Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

26/02/2011

La vie entre Kyuss et Queens Of The Stone Age : Josh Homme chez les Screaming Trees

1995 : l'ultra culte Kyuss se brule les ailes après 4 albums phénoménaux. Josh Homme décide de quitter son désert natal pour d'autres horizons. Allez savoir pourquoi, c'est Seattle qu'il choisit!!!

Josh Homme : Je suis allé au seul endroit ou je savais que la musique était morte – Seattle. Le grunge était finit, et si un semblant de bon groupe ou d'une quelconque scène pointait son nez, là bas ils étaient morts d'avance. A Seattle à l'époque, ils essayaient de tout détruire, ils détestaient tout. Pour moi c'était parfait. J'y allais dans le but de ne pas jouer la moindre musique. J'essayais de me séparer de ma maison de disque, Elektra. J'avais ce plan de leur demander une avance de fric ridicule pour enregistrer quelques démos, en pensant qu'en les écoutant, ils me considéreraient comme perdu, et me ficheraient la paix. Mais ils n'en ont rien fait! Et ils m'ont filé le fric! J'ai pensé, ok, je vais chanter, ça me fera peut être démarrer. Et ça l'a fait!

J'ai fini chez les Screaming Trees comme second guitariste. Mais c'était juste pour une tournée. Je leur ai d'abord dit que je ferais le Lollapalooza avec eux, et qu'ensuite je rentrerais chez moi pour reprendre mes études (il n'a que 23 ans à l'époque). Mais, sur la route du Lollapalooza, quelque part au Nouveau Mexique, quelque chose s'est révélé en moi. Qu'est ce que j'allais foutre à refaire des études? Qu'est ce que j'en avais à foutre qu'il y ait pléthore de groupes, qu'est ce que j'en avais à foutre si personne n'aimait ma musique? C'est ce que je déteste dans le punk rock, quand on commence à anticiper ce que les gens vont penser de vous. J'ai laché cette attitude pourrie et j'ai décidé de continuer la musique. C'était ma période « aventurier » (rires). Ma période « kung fu ».

Josh passera une année dans le giron des Trees, bâtissant une solide amitié avec Mark Lanegan, ainsi qu'avec nombre de musiciens de la scène de Seattle. Au passage, il apporte une certaine fraicheur à un groupe miné par les querelles, mais paradoxalement au zénith de sa gloire.

Van Conner (bassiste des Screaming Trees) : Josh était vraiment un gars super en tournée, et un très très bon ami. Avec lui tout était tellement plus fun. On voulait avoir un second guitariste - il était étudiant, donc on lui avait causé deux mots pour qu'il nous accompagne au Lollapalooza. Ça déchirait vraiment de les voir, lui et Lee, jouer ensemble - j'espère que j'ai des bandes des concerts, parce que, au milieu de la tournée, tout d'un coup ça a fait tilt entre eux deux. Ils ont commencé à faire des impros de tarés ensemble pendant les concerts. La venue de Josh a définitivement été un temps fort de la dernière partie de vie des Trees - il nous a donné une énergie nouvelle. J'espérais qu'on puisse enregistrer un album avec lui, mais ça a tombé à l'eau. On allait faire une seconde tournée, mais les histoires de drogues et d'alcools ont finit par détruire ce qu'il restait du groupe...

Le passage de Josh Homme dans le NorthWest annonce la suite d'une longue collaboration avec la scène de Seattle. La génèse de QOTSA voit le petit coup de pouce de Matt Cameron et Van Conner, alors que le concept des Desert Sessions accueillera Ben Shepherd, Dave Grohl ou Mark Lanegan, et servira de prélude au chef d'oeuvre des Queens : Songs For The Deaf. En vidéo, Witness en live avec Josh... Et Green Machine par Kyuss, parce que j'aime trop ce groupe!!!



15/02/2011

Charles Peterson, l'oeil et l'histoire du Seattle Grunge

Zut et rezut, d'abord un blog c'est avant tout subjectif comme approche, y'en a qui y racontent leur vie d'ailleurs. Rassurez vous, ce sera pas mon cas, mais permettez moi svp de faire partager ce qui, à moi perso, me fait vraiment bien triper. Le thème central de ce blog ci, certains l'auront compris depuis le temps que je les bassine avec ça, ben c'est la découverte du mouvement grunge, mais plus précisément une découverte de l'intérieur, une approche intimiste si je puis dire, avec pour but dernier d'arriver à sentir un élément clé de la réussite de ce courant musical : l'amitié!!!


Je voulais donc vous présenter, si vous ne la connaissez pas déjà, une des photographies parmi les plus excellentes, à mon gout, jamais réalisée par notre fameux Charles Peterson, choppée dans le non moins excellent bouquin du même auteur : Seattle Grunge, recueil du haut du panier de plus de dix années de travail acharné du mossieu suscité, dix années pendant lesquels il a dû s'en prendre un paquet, de godasses dans la tronche, une infinité, de coup de coudes dans les côtes, une multitude, de murges à la mauvaise mousseuse blonde. Quel courage. La légende de ce cliché parfait, la voici :

Pogo au concert des Replacements. The Metropolis. 1983
De gauche à droite : Heather Lewis (Beat Happening), Slim Moon (Earth et Kill Rock Stars Label), Mark Arm, Alex Shumway et Steve Turner (Green River, Mudhoney), Ed Fotheringham (The Thrown Ups et j'ajouterais : artiste complet, il a notamment réalisé la pochette de Every Good Boy... de Mudhoney).

Voilà, tout est dit. On est en 1983, à 10000 lieux d'une éventuelle explosion d'un éventuel mouvement musical qui pourrait éventuellement changer la donne au sein d'une certaine culture occidentale, et là, qu'esse qu'on voit là hein hé ho : une bande de potes qui s'éclatent à un putain de concert, et quels potes! : des gars et des filles qui compteront parmi les plus importants, à défaut d'être les plus connus, représentants du futur mouvement. Si ça c'est pas authentique, alors j'ai plus qu'à aller me coucher... Sur ce, bonne nuit...

