Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

26/03/2011

Soundgarden : Led Zeppelin moderne???


J'peux vous dire un truc??? ... Soundgarden c'est mon péché mignon... Ok ok, Pearl Jam c'est énorme et franchement si vous me demandiez lequel des deux a ma préférence, je saurais pas le dire moi même. Mais chez Soundgarden y'a une telle puissance!!! Dieu sait s'il en est sorti depuis, chez les stoners métalleux, des riffs de la mort à en faire perdre son dentier à ta grand mère... Mais la différence avec Soundgarden, c'est que la puissance n'est pas seulement dans le son en lui même, mais dans ce que ça dégage, quelque chose de quasi spirituel, de quasi mystique. Tenez : un morceau comme Nothing To Say par exemple : son énorme, riff surpuissant, hyper lent, monolythique... Et cette voix. Holy Fuck!!! Sortie du tréfond du néant... Si on voulait donner une bande son pour représenter au mieux ce que serait Dieu, la vacuité, l'Eternel, l'Absolu, pas de doute pour moi ce serait du Soundgarden... Comme un truc que t'as l'impression que c'est tellement gigantesque, un truc tellement infiniment grand que ça fait te rendre compte de ton infinie petitesse. Soundgarden c'est en soi une expérience chamanique, aussi lourd que les tables de la Loi (c'était de la caillasse bordel), aussi perçant que le trident de Shiva, aussi destructeur que le regard de Padmashambava... Voyez ce que j'veux dire ou bien? Soundgarden, c'est l'au delà de la Puissance, un truc pas descriptible. Quelque chose d'à peine imaginable. Démentiel. Transcendant. Quand Jack Endino parle de l'enregistrement du single Hunted Down / Nothing To Say dans Hype, il n'en revient pas lui même, et pour cause!!! On touche à la folie pure... Un grand nombre des premiers morceaux du groupe ont ce feeling extraordinaire. Beyond The Wheel, Hunted Down, Entering, Flower, et tant d'autres. Bon, on va s'arrêter là, mais regardez le petit dernier, Black Rain : c'est totalement du même acabit, et je dois vous avouer que la vidéo de ce single, ben c'est bien trouvé : ça correspond vraiment à ce que dégage le morceau...



Un autre groupe qui est capable de jouer sur ce terrain de l'expérience mystique, ben c'est Led Zeppelin... Bordel, écoutez moi Houses Of The Holy (en même temps il porte bien son nom cet album là!!!). Moi perso ça me fait tripper grave... Et c'est d'ailleurs marrant parce que Soundgarden a souvent été prit à ses débuts, et même après, comme un suiveur de Led Zep...

Matt Vaughan (manager de Gruntruck) : J'étais chez un pote dans Capitol Hill, et il s'était mit ce disque, Screaming Life. J'ai écouté ça pendant 30 minutes, en me disant que c'était le meilleur bootleg de Led Zep que j'avais jamais entendu - j'avais pas idée que c'était un groupe de Seattle. Puis on est allé les voir - c'était frénétique. Ils étaient sans conteste le groupe le plus heavy à Seattle.

Jeff Gilbert (journaliste pour Guitar Part et The Rocket et employé de Sub Pop) : J'ai vu Soundgarden sur scène 50, 60 fois peut être, et il y avait des soirs ou ce n'était pas juste un simple concert - c'était une expérience biblique. Quand tu sors de ça et que tout ton corps bourdonne... C'était ça la première fois que je les ai vu. J'ai pensé : Bordel de Dieu, comment ces 4 gars arrivent à avoir un son pareil? C'était comme une nouvelle version de Led Zeppelin. Juste ce son insensé, surpuissant. Mais ils faisaient quelque chose de si différent, sombre par ailleurs - mais pas diabolique (rires)

Stu Hallerman (ingénieur du son de Soundgarden et proprio des studios Avast) : Kim n'aimait pas les groupes comme Led Zeppelin, et Hiro n'aimait vraiment pas tout ce qui venait du rock quand il était ado. Tout le monde à cette époque disait : "Oh, ça fait pas de doute que ces gars copient à fond Led Zep", mais quelle que soit la ressemblance, c'était naturel - c'était juste la façon dont ils utilisaient leurs guitares et hurlaient. C'était une coïncidence plus que tout autre chose. Je pense qu'on a tous aimé Led Zep à un moment donné, mais ce n'était pas une influence directe pour eux.

Rod Moody (chanteur de Deranged Diction et Swallow) : J'avais vu un des tout premiers shows de Soundgarden. Chris Cornell a souvent dit que Led Zeppelin n'avait pas d'effets sur lui, mais ils avaient joué ce soir là 3 morceaux de Led Zep coup sur coup.

John Leighton Beezer (leader des Thrown Ups) : Ils ont sorti ce morceau, Incessant Mace, qui était plus ou moins du copié collé de Dazed and Confused de Led Zeppelin. Et pas seulement un peu. Mais j'étais sur le cul : c'était un morceau de 12 minutes, heavier than shit - "Led Zep ne joue pas dans les petits clubs (rires). Putain de Dieu, c'est un plagiat, mais... qu'est ce qu'ils sont bons!!!"

Scotty Crane (propriétaire des studios SoundHouse) : Quand j'écoute les premiers enregistrements de Soundgarden, je suis encore plein d'admiration. Quel groupe extraordinaire. J'étais tellement blasé de Led Zeppelin parce que je les avais entendu tellement de fois à la radio. Mais quand je réécoute Led Zep, même sans y avoir touché pendant 5 ans, j'ai toujours la même réaction : "Oh mon Dieu!, c'est vraiment un groupe extraordinaire". Comme un miracle : il y avait une alchimie entre ces 4 là. Et quand je pense à certains morceaux de Soundgarden, j'ai le même sentiment. Le tout est plus grand que la somme des parties...



Beyond The Wheel live. Titanesque!!! Nothing To Say en écoute dans la playlist Grooveshark

19/03/2011

Truly : un pas vers le post grunge...

