin' De Neil Young en vidéo par Pearl Jam en 1992... Vedder est un grand fan et accessoirement ami de Ian McKay... Ceux qui veulent en savoir plus sur les relations entre grand capital et grandes démocraties peuvent lire "Une histoire populaire de l'empire américain", adaptation bd du chef d'oeuvre d'Howard Zinn, un des plus grands critique du modèle américain... Photos : Ian McKay et Henry Rollins (Black Flag) lors d'un concert de Minor Threat début 80' + Ian McKay et Jeff Nelson dans les bureaux de Dischord - Washington DC).

27/01/2013

Seattle Grunge's Anecdotes : Alice In Chains est t'il vendu?


Pour fêter ce qui est officiellement officieux mais va devenir officiel sous peu, c'est à dire un passage en France, et certainement au Hellfest, l'été prochain, d'Alice In Chains, on revient rapidement sur la controverse Alice, celle qui a longtemps alimenté les conversations : Alice In Chains est t'il un vendu du "grunge", un simple profiteur ou plus que ça???

Jerry Cantrell : On était inspiré par tous ces groupes, spécialement Soundgarden, mais on avait notre propre façon de faire, notre propre son. Seattle n'était pas comme nombre de ces communautés musicales que j'ai vu et où tout le monde essaie de faire ce qui est à la mode. On était tous des rockeurs, mais personne n'essayait de copier le truc de l'autre. C'était une compétition respectueuse.

Grant Alden (journaliste à The Rocket) : Il y avait une série de groupes qui avaient vu ce qui marchait et qui ont commencé à copier ça. Je pense qu'Alice In Chains était l'un d'eux. Ca ne veut pas dire qu'ils étaient sans talent, mais ça veut dire dans un certain sens qu'ils étaient sans âme. Si Alice In Chains a eu une telle carrière, ce n'est certainement pas grace à moi, et c'est bien le signe de mon impuissance en tant que rock critic, parce que j'ai fais de mon mieux pour ne jamais rien écrire sur eux, et plus encore pour les discréditer. J'en ai toujours parlé sur le ton de la blague, mais ma mère s'appelle Alice, et donc le nom du groupe m'a toujours fait chier. Avant d'être connu, ils étaient un vulgaire groupe de métal de banlieue, et d'un seul coup ils décident qu'ils veulent être Soundgarden. Nous on les appelait Kindergarden (déformation de kindergarten = maternelle)

Mark Arm : Chacun venait de milieux différents. Y'a pas de test de "pureté". Alice In Chains était définitivement meilleur que pas mal de groupes punks qui émergeaient à l'époque en ville.

Dave Hillis (producteur d'Alice In Chains) : Je pense que le changement de son d'Alice In Chains était naturel. Je pense pas qu'ils ont sauté dans le train en marche. Je me souviens de la première démo qu'ils ont enregistré chez Rick Parashar au London Bridge Studio, juste avant que j'y travaille. Ca sonnait tellement bien, comme un vrai disque. C'était pas un groupe hair metal, mais pas encore le Alice qu'on connait aujourd'hui...


A noter que les Melvins sont aussi fortement pronostiqués pour le Hellfest 2013!!!! Une bonne année encore que celle là... Le premier morceau du dernier album à sortir d'Alice!!!

11/01/2013

Interview de Dieu le Père : Bruce Pavitt en direct!!!!!

Après un premier gros poisson pèché par le sieur PYC en la personne de l'inventeur du "son" grunge, j'ai nommé Mr Jack Endino, v'là t'y pas qu'un deuxième vient mordre à l'hameçon. Bruce Pavitt. Dieu le Père du Grunge. L'inventeur, quand à lui, de "l'identité" grunge, du "concept" grunge, et accessoirement de Sub Pop Records, qui signa en son temps tout ce qu'il est possible de signer de groupes indies (la liste est , elle est tellement énorme qu'on va pas s'éterniser à développer ici), démarre l'aventure en 1979 dans le plus pur esprit DIY, après avoir passé une enfance heureuse à Chicago en compagnie de ses potes d'enfance Kim Thayil ou Hiro Yamamoto... On peut donc dès maintenant pousser un peu plus loin la découverte de la vie pas toujours facile de Mr Pavitt, après l'interview posté la semaine dernière qui retraçait magnifiquement le parcourt du bonhomme...


Seattle Grunge : Salut Bruce!!! On est surpris de te voir si occupé encore aujourd'hui (dj la nuit, conseiller musical pour jeunes groupes inexpérimentés et conférencier le jour), alors qu'on te croyait retiré des affaires... Tu as pour de vrai survécu à "l'explosion grunge"!!!!. Bon, la vie est malgré tout plus tranquille pour toi aujourd'hui, comparé aux années 90...

Bruce Pavitt : Oui, la vie est plus calme, d'autant plus que j'habite dans une île perdue : Orcas Island, pas loin de la frontière canadienne. J'adore faire le dj, rapprocher les gens rien qu'avec un peu de musique...

