Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

29/04/2013

Buzz Osborne et Kim Thayil par Jeff Gilbert circa 1996...

Bon, les gars les filles, dur dur de tout faire en ce moment, et là j'ai un peu laché le blog... Mais ça revient!!! Tenez, pas plus tard que dimanche en 8, j'ai trouvé un vieux "Hard Mag" spécial Nirvana datant de 1996 dans un vide grenier du coin... Loin de l'avoir récupéré pour les supers posters centraux de feu Kurt Cobain, non non il s'agit de bien autre chose : cette fameuse interview croisée de Buzz Osborne et Kim Thayil par Jeff Gilbert, qui vaut cent fois les quelques centimes que j'y ai mis... Enfin, d'interview, on a plutôt droit à un encensage en règle des pères du grunge, j'ai nommé les Melvins... Et aussi à un Buzz fidèle à sa conduite anti-langue de bois, tout en restant assez sérieux tout de même, j'irais même jusqu'à dire qu'il en serait presque à dévoiler quelques émotions autres que blaguistiques... Surtout, on a là matière à réfléchir à l'énorme influence qu'ont eu les Melvins dans ce mélange détonant de metal et de punk qui caractérise le grunge, et dans ce son ultra heavy amené par le groupe au sein de la scène de Seattle... Morceaux choisis : 


Jeff Gilbert : Kim, te souviens tu quand tu as vu les Melvins pour la première fois?

Kim Thayil : Je crois que c'était en 1984. L'affiche réunissait les U Men et les Melvins, et c'était au Mountaineers (un club d'alpinisme de Seattle dont la salle de réunion était utilisée pour des concerts)

Buzz Osborne : C'était le premier concert relativement important qu'on ait donné à Seattle.

Kim : Tout le monde n’arrêtait pas de me dire "Kim, tu as entendu ça?". J'étais sidéré - les Melvins étaient passés du stade de groupe le plus rapide du coin à celui de plus lent. C'était une décision aussi stupéfiante que courageuse. Tout le monde essayait de faire du punk rock, de jouer le plus mal possible, et les Melvins, eux, s'étaient mis en tête de devenir le groupe le plus lourd de la planète.

Buzz : C'était la grande époque Black Flag.

Kim : C'était juste au moment ou Green River et Soundgarden commençaient à trainer ensemble. Mark Arm, Ben Shepherd et moi-même étions sans cesse en train de parler des Stooges. On évoquait ce sentiment étrange qui nous envahissait lorsque le MC5 partait dans un trip lent et dépressif. On en a discuté énormement, mais les Melvins, eux, ne se sont pas arrèté là, ils l'ont fait. 


Jeff : Kim, qu'est ce qui te plaisait chez les Melvins?

Kim : Je trouvais qu'il était téméraire de devenir ultra lent après avoir été ultra rapide. Pour les fans de punk rock, qui pensaient que la rapidité était synonyme de puissance, ce fut un grand choc. L'une des raisons pour lesquelles ça m'excitait, c'était que cela satisfaisait chez moi un plaisir coupable, parce que j'ai toujours apprécié la lenteur dans le heavy et je trouvais que les Melvins jouaient du heavy metal tel qu'il devait être joué.
Les gens disaient ; "Si c'est lent, c'est du metal; donc s'ils ralentissent, ce n'est plus du punk". Or le metal était considéré avec mépris. Mais les Melvins n'avaient ni chanteur qui se croyait à l'opéra, ni solos égoïstement interminables. Ni ces bottes (rires), ces horribles bottes de hard rockeur!

Jeff : St Vitus, qui cherchait lui aussi à calmer le jeu à peu près à la même époque, était le groupe le plus lent du monde. Buzz, les Melvins sont-ils venus avant ou après St Vitus?

Buzz : Saint Vitus a sorti son premier LP avant le nôtre.

Kim : Vos débuts sur vinyle, vous les avez faits en 1985 sur Deep Six, qui fut le premier témoignage sur la scène de Seattle jamais enregistré.

Buzz : Ouais, même si tout le monde s'en foutait quand Deep Six est sorti. Personne ne l'a acheté!!


Jeff : Kim, même si Soundgarden est généralement crédité pour avoir lancé l'accordage en Ré dans le hard rock, vous n'avez cessé de répéter que ce sont les Melvins qui ont commencé. Te souviens tu quand Buzz t'as montré cette technique?