Truly est un peu un cas à part... Arrivé avec une chouille de retard sur l'horaire du train pour pouvoir profiter un minimum des retombées nirvanesques, mais parti avec un temps d'avance sur tout le monde pour ce qui est de faire évoluer le style... Pas loin d'être totalement méconnu aujourd'hui, le son du groupe évolue cependant dans le très haut du tableau de ce qu'a pu fournir la scène de Seattle au monde du rock. Truly, c'est un peu la dream team du grunge : on tient là un ancien Soundgarden : Hiro Yamamoto à la basse. Un ancien Screaming Trees : Mark Pickerel à la batterie. Le tout dirigé par un ancien rien du tout qui toutefois avait été pressenti pour prendre la seconde guitare chez Nirvana du temps que sieur Cobain cherchait un quatrième larron pour étoffer son mur du son (en lieu et place de l'illustre "looser" Jason Everman qui s'y était collé, sans grand succès). Robert Roth, qu'il s'appelle, le gars. Robert Roth est ce qu'on peut appeler un songwriter de génie, le genre de gars qui te pond des morceaux extras sans avoir la moindre impression de se faire mal au cul. Le seul petit problème de Robert Roth, comme de ses deux comparses, c'est qu'il est trop gentil, trop "pas assez", trop "mec sans problème", trop monsieur tout le monde pour pouvoir prétendre à une certaine notoriété... Que voulez vous, aujourd'hui comme en 1990, il faut du scandale, de la drogue, des mecs qui montrent leur cul, des filles qui montrent leurs nichons, des chambres d'hôtels dévastées pour être pris un minimum au sérieux. Robert il est pas comme ça...

C'est en attendant la réponse des Nirvana que Robert Roth rencontre Mark Pickerel, tout juste sorti des Trees pour cause d'évitement de tournées à rallonge. Mark est un gars qui aime bien son petit chez soi. Allez taper ses futs à l'autre bout du monde, c'est pas son trip...

Van Conner (après la sortie de Uncle Anesthesia) : Mark voulait rester à la maison. On avait une offre d'une major, donc on a décidé d'enregistrer le disque. Puis Mark décida encore une fois qu'il ne voulait plus tourner. On voulait tous quitter le groupe à ce moment - mais il a été le seul assez courageux pour le faire.

Mark Pickerel : La demande autour des Screaming Trees a vraiment augmenté quand on a signé chez Sony. C'était désormais une grosse machine, avec du monde qui bossait pour nous. Et l'attente de ces gens n'était pas en adéquation avec la vision qu'on avait. J'étais moi même pas près à assurer le nombre de concerts à venir. J'ai rencontré ce gars, Robert Roth, depuis devenu un ami, qui avait écrit des morceaux, et qui m'a demandé si j'étais près à les développer avec lui dans l'idée de les sortir sur disque. J'ai entendu les morceaux, et je les ai trouvé très bons. Ils avaient les mêmes qualités que ceux des Screaming Trees.

Les deux amis enregistrent une première démo pour Sub Pop, et un premier Ep en septembre 1990 (qui ne sortira que vers la fin de l'année suivante). Un mois plus tard, ils ouvrent pour The Jesus Lizard, et font forte impression sur le public de Seattle. Le premier bassiste, Chris Quinn assure à ce moment la basse. Mais quitte bientôt le navire.

Robert Roth : Chris et moi on avait du mal à bosser ensemble - je suis plus un gars qui fonctionne à l'intuition, lui est plus studieux. Je voulais faire de Truly un Television (groupe new yorkais de la fin 70's très novateur à l'époque) du NorthWest. Chris insistait pour passer à la guitare, ce qui signifiait qu'on avait besoin d'un nouveau bassiste. Mark a donc appelé Hiro.

Hiro Yamamoto, ex bassiste fondateur de Soundgarden, est à l'époque dégouté de la musique. La rencontre des trois a lieu dans les bureaux de Sub Pop, et tous s'accordent immédiatement sur le fait que Truly est en train de créer un son plus sophistiqué que ce qui se faisait à Seattle à l'époque, que c'est excitant, mais aussi qu'ils veulent faire les choses par eux même, et jouer et tourner parce qu'ils en ont envie, pas seulement parce qu'il le faut. C'est une déclaration d'indépendance.

Hiro Yamamoto : J'ai été en dehors de la scène musicale pour un moment - je voulais juste ne plus jouer. J'étais fatigué de ça. Mark m'a appelé, en me disant "Je joue avec ce gars, et on cherche un bassiste". J'ai dis : "Bon ok, je vais y jeter un oeil". J'avais pas joué depuis deux ans. J'ai écouté, et j'ai trouvé ça vraiment cool. J'ai toujours adoré le jeu de Mark. Il semblait à ce moment là que reprendre la basse était la bonne chose à faire.

Robert Roth : Quand Jonathan Poneman a écouté notre travail, il a tout de suite décidé de nous signer et de sortir quelque chose. L'idée de Truly était d'être "post-grunge". Ca a été notre intention depuis le premier jour, d'emmener le débat ailleurs...

Une apparition sur la BO de Singles avortée, et un trop habituel retour sur parole de Sub Pop feront que le groupe ne sortira son premier album qu'en 1995, et sur Capitol Records. Ils ont déjà gagné la bataille auprès du public de Seattle, mais la sortie de Fast Stories... From Kid Coma, un album pour le moins extraordinaire, finit de clore le débat. L'album est d'une telle densité...

Robert Roth : Je me souviens Kurt (Cobain) avoir dit qu'il allait en parler à Gary Gersh (qui signera Truly sur Capitol peu de temps après). C'était vraiment excitant, parce que nous avions totale liberté à Capitol. On avait plus de liberté chez Capitol que chez Sub Pop, et avec ça le contrôle artistique. Ils nous ont dit : "Prenez l'enveloppe et faites ce que vous voulez avec. Ne vous préoccupez pas des singles, ne cherchez pas à faire des hits avant le troisième ou le quatrième album. On veut faire de vous un groupe à album comme Pink Floyd ou Led Zeppelin. Nous on était là : "Vous êtes sûr?" (...) J'ai vraiment le sentiment que Fast Stories... est un vrai album, dans le sens ou ce n'est pas seulement une collection de chansons mises ensemble. En bossant dessus, dans notre tête, c'est comme si on était en train de faire un film.

Hiro Yamamoto : Certains morceaux de Fast Stories m'ont mis sur le cul quand je les ai écouté. C'est pour ça que je fais de la musique - pour entendre ça. L'album suivant, Feeling You Up, est beaucoup plus pop. C'était notre envie. Je me souviens avoir dit à Robert : "N'essayons pas de rester dans le trip psychédélique. Arrêtons les morceaux de 6 ou 10 mn".