SG : Qu'en est t'il de Sub Pop? En es tu toujours parti prenante?

BP : Plus ou moins. Je fais parti du groupe de conseillers, on se rencontre de temps en temps pour discuter musique...

SG : Tu es originaire de Chicago, une cité très active musicalement, avec beaucoup de label influents (Wax Trax, Chess Records)...

BP : C'est ça. Avant d'arriver à l'Evergreen State College d'Olympia, j'étais déjà très influencé par le punk rock, et pour tout dire je passais beaucoup de temps à Chicago dans le magasin de Wax Trax, à acheter fanzines et disques. C'est grâce à ce magasin là que j'ai fais mon éducation punk. Comme pour le blues d'ailleurs : j'avais l'habitude de faire tourner les disques d'un label de Chicago nommé Alligator Records (Hound Dog Taylor, Johnny Winter, Buddy Guy etc) quand je bossais à la station radio du lycée. J'étais un grand fan de blues, j'ai même eu la grande chance de voir le légendaire Howlin' Wolf en 1976...

SG : Et donc tu débarques en 1979 à Olympia, WA, pour les études... Enfin, officiellement... Puisque tu te lance immédiatement à corps perdu dans la promotion de la scène musicale locale, via la création de la version 1.0 de Sub Pop... Peux tu nous en dire un peu plus, comment tu t'y es pris tout ça?

BP : J'ai très vite animé une émission indie/punk sur KAOS-FM, la radio de l'université, que j'avais appelé Subterranean Pop. En mai 1980, j'ai décidé de publier un fanzine, sous le même nom, où on pourrait trouver les critiques des disques que je passais dans l'émission. La plupart de ces disques était super durs à trouver, donc à la fin de la critique j'incluais toujours une adresse où se les procurer. Au bout du troisième numéro, Subterranean Pop est devenu Sub Pop, et pour le cinquième numéro, j'ai décidé de contacter certains de mes groupes favoris pour qu'ils me fassent parvenir des démos de morceaux que je pourrais utiliser pour faire une compilation cassette, laquelle serait vendue avec le fanzine. Je faisais toujours en sorte de parler d'un maximum de villes américaines, mon idée était de partager la musique de différentes régions des States. L'ensemble de ces musiques offrait une variété de sons totalement différents. Les cassettes étaient dupliquées par des professionnels, mais c'est moi qui me chargeait d'insérer le livret et d'envoyer le tout depuis mon petit appartement d'Olympia. Ces cassettes m'ont permis de payer mon loyer pour un couple d'année!!! Calvin Johnson m'a aussi pas mal aidé à l'époque...

SG : En parlant de Calvin Johnson, y a t'il eu une influence "Olympia" sur ton travail a l'époque? Le fait que tu te retrouves dans une ville où l'activité musicale est très intense, et l'éthique DIY une religion, a t'il joué sur la création de Sub Pop?

BP : Sans aucun doute. J'étais très influencé par ce qui se passait à KAOS, et par les dj's qui bossaient là bas, comme Steve Fisk par exemple, ou Calvin bien sûr, et John Foster, qui publiait à l'époque un fanzine nommé OP Magazine, que je considère encore aujourd'hui comme la bible de l'indie rock. John Foster et OP ont définitivement influencé mon taf. Et K Records par la suite, qui est né en 1983.

SG : Tu finis ensuite par te baser à la grande ville, Seattle, où tu découvres les photographies d'un certain Charles Peterson au cours d'une de ces fameuses "party houses", lesquelles photos te convainquent du réel potentiel de la scène punk rock locale. Comment des simples photos peuvent t'avoir aidé à penser ça?

BP : C'était en 1986, et ça faisait déjà 3 ans que je vivais à Seattle. Je commençais sérieusement à avoir le sentiment que le son plutôt heavy des nouveaux groupes qui émergeaient à Seattle créait une sorte de cohérence, et qu'il y avait là une vraie scène en formation. Et les photos de Charles capturaient admirablement l'énergie des shows de tous ces groupes. Elles étaient le chainon manquant qui allait m'aider à développer le tout nouveau label qu'était Sub Pop à l'époque.

SG : Sub Pop devient donc officiellement un label en 1986. Une question me taraude : toi et Jonathan Poneman êtes vu aujourd'hui comme des businessmen géniaux, alors que paradoxalement, vous étiez l'un et l'autre de très très mauvais gestionnaires (voir ici). Penses tu que, dans le cas contraire, vous auriez signé tous ces groupes que vous avez signé sans absolument vous préoccuper de savoir s'ils allaient vous rapporter un peu de fric ou pas?

BP : Haha. Excellente question!! Je peux t'assurer que si on avait été de bons businessmen, il y a longtemps qu'on ne serait plus dans le business!!! La façon dont on s'y est prit était très risquée, elle nous a permis de continuer bon an mal an, mais tu peux pas imaginer comme ça a été dur. La prise de risque a finit par payer, mais ça reste une période très éprouvante pour moi, et j'ai probablement perdu des années de vie à cause du stress constant vécu à l'époque. Je suis vraiment ravi de l'avoir fait, mais jamais je voudrais le refaire!!