Kim : Je me rappelle que Buzz et moi avons assisté à un concert de Saint Vitus ensemble en 1986 après quoi nous sommes allés chez Mark Arm. On écoutait des disques en discutant de la tonalité des morceaux de Kiss, qui étaient tous en Mi bémol. Mark et moi avions justement dans l'idée de décaler nos doigtés d'un demi ton, et Buzz nous a dit que tout ce que nous avions à faire, c'était de détendre la corde de Mi jusqu'à obtenir un Ré. J'étais littéralement interloqué. A ce moment là, je jouais avec un accordage standard. Je n'allais pas me compliquer la vie à essayer des accordages différents alors que j'avais déjà du mal à m'accorder convenablement. Je veux dire, les accords barrés, c'était notre fond de commerce. Mais dès qu'on a commencé à s'accorder en Ré et à faire des expériences, on n'a plus jamais arrèté.

Buzz : Et ça a ouvert beaucoup de portes.

Kim : C'était un grand changement pour nous. Soudainement, toutes les idées que j'ai pu amener au groupe ont pris corps. Je suis allé voir les autres et leur ai dit : "Ecoutez moi ça! Vous saisissez ou Buzz voulait en venir? On n'aurait jamais pu trouver un riff comme celui là avec un accordage standard!". On a inauguré cette technique sur "Nothing To Say" et "Flower"


Buzz : C'est un truc qu'un mec d'Aberdeen - un fan de metal d'ailleurs - m'avait appris...

(...) Buzz : Prends quelqu'un comme Kurt Cobain. Il était bon compositeur, mais ce n'était pas un virtuose. C'était un guitariste moyen, et ce n'est pas l'essentiel. Des petits gratteux de treize ans branchés metal auraient pu le ridiculiser. Dans leur esprit, le fait que tu appartiennes à un groupe à succès implique nécessairement que tu sois un virtuose. Beaucoup de mômes m'ont abordé en me demandant si je savais jouer telle ou telle chose, et je leur ai répondu non!


Jeff : Kurt Cobain était t'il un loyal disciple des Melvins?

Kim : Absolument, vous exerciez une influence colossale sur Kurt, Nirvana, et sur nous, ainsi que sur Green River, même s'ils avaient suffisamment de mal à jouer en Mi pour ne pas chercher à passer en Ré. Ils essayaient de ressembler à Aerosmith et n'avaient donc aucune raison de tenter d'imiter Black Sabbath.

Buzz : C'était juste une question de coupe de cheveux. C'est tout.

Kim : Nirvana et Soundgarden sont probablement les deux groupes les plus célèbres qui aient été directement influencés par les Melvins. Les suivants l'ont été par nous. Même Urge Overkill s'accorde en Ré maintenant. (...) Dis moi Buzz, Kiss est t'il encore un de vos groupes préférés?

Buzz : Je n'écoute plus Kiss aussi souvent qu'auparavant. Mon groupe préféré aujourd'hui, c'est ZZ Top.

Jeff : On a d'ailleurs été surpris de voir que les Melvins ne figuraient pas sur la compilation hommage Kiss My Ass?

Buzz : J'ignore quelles étaient les motivations de Gene Simmons lorsqu'il a monté ce plan. J'ai l'impression qu'il cherchait à réunir un maximum d'artistes vendant énormément d'albums de façon à en vendre beaucoup lui même!

Jeff : Je sais qu'il a été impressionné par vos parodies. A t'il aimé également votre version de Going Blind (sur Houdini)?

Buzz : Je n'en suis pas très sûr. On lui a raconté que Kurt Cobain avait chanté dessus, ce qui était un mensonge. Mais il a paru s'y intéresser nettement plus après qu'on lui ai dit.


Jeff : La réussite de Nirvana ou Soundgarden a t'il eu des retombées sur les Melvins? En avez vous profité?

Buzz : Je serais stupide de croire que leur succès ne nous a pas aidés. Il y a grandement contribué. On continue lentement, mais surement, à vendre de plus en plus d'albums à chaque fois qu'on en sort un. Et lorsque je compare ma situation et les buts qui étaient les miens quand on a monté les Melvins, ce qui se limitait à peu près à jouer dans un club cool comme le Metropolis, avec ce qui s'est effectivement produit, je trouve que j'ai incontestablement dépassé de très loin mes espérances en la matière.

Jeff : L'une de ces retombées est que vous vous retrouvez associés à des produits. As tu été consulté pour la réalisation de la pédale d'effet qui porte ton nom Buzz?