Robert Roth : Je pense qu'on a poussé la musique de Seattle beaucoup plus loin. J'ai su par certaines sources qu'on avait été une influence pour Radiohead.

Le groupe splitte en 1998, mais s'est reformé en 2008 pour une série de concerts. La preuve en image plus bas. Robert Roth sortira en 2004 un album solo encensé par la critique, tout en collaborant avec le poète punk Jim Carroll (mort en 2009. Le film Basketball Diaries, dont la BO reprend des morceaux de Soundgarden, Pearl Jam et The Posies, est basé sur son autobiographie) pour un Ep et quelques concerts sold out. Un titre de Fast Stories + un de Feeling You Up dans la playlist Grooveshark à droite... Truly fait parti de ces groupes qui se révèlent au bout d'écoutes répétées... Persevérez, vous ne le regretterez pas!!!!!!



: Avec le concours du bouquin qu'est en photo là...

18/03/2011

Seattle Grunge's Anecdotes : Remember Kurt - Cobain par ses pôtes...


Kim Warnick (des Fastbacks...) : Il était resté fut un temps à notre appartement - je vivais avec Suzie Tennant à l'époque. Kurt n'avait pas de logement à l'époque, il vivait dans sa voiture. Quand ils jouaient en ville, ça finissait toujours en fiesta inopinées à la maison. Un des plus grands souvenirs que j'ai de Kurt, c'est un jour qu'on était tous à tuer le temps, et moi et lui dansant sur "Come On Get Happy" de Partridge Family (une série américaine des années 70). On s'était pété la gueule et dans notre chute, on avait embarqué la stéréo.

Van Conner (des Screaming Trees...) : Dylan Carlson et moi avions l'habitude de se faire des sorties ensemble. Donc parfois il arrivait qu'on sorte tous les trois, avec Kurt. On allait simplement s'en jeter quelques unes. Un soir à une fiesta pas loin du Moore Theater, Kurt avait décidé de me sauter sur le dos. Les gars un peu petits, je sais pas pour quelle raison, ils ont toujours aimé me sauter dessus. Je me souviens lui s'agrippant, et moi courant le plus vite que je pouvais pour l'éclater contre un mur. Je l'ai broyé comme ça au moins 4 fois. Un psychotique - il ne voulait pas lâcher l'affaire. La cinquième fut la bonne, il a finit par s'écrabouiller sur le sol!!!

Jerry Cantrell (d'Alice In Chains...) : Je pense que Layne et lui sortaient ensemble de temps en temps - à un moment donné. Je pense que Layne était vraiment inspiré par lui.

Mark Pickerel (des Screaming Trees et de Truly...) : Probablement le seul gars qui m'ait embrassé sur les lèvres que je n'ai pas claqué.

Ben Shepherd (de Soundgarden) : Ils aiment dire qu'il avait du charisme. Bullshit. Il n'en avait pas - il était juste Kurt, et c'était sa plus grande qualité. Il était juste Kurt. Je l'ai rencontré à Olympia, je pense pas qu'il avait commencé Nirvana à l'époque. Je l'ai rencontré à une soirée - on était tous les deux assis au bout d'un canapé, et je lui ai dit un truc du genre : "T'es comme moi, tu finis toujours à cet endroit dans les soirées". Et il m'a dit : "Yep". Tout le monde faisait la fète, et nous on était assit là, "loners" au fond d'un canapé. Heureusement y'avait une guitare. On a fumé quelques clopes et papoté là tout avachis...

Photos : Kurt avec Mark Lanegan et Dylan Carlson + Kurt avec Mark Arm et Matt Lukin. Photos piquées chez http://site.thegrungescene.com

Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

15/03/2011

Alice In Chains en deuil : mort de Mike Starr

Nouvelle de la semaine, balancée par Sly : Mike Starr, premier bassiste d'Alice In Chains, a donc trouvé la mort il y a quelques jours, après deux décennies d'oubli total. Il était de toute évidence l'archétype du gars bouffé par la pseudo gloire, écrasé par un star system qui fait passer en deux secondes de l'état d'illustre anonyme à celui de star du rock. Qui n'est pas préparé à ça le regrette généralement amèrement. C'est en perçant avec Alice In Chains que Starr a commencé à toucher à la petite poupoudre, comme d'autres l'ont fait depuis 25 ans au sein de la scène de Seattle : Andrew Wood, Kurt Cobain bien sûr, Layne Staley, Mark Arm qui a su s'en tirer, ou Mike Mc Cready. Et bien d'autres.

Starr n'était à priori pas le plus futé des musiciens de Seattle. Il aimait d'abord s'amuser, mais il n'était définitivement pas le meilleur musicien du coin, juste un gars qui jouait de la basse en s'en tirant pas trop mal... Mike Inez est surement bien meilleur. Ses copains d'Alice In Chains ont comptés rapidement faire leur vie sans lui, car il avait depuis le commencement de l'aventure, eu bien du mal à gérer le succès soudain, l'argent qui coule à flot, et la drogue.

Ben Rew (roadie de TAD) : Le groupe voulait le virer quand ils ont été signé, mais le label leur a conseillé de le garder, parce qu'il avait le physique de l'emploi et que ça passait bien. Pauvre Mike, ça aurait été beaucoup mieux pour sa santé s'ils l'avaient viré à ce moment là...

Sean Kinney : En janvier 1993, on a fait deux dates sur deux festivals au Brésil. Tout le monde était là bas : L7, les Red Hot... Ça a été un moment un peu "aigre doux", parce que Mike Starr était sur le départ - c'est le dernier show qu'on a fait avec lui. C'était un des plus gros show qu'on ai jamais joué - surement 100000 personnes. On était mal, parce qu'il partait. Je connaissais ce gars depuis... lui et moi étions dans des garages bands depuis... qu'on a 11 ans... C'était un triste moment.

Doit y'avoir carrément un village pour anciens musiciens de Seattle là haut, pas possible autrement...

04/03/2011

Riot Grrrl!!!!!!!!!!!!!!!

D'une sub culture locale devenu phénomène de foire international, sortira, ne l'oublions pas, une "sub-sub culture" féminine et féministe, qui, 20 ans après, continue de forcer l'admiration non seulement des filles, mais aussi des garçons, moi le premier : Riot Grrrl!!! Si la première (de sub culture) a prit naissance autour de Seattle, c'est à Olympia que la seconde voit le jour... en réaction à l'ambiance prédominante du moment, testostéronée et machisante. Si la première n'a pas de conscience politique clairement affichée, l'activisme est la raison d'être de la seconde.