12/02/2011

"L'Alice In Chains way of life"

Bon, encore jamais parlé d'Alice In Chains, comme de Nirvana par ailleurs, mais Nirvana on en a tellement parlé que c'en est gerbant. Alice In Chains, énorme groupe, énorme son, énorme attitude. Bien qu'ayant éclot en dehors de la scène purement SubPopienne de Seattle, à l'inverse des Pearl Jam (qui ne sont après tout que d'ex Green River), Soundgarden, Tad, Mudhoney, Nirvana voire Screaming Trees, tous passés au sein du label phare de la ville, Alice In Chains reste cependant un de ceux qui ont définit et popularisé le son grunge. Très influencé à leur début par Soundgarden, qu'ils érigent en modèle, et Mother Love Bone pour l'attitude glam rock, ils trouvent toutefois rapidement un son unique, et parviennent dès leur premier méfait à sortir l'album parfait : Facelift. Tout est dit à mon gout, et la suite ne sera que resucée magnifiée. Le double Ep Jar Of Flies / Sap reste une extraordinaire collection de morceaux acoustiques, jamais égalé par qui que ce soit depuis. Mais quand on parle d'Alice In Chains, c'est aussi pour évoquer les nombreux abus du groupe, et surtout l'excès de drogues en tout genre. Il faut dire que le way of life de cette bande de tarés n'était absolument pas une sinécure :

Van Conner (bassiste des Screaming Trees) : En parlant de débauche - les gars d'Alice In Chains nous faisait tous passer pour des petites écolières catholiques! Ils étaient hors de contrôle, d'une manière complètement fun aussi. Mais ça leur a joué des tours...

Tim Branom (copain de Layne Staley) : Je bossais avec Layne au Music Bank. Une bande de filles nous amenaient de la bouffe et nous laissaient prendre des douches chez elles. On survivaient comme ça. Le Music Bank était énorme - je ne sais pas combien il y avait de salles de répèt là bas, peut être une centaine. Et la nuit, on squattait là bas. Il était sur la couchette et moi par terre. Si tu voulais aller pisser la nuit, c'était au fond du couloir, et c'était super sombre et crade. Donc parfois quand on était trop crevé, on pissait dans un seau. Une fois, Layne a pissé dedans - moi je dormais par terre, dans mon sac de couchage - et ça s'est renversé. J'étais tellement crevé, et il faisait tellement noir, que j'ai dormi dans la pisse...

Sean Kinney (à propos d'un appel de Jerry Cantrell qui avait eu son contact d'un certain Layne Staley) : Je suis allé le rencontrer au Music Bank. Ma petite amie à l'époque était la sœur de Mike Starr. Jerry m'a dit : "ça me plairait vraiment de monter un groupe avec toi - j'ai pensé à un bassiste, ce gars, Mike Starr". Et moi je me suis dit : "c'est trop bizarre : je sors avec sa frangine!" Je dormais depuis un mois dans ma caisse devant la maison des Starr. Donc je l'ai appelé, et il est venu le soir même. On s'est rencontré, on a prit quelques verres, et on a commencé à jammer. Et essayé d'attirer Layne par la ruse.

Matt Fox (un pote de la scène) : Mike Starr était comme le bon sergent qu'on peut voir dans les films sur la seconde guerre mondiale. Si tu étais dans le désert, sans herbe, sans essence, sans filles - il pouvait te trouver les trois. C'était bon de l'avoir si tu étais un groupe qui vivait dans sa salle de répèt - il pouvait te trouver les filles qui pourraient t'acheter une pizza. Les gars d'Alice In Chains étaient définitivement une bande de clochards.

Jeff Gilbert (journaliste à The Rocket et employé de Sub Pop) : Ces gars avaient une base de groupies insensée. Ces gars avaient des filles comme tu ne peux pas l'imaginer - partout. Et pas seulement des filles bien, des minettes absolument obscènes et repoussantes aussi (rires). Les filles les plus dégueulasses que tu puisses trouver. Et tous les gars venaient, puisque les filles venaient...

Susan Silver (manager de Soundgarden et Alice In Chains) : Je les aidais déjà localement, et j'avais vraiment aimé leurs premiers enregistrements - ils sont parmi les gens les plus drôle que j'ai jamais rencontré de toute ma vie - à mourir de rire. Sean Kinney est un des êtres humains les plus poilant qui soit. Je défie quiconque de rencontrer un gars aussi drôle que lui. Ils vivaient tous ensemble à Des Moines, Washington, dans un appartement complètement défoncé ou il y avait des fiestas pas possibles. 4 drôles de tarés qui survivaient en tournant autour des filles dans le but qu'elles leur achètent à bouffer. Et qui jouaient cette musique tellement catchy et tellement cool. J'ai fini par les manager.

Jerry Cantrell : On a habité un temps au Music Bank. J'avais payé pour une démo qu'on avait enregistré dans une maison perchée sur un arbre dans la montagne - c'est pas une blague, on avait emprunté le van de Coffin Break pour monter là haut à Issaquah, et enregistrer une démo dans une putain de maison dans un arbre! On a bousillé leur van dans l'affaire, et perdu tout notre matos en cours de route parce que les portes ne fermaient pas! On y est retourné pour enregistrer une nouvelle démo. Et cette nuit là, les flics sont venus et ont tout quadrillé. On a comprit qu'il y avait un énorme trafic d'herbe au Music Bank, et qu'ils nous soupçonnaient d'en être. C'est pourquoi ils nous avaient suivi. On vivait la porte à coté d'une putain de forêt de marijuana. J'ai pas idée de combien de fois on s'est dit qu'on avait absolument besoin d'herbe sans en avoir à portée de main, alors qu'il y en avait juste derrière ce putain de mur!!!

Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

06/02/2011

Girl Trouble ou le retour du garage rock

Gros titre de Backlash (un autre gratuit musical de Seattle) à propos de Girl Trouble : Ils habitent à Tacoma. Ils regardent la téloche. Ils bouffent de la viande. Ils répètent de temps en temps. Rien qu'une phrase comme celle là en dit gros sur l'attitude d'un groupe ordinaire, sans génie particulier, mais qui cherche simplement à donner du plaisir de la manière la plus fun possible. Sans vraiment d'ambition sinon celle de faire son petit trou dans l'état de Washington. Façon de dire, ils n'iront pas beaucoup plus loin, mais ça nous suffit largement.

Formé en 1984, Girl Trouble laisse d'une manière plus ou moins visible sa petite empreinte de petit doigt de pied à l'aventure grunge sur, entre autre, la compilation Sub Pop 200 (1988). le groupe est à ce titre, à l'époque, un de ceux sur qui, à défaut de miser, on peut compter. Ils passeront d'un bout à l'autre de leur carrière de covers des Cramps à celles de nombreux garage bands du nord ouest étatsunien : Frantics, Viceroy ou Tiny Tony en tête. Ce tout en écrivant des morceaux originaux hilarants :

Scott Mc Caughey (chanteur des Young Fresh Fellows) : Ils jouaient des morceaux sur les filles, le café, danser, le rock n'roll, les filles en prison, les indiens, les trains, le sexe, les filles de rêve, les gitanes, ça vous donne un petite idée. Des sujets importantes.

Bill Henderson (guitariste de Girl Trouble) : On a commencé à jouer juste pour nous. Bon avait une batterie à 75$ de chez Sears. J'avais une guitare que j'avais fait moi même en classe de bricolage au collège. Quand j'ai demandé à Kurt de chanter il disait qu'il ne pouvait pas. Je lui ai répondu que c'était ok vu qu'on ne pouvait pas jouer non plus. (...) On ne faisait pas ce qui était attendu qu'on fasse, et avoir Bon dans le groupe était spécialement pas cool du tout. Premièrement, c'était une fille qui jouait de la batterie. En plus de ça, c'était ma sœur. Pire : elle avait 10 ans de plus que moi.

Comme la presse locale ne frappe pas particulièrement à la porte pour les soutenir, que font les Girl Trouble? Ils éditent un fanzine pardi! : Wig Out !! 24 numéros sortiront. Particularité : il ne parle pas exclusivement que du groupe, mais c'est tout comme. Faut se donner les moyens de ses ambitions!!!! Girl Trouble peut être certainement vu, à l'époque, comme l'élément moteur du revival garage punk, de ce coté fun punk qui deviendra de plus en plus prépondérant au sein d'une partie de la scène de Seattle, Mudhoney en tête. C'est via un partenariat Sub Pop / K Records qu'ils signent leur premier album : Hit It Or Quit It. Une certaine notoriété suit :

Bill Henderson : On a eu notre premier gros succès au Tropicana à Olympia. Ils pensaient qu'on était un gentil petit garage band. Ils pensaient que Kurt était mignon. Puis est arrivé Dave (David Duet, futur chanteur de Catt Butt, intérimaire pour un temps au chant), qui était un peu plus rude. Il était pas rare de le voir bourré et de se laisser tomber sur les filles. La frange engagée d'Olympia n'aimait pas trop ça. Mais Dave était plus doué que nous autres pour aller parler aux gens, grâce à ça il nous a aidé à se faire connaître à Seattle.

Le truc du groupe, c'est le live : le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a de l'idée pour faire le show. Des lots (comme à une tombola) sont jetés au public. Comme ça, pour le plaisir, parce que c'est fun.

Bon Von Wheelie (sur comment elle choisit ses lots à envoyer au public) : Si je vois quelque chose qu'on pourrait utiliser comme un lot, je me frappe la tronche avec deux ou trois fois pour être bien sûr que c'est ok.

Mais ce qui restera la vraie star des concerts de Girl Trouble, c'est Granny Go Go. Véritable go-go danseuse, elle attire les foules, hommes et femmes confondus. Sauf qu'elle est née en... 1910. Imaginez une go go danseuse de 80 ans sur scène en train de danser sur la musique d'un groupe garage!!! C'est par un concours de circonstances que Granny, qui a commencé à danser dans les années 50, se retrouve à collaborer avec le garage band.

Bon Von Wheelie : Girl Trouble était toujours en recherche d'innovation pour ses concerts. On essayait de les rendre particulièrement unique. Après qu'on ai vu danser Granny un soir en ville, on a commencé à penser que ce serait vraiment chouette de l'avoir à l'un de nos concerts. Mais bien sur, quand on a pensé ça, c'était déjà deux semaines après, et on n'avait plus vraiment moyen de la contacter. On pensait qu'on avait définitivement loupé la bonne occasion de lui demander, mais il s'est avéré, coïncidence, qu'un copain de Kurt était son voisin de palier. Il s'est arrangé pour lui faire la demande, et à notre surprise, elle s'est trouvée enchantée par la perspective de venir danser à un de nos shows. Notre idée était de la faire venir pour un gros concert, donc on l'a programmé pour un show au Off Ramp à Seattle, avec Thee Headcoats en tête d'affiche. On l'a fait danser sur une reprise d'Elvis : Little Sister. Il y avait 500 personnes dans la salle et la foule était dingue!!!! Tout le monde en redemandait.

Granny deviendra une icône des environs par ses prestations scéniques aussi curieuses que dégommantes. Elle est décédée en 1996.