Kim : Tu ne parles pas de la grunge pedal de DOD, n'est ce pas? Sur la notice on peut lire comment obtenir le son des Melvins ou celui de The Accused! Je l'ai acheté, mais pas pour en jouer, juste comme souvenir.

Buzz : C'est la Buzz Box, elle est fabriquée par DOD, mais je n'ai rien à voir avec elle. Sincèrement, tu crois que ma guitare a réellement un son aussi pourri? (rires). Ils sont cinglés chez DOD. Un type n'arrêtait pas de m'emmerder dans les concerts pour que je lui dise comment j'avais obtenu un tel son sur Eggnog. J'utilisais une Blue Box, un diviseur d'octave qui datait du début des 70's, et le type m'a annoncé qu'il voulait mettre en vente une pédale qui s'appellerait la Buzz Box et qui aurait le même son. Donc un jour il s'est pointé à un concert et a démonté ma Blue Box pour voir ce qu'il y avait dedans, puis il l'a clonée et croisée avec la Grunge Pedal pour en faire un nouveau modèle. J'admire DOD pour avoir pondu un truc aussi débile. La Buzz Box n'a pas le moindre intéret. Elle sonne comme un aspirateur (rires). J'ai fini par l'utiliser pour quelques bruitages sur Stoner Witch, mais l'album sur lequel elle a le plus été mise à contribution, c'est Prick, un disque de merde qui est sorti avant Stoner Witch, et que nous n'avons enregistré que pour son étrangeté. C'était une monstrueuse blague dénuée de sens. on s'en est pris plein la gueule à cause de ça. Prick est sorti en aout dernier, et je dirais qu'il ne comportait pas un seul élément positif susceptible de compenser ses défauts et que c'était certainement l'album le plus stupide que nous ayons fait. 

06/04/2013

Seattle Grunge's Anecdotes : les coulisses de Temple Of The Dog

Après la mort d'Andrew Wood, charismatique leader de Mother Love Bone, son ancien colocataire et ami Chris Cornell, chanteur de Soundgarden, se met à écrire quelques morceaux en forme d'exutoire...

Scott McCullum (batteur de Skin Yard et Gruntruck) : Je me souviens que Chris était vraiment furieux après Andy, juste après qu'il meure. Ça m'avait vraiment surpris sur le moment. Il le traitait de "putain d'idiot". Il était fou, vraiment contrarié de ce qu'Andy avait fait. Choqué. Et puis, il a finit par se calmer, et il s'est mit à écrire des morceaux extraordinaires.

Xana La Fuente (petite amie de Andrew Wood) : Un jour Chris m'a refilé une cassette, en me disant que c'était des morceaux qu'il avait écrit pour moi au sujet d'Andy. Mais au début c'était juste pour moi. Comme j'habitais un étage au dessus de Kelly Curtis (manager de PJ), il s'est trouvé que Stone (Gossard) et Jeff (Ament) (tous deux ex Mother Love Bone et futurs PJ) ont finit par l'entendre. Ils étaient complètement excités. Je leur ai dit que c'était des chansons de Chris, alors ils se sont mit à le harceler.

Chris Cornell : J'avais écrit "Say Hello To Heaven" et "Reach Down", et je les avais enregistré par moi même à la maison. Et puis j'ai eu un coup de fil de Jeff, disant qu'il trouvait les morceaux incroyables et qu'il fallait absolument en faire un disque. Quand on a commencé à enregistrer les morceaux, j'ai bloqué sur "Hunger Strike", j'arrivais pas à en faire un morceau cohérent. Eddie était là dans un coin du studio à attendre pour une session de Mookie Blaylock. J'étais en train de chanter, et il est humblement - mais avec des couilles - venu chanter les choeurs dans le micro, parce qu'il voyait que c'était dur pour moi. Ca a changé le morceau du tout au tout. 

Eddie Vedder : C'était le tout premier week-end que je passais à Seattle. Au quatrième ou cinquième jour, les gars avait cette session d'enregistrement pour Temple Of The Dog, juste après la notre. J'étais resté pour voir comment Chris travaillait, et pour voir Matt Cameron jouer. A un moment j'ai vu que Chris avait du mal, et je voyais aussi où il voulait en venir, donc j'ai taché de prendre le micro - et j'ai été très surpris d'avoir le cran de le faire - et j'ai chanté "Going hungry, going hungry".

Susan Silver (manager de Soundgarden et ex femme de Chris Cornell) : Ils sont allé en studio, et 10 jours après, c'était en boite. C'était juste une incroyable expérience cathartique. Un disque incroyable - un disque puissant.