On associe très fréquemment, et pas souvent à raison, le Riot Grrrl Movement à des groupes de filles (pourvu qu'il y en ai au moins une) tels L7, Hole, Babes In Toyland, 7 Year Bitch ou The Gits, mais c'est réellement autour de Bikini Kill et Bratmobile, deux groupes d'Olympia, qu'il y a à chercher les prémices et l'essence du mouvement : un esprit révolutionnaire et revendicatif.

Allison Wolfe (chanteuse de Bratmobile) : Au lycée, j'avais eu un incident. Je sortais avec un mec qui était une vraie blague à lui tout seul - blouson de cuir et tout le reste. Il avait deux ans de plus que moi. Quand j'étais avec lui, il me contrôlait vraiment - j'avais pas réalisé au début, parce que j'avais jamais vraiment eu de boy friend avant. Au fil du temps, progressivement, il ne voulait plus que je sorte avec ma frangine et mes amis, surtout quand lui ne pouvait pas venir. Donc un jour j'ai cassé avec lui. Ma sœur et quelques amis étaient là, à l'étage. Il m'a physiquement agressé - il m'a prit par le col, m'a plaqué contre le mur en me criant dessus. Il a perdu les pédales, il a prit une casserole et, en partant, l'a jeté dans la pièce - il y avait un gros trou dans le mur. C'était dingue comme situation, et ça m'a rendu folle. C'était dur pour moi, parce que j'ai grandi dans un environnement violent - mes parents se battaient beaucoup. Quelque chose a fait tilt en moi ce jour là. Quelque chose devait changer - je devais me bouger pour ça. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à fréquenter la scène alternative d'Olympia.

Kathleen Hanna (chanteuse de Bikini Kill) : Je me souviens avoir croisé Tobi Vail dans le coin, et pensé qu'elle était vraiment cool, et je voulais vraiment la rencontrer. C'est arrivé à un concert de Fugazi (combo new yorkais mené par Ian Mc Kay, fer de lance du hardcore américain, dont on reparlera très certainement un de ces jours sur ce blog) à Seattle. J'avais jamais vu Fugazi avant. J'avais prévu d'y aller avec une amie qui, à l'époque, était dans Fizt Of Depression. Mais une fois sur place, on ne s'est pas trouvé. J'avais pas de ticket et c'était sold out - j'étais trop stupide. Tobi était déjà à l'intérieur - elle m'a choppé le bras et m'a entrainé dans la salle. Puis elle a disparu. j'ai vu Fugazi, et vraiment c'est le truc le plus dingue que j'ai vu de toute ma vie. Ils ont joué "Suggestion" et moi je me disais "La vache - des mecs qui parlent de sexisme. C'est dingue!"
Ce WE là, Kathy Acker, dont je devais assurer la première partie de ses lectures publiques, m'avait incité à arrêter la poésie et les lectures et à démarrer un groupe si je voulais vraiment que les gens entendent ce que j'avais à dire. Donc je suis revenu à la maison et j'ai commencé Viva Knievel. Une fois, en tournée, j'ai écrit une lettre à Tobi au sujet de son fanzine (Jigsaw), en lui demandant si je pouvais écrire dedans. Et elle a dit oui. J'ai commencé à interviewer toutes les filles que je rencontrais en tournée - leur demandant ce que ça leur faisait d'être une femme dans un groupe. J'ai envoyé les interviews à Tobi, et en retour, elle m'a répondu me demandant si ça me dirait de monter un groupe avec elle...

C'est le début de l'aventure Bikini Kill. Le groupe, soutenu par Calvin Johnson, cherche d'entrée à inciter le filles à venir aux concerts, et carrément près de la scène! Elles revendiquent clairement et outrageusement une place pour les filles, et pas celle du pauvre.

Kathleen Hanna : Pour Olympia, c'était vraiment une époque excitante, parce que beaucoup d'entre nous étaient jeunes et idéalistes. On était vraiment excité d'être dans un groupe féministe. Une grosse partie de la mission qu'on se donnait était de se faire connaître pour inspirer d'autres filles à se mettre à la musique, parce que, personnellement, on voulait une scène. Une des choses que le grunge nous a apporté, c'est qu'il nous a montré qu'il pouvait y avoir une grosse scène musicale rien qu'à l'endroit ou on vivait. On n'était pas vraiment parti prenante dans la scène dite grunge - c'était surtout une scène de mecs. Il y avait définitivement beaucoup de sexisme. En dehors de Kim des Fastbacks, c'était le désert coté filles. On voulait juste notre propre scène. On voulait plus de filles aux concerts, plus de filles à jouer dans des groupes.

Allison Wolfe : Après le lycée, je suis parti un an en Thailande dans le cadre d'un échange étudiant. Je suis revenu juste avant l'été 1989. c'était comme un nouveau départ pour moi. J'ai commencé à fréquenter pas mal les concerts punk. Et je me suis mis à écouter Beat Happening. J'étais vraiment intéressé par l'idée de faire sa propre musique dans son propre appartement pour soi même et ses amis. C'est comme ça que j'ai rencontré Kathleen Hanna, dans le bus beaucoup, et à certains concerts - j'étais vraiment intrigué par elle. Un jour je l'ai vu jouer au Reko avec Viva Knievel. Elle chantait, et elle était tellement puissante - elle semblait taré sur scène. Et aussi, le même été, j'ai vu Calamity Jane. L'un comme l'autre ont vraiment fait grosse impression sur moi. L'année d'après, à l'Université, j'ai rencontré Molly (Neuman, future batteuse de Bratmobile), et au bout d'un moment, on ne s'est plus quitté. On s'est vraiment influencées toutes les deux. Et la combinaison politique + musique DIY qui était en vigueur à Olympia nous excitait beaucoup, et l'idée de faire notre propre truc est venue. On sortait pas mal avec Calvin (Johnson) et de fait, aussi avec Tobi et Kathleen. Ils nous ont beaucoup influencés. Et de fil en aiguille, on prenait confiance dans l'idée qu'on pouvait se lancer aussi. Molly a commencé à prendre des leçons de guitare, de mon coté j'écrivais des poèmes, et on a commencé à dire aux gens qu'on était un groupe. On a pensé qu'on était des chipies (brat) et qu'on voulait être mobile, donc on s'est appelé Bratmobile.