Girl Trouble est encore en activité, et garde quoi qu'il arrive son sens de l'humour. Persuadés d'être invité pour les 20 ans de Sub Pop, ils ne se démontent pas quand ils apprennent qu'ils ne seront pas de la partie : c'est dans le parc attenant au festival Sub Pop 20 qu'ils organisent leur tout premier concert acoustique!!!

Des morceaux à télécharger légalement sur le site du groupe : http://www.wig-out.com/. Un morceau en streaming dans la playlist Grooveshark à droite. Girl Trouble en marge des 20 ans de Sub Pop dans la première vidéo, un extrait live dans la seconde.





28/01/2011

Seattle Grunge's Anecdotes : King Buzzo par Dale Crover

Dale Crover : Avant de vraiment connaître Buzz, je pensais qu'il était chinois - j'peux pas dire pourquoi. Y'avait pas beaucoup de chinois à Aberdeen, faut croire que c'était ma vision de ce à quoi devait ressembler un chinois. Ensuite j'ai pensé qu'il devait être gay - ils étaient toujours en train de se tripoter avec Krist Novoselic, de se bagarrer ensemble, et je trouvais ça vraiment bizarre. Puis j'ai réalisé que c'était sa façon de déconner. On se faisait des "batailles de van" - genre dans le van t'as une personne qui dort et à ce moment là tu lui balances un coup de poing dans les couilles. On le fait toujours d'ailleurs, crois le ou pas - on est définitivement coincé au CM2.

Jeff Gilbert (journaliste pour The Rocket et Guitar World, employé de Sub Pop) : Buzz a un petit air de Sideshow Bob (le psychopathe des Simpsons)

Allison Wolfe (chanteuse de Bratmobile et parmi les leaders du mouvement Riot Grrrl) : On a joué notre second show avec les Melvins. Calvin (Johnson) avait organisé ce concert et nous avait demandé d'ouvrir pour les Melvins. Je me rappelle le jour du concert - il y avait une excitation palpable parce les Melvins était des légendes à Olympia. Il y avait des metalheads partout - tellement de testostérone dans les rues. J'vous jure, ça faisait peur. Pendant notre show, le public nous gueulait des injures en permanence. Par chance, je suis dure de la feuille, ce qui fait que j'ai rien capté!!!

Un truc marrant, c'est qu'après qu'on ai joué, Buzz des Melvins est venu vers moi, avec sa petite voix douce, et il m'a sorti un truc du genre : "Vraiment merci d'avoir joué avec nous, c'était tellement formidable! J'ai vraiment aimé avoir un groupe comme le votre à ouvrir pour nous. A chaque fois qu'on joue, ils essaient toujours de nous mettre en première partie un groupe de metal macho ou de punk. Ils comprennent pas - on n'aime pas ce genre de musique. Je veux dire, merde, regarde moi : ce que j'aime c'est Cure!"

Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

Melvins + Dwarves au Hellfest 2011!!!!

Bon, les gars les filles, la prog du prochain Hellfest est sortie ce jeudi, et pour qui aime les gros riffs bien lourds et bien gras, c'est l'année ou jamais : du stoner en veux tu en voilà, avec dans l'ordre : Church Of Misery, Masters Of Reality, Eyehategod, Karma To Burn, Corrosion Of Conformity, Clutch, Monster Magnet, Electric Wizard, et le retour de Kyuss avec cette fois 3 des 4 membres d'origine. Ajoutez à cela : les Stooges avec Iggy + The Cult et pleins d'autres bons groupes. Pour ce qui est des représentants du Seattle Sound, on aura le vendredi les tarés de The Dwarves, et cerise sur le gâteau : les mégas Melvins!!!

Le Hellfest mérite bien un peu de pub : c'est vraiment un festival extra, qui donne l'occaze de croiser la route de groupes qu'on a absolument pas l'habitude de voir en France, et pis bon, de temps en temps y'a des groupes de Seattle, alors zut et rezut. Qui plus est l'ambiance est vraiment bon enfant et le respect entre festivaliers, et envers le voisinage est bien présent. (Ah si : y'a Christine Boutin qu'est définitivement pas la bienvenue, mais c'est vraiment la seule personne au monde qui sera mal accueillie au Hellfest!!!). C'est d'ailleurs dingue d'entendre ce qu'on entend et de voir ce qu'on voit au sujet du Hellfest, car perso, des festivals j'en ai fait, et le plus agréable, le plus chouette, le plus respectueux, celui ou les gens sont le plus sympa, et de très loin, c'est bien le Hellfest. Et c'est non subventionné par l'Etat : un gage de qualité et d'indépendance. Quand tu trouves des vidéos comme celle-ci, avec des gens qui sont censés nous gouverner se comporter de la sorte, tu te dis déjà qu'ils se sont trompés d'endroit : l'école maternelle c'est la deuxième à gauche, et ensuite tu penseras bien à eux en t'éclatant à savourer les vraies valeurs de la vie : de la bonne compagnie et du bon son. Un petit aperçu en image du festival 2010 :



PS : Dernière minute : DOWN sera de la partie, ainsi que Duff Mc Kagan, pour le plaisir de voir un historique du Seattle Sound...

22/01/2011

La controverse Pearl Jam à la loupe...

Après le split de Green River, conséquence inéluctable à certains souhaits d'orientations musicales non partagés, Jeff Ament et Stone Gossard partent fonder avec Andrew Wood le fameux Mother Love Bone, alors que Arm rejoint Steve Turner pour une revisite moderne du garage 60's : Mudhoney... Deux conceptions de la musique complètement à l'opposé l'une de l'autre : les premiers ne se cachent pas de chercher à devenir des stars du rock, les seconds ont en horreur l'idée même de notoriété... Il va sans dire que la rancœur s'installe entre les deux partis... Lorsque Pearl Jam apparait en 1990, ce n'est donc pas sans ricanements qu'ils sont accueillis à Seattle. Mudhoney, tête de pont de la scène locale, leur taille un costard. De là partira réellement l'idée toujours répandue que Pearl Jam est un vendu du mouvement, qui a sauté dans le train en marche. Ce qu'on ne sait pas forcément, c'est que les membres de Mudhoney et de Pearl Jam se sont rabibochés doucement, et la rancœur entre les uns et les autres est plus ou moins retombée au fil des mois. Et ce grâce à qui??? Dites moi donc!!! Eddie Vedder bien sûr!!!