SG : Une question très française : vous avez signé les Thugs, un groupe qu'on connait bien ici, après les avoir rencontré à Berlin en 1988. As tu un souvenir spécial les concernant?

BP : Le premier disque qu'ils ont sorti chez nous, un 45 tours : Chess and Crimes. Définitivement l'un des meilleurs singles qu'on ai jamais sorti. Epique. 

SG : Quel est ton actualité actuellement?

BP : Je viens juste de sortir un e-book via iTunes : Experiencing Nirvana : Grunge in Europe 1989. Il contient un paquet de photos de Nirvana, TAD et Mudhoney lors de la tournée européenne de 1989, et y'a même quelques photos de Paris dedans! Plus d'infos sur www.experiencingnirvana.com

Enorme merci à toi Bruce!!! Dessous l'intégralité de la 1ère compil vinyl Sub Pop 100, ainsi qu'un court extrait de K7...


Le track listing de Sub Pop 100 :

1. Steve Albini – Spoken Word Intro Thing
2. Scratch Acid – Greatest Gift
3. Wipers –
Nothing To Prove (live)
4. Sonic Youth – Kill Yr Idols
5. Naked Raygun – Bananacuda
6. U-Men – Gila
7. Dangerous Birds – Smile On Your Face
8. Skinny Puppy – Church In Hell
9. Steve Fisk – Go At Full Throttle
10. Lupe Diaz – Itsbeena
11. Boy Dirt Car – Impact Test
12. Savage Republic – Real Men

13. Shonen Knife – One Day Of The Factory

04/01/2013

Ouais, le chanteur avait une bonne voix : Bruce Pavitt a fondé Sub Pop, signé Nirvana et changé votre vie

On savait que Bruce Pavitt venait de sortir un de ces documents rares qui font baver tout fan de "grunge" qui se respecte. On savait qu'un jour ou l'autre Bruce Pavitt répondrait à nos questions qu'on lui a envoyé y'a un mois de ça bordel merde tu fous quoi Pavitt, balance les tes réponses putaing!!!! On savait aussi qu'il y avait des gars autrement meilleurs que nous en interview, enfin des gars dont c'est le métier, enfin je pense. Et on se disait qu'en le lisant, celui là d'interview, ben on avait une chouette rétrospective de la folle aventure que fut la vie du bonhomme, en même temps que moults détails sur ce qui marqua l'arrivée de la musique de Seattle en Europe : cette fameuse tournée TAD / Nirvana / Mudhoney. C'était en 1989. On se disait que ce serait bien de vous le proposer, cet interview, avec l'accord de l'auteur Sylla Saint-Guily (et de son patron, vice.com), qu'on remerçie vivement au passage... C'est parti : 

Si vous vous intéressez à l'indie-rock (l'indie-rock d'avant, celui des mecs crades en échec scolaire), le label Sub Pop est le plus proche équivalent de la Bible, de Jésus et de Dieu réunis. Pas seulement parce que c'est grâce à lui que vous connaissez Nirvana, Mudhoney, les Thugs, Beat Happening et No Age – ou plus récemment Pissed Jeans ou Metz – mais aussi parce que Jonathan Poneman et Bruce Pavitt, les deux fondateurs du label, ont été assez malins pour faire en sorte que le label soit toujours, vingt-cinq ans après sa création, une référence pour les kids en fringues trouées.

Récemment, j'ai appris que Bruce Pavitt sortait un e-book intitulé Experiencing Nirvana, retraçant l'historique de la première tournée Sub Pop en Europe – qui regroupait Tad, les Headcoats de Billy Childish, Mudhoney et les jeunes Nirvana. Juste pour que vous sachiez : ce truc tue du début à la fin. En plus de retracer le voyage sur notre continent de ces kids de la côte Ouest américaine, c'est la première fois que ces documents inédits sont publiés. Ces photos, chopées à l'époque par Bruce sur un appareil claqué, constituent aujourd'hui un vestige inestimable pour ceux qui, comme moi, ont appris la musique avec les groupes du label.

J'ai chopé Bruce par mail ces dernières semaines pour l'interviewer à propos de ces photos oubliées et lui parler de Seattle avant que la ville ne devienne le haut-lieu des cafés prétentieux. Après de longues négociations, il m'a raconté par téléphone comment il avait transformé un punk rocker adolescent en Michael Jackson.

VICE : Comment vous est venue l’idée de sortir un e-book sur la première tournée de Nirvana en Europe ?

Bruce Pavitt : Récemment, je suis retombé sur cette photo de Kurt Cobain devant une croix du Colisée, à Rome. J’ai toujours trouvé cette photo incroyable – Kurt ressemble à Jésus, dessus. Puis j'ai cherché et retrouvé les autres photos de cette tournée. J’ai été surpris par le fait que ces photos racontaient une vraie histoire. Je me suis dit qu’en les sortant au format e-book, tout le monde pourrait les choper de suite, partout.