Le projet ne fera pas que des heureux, puisque les propres frères d'Andrew Wood sont toujours restés, peut être à juste titre, déçu de ne pas avoir été invités à jouer sur le disque... L'album en lui même n'en est pas moins est un des plus fantastiques disques à être sorti de l'époque grunge. Du vrai rock, sombre et beau à la fois... Quelques morceaux dans la playlist Grooveshark...



23/03/2013

Intégral TAD : Busted Circuits and Ringing Ears + Les Thugs : Come On People!!!






"Come On People, this is one of the greatest bands in the world" (Jonathan Poneman). Je ne tarirais jamais assez d'éloges sur ce groupe en général et ce docu en particulier... Les Thugs sont notre bout de Sub Pop à nous, et leur musique n'a rien à envier à n'importe quel groupe américain des années alternatives, et je dirais même plus, tient la dragée haute à n'importe lequel d'entre eux... Musicalement au dessus du lot, humainement simples et exemplaires sans oublier d'être engagés, les Thugs sont tout simplement hors normes... Pour revisiter l'histoire du groupe : .

17/03/2013

Mr Epp and the Calculations, ou comment, sur un malentendu, entrer dans l'histoire du rock...

Mr Epp and the Calculations serait surement resté un groupe mineur du mouvement hardcore originel, s'il n'avait pas contenu en son sein certains des acteurs essentiels du futur mouvement grunge, j'ai nommé Mark McLaughlin, alias Mark Arm, et Steve Turner, tous deux futurs Green River et Mudhoney. Mr Epp est à lui seul une vaste blague. Jugez en vous même :


Maire Masco (Associé chez Pradva Productions, cofondateur du fanzine Desperate Times) : C'est dur à imaginer aujourd'hui, mais beaucoup des membres de la scène de Seattle n'avaient pas de téléphone. Pour avoir un téléphone à l'époque, tu devais donner une caution qui allait de 75 à 125$. C'était un paquet de fric! Donc les gens communiquaient essentiellement avec des flyers, pas seulement pour promouvoir des groupes ou d'autres événements, mais aussi pour exprimer des avis politiques par exemple.
Il  y avait un groupe en ville qui avait des flyers hilarants. L'un de ces flyers disait "Mr Epp and the Calculations, encore plus pourri que Bob Dylan", ou "Encore moins créatif que John Cage".
Dennis White et moi on adorait ces flyers et on s'est dit qu'on devait trouver qui étaient ces gars. Mais il n'y avait pas de numéro de téléphone, ni de dates de concerts. Et un jour qu'on marchait en ville, on a vu des gars distribuer des flyers, et on s'est aperçu que c'était pour Mr Epp. On était là : "Putain on les a trouvé!" On a donc traversé la rue en courant pour les rencontrer. Quand ils nous ont vu, ils ont détallé en pensant qu'on voulait les tabasser ou un truc dans le genre.
Finalement on arrive à leur parler. Donc vous êtes les gars de Mr Epp? C'était Mark Arm et Jeff Smitty, et, tous penauds, ils acquiescent, comme s'ils étaient coupables. "Ok je suis Maire Masco, et voici Dennis White. On est de Pravda Productions et on adorerait vous booker pour quelques concerts". Ils ont commencé à rire, et Mark Arm a dit : "Oh putain, ça veut dire qu'il va falloir qu'on trouve des instruments!"

Mark Arm : Mr Epp est resté un faux groupe pendant un paquet d'années. On l'avait nommé comme ça à cause d'un des profs de math de notre petit lycée chrétien. On prenait ce qu'on avait entre les mains, par exemple un aspirateur, on en faisait de la musique, et on enregistrait. On savait pas ce qu'on faisait. Et puis il y avait cette radio, KZAM, la seule qui passait de la new wave. Ils nous avaient dit : "Si vous êtes un groupe, envoyez nous une cassette, et on la passera". Ils nous ont présenté comme le pire groupe au monde. On était super fiers. C'est là qu'on s'est mit à distribuer à fond des flyers. On n'avait pas d'instruments mais on se faisait notre propre pub. C'est arrivé à un point où tu pouvais trouver un graffiti de Mr Epp derrière les sièges de chaque bus de la ville. (...) Darren Morey était un bon batteur, mais le reste d'entre nous ne savions absolument pas comment jouer. Après le lycée, on a décidé de rendre le groupe un peu plus réel, et Smitty et moi avons fait l'acquisition d'une guitare et d'un ampli. A l'époque Darren était encore au lycée, et Todd avait 16 ans. C'était le frère de Darren et le bébé de la bande.