Chris Cuffaro, un des photographes qui mitraillait la scène de Seattle au début des années 90, trainait un jour avec Eddie Vedder. Ayant rendez vous pour une séance photo chez Steve Turner, guitariste de Mudhoney, il invite Eddie à le suivre. "Pas possible, je veux pas y aller" lui répond un Eddie décomposé, bien au courant qu'il était des soucis communs des Mudhoney avec ses potes Stone et Jeff. "Arrêtes tes conneries et monte dans la caisse" lui rétorque Cuffaro.

Eddie cède, et quand ils arrivent chez Turner, Cuffaro fait les présentations - "Salut les gars, voici Eddie" - mais en négligeant de mentionner qui il était vraiment, afin de faire se rencontrer les uns et les autres de la manière la plus neutre possible. Après avoir passé l'après midi à parler musique et philosophie avec Eddie, Turner et Dan Peters prennent Cuffaro à part : "Redis nous qui est ce gars déjà???". Voulant lâcher la bombe le plus nonchalamment possible, Cuffaro prend quelques secondes pour répondre : "Eddie? C'est le chanteur de Pearl Jam". "Pas possible" répond Turner. "Nom de Dieu" lâche Peters un peu déconcerté. "Il est vraiment sympa!!!". Tous ont finit par partager une bonne bouffe ensemble, échangeant leur numéros de téléphone et faisant des plans pour se croiser à nouveau. "D'un seul coup, ils étaient devenus les meilleurs amis du monde" dira Cuffaro...

Cependant, le mal est fait, et sera amplifié au centuple par un Kurt Cobain, artiste underground dans l'âme rongé par le succès, et en quête d'une reconnaissance sub-culturelle. Pearl Jam trainera des années cette réputation d'opportuniste, non sans se défendre.

John Leighton Beezer (leader des Thrown Ups, et vieil ami de Arm et Turner) : Vers la fin des années 90, j'avais planifié un voyage à Hawaï, et j'avais entendu dire que Mudhoney allait ouvrir pour Pearl Jam juste quand j'y serais. J'ai appelé Mark et lui ai demandé : "Est ce qu'on pourra se voir là bas?" Et il a dit "Bien sûr". Donc grâce à ça j'ai eu mes entrées dans l'entourage de Pearl Jam. J'ai passé un couple de jours à Hawaï à vivre "the Pearl Jam life". Et finalement je suis parti de là en pensant "Je suis le pire des idiots. Comment ai je pu me foutre à ce point de leur gueule ?" Si tu te posais backstage et jetais un œil à l'équipe, il y avait juste un océan de gens adorables. C'est pas facile d'admettre ça. Rira bien qui rira le dernier, dit-on : ils ont eu le dernier mot. Ils ont été vraiment bienveillants avec moi - je me foutais de leur tronche à l'époque, et ils le savaient, probablement. Et finalement, l'imbécile, c'était moi!!!

Jeff Ament : Je jouais du punk quand Kurt allait encore voir les concerts de Sammy Hagar (un des gars de Van Halen, un groupe de hard rock dans le plus pur sens du terme). Cette histoire m'a vraiment fait chier, parce que je connaissais Krist (Novoselic) à ce moment, et je pensais qu'il y avait comme une sorte de connexion. Mais après tout ça, il y a eu une réelle séparation entre nous. Deux camps se sont formés quand Green River a splitté, et ces gars (Nirvana) était de Sub Pop, et étaient de bons amis de Mark (Arm)...

Mark Arm : Avant qu'on tourne avec et Pearl Jam et Nirvana, on pensait que Pearl Jam était plus enclin à s'accoquiner avec l'industrie musicale, et Nirvana prêt à s'accrocher à ses racines underground. Je connais Jeff depuis qu'il est un "hardcore kid" et s'occupe de fanzines, et il a fait plus dans le milieu hardcore que n'importe lequel des gars de Nirvana. Mais après le split de Green River, lui et Stone n'avaient aucun problème à dire : "On veut percer dans le business de la musique. On veut jouer de la musique pour le reste de notre vie". C'était une notion tellement ridicule pour moi. Donc, après notre expérience à ouvrir pour Nirvana, qui avait vraiment été pourrie, on a pensé : "Si tourner avec Nirvana c'est ça, alors imagine ce que c'est de tourner avec Pearl Jam". On y est quand même allé, parce que c'était juste deux dates. Ça nous a retourné le cerveau. Tout le monde - des techniciens au groupe lui même et à leur management - était super cool. Ils avaient Eric Johnson - qui est un mec super - qui s'occupait de l'organisation de la tournée. Leur manager, Kelly Curtis, était vraiment chouette avec nous. On entend tellement d'histoires cauchemardesques sur les groupes de première partie qui se font traiter comme de la merde sur des grosses tournées de ce genre... Les ingénieurs du son aussi, ont travaillé avec nous et nous ont vraiment aidé. Tout le monde avançait dans le même sens. Le groupe faisait face à l'énorme hype du moment avec ses propres moyens, et s'en sortait plutôt bien. Ça a été pour nous un changement spectaculaire par rapport à ce qu'on avait vécu avec Nirvana juste quelques semaines avant...