Kathleen Hanna : On s'entendait vraiment bien avec ce groupe, Nation Of Ulysses. On a tourné avec elles, et comme elles vivaient à Washington DC, on a finit par s'installer là bas pendant deux années. Quand nous étions là bas, entre deux tournées je me faisait chier, et moi et mes amis Allison et Sharon Cheslow parlions beaucoup de la condition de la femme, de féminisme. On a décidé d'organiser un meeting. Molly et Allison étaient de Bratmobile, et elles avaient un fanzine appelé Riot Grrrl. Le meeting a commencé, et bon, c'était rien d'autre qu'une réunion a propos de la conscience féministe - dans la scène punk. Je sais pas comment, on a parlé de nous dans la presse. Et alors pleins d'autres filles dans le pays ont commencé à organiser des meetings. D'un seul coup, de la même manière que la presse avait appelé grunge "grunge", elle s'est mise à appelé les Riot Grrl "Riot Grrrl"

Allison Wolfe : Tobi Vail utilisait souvent le terme "Angry Girl". Elle avait une amie, Jen Smith, qui était de DC, et qui avait pas mal d'idées. Elle nous avait parlé d'une révolte (riot) qui avait eu lieu dans une banlieue de Washington DC où vivait une grosse majorité de la communauté punk du coin : Mount Pleasant. Il y avait là bas aussi une grosse minorité d'origine salvadorienne, et cette population là était vraiment oppressée par la police et les lois anti-immigration. Je pense que c'était en 1991, il y avait eu une fusillade là bas, et un salvadorien avait été tué par un flic dans la rue. Les gens étaient révoltés, et ils avaient brulé des bâtiments. Ça avait fait une grosse impression sur les gens qui vivaient là, et en particulier sur la communauté punk. cette fille parlait beaucoup de ça : de révolte, d'insurrection, et un jour elle nous a sorti : "Je pense qu'on a aussi besoin d'une insurrection de filles (riot girl). C'est comme ça qu'est arrivé cette expression, Riot Grrrl. Cet été là, on s'est mit à l'utiliser pour des fanzines et des meetings.

Tinuviel (co-fondatrice du Kill Rock Stars Label et organisatrice de concerts à Olympia) : J'étais à Olympia à l'époque. Je me souviens Kathleen, Tobi et Allison revenant avec des tonnes d'informations qu'elles avaient collectés pendant l'été sur le sujet (rires). Et à ce moment là, ça a juste explosé.

Perso je trouve ça vraiment intéressant de voir comment tout un chacun, des mademoiselles tout le monde pour ce qui concerne les Riot Grrrl, rien qu'avec un rien de volonté, une touche d'idéalisme, et une conviction profonde, peut arriver à se faire entendre. Chapeau bas les Riot Grrrl!!! Du Bikini Kill et du Bratmobile dans la playlist Grooveshark à droite : faut vraiment écouter ça, c'est moins connu que Hole ou L7, mais certainement tout aussi bon. Quelques vidéos choppées sur le net en sus... PS : rien à voir, mais Sly vient de mettre en ligne un super petit docu sur les Melvins en français s'il vous plait, sur le blog Seattle Sound...





Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

26/02/2011

La vie entre Kyuss et Queens Of The Stone Age : Josh Homme chez les Screaming Trees

1995 : l'ultra culte Kyuss se brule les ailes après 4 albums phénoménaux. Josh Homme décide de quitter son désert natal pour d'autres horizons. Allez savoir pourquoi, c'est Seattle qu'il choisit!!!

Josh Homme : Je suis allé au seul endroit ou je savais que la musique était morte – Seattle. Le grunge était finit, et si un semblant de bon groupe ou d'une quelconque scène pointait son nez, là bas ils étaient morts d'avance. A Seattle à l'époque, ils essayaient de tout détruire, ils détestaient tout. Pour moi c'était parfait. J'y allais dans le but de ne pas jouer la moindre musique. J'essayais de me séparer de ma maison de disque, Elektra. J'avais ce plan de leur demander une avance de fric ridicule pour enregistrer quelques démos, en pensant qu'en les écoutant, ils me considéreraient comme perdu, et me ficheraient la paix. Mais ils n'en ont rien fait! Et ils m'ont filé le fric! J'ai pensé, ok, je vais chanter, ça me fera peut être démarrer. Et ça l'a fait!

J'ai fini chez les Screaming Trees comme second guitariste. Mais c'était juste pour une tournée. Je leur ai d'abord dit que je ferais le Lollapalooza avec eux, et qu'ensuite je rentrerais chez moi pour reprendre mes études (il n'a que 23 ans à l'époque). Mais, sur la route du Lollapalooza, quelque part au Nouveau Mexique, quelque chose s'est révélé en moi. Qu'est ce que j'allais foutre à refaire des études? Qu'est ce que j'en avais à foutre qu'il y ait pléthore de groupes, qu'est ce que j'en avais à foutre si personne n'aimait ma musique? C'est ce que je déteste dans le punk rock, quand on commence à anticiper ce que les gens vont penser de vous. J'ai laché cette attitude pourrie et j'ai décidé de continuer la musique. C'était ma période « aventurier » (rires). Ma période « kung fu ».

Josh passera une année dans le giron des Trees, bâtissant une solide amitié avec Mark Lanegan, ainsi qu'avec nombre de musiciens de la scène de Seattle. Au passage, il apporte une certaine fraicheur à un groupe miné par les querelles, mais paradoxalement au zénith de sa gloire.

Van Conner (bassiste des Screaming Trees) : Josh était vraiment un gars super en tournée, et un très très bon ami. Avec lui tout était tellement plus fun. On voulait avoir un second guitariste - il était étudiant, donc on lui avait causé deux mots pour qu'il nous accompagne au Lollapalooza. Ça déchirait vraiment de les voir, lui et Lee, jouer ensemble - j'espère que j'ai des bandes des concerts, parce que, au milieu de la tournée, tout d'un coup ça a fait tilt entre eux deux. Ils ont commencé à faire des impros de tarés ensemble pendant les concerts. La venue de Josh a définitivement été un temps fort de la dernière partie de vie des Trees - il nous a donné une énergie nouvelle. J'espérais qu'on puisse enregistrer un album avec lui, mais ça a tombé à l'eau. On allait faire une seconde tournée, mais les histoires de drogues et d'alcools ont finit par détruire ce qu'il restait du groupe...