OK. Quel âge aviez-vous quand vous avez découvert le punk rock ?

J’ai grandi dans la banlieue de Chicago. J'ai toujours adoré la musique. À 9 ans, mes parents m’ont offert mon premier lecteur de vinyles et très rapidement, je me suis mis à dépenser tout mon argent de poche en disques. Je me trimballais toujours avec une petite radio sur moi. Je voulais tout connaître. En terminale, en 1977, j’ai découvert le punk et j'ai passé le reste de l’année à traîner chez les disquaires du centre-ville à la recherche de tout ce qui avait l’air punk.

C'est le moment où vous avez emménagé à Seattle ?

J’ai déménagé à 20 ans à Olympia, à côté de Seattle, pour m’inscrire dans une université alternative, l’Evergreen State College – elle était connue pour sa station de radio, KAOS. Ils passaient pas mal de punk et de musique indépendante – ce qui était inédit à l’époque. J’ai commencé à faire de la radio là-bas, avec mon émission, « Subterranean Pop », en 1979. Puis, en 1980, j’ai lancé mon fanzine du même nom. C’était le premier fanzine aux États-Unis qui ne publiait que des chroniques de disques qui sortaient sur des labels indépendants.

Subterranean Pop ne chroniquait que des groupes locaux ?

Pas seulement. Les groupes étaient classés en fonction de leur provenance. J’avais une section pour les groupes d’Austin, une autre pour les groupes de Seattle, de Chicago, etc. Je voulais parler des groupes qui venaient de régions reculées des États-Unis, pas seulement de New York ou LA, pour donner une visibilité à toutes ces scènes locales. Je publiais l’adresse des labels, pour que les lecteurs puissent commander leurs disques.
KAOS FM avait un énorme catalogue de disques de labels indé – je trouvais tout ce que je voulais chez eux. À l’époque, j'adorais les Wipers de Portland et les Blackouts de Seattle. Puis, j’écoutais beaucoup de punk rock californien, les Dead Kennedys, The Gun Club, tous ces groupes-là.

Comment avez-vous fini par monter le label ?

J’ai d’abord sorti des compilations sur tapes. J’en ai sorti trois, à partir des démos de groupes d’un peu partout. J’étais en contact avec les groupes, je récupérais leurs cassettes, et quand j’ai déménagé à Seattle, en 1983, j’ai décidé de sortir ces morceaux en vinyle. En 1986, j’ai sorti mon premier disque, la compilation Sub Pop 100. Dessus, il y avait Sonic Youth et The Wipers. Elle s’est plutôt bien vendue, ça m’a donné envie de continuer.

Vous étiez tout seul à l’époque ?

Oui, je sortais les compilations dans mon coin. J'ai vite compris que la scène de Seattle commençait à devenir riche, foisonnante. J’ai emprunté de l’argent à mon père pour sortir mon premier vrai album, Dry As a Bone de Green River. Un an plus tard, Jonathan [Poneman, qui bosse avec Bruce dans Sub Pop] et moi nous sommes associés pour sortir le premier album de Soundgarden.

Comment vous êtes-vous rencontrés, Jon et vous ?

Il présentait une émission sur une radio dans laquelle j'ai aussi bossé, KCMU FM. Un jour, il m’a invité dans son émission pour faire la promo de Sub Pop 100. J’ai vite capté qu’on avait des goûts en commun, et on est devenus potes.
Pour en revenir à Soundgarden, je connaissais Kim Thayil, le guitariste, depuis l'enfance – nous avions grandi dans le même quartier et on était dans le même lycée. Quand Jonathan Poneman a voulu sortir leur disque, Kim lui a suggéré que nous fassions équipe. On est devenus associés sur une idée de Kim.

Ouais. Comment avez-vous connu Nirvana ?

Je me souviens qu'ils étaient allés voir Jack Endino, le mec qui a produit tous les albums de Sub Pop jusqu’en 1990, pour enregistrer quelques morceaux. Jack a filé la cassette à Jon Poneman, Jon me l’a passée, et j’ai fini par l’écouter avec Mark Arm, le frontman de Mudhoney. On n’a pas trouvé ça renversant, mais ouais, on a noté que le chanteur avait une bonne voix. Sur ce, Jon et moi avons organisé un concert avec Nirvana, le 10 avril 1988 si je me souviens bien.

(...) La suite ICI

Ci dessus quelques photos du bouquin, Bruce à Paris Gare de l'Est lors de la tournée de 1989, et plus haut Bruce en compagnie de Kurt chez un disquaire papotant musique avec un client...