Jeff Ament : On a beaucoup appris de ce qu'on a fait ensemble - Steve, Mark, moi et Stone. La raison pour laquelle on a joué ensemble dans Green River était qu'on avait des idées similaires, et qu'on venait vraiment tous de cette mentalité "do it yourself". Quand on était dans Green River, on a joué avec énormément de groupes - je me rappelle avoir joué avec Black Flag, et Henry Rollins (le chanteur de Black Flag) avait sa propre dressing room. Avec Public Image (Public Image Limited, le second groupe de Johnny Rotten, chanteur des Sex Pistols) aussi, et ces gars avaient des bouteilles de Bordeaux à 200$ pièce. On savait tous, à l'époque, qu'on ne ferait jamais ça. On ne traiterait jamais les autres groupes comme de la merde, comme ces groupes nous avaient traités comme de la merde. On prenait ça vraiment à cœur. A la surface des choses, les gens ont pu penser qu'on était juste des carriéristes réunis pour former un groupe, mais ce n'était pas du tout ça. On voulait juste jouer de la musique et être créatifs, et nous pousser mutuellement pour être toujours meilleurs. On prenait ça vraiment au sérieux. Et probablement tellement sérieusement à un moment donné que ça ne l'a pas fait du tout avec Mark et Steve. Je voulais pas travailler dans un putain de restaurant pour le reste de ma vie. Je voulais pas avoir 40 ans et trainer mon amertume en faisant la tournée des bars, en parlant du bon vieux temps...

On l'a déjà dit, mais Green River s'est reformé pour les 20 ans de Sub Pop. Z'ont plutôt l'air en forme les vieux!!!

21/01/2011

Vite fait, un peu de géographie...

Bon, ok, on parle du Seattle Sound, du grunge à Seattle, mais c'est un peu plus compliqué que ça. On parle d'Olympia, de Belligham, d'Ellensburg, d'Aberdeen, mais ça nous dit pas où ça se trouve tout ça. Ouais, c'est sûr, c'est à Seattle même que tout a commencé pour bon nombre, mais c'est un peu partout autour que tout à vraiment commencé pour beaucoup. Donc j'ai pensé qu'une petite carte ne serait pas de trop (on peux zoomer pour voir plus précisément) :


Agrandir le plan

Accrochez vos ceintures, c'est parti pour un petit tour dans l'Etat de Washington. En prenant la Highway 90 à partir de Seattle, qui part sud est, on arrive au bout d'une centaine de kms à Ellensburg, patrie des Screaming Trees.

Si on suit la Highway 5 au sud ouest, on passe par Tacoma, la ville d'Art Chantry et de Seaweed (excellent groupe hardcore mélodique), puis on arrive à Olympia, ville universitaire très importante pour le sujet qui nous intéresse. A gauche toute, l'Université verra naître des éléments fondamentaux du mouvement : Beat Happening et K Records menés de front par Calvin Johnson, un inconditionnel du DIY. Le mouvement Riot Grrrl, Toby Vail et Kathleen Hanna, Bikini Kill, Bratmobile et Sleater Kinney sont toutes issues d'Olympia. Et nombres de personnalités y feront leurs gammes : Bruce Pavitt par exemple, ou Slim Moon, qui y fondera le label Kill Rock Stars (entre autres celui des Gossip, et ouaip). Cobain y vivra un temps. Dotée d'une grosse scène indé, Olympia n'a absolument rien à envier à la grosse voisine Seattle.

En quittant cette route pour l'ouest et la côte, on arrive à la trop fameuse Aberdeen, bled de bucheron paumé au fin fond de l'Etat de Washington : une bande de tarés s'affublant de l'appellation Melvins sont originaires des environs, Montesano exactement : les trop fameux Buzz Osbourne et Dale Crover, ainsi que leur premier bassiste, et futur Mudhoney, j'ai nommé Matt Lukin. Leurs premiers fans, Kurt Cobain, natif d'Aberdeen même, et Krist Novoselic, qui y passera son adolescence, formeront plus tard Nirvana.

Quelques kms à l'ouest à vol d'oiseau de Seattle, de l'autre côté du Puget Sound, bras de mer qui borde la ville, se trouve Bainbridge Island, terrain d'activité des boutonneux Ben Shepherd (Soundgarden), Chad Channing (Nirvana), Stone Gossard (Green River, Pearl Jam), Andrew Wood (Mother Love Bone)...

En partant au nord depuis Seattle, on passe par Bothell, un autre bled archi paumé ou Charles Peterson passa les vingts premières années de sa vie. "Welcome to Bothell", disait t'il dans "Hype". "Un jour, des gars ont rayé les trois premières lettres BOT, ce qui donnait finalement "Welcome to Hell". J'aurais adoré être le gars qui a fait ça"

Entre Everett et Mount Vernon se trouve Stanwood, petite ville qui entendit les premiers sons tortueux de Bundle Of Hiss, Kurt Danielson (TAD) et Dan Peters (Mudhoney).

Au bout d'une centaine de kms, on arrive à Bellingham, patrie des Posies, et du label Estrus, spécialisé dans le garage punk. Les Mono Men viennent d'ici.

Voili voilou, ça donne une petite idée. faudrait qu'un de ces jours on s'attarde sur la géographie interne à la ville de Seattle. Un petit tour des clubs qui ont compté dans l'histoire du grunge, ça me parait assez essentiel...

20/01/2011

Les Simpsons fan de Duff...

En parlant de Matt Groening, génial inventeur des Simpsons - qui a commencé sa carrière en bossant à The Rocket, après des études brillantes au très à gauche Evergreen State College d'Olympia - on se souvient tous d'Homer le cul vissé sur son canapé en train de siroter une bière surement aussi goutée que notre bonne vieille Heineken, et à l'appellation très rock n'roll : la Duff...