Le passage de Josh Homme dans le NorthWest annonce la suite d'une longue collaboration avec la scène de Seattle. La génèse de QOTSA voit le petit coup de pouce de Matt Cameron et Van Conner, alors que le concept des Desert Sessions accueillera Ben Shepherd, Dave Grohl ou Mark Lanegan, et servira de prélude au chef d'oeuvre des Queens : Songs For The Deaf. En vidéo, Witness en live avec Josh... Et Green Machine par Kyuss, parce que j'aime trop ce groupe!!!



15/02/2011

Charles Peterson, l'oeil et l'histoire du Seattle Grunge

Zut et rezut, d'abord un blog c'est avant tout subjectif comme approche, y'en a qui y racontent leur vie d'ailleurs. Rassurez vous, ce sera pas mon cas, mais permettez moi svp de faire partager ce qui, à moi perso, me fait vraiment bien triper. Le thème central de ce blog ci, certains l'auront compris depuis le temps que je les bassine avec ça, ben c'est la découverte du mouvement grunge, mais plus précisément une découverte de l'intérieur, une approche intimiste si je puis dire, avec pour but dernier d'arriver à sentir un élément clé de la réussite de ce courant musical : l'amitié!!!


Je voulais donc vous présenter, si vous ne la connaissez pas déjà, une des photographies parmi les plus excellentes, à mon gout, jamais réalisée par notre fameux Charles Peterson, choppée dans le non moins excellent bouquin du même auteur : Seattle Grunge, recueil du haut du panier de plus de dix années de travail acharné du mossieu suscité, dix années pendant lesquels il a dû s'en prendre un paquet, de godasses dans la tronche, une infinité, de coup de coudes dans les côtes, une multitude, de murges à la mauvaise mousseuse blonde. Quel courage. La légende de ce cliché parfait, la voici :

Pogo au concert des Replacements. The Metropolis. 1983
De gauche à droite : Heather Lewis (Beat Happening), Slim Moon (Earth et Kill Rock Stars Label), Mark Arm, Alex Shumway et Steve Turner (Green River, Mudhoney), Ed Fotheringham (The Thrown Ups et j'ajouterais : artiste complet, il a notamment réalisé la pochette de Every Good Boy... de Mudhoney).

Voilà, tout est dit. On est en 1983, à 10000 lieux d'une éventuelle explosion d'un éventuel mouvement musical qui pourrait éventuellement changer la donne au sein d'une certaine culture occidentale, et là, qu'esse qu'on voit là hein hé ho : une bande de potes qui s'éclatent à un putain de concert, et quels potes! : des gars et des filles qui compteront parmi les plus importants, à défaut d'être les plus connus, représentants du futur mouvement. Si ça c'est pas authentique, alors j'ai plus qu'à aller me coucher... Sur ce, bonne nuit...

12/02/2011

"L'Alice In Chains way of life"

Bon, encore jamais parlé d'Alice In Chains, comme de Nirvana par ailleurs, mais Nirvana on en a tellement parlé que c'en est gerbant. Alice In Chains, énorme groupe, énorme son, énorme attitude. Bien qu'ayant éclot en dehors de la scène purement SubPopienne de Seattle, à l'inverse des Pearl Jam (qui ne sont après tout que d'ex Green River), Soundgarden, Tad, Mudhoney, Nirvana voire Screaming Trees, tous passés au sein du label phare de la ville, Alice In Chains reste cependant un de ceux qui ont définit et popularisé le son grunge. Très influencé à leur début par Soundgarden, qu'ils érigent en modèle, et Mother Love Bone pour l'attitude glam rock, ils trouvent toutefois rapidement un son unique, et parviennent dès leur premier méfait à sortir l'album parfait : Facelift. Tout est dit à mon gout, et la suite ne sera que resucée magnifiée. Le double Ep Jar Of Flies / Sap reste une extraordinaire collection de morceaux acoustiques, jamais égalé par qui que ce soit depuis. Mais quand on parle d'Alice In Chains, c'est aussi pour évoquer les nombreux abus du groupe, et surtout l'excès de drogues en tout genre. Il faut dire que le way of life de cette bande de tarés n'était absolument pas une sinécure :

Van Conner (bassiste des Screaming Trees) : En parlant de débauche - les gars d'Alice In Chains nous faisait tous passer pour des petites écolières catholiques! Ils étaient hors de contrôle, d'une manière complètement fun aussi. Mais ça leur a joué des tours...

Tim Branom (copain de Layne Staley) : Je bossais avec Layne au Music Bank. Une bande de filles nous amenaient de la bouffe et nous laissaient prendre des douches chez elles. On survivaient comme ça. Le Music Bank était énorme - je ne sais pas combien il y avait de salles de répèt là bas, peut être une centaine. Et la nuit, on squattait là bas. Il était sur la couchette et moi par terre. Si tu voulais aller pisser la nuit, c'était au fond du couloir, et c'était super sombre et crade. Donc parfois quand on était trop crevé, on pissait dans un seau. Une fois, Layne a pissé dedans - moi je dormais par terre, dans mon sac de couchage - et ça s'est renversé. J'étais tellement crevé, et il faisait tellement noir, que j'ai dormi dans la pisse...

Sean Kinney (à propos d'un appel de Jerry Cantrell qui avait eu son contact d'un certain Layne Staley) : Je suis allé le rencontrer au Music Bank. Ma petite amie à l'époque était la sœur de Mike Starr. Jerry m'a dit : "ça me plairait vraiment de monter un groupe avec toi - j'ai pensé à un bassiste, ce gars, Mike Starr". Et moi je me suis dit : "c'est trop bizarre : je sors avec sa frangine!" Je dormais depuis un mois dans ma caisse devant la maison des Starr. Donc je l'ai appelé, et il est venu le soir même. On s'est rencontré, on a prit quelques verres, et on a commencé à jammer. Et essayé d'attirer Layne par la ruse.

Matt Fox (un pote de la scène) : Mike Starr était comme le bon sergent qu'on peut voir dans les films sur la seconde guerre mondiale. Si tu étais dans le désert, sans herbe, sans essence, sans filles - il pouvait te trouver les trois. C'était bon de l'avoir si tu étais un groupe qui vivait dans sa salle de répèt - il pouvait te trouver les filles qui pourraient t'acheter une pizza. Les gars d'Alice In Chains étaient définitivement une bande de clochards.