Dennis White : C'était des petits morveux suffisants, du haut de leurs 16 ans. Je devais avoir 24 ou 25 ans, et ils nous voyaient comme des vieux cons périmés. Y'a aucun doute qu'il y avait un sens du fun et quelque chose de nouveau dans leur musique, mais il y avait autre chose : pour moi ils ont repoussé les limites de l'éthique DIY. Ils étaient comme chargé d'une certaine mission. Ils auraient juste ricané s'ils avaient entendu ça : "Qu'est ce que tu veux dire par mission?"


Le morceau Mohawk Man, une satire du mode de vie hardcore punk tiré du EP 5 titres Of Course I'm Happy Why?, fait son bonhomme de chemin sur les radios locales, et va s'exporter jusqu'à Los Angeles, où la radio KROQ le fait tourner en heavy rotation, mais Maire et White n'auront pas les moyens de tirer plus que les milles exemplaires originaux... A l'instar d'un groupe comme Flipper, Mr Epp était de ces groupes intégrés dans la scène hardcore américaine, alors même qu'ils cherchaient constamment à la tourner en dérision...

Steve Turner : J'ai rencontré Mark Arm en octobre 1982. On n'a jamais réussit à savoir si c'était à un show de PIL (Public Image Limited, le groupe de Johnny Rotten ex Sex Pistols) ou de TSOL (un groupe hardcore de LA). On avait beaucoup en commun : un sens de l'humour déplacé, et du dédain pour les punks et les gars de la scène hardcore. Un des boulots de Mr Epp était définitivement de faire chier les punks.

Tom Price (guitariste des U-Men) : Mr Epp a joué avec tous les groupes de hardcore et était le groupe le plus haï de Seattle. Les gars en veste de cuir cloutée essayaient de les choper; Mr Epp les leurraient totalement. Ils restaient rarement longtemps sur scène. Bien souvent, après trois ou quatre chansons, quelqu'un montait sur scène, leur arrachait leur guitare et la brisait sur le sol.

Mark Arm : On s'est aperçu qu'on pouvait très bien louer nous même une salle et y organiser des concerts. On demandait à des groupes punks locaux de jouer, la plupart d'entre eux n'avaient aucune idée de qui on était. Ils pensaient surement qu'on était des blaireaux, et qu'on faisait de la merde. On a ouvert pour Savage Republic au Ground Zero. Darren voulait reprendre The Gift du Velvet Underground. Ça a vraiment fait chier les punks qui étaient présents. Les Bopos Boys (un gang de pseudo mods punks plutôt violent, actif à Seattle au début des 80's) ont foutu le chaos en cassant les fenêtres de la salle parce qu'à leur gout ni Mr Epp ni Savage Republic n'étaient assez punk. On n'a jamais fait de fric - on perdait toujours la caution des salles qu'on louait pour x raisons. Une fois on a perdu la caution du Polish Hall, parce que les Bopos avaient piqués de la viande dans le frigo.

Dave Dederer (Presidents Of The USA) : Ils étaient du même acabit que Pere Ubu, Flipper, où le Butthole Surfers des débuts (tous groupes hardcore déviants ou innovants). Toujours à essayer d'être le plus bizarre possible.

Steve Turner, ex Limp Richerds, rejoint le groupe en 1983, pour ses 6 derniers mois d'existence.

Steve Turner : Mark voulait que le groupe soit plus "rock'n roll", et il a convaincu les autres de me prendre à la seconde guitare. Les derniers six mois, on a beaucoup pratiqué, joué deux shows, et les autres n'ont pas aimé le virage rock'n roll, donc le groupe a splitté (rires)

John Leighton Beezer (guitariste des Throwns Up et ami des Mudhoney) : J'étais au lycée en Californie, et je lisais souvent Maximumrocknroll (le fanzine phare du mouvement hardcore) pour avoir des nouvelles de ce qui se passait à Seattle. Tout était à chier sauf Mr Epp - Mohawk Man était un bon morceau.

Le EP Of Course I'm Happy Why, avec Mohawk Man (1er titre), ainsi qu'un extrait live pourri d'un concert au Metropolis, qui vaut bien le coup, rien que pour l'ambiance... Un autre morceau tiré de l'album "best of" Ridiculing The Apocalypse sorti en 1996, dans la playlist Grooveshark à droite. Ici vous aurez un aperçu de Attack, le fanzine fondé par Mark Arm et Smitty, et qui couvre à peu près la carrière de Mr Epp, ainsi que les débuts de Green River...