Joe Toutonghi (vieil habitué des concerts à Seattle, et membre des Bopo Boys, une bande d'excités du tour de bras dans ta tronche) à propos de Duff Mc Kagan : J'avais peint la terrasse et le porche de sa mère avec lui. Ed Huletz - le chanteur des Silly Killers - sa mère avait acheté une maison pour investir, et Duff, Ed et moi vivions là. On y a fait des fiestas insensés toutes les nuits, à tomber fou... On brassait notre propre bière, qu'on avait appelé "Duff's Brewskies" - c'était bien avant que les Simpsons aient de la bière Duff.

J'ai toujours pensé, au contraire de ma mère, que les Simpsons était l'émission la plus intelligente à passer sur cette foutue téloche, et là j'ai la preuve qu'à défaut de l'être, elle était au moins sacrément documentée héhé... C'est d'ailleurs étonnant qu'un mec comme Matt Groening ait plus ou moins fréquenté un temps la scène de Seattle : c'est vraiment là qu'on s'aperçoit que Seattle durant la décennie 80 et le début 90's, c'était l'endroit ou il fallait être, l'épicentre géographique de l'ère du temps. Finalement une grosse partie de ce qui est sorti de culture underground à l'époque, venait de ce petit coin des States... Les Simpsons en 1990, c'était gonflé, une grosse satire de la culture américaine. Aussi gonflé que Nirvana ou Pearl Jam en haut des charts. J'ai été étonné que Greg Prato, dans l'interview donné plus bas, parle du mouvement grunge comme ayant initié un changement de société aux Etats Unis. On se rend à peine compte d'ici, (quoi!!!??? les amerloques : changer de mentalité!!! Pas possible) mais c'est p'têt vrai!!!!

PS : Et ben, savez quoi? Je viens de voir dans le journal que la Duff, pour de vrai, sera vendu désormais dans l'ouest de la France. "Houblonnée et légère", qu'ils disent. En gros : banale. Ce qui veut dire concrètement : meilleure que la "vraie". Moe l'a dit : ce qui fait la saveur si particulière de cette bière, c'est le fait que les chiens s'y baignent pendant la fermentation, d'où un arrière gout de tics dans la bouche... "Oh pinaise Marge, j'ai bu six bières et j'suis même pas beurré"

16/01/2011

Art Chantry ou l'esthétique grunge incarné

"Si Pavitt et Poneman furent les cerveaux gauche et droit du mouvement, Endino en était l'oreille et Peterson l'oeil", entend t'on dire de ci de là... J'ajouterais : "Si Peterson en fut l'oeil, Art Chantry en fut la rétine" héhé... Art Chantry fut certainement tout autant décisif que ces quatre là dans l'éclosion du grunge, de par sa contribution fantastique à l'aspect visuel de la chose. Graphiste de génie, autodidacte comme tous à l'époque, Chantry est né à Tacoma, grande banlieue de Seattle. Northwestern native, imbibé de l'esprit et de la culture bizzaroïde de la région, il a tout naturellement à ce titre intégré comme imprégné la scène locale...

Art Chantry (dans le documentaire Hype!) : C'est dans la région qu'a été créé le terme "soucoupe volante", c'est ici aussi la capitale mondiale des serial killers : on a plus de meurtriers dans le coin que n'importe ou ailleurs aux Etats Unis. La famille Manson venait en vacances ici. Cet endroit est bizarre... Tous ces facteurs ont influencé ce qui est arrivé musicalement à Seattle!

Chantry s'installe à Seattle après être sorti du collège, et, ne trouvant pas de job, finit par monter sa propre affaire. Parallèlement à ça, fait important, il est embauché en 1979 dans l'équipe d'un tout nouveau magazine musical, un gratuit totalement consacré à la musique de Seattle et de la région : The Rocket. C'est là qu'il développera son style inimitable, qu'il qualifie lui même "d'ébouriffé"... Catapulté à plusieurs reprises directeur artistique, il collaborera une dizaine d'année avec le magazine. The Rocket verra passer en son sein le gotha de la scène naissante : Bruce Pavitt, Charles Cross ou encore Matt Groening, jeune étudiant à l'Evergreen State College d'Olympia et futur créateur de la série la plus délirante au monde, j'ai nommé les Simpsons.

Art Chantry : Tout le monde détestait The Rocket parce qu'il avait toujours une attitude prétentieuse envers tout le monde. On a effacé ça de l'histoire, mais la vérité c'est que The Rocket a été un point d'information prépondérant pour le Seattle underground. Sans lui, la moitié de ces groupes ne se seraient jamais formés, parce que c'est comme ça qu'ils se sont rencontrés - grâce aux annonces gratuites classifiées au dos. Même Nirvana s'est servi de ça. Sub Pop Records a commencé en tant que rubrique dans The Rocket. Les directeurs artistiques de Newsweek, Vanity Fair et beaucoup d'autres ont commencé par bosser à The Rocket. J'en suis devenu le directeur artistique à 4 reprises. Grâce à ça, j'ai commencé à rencontrer de plus en plus tous ces gens. Tu traversais les locaux, et Kim Thayil attendait pour un rendez vous, ou Robert Crumb (dessinateur mythique de comics américain, et accessoirement l'auteur de la cover de Cheap Thrills de Janis Joplin) était là pour je ne sais quelle raison.

Depuis son arrivée à Seattle, Chantry réalise des affiches de concert pour les groupes du coin. A l'instar d'un Jack Endino, réputé pour proposer des enregistrements à moindre cout, le travail de Chantry était particulièrement apprécié par les musiciens : il convenait aux petits budgets et les demandes étaient traités rapidement. Plus subtilement, le style "fait maison", de bric et de broc, peu demandeur en technologie en tout genre (une photocopieuse fera l'affaire), et qui plus est totalement subversif, s'est avéré collé parfaitement à l'esprit de la scène locale, qui était tout faite de l'esprit DIY. Toute image trouvé au fond d'un vieux magazine ou sur une vieille pub devient exploitable avec Chantry, et se retrouve recyclée pour les bienfaits de la cause punk... Le bonhomme collaborera aussi avec le label punk garage Estrus de Bellingham (celui des Mono Men), façonnant pochettes de disques et affiches de concerts et lui permettant s'assouvir sa passion pour la trash culture des années 60.