28/12/2012

Les greffés du Seattle Sound Part 2 : ceux de l'Ohio - ou l'histoire de The Gits, 7 Year Bitch ou Alcohol Funnycar

Bon, l'année dernière, on avait parlé des gars de Chicago, les Kim Thayil, Hiro Yamamoto, Bruce Pavitt et consors... Aujourd'hui on aurait pu parler de Jeff Ament et de ses copains du Michigan, mais, changement de dernière minute, on va plutôt jeter un oeil sur ce petit groupe de potes qui vivaient en colocation et ont finit par signer tous leurs groupes chez C/Z Records... En plus ça nous fera l'occasion de mettre l'accent sur des "seconds couteaux" du Seattle Sound, pas parce que leur musique est un peu moins bonne que celles des PJ, Soundgarden et consoeurs, mais simplement parce qu'ils sont moins connus de tout un chacun...

Ben London (chanteur guitariste d'Alcohol Funnycar) : J'étais dans une petite université d'art dans le centre de l'Ohio appelé Antioch College, qui historiquement a toujours été très à gauche. Mon compagnon de chambrée était Steve Moriarty, qui a finit batteur chez les Gits, et dans la chambre d'à coté, il y avait Matt Dresdner, futur bassiste des Gits, et Adrian Garver, qu'on retrouvera plus tard à Seattle dans un groupe nommé the DC Beggars. On a monté un premier groupe ensemble : Big Brown House. The Gits s'est formé l'année suivante, avec Andy Kessler, ou plutôt Joe Spleen, comme il se fait appeler chez les Gits, à la guitare. La politique d'Antioch était ce qu'ils appelaient "l'éducation coopérative", qui permettait d'étudier pendant 6 mois et de travailler les 6 autres mois dans des lieux en rapport avec nos études. A un certain point, Matt, Andy et Mia Zapata sont donc allé bosser à San Francisco dans un lieu appelé "The Farm" - qui était une sorte de ferme urbaine où il y avait pas mal de concerts punk - ils ont formé là bas la première version de The Gits. A leur retour, The Gits et Big Brown House ont coexisté, en partageant leur batteur : Steve.

Au fil des ans, comme on voulait tous continuer à jouer de la musique, on a commencé à discuter d'une possibilité de déménager, pour trouver le meilleur endroit ou se faire connaître. On avait 4 villes en vue : New York et San Francisco étaient trop chères, Chicago trop près d'où on était, Seattle semblait être la place idéale. J'étais fan de Soundgarden, mais on était à cent lieux de s'imaginer ce que Seattle allait devenir. On est arrivé en force, en aout 1989. C'était pas seulement les membres des Gits et de Big Brown House, mais d'autres comme Valerie Agnew, qui allait devenir batteur chez 7 Year Bitch.

Matt Dresdner (bassiste des Gits) : Quand on est arrivé à Seattle, Valerie sortait avec Steve, notre batteur. Et moi avec Stefanie Sargent (future guitariste de 7 Year Bitch). Elles voulaient monter un groupe ensemble, donc on les a aidé. Elles ont commencé dans notre salle de répèt au RatHouse. On leur a apprit à jouer de leur instrument.

Ben London : RatHouse était le nom du collectif. C'était le centre communautaire de notre petite scène. Certains d'entre nous y vivaient, Mia Par exemple.

Sur ces bases vont se monter et coexister trois groupes : The Gits, 7 Year Bitch (Valerie Agnew, Stefanie Sargent, Selene Vigil, et Elizabeth Davis) et Alcohol Funnycar (Ben London). Dans un esprit communautaire hors pair, chacun se serrant les coudes, le collectif fait son trou à Seattle parmi la multitude de groupes déjà en place...

Elizabeth Davis (bassiste de 7 Year Bitch) : J'avais étudié à la Walla Walla University (une des universités adventistes du 7ème jour aux States), et avait eu une éducation qui allait dans ce sens. Je venais de bosser sur un bateau de pèche en Alaska avec mon copain, dont le port d'attache était à Seattle. C'est comme ça que je suis arrivé en ville. J'ai trouvé un boulot au marché de Pike Place, et il s'est trouvé que je bossais avec ces deux filles, Valerie et Selene. Pour moi ces filles étaient les plus chouettes personnes que j'avais eu l'occasion de côtoyer à Seattle, j'étais vraiment fans d'elles. Et puis un jour j'ai vu Valerie dans la rue avec des cymbales. Moi je commençais à jouer de la basse. "Pourquoi tu viens pas jouer avec nous?" Notre premier show était en ouverture des Gits au Ok Hotel. on avait besoin d'un nom pour le flyer, et Ben London a proposé celui là : 7 Year Bitch.

Alors que The Gits, plus expérimentés, servent au collectif de locomotive, 7 Year Bitch tire son épingle du jeu en imitant au mieux ses glorieux ainées et amis, grillant les étapes en enchainant les concerts... Au point de passer en deux années de petit groupe amateur à première partie de groupes confirmés... Les filles ne manquent pas de charmes et de joie, et s'ouvrent facilement les portes de l'underground à Seattle :

Selene Vigil (chanteuse de 7 Year Bitch) : On a joué dans une soirée privée chez un professionnel du snowboard, et c'est là qu'on a rencontré Eddie Vedder et son ex copine Beth. Elle aimait vraiment notre groupe. Eddie est devenu un ami.