Jeff Gilbert (journaliste à The Rocket et employé de Sub Pop) : Ces gars avaient une base de groupies insensée. Ces gars avaient des filles comme tu ne peux pas l'imaginer - partout. Et pas seulement des filles bien, des minettes absolument obscènes et repoussantes aussi (rires). Les filles les plus dégueulasses que tu puisses trouver. Et tous les gars venaient, puisque les filles venaient...

Susan Silver (manager de Soundgarden et Alice In Chains) : Je les aidais déjà localement, et j'avais vraiment aimé leurs premiers enregistrements - ils sont parmi les gens les plus drôle que j'ai jamais rencontré de toute ma vie - à mourir de rire. Sean Kinney est un des êtres humains les plus poilant qui soit. Je défie quiconque de rencontrer un gars aussi drôle que lui. Ils vivaient tous ensemble à Des Moines, Washington, dans un appartement complètement défoncé ou il y avait des fiestas pas possibles. 4 drôles de tarés qui survivaient en tournant autour des filles dans le but qu'elles leur achètent à bouffer. Et qui jouaient cette musique tellement catchy et tellement cool. J'ai fini par les manager.

Jerry Cantrell : On a habité un temps au Music Bank. J'avais payé pour une démo qu'on avait enregistré dans une maison perchée sur un arbre dans la montagne - c'est pas une blague, on avait emprunté le van de Coffin Break pour monter là haut à Issaquah, et enregistrer une démo dans une putain de maison dans un arbre! On a bousillé leur van dans l'affaire, et perdu tout notre matos en cours de route parce que les portes ne fermaient pas! On y est retourné pour enregistrer une nouvelle démo. Et cette nuit là, les flics sont venus et ont tout quadrillé. On a comprit qu'il y avait un énorme trafic d'herbe au Music Bank, et qu'ils nous soupçonnaient d'en être. C'est pourquoi ils nous avaient suivi. On vivait la porte à coté d'une putain de forêt de marijuana. J'ai pas idée de combien de fois on s'est dit qu'on avait absolument besoin d'herbe sans en avoir à portée de main, alors qu'il y en avait juste derrière ce putain de mur!!!

Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

06/02/2011

Girl Trouble ou le retour du garage rock

Gros titre de Backlash (un autre gratuit musical de Seattle) à propos de Girl Trouble : Ils habitent à Tacoma. Ils regardent la téloche. Ils bouffent de la viande. Ils répètent de temps en temps. Rien qu'une phrase comme celle là en dit gros sur l'attitude d'un groupe ordinaire, sans génie particulier, mais qui cherche simplement à donner du plaisir de la manière la plus fun possible. Sans vraiment d'ambition sinon celle de faire son petit trou dans l'état de Washington. Façon de dire, ils n'iront pas beaucoup plus loin, mais ça nous suffit largement.

Formé en 1984, Girl Trouble laisse d'une manière plus ou moins visible sa petite empreinte de petit doigt de pied à l'aventure grunge sur, entre autre, la compilation Sub Pop 200 (1988). le groupe est à ce titre, à l'époque, un de ceux sur qui, à défaut de miser, on peut compter. Ils passeront d'un bout à l'autre de leur carrière de covers des Cramps à celles de nombreux garage bands du nord ouest étatsunien : Frantics, Viceroy ou Tiny Tony en tête. Ce tout en écrivant des morceaux originaux hilarants :

Scott Mc Caughey (chanteur des Young Fresh Fellows) : Ils jouaient des morceaux sur les filles, le café, danser, le rock n'roll, les filles en prison, les indiens, les trains, le sexe, les filles de rêve, les gitanes, ça vous donne un petite idée. Des sujets importantes.

Bill Henderson (guitariste de Girl Trouble) : On a commencé à jouer juste pour nous. Bon avait une batterie à 75$ de chez Sears. J'avais une guitare que j'avais fait moi même en classe de bricolage au collège. Quand j'ai demandé à Kurt de chanter il disait qu'il ne pouvait pas. Je lui ai répondu que c'était ok vu qu'on ne pouvait pas jouer non plus. (...) On ne faisait pas ce qui était attendu qu'on fasse, et avoir Bon dans le groupe était spécialement pas cool du tout. Premièrement, c'était une fille qui jouait de la batterie. En plus de ça, c'était ma sœur. Pire : elle avait 10 ans de plus que moi.

Comme la presse locale ne frappe pas particulièrement à la porte pour les soutenir, que font les Girl Trouble? Ils éditent un fanzine pardi! : Wig Out !! 24 numéros sortiront. Particularité : il ne parle pas exclusivement que du groupe, mais c'est tout comme. Faut se donner les moyens de ses ambitions!!!! Girl Trouble peut être certainement vu, à l'époque, comme l'élément moteur du revival garage punk, de ce coté fun punk qui deviendra de plus en plus prépondérant au sein d'une partie de la scène de Seattle, Mudhoney en tête. C'est via un partenariat Sub Pop / K Records qu'ils signent leur premier album : Hit It Or Quit It. Une certaine notoriété suit :

Bill Henderson : On a eu notre premier gros succès au Tropicana à Olympia. Ils pensaient qu'on était un gentil petit garage band. Ils pensaient que Kurt était mignon. Puis est arrivé Dave (David Duet, futur chanteur de Catt Butt, intérimaire pour un temps au chant), qui était un peu plus rude. Il était pas rare de le voir bourré et de se laisser tomber sur les filles. La frange engagée d'Olympia n'aimait pas trop ça. Mais Dave était plus doué que nous autres pour aller parler aux gens, grâce à ça il nous a aidé à se faire connaître à Seattle.

Le truc du groupe, c'est le live : le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a de l'idée pour faire le show. Des lots (comme à une tombola) sont jetés au public. Comme ça, pour le plaisir, parce que c'est fun.

Bon Von Wheelie (sur comment elle choisit ses lots à envoyer au public) : Si je vois quelque chose qu'on pourrait utiliser comme un lot, je me frappe la tronche avec deux ou trois fois pour être bien sûr que c'est ok.

Mais ce qui restera la vraie star des concerts de Girl Trouble, c'est Granny Go Go. Véritable go-go danseuse, elle attire les foules, hommes et femmes confondus. Sauf qu'elle est née en... 1910. Imaginez une go go danseuse de 80 ans sur scène en train de danser sur la musique d'un groupe garage!!! C'est par un concours de circonstances que Granny, qui a commencé à danser dans les années 50, se retrouve à collaborer avec le garage band.