Chantry a gagné par la suite a peu près toutes les récompenses possibles et imaginables dans le monde du graphisme à travers le globe. Une monographie de ses oeuvres a été publiée : "Some people can't surf" (par Julie Lasky) et son taf a été exposé partout dans le monde, dans nombres de musées prestigieux (joli pied de nez pour un artiste underground) dont le Louvre ou le Smithsonian à Londres. Pendant une douzaine d'années cependant, c'est dans le plus extraordinaire des musées que son travail a pu être admiré : couche après couche ont été collé sur les poteaux électriques de Seattle un nombre impressionnant d'affiches, à tel point que la ville a finit par interdire l'affichage sur poteaux, les réparateurs de lignes électriques se plaignant de difficultés à faire leur job!!!!



http://www.artchantry.com/

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la culture underground de l'affiche rock aux States : un docu excellent, en anglais seulement : "Died Young, Stayed Pretty", dont voici le trailer (Art Chantry y apparait) :



En Europe, un collectif italien connu sous le nom de Malleus (en fait, deux membres du groupe stoner Ufomammut), fait un travail sympa : http://www.malleusdelic.com/. C'est joli, mais on se demande parfois s'ils ne feraient pas mieux de se trouver chacun une bonne copine!!!

08/01/2011

Combien de batteurs pour les Fastbacks?

En fait, personne n'a jamais su exactement, mais on estime d'après notre enquête que, sans se prendre la tête, au bas mot environ au moins une vingtaine d'entre eux seraient passés dans les rangs du plus adorable des groupes de Seattle. Voici les plus illustres :

1-Kurt Bloch. Le batteur originel, celui qui apparait sur la première démo. Passé ensuite à la guitare, parce que de son propre aveu : "J'étais pas très bon en tant que batteur"

Kim Warnick (chanteuse et bassiste des Fastbacks) : Les Fastbacks se sont formé à notre sortie de collège. On était juste le pire groupe au monde. Lulu pouvait difficilement chanter et jouer de la guitare en même temps, je ne chantais pas à ce moment là, et Kurt était le pire des batteurs. Ça s'est amélioré quand un de nos amis a décidé de nous rejoindre - Duff Mc Kagan. Il a prit la batterie, ce qui a fait que Kurt a pu prendre la guitare. Puis j'ai commencé doucement à chanter. Et là les problèmes de batteurs ont commencé, on en a eu des tonnes au fil des ans...

2-Duff Mc Kagan. Plus tard chez les Fartz, puis 10 Minute Warning, membre fondateur des Guns N'Roses. A joué sur le single "It's Your Birthday"

Duff Mc Kagan : Les Fastbacks m'avaient demandé de les rejoindre - ils voulaient que je prenne la batterie. Kim Warnick a vraiment été importante pour moi - elle avait une voiture et toutes les musiques les plus cools sur cassette. Elle avait tout. Elle venait me prendre en voiture - j'écoutais déjà les Ramones, les Sex Pistols et le Clash - elle m'a fait découvrir les Sweet, Slade et T-Rex.

Kim Warnick : Il était tellement jeune - une quinzaine d'années. On était à Vancouver, Canada - on faisait une interview pour la radio. Ils nous ont demandé : "Qu'est ce que vous espérez retirer du fait de jouer de la musique?" Et Duff a dit : "Je veux juste quelqu'un pour bouger mon équipement à ma place!" On devrait faire plus attention aux souhaits qu'on formule... Allusion à l'avenir du bonhomme...

3-Richard Stuverud : avait et a depuis joué dans des tonnes de groupes, dont War Babies et Three Fish, side project de Jeff Ament.

4-Tad Hutchison. A rejoint ensuite les Young Fresh Fellows. A jamais le plus rapide, selon Kim.

5-Richard Stuverud. De retour, le temps d'enregistrer Every Day Is Saturday et ... And His Orchestra. Reparti depuis.

6-Nate Johnson. Avant chez Pure Joy et après chez Flop. A joué sur les 3 albums suivants.

7-Rusty Willoughby. Pourtant pas viré, selon Kurt Bloch. Vu lui aussi chez Flop et Pure Joy.

8-Nils Bernstein. L'attaché de presse de Sub Pop, pour les répétitions en 1992 (n'a jamais joué en live).

9-Mike Musburger, en route vers les Posies.

10-Rusty Willoughby encore, qui joue sur Zucker.

11-John Moen, du groupe de Portland Dharma Bums.

12-Mike Musburger à nouveau, désormais ex-Posies.

13-Jason Finn de Skin Yard, puis Love Battery, puis finalement The Presidents Of the United States Of America.

14-Dan Peters de Bundle Of Hiss et surtout Mudhoney, après un bref passage chez Nirvana.

15-Bill Rieflin (The Blackouts, Ministry, REM), autre originaire de Seattle, aurait été demandé à la fin des années 80, mais aurait décliné l'invitation. Manquait plus que ça, on aurait vraiment eu l'impression que les Fastbacks monopolisaient le marché!!!

Les Fastbacks... Le grand frère des groupes de Seattle. Charles Peterson dira d'eux : "Quand j'étais gamin au collège, ils étaient "the real punks". Les Fastbacks n'ont jamais connus la notoriété de ceux qui les adulaient... Malgré tout, ils restent à Seattle un groupe ultra adulé, sans doute pour avoir été parmi les pionniers du Seattle Sound. Ces histoires de batteurs illustrent bien l'idée de scène incestueuse dont on parle souvent à propos du Grunge à Seattle : ça bouge dans tous les sens, d'un groupe à l'autre...