Valerie Agnew : C'était en 1992, Pearl jam devait assurer les premiers parties d'une tournée avec les Red Hot. Mais PJ ne pouvait pas jouer tous les shows, donc le Red Hot Management leur a demandé qui serait en mesure de les remplacer, et Eddie leur a conseillé de nous appeler. Je me rappellerais toujours le jour où ils ont appelé. Il y avait ce message sur le répondeur, on en est tombé sur le cul, on criait et on rigolait comme des folles. "Pas possible, le management des Red Hot nous appelle, nous?"

Les trois groupes signeront tous chez C/Z Records, l'autre label de Seattle, plus connu des fans de grunge pour avoir sorti en 1986 la bible des compil' grunge : Deep Six...

Steve Moriarty : On était pas proche du tout de Sub Pop parce qu'on se sentait des puristes du punk. Mudhoney avait en quelque sorte, pour les fans, été instrumentalisé par Sub Pop. Ils en étaient un peu aigris et se retrouvaient plus dans nos valeurs à nous. The Gits représente plus les bas fonds de Seattle.

Selen Vigil : On était constamment catalogué grunge ou riot grrrl. Ouais, on l'était peut être un petit peu, mais pas totalement. Plus ou moins... mais non. On faisait juste une musique agressive, punk, in your face.

Valerie Agnew : On a définitivement été considéré comme Riot Grrrl, ce qui était vraiment frustrant. On n'avait rien contre elles, mais en fait on n'avait rien à voir avec elles. On avait des idéaux féministes. On connaissaient ces filles, on adoraient leurs groupes, mais on n'en était pas.

Matt Dresdner : On était très proche des 7 Year Bitch, on se soutenait énormément, alors quand d'un coup elles ont commencé à attirer l'attention, on était super heureux pour elles. On avait été un peu comme des mentors pour elles, et je pense qu'elles avaient cette reconnaissance de ça. Quand elles ont été filmé pour le documentaire Hype! et qu'elles ont appris qu'on ne seraient pas dessus, elles leurs ont dit qu'ils seraient vraiment trop cons de ne pas nous mettre sur le film. C'était une relation supportive, collaborative et très aimante entre nos deux groupes.

Le collectif verra cependant arriver des jours sombres : Stefanie Sargent succombe à une overdose en 1992, alors que Mia Zapata sera violée et assassinée à la sortie d'un bar un an plus tard... (son meutrier n'étant retrouvé que 10 ans plus tard grace aux techniques de recherches par ADN)... Ce fait divers ébranlera en profondeur la communauté musical de Seattle dans son ensemble... De là découlera d'ailleurs la création du collectif Home Alive, appelé à chercher des fonds et proposer aux femmes l'apprentissage de la self defense... Une compilation sortira en 1996 pour soutenir l'organisation, avec nombres de groupes de Seattle, et pas des moindres (Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden, the Posies, the Fastbacks...)

Valerie Agnew : Une des choses qui a découlé de cette tragédie, c'est Home Alive, ce collectif que j'ai co-fondée avec 8 autres femmes. C'était une organisation non lucrative qui avait pour but d’informer sur la violence faite au femmes, mais surtout d'offrir les moyens aux gens de se défendre. Eddie Vedder a été le plus grand soutien d'Home Alive. Il nous a mit en relation avec Epic Records, et nous a permit d'enregistrer une compilation qui a rapporté 200000$ à notre cause et nous a fait énormément de pub. Eddie est un gars modeste, humble, et à un moment on a arrêté de le remercier à tout bout de champ, mais il a vraiment fait un taf énorme pour nous. On a été capable d'apprendre à pas mal de monde à devenir des "botteurs de culs" avec tout ce fric.

Elizabeth Davis : J'ai été subjuguée par le support qu'on nous a donné pour cette compilation. Tous ces groupes différents, du petit garage band jusqu'à Soundgarden

Steve Moriarty : J'avais organisé une soirée pour récolter des fonds pour pouvoir embaucher un détective privé qui puisse faire des recherches sur le meurtre de Mia. TAD était prévu en tête d'affiche, et ils en ont parlé à Kurt Cobain. Kurt m'a appelé  en disant : "J'ai entendu que tu organisais ce show. Est ce qu'il y a moyen que Nirvana en soit?". "Fuck, yeah!". Et c'est comme ça que Nirvana a joué l'un de ses derniers shows à Seattle...

Voilà pour la petite histoire de ce collectif venu d'ailleurs, mais adopté définitivement par la grande famille du grunge de Seattle, et qui en a marqué l'histoire!!! Les trois groupes tourneront nationalement et internationalement, l'explosif Alcohol Funnycar notamment avec Green Day, Bad Religion ou Elliott Smith... Ben London et son acolyte Tommy Simpson (Love Battery) viennent de reformer Alcohol Funnycar, alors que le premier cité est toujours actif avec son autre groupe STAG (avec l'ex chanteur du groupe anglais That Petrol Emotion, Steve Mack, originaire de Seattle)...