Bon Von Wheelie : Girl Trouble était toujours en recherche d'innovation pour ses concerts. On essayait de les rendre particulièrement unique. Après qu'on ai vu danser Granny un soir en ville, on a commencé à penser que ce serait vraiment chouette de l'avoir à l'un de nos concerts. Mais bien sur, quand on a pensé ça, c'était déjà deux semaines après, et on n'avait plus vraiment moyen de la contacter. On pensait qu'on avait définitivement loupé la bonne occasion de lui demander, mais il s'est avéré, coïncidence, qu'un copain de Kurt était son voisin de palier. Il s'est arrangé pour lui faire la demande, et à notre surprise, elle s'est trouvée enchantée par la perspective de venir danser à un de nos shows. Notre idée était de la faire venir pour un gros concert, donc on l'a programmé pour un show au Off Ramp à Seattle, avec Thee Headcoats en tête d'affiche. On l'a fait danser sur une reprise d'Elvis : Little Sister. Il y avait 500 personnes dans la salle et la foule était dingue!!!! Tout le monde en redemandait.

Granny deviendra une icône des environs par ses prestations scéniques aussi curieuses que dégommantes. Elle est décédée en 1996.

Girl Trouble est encore en activité, et garde quoi qu'il arrive son sens de l'humour. Persuadés d'être invité pour les 20 ans de Sub Pop, ils ne se démontent pas quand ils apprennent qu'ils ne seront pas de la partie : c'est dans le parc attenant au festival Sub Pop 20 qu'ils organisent leur tout premier concert acoustique!!!

Des morceaux à télécharger légalement sur le site du groupe : http://www.wig-out.com/. Un morceau en streaming dans la playlist Grooveshark à droite. Girl Trouble en marge des 20 ans de Sub Pop dans la première vidéo, un extrait live dans la seconde.





28/01/2011

Seattle Grunge's Anecdotes : King Buzzo par Dale Crover

Dale Crover : Avant de vraiment connaître Buzz, je pensais qu'il était chinois - j'peux pas dire pourquoi. Y'avait pas beaucoup de chinois à Aberdeen, faut croire que c'était ma vision de ce à quoi devait ressembler un chinois. Ensuite j'ai pensé qu'il devait être gay - ils étaient toujours en train de se tripoter avec Krist Novoselic, de se bagarrer ensemble, et je trouvais ça vraiment bizarre. Puis j'ai réalisé que c'était sa façon de déconner. On se faisait des "batailles de van" - genre dans le van t'as une personne qui dort et à ce moment là tu lui balances un coup de poing dans les couilles. On le fait toujours d'ailleurs, crois le ou pas - on est définitivement coincé au CM2.

Jeff Gilbert (journaliste pour The Rocket et Guitar World, employé de Sub Pop) : Buzz a un petit air de Sideshow Bob (le psychopathe des Simpsons)

Allison Wolfe (chanteuse de Bratmobile et parmi les leaders du mouvement Riot Grrrl) : On a joué notre second show avec les Melvins. Calvin (Johnson) avait organisé ce concert et nous avait demandé d'ouvrir pour les Melvins. Je me rappelle le jour du concert - il y avait une excitation palpable parce les Melvins était des légendes à Olympia. Il y avait des metalheads partout - tellement de testostérone dans les rues. J'vous jure, ça faisait peur. Pendant notre show, le public nous gueulait des injures en permanence. Par chance, je suis dure de la feuille, ce qui fait que j'ai rien capté!!!

Un truc marrant, c'est qu'après qu'on ai joué, Buzz des Melvins est venu vers moi, avec sa petite voix douce, et il m'a sorti un truc du genre : "Vraiment merci d'avoir joué avec nous, c'était tellement formidable! J'ai vraiment aimé avoir un groupe comme le votre à ouvrir pour nous. A chaque fois qu'on joue, ils essaient toujours de nous mettre en première partie un groupe de metal macho ou de punk. Ils comprennent pas - on n'aime pas ce genre de musique. Je veux dire, merde, regarde moi : ce que j'aime c'est Cure!"

Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

Melvins + Dwarves au Hellfest 2011!!!!

Bon, les gars les filles, la prog du prochain Hellfest est sortie ce jeudi, et pour qui aime les gros riffs bien lourds et bien gras, c'est l'année ou jamais : du stoner en veux tu en voilà, avec dans l'ordre : Church Of Misery, Masters Of Reality, Eyehategod, Karma To Burn, Corrosion Of Conformity, Clutch, Monster Magnet, Electric Wizard, et le retour de Kyuss avec cette fois 3 des 4 membres d'origine. Ajoutez à cela : les Stooges avec Iggy + The Cult et pleins d'autres bons groupes. Pour ce qui est des représentants du Seattle Sound, on aura le vendredi les tarés de The Dwarves, et cerise sur le gâteau : les mégas Melvins!!!

Le Hellfest mérite bien un peu de pub : c'est vraiment un festival extra, qui donne l'occaze de croiser la route de groupes qu'on a absolument pas l'habitude de voir en France, et pis bon, de temps en temps y'a des groupes de Seattle, alors zut et rezut. Qui plus est l'ambiance est vraiment bon enfant et le respect entre festivaliers, et envers le voisinage est bien présent. (Ah si : y'a Christine Boutin qu'est définitivement pas la bienvenue, mais c'est vraiment la seule personne au monde qui sera mal accueillie au Hellfest!!!). C'est d'ailleurs dingue d'entendre ce qu'on entend et de voir ce qu'on voit au sujet du Hellfest, car perso, des festivals j'en ai fait, et le plus agréable, le plus chouette, le plus respectueux, celui ou les gens sont le plus sympa, et de très loin, c'est bien le Hellfest. Et c'est non subventionné par l'Etat : un gage de qualité et d'indépendance. Quand tu trouves des vidéos comme celle-ci, avec des gens qui sont censés nous gouverner se comporter de la sorte, tu te dis déjà qu'ils se sont trompés d'endroit : l'école maternelle c'est la deuxième à gauche, et ensuite tu penseras bien à eux en t'éclatant à savourer les vraies valeurs de la vie : de la bonne compagnie et du bon son. Un petit aperçu en image du festival 2010 :



PS : Dernière minute : DOWN sera de la partie, ainsi que Duff Mc Kagan, pour le plaisir de voir un historique du Seattle Sound...