Des morceaux géniaux à chercher dans la playlist Grooveshark à droite...

09/12/2012

Seattle Grunge's Anecdotes : Kurt Cobain producteur des Melvins : info ou intox?

1993 : sortie de l'album Houdini des Melvins, l'un des plus accessible du trio sludge d'Aberdeen. On spécule alors beaucoup sur une possible apparition de Kurt Cobain sur l'album, voire d'une production entièrement menée par la toute nouvelle icône rock planétaire... King Buzzo et son franc parler nous en disent plus :


Dale Crover (batteur des Melvins) : Je pense que Danny Goldberg (le manager de Nirvana) aurait voulu mentionner que Kurt avait produit Houdini : "Je pense que si vous l'avez pour produire votre disque, vous avez la garantie de vendre un paquet de disques". Au début je voulais vraiment pas ça. C'était ringard cette idée. Mais Buzz pensait que ça pouvait être une nouvelle expérience, qu'on avait jamais fait ça avant. Kurt devait nous aider à écrire les morceaux et à faire quelque chose de complètement différent.

Buzz Osborne (chanteur guitariste) : Ca faisait un moment que je n'avais pas cotoyé Kurt - pas depuis qu'on avait tourné avec eux. J'étais épuisé créativement parlant à l'époque, et on avait pensé qu'un troisième collaborateur pourrait nous aider dans l'écriture. Mais ça n'est pas vraiment arrivé. Kurt joue sur Sky Pup et le dernier morceau de l'album. Il était complètement accro à l'époque, et j'ai vite réalisé que ça n'allait pas la faire.  Kurt était très mal, plus mal qu'il ne l'avait jamais été. Je l'ai viré.

Dale Crover : Il a vraiment essayé d'apporter dans l'écriture des morceaux, malgré son état. Mais le temps passait et on n'avait toujours pas de morceaux. On l'a fait venir en essayant de le convaincre qu'il était vraiment bon à trouver des mélodies, et que si il avait des idées, qu'il devait nous aider. Qu'il devait s'impliquer dans le processus d'écriture. Nirvana sortait juste de l'enregistrement avec Steve Albini (les premiers enregistrements de In Utero, non gardés par la suite), et Kurt voulait essayer des nouveaux trucs pour la batterie. Mais après deux trois sessions, on ne l'a plus revu...

Danny Goldberg : Kurt était à fond dans la drogue. Il était aussi contrarié par le fait que les Melvins n'aient pas de morceaux. Kurt était incroyablement engagé dans la punk culture, mais quand il s'agissait d'écrire, c'était un traditionaliste. il écoutait beaucoup les Beatles. Pas seulement Black Flag ou les Dead Kennedys ou les Melvins. Il était déçu que les Melvins n'aient pas préparé leur album à la façon dont lui préparait les siens. Ils n'avaient pas d'ébauches de morceaux. Selon lui, ils se contentaient de jammer. J'ai suggéré qu'il co-écrive avec eux, mais ça ne l'emballait pas. Buzz lui avait demandé aussi. Mais Kurt était plutôt possessif avec ses idées de chansons. Il n'écrivait pas plus pour Courtney. Il aimait garder ses bons morceaux pour lui.

Buzz Osborne : Danny Goldberg a dit que j'avais dit qu'on avait viré Kurt pendant la création d'Houdini. Ce qu'on a fait!!! Danny ne s'en rappelle pas, parce que, bien sûr, en tant que Danny Goldberg, il a une mémoire très sélective. Il a dit que Kurt était contrarié qu'on n'ait pas d'ébauches de chansons, et qu'on ne soit pas préparé. ON N'EST JAMAIS PREPARE! (rires). De quoi il parle? C'est comme ça qu'on a toujours bossé!
 (...) Cet album, c'est moi et Dale. La basse on se l'est partagé, quoi qu'en dise les crédits*. Cobain l'a produit jusqu'au moment où je l'ai foutu à la porte pour avoir foutu la merde dans le studio. (...)  Après coup, on n'a jamais plus été agacé par lui.
On n'en a jamais reparlé ensemble. Je pense qu'il était content de ne plus en être. Au final cette histoire nous a couté plus financièrement qu'elle nous a apporté. C'est un bon disque malgré tout, mais je préfère notre version live de 2005...

Le v'là le live de 2005 : Houdini en entier, sorti par la suite sur disque...


*C'est Lori Black qui est crédité à la basse sur Houdini. Dans les faits, la fille de Shirley Temple et ex petite amie de Buzz est déjà loin... Rrraaahhh les Melvins. J'ai beau adorer Pearl Jam, révérer Soundgarden, écouter sous la douche Lanegan ou les Screaming Trees, headbanger dans mon salon sur Superfuzz Bigmuff, comment résister à ces merveilles de rock bulldozer des Melvins!!!!

02/12/2012

Seattle Grunge's Anecdotes : Mark Lanegan et les Screaming Trees pètent les plombs à Roskilde '92

Pour agrémenter la petite vidéo que PYC vient de m'envoyer... Pourrie, mais là n'est pas l'essentiel... C'était vraiment un putaing de groupe : quand t'entend l'impro qu'ils te sortent dans un moment plutôt chaud du slip...


Gary Lee Conner (guitariste des Trees) : Le concert au Roskilde Festival est définitivement le plus grand show qu'on ai jamais donné. 70000 personnes au bas mot. On a passé un bon moment là bas avec les autres groupes. Pearl Jam en était. Nirvana aussi.

Kim White (manager des Trees) : Je pense que tout le monde était vraiment intimidé par le public. Conséquence : ils ont bu toute la journée. Le Danemark jouait la finale de l'Euro de foot à l'époque et le match passait sur grand écran. Quand les footeux ont gagné le public est devenu fou. Pearl Jam a joué juste après...

Van Conner (le petit frère bassiste) : C'est la première fois que j'ai vraiment côtoyé Mike McCready. Il est venu dans notre loge après le concert de PJ, et il était plutôt pas mal bourré déjà. On lui a dit : "On va t'apprendre à boire comme il faut McCready"

Kim White : Parce que Kurt (Cobain) et Mark (Lanegan) était très bons amis, Kurt voulait que les Trees passent en tête d'affiche. Et nous on était là : "C'est pas une bonne idée". Mais Kurt insistait : "Non, je veux vraiment vous aider, ce serait super que vous passiez après nous et terminiez la journée". Et nous : "Non, non, non, c'est vraiment pas une bonne idée". Mais pour je ne sais quelle raison, ça a finit par arriver. Donc imagines toi : le Danemark venait de gagner l'Euro, la foule était folle. PJ jouait avant nous, la foule était encore plus folle. Et Nirvana ensuite. La foule était en feu. 

Van Conner : Tout ce qui pouvait être fracassé dans la loge l'avait été. Lanegan avait clairement la pression...

Kim White : Et maintenant, ladies and gentlemen, the Screaming Trees!. Tout à coup plus un bruit dans la foule. On pouvait entendre les bruits de pas du groupe qui entrait sur scène.

Gary Lee Conner : On a commencé à jouer un set basique. A un moment, j'ai entendu Kris Novoselic, qui était pas loin de moi sur le coté de la scène, dire : "Jouez celle qui parle du diable". Elles parlent toutes du diable mec!!! Et, va savoir, à partir de ce moment, tout s'est mit à tourner de travers...
 
Barrett Martin (the batteur) : On s'est mit à jouer "Change Has Come" et Mark essayait de chanter, et le micro marchait  pas comme il voulait, alors il l'a balancé, s'est assit près de la batterie, et s'est prit un verre d'alcool. On était tous à jouer et à attendre qu'il se mette à chanter.

Kim White : Les deux frangins Conner se sont approchés de lui et lui ont dit : "Allez Mark, tu peux pas nous faire ça". Ils lui ont filé un nouveau micro, et il s'est mit à chanter "Ivy". Et une fois de plus, le micro ne fonctionnait pas, et les gars de l'orga n'en branlaient pas une. Mark s'en est prit à l'un d'eux et là, tous les mecs de l'orga sont arrivés pour le chopper.

Barrett Martin : Il a couru vers une des caméras TV et l'a éclaté. Le genre de caméra à 50000$...

Kim White : Un des micros qu'il a lancé dans la foule est arrivé sur la gueule d'un gars qui portait des lunettes. Après ça j'ai dû appeler notre compagnie d'assurance aux States, en expliquant qu'on venait juste de casser une caméra à 50000$ et qu'un gars avait été plus ou moins commotionné par un micro et qu'il saignait.

Gary Lee Conner : On voyait tous qu'il devenait dingue. Donc on est tous devenu dingues. J'ai crashé ma guitare. J'ai jamais refait ça depuis. Barrett a éclaté sa batterie. Et puis Mark a dû courir pour se cacher.

Dave Grohl : On a dû le cacher dans notre loge. Mais ce mec est un taré, il te fout le bordel en moins de deux. Donnes lui un micro, laisses le chanter et barres toi vite fait de son chemin.

Un concert qui agrémente la légende du ténébreux et non moins talentueux Mark Lanegan. 1992 est l'année qui verra les Trees, un des groupes "grunge" les plus expérimentés (premier album dès 1985, 3 scuds chez SST dans les années 80), percer vraiment nationalement et internationalement, à cause bien sûr du tapage médiatique autour de la scène de Seattle, mais aussi grâce à un titre, Nearly Lost You, tête de proue de la BOF du film Singles. Mais passer à la marche supérieure ne fait pas que du bien aux Trees : parallèlement à l'arrivée successive des albums les plus aboutis du groupe, on assiste à sa désintégration progressive dûe aux excès en tout genre de tous les membres sans exception, et de Lanegan en particulier...