01/03/2013

Peter Bagge et Buddy Bradley, où le Comic made in Seattle...

 

Le Northwest, on l'a vu, peut être considéré à la fin des années 80 et au début de l'explosion grunge comme l'épicentre géographique de l'ère du temps. Là où tout se passe, de là en tout cas où sortira le meilleur de la culture américaine des années 90... Matt Groening et les Simpsons, Art Chantry, The Jim Rose Circus Sideshow, le Grunge, Pearl Jam, Soundgarden, Nirvana, les Riot Grrrls, Sub Pop. On en trouve encore un exemple avec Peter Bagge, jeune illustrateur de comics à l'américaine, installé depuis 1984 à Seattle.

Bagge est un des élèves de l'illustre maître du comic alternatif américain (j'entend par là : le comic sans super héros), j'ai nommé Robert Crumb, et accède à une certaine notoriété en rentrant dans l'équipe de Weirdo, le légendaire magazine créée par Crumb. Il en deviendra le grand chef de 1983 à 1986... Bagge en profite pour peaufiner la série de son invention : les Bradleys, une famille de dégénérés de banlieue. En sortira quelques années plus tard la Bd Hate, mettant en scène la vie déglinguée, merdique, sans avenir de Buddy, le cadet des Bradley, lequel deviendra une des références des pseudo paumés de la X Generation... Peter Bagge est alors hissé au rang d'artiste majeur de son temps, bien malgré lui et grâce, finalement, à un heureux concours de circonstances (toujours pareil : à la bonne place au bon moment), ce alors même que Buddy Bradley se veut une satire de l'esprit slackers du moment...

Bagge démarre les aventures de Buddy à Seattle entre 1989 et 1990, soit une année avant que Smells Like Teen Spirit se mette à tourner en boucle sur les radios. Le timing parfait sera le garant de son succès, mais pèsera de tout son poids sur le reste de sa carrière. Ironiquement, Bagge n'est pas vraiment fan de musique grunge...

Peter Bagge : Certains diront que le grunge a contribué à la popularité de Hate, mais Hate a autant souffert de cette association qu'il en a profité. Beaucoup de gens n'ont pas prit Hate au sérieux à cause de ça. Toute une catégorie de gens est devenue allergique aux termes « Grunge » ou « Génération X », et le fait que Hate y soit associé a fait que ces derniers ont refusé de s'y intéresser. 

(...) Quand j'ai commencé Hate, bien que terme grunge existait déjà, il n'était pas devenu un nom commun dans les foyers américains. Les deux premières années d'existence de Hate, la bd s'est plutôt bien vendue. Ce qui a tout changé c'est quand Nevermind est arrivé. Seattle est soudain devenue la destination préférée des journalistes. Curieusement, quand le phénomène grunge est arrivé, les ventes ne se sont pas envolées. Elles sont plus où moins restées les mêmes. On aurait pu penser, et certainement je l'espérais moi même, qu'à cause de cette attention continue des médias, les gens se seraient mis à acheter ma bd, mais ça n'est vraiment pas arrivé. Ça montre finalement que l'impact des comics de ce genre au States se limite à un petit nombre de personnes... Sans compter que, comme je l'ai dit plus haut, un paquet de gens ont mis un point d'honneur à ne pas lire Hate juste parce que c'était associé au grunge. C'est malheureux car ils l'auraient surement apprécié. L'autre problème, c'est que beaucoup ont dit que j'avais profité du train « Grunge » pour sauter dans un des wagons, ce qui n'était vraiment pas le cas. C'était juste une coïncidence. Toute cette histoire a eu l'effet d'une épée à double tranchant pour moi.

(…) J'ai mis en scène Buddy à Seattle, parce que c'était où je vivais. Mais pour moi ça n'avait pas vraiment d'importance : Buddy aurait pu vivre n'importe où. Mais tout d'un coup, Seattle est devenue SEATTLE, à cause du business grunge. (…) Pour moi Seattle est toujours la même. Pas de différences. Pendant une brève période après Nirvana, beaucoup de gens venaient visiter la ville. Et puis ils sont repartis aussi vite qu'ils sont arrivés. Pareil dans la scène comics alternative dont je suis... Beaucoup de dessinateurs sont venus ici pour je ne sais quelle raison. Je sais pas ce qu'ils pensaient qu'il allait arriver, peut être qu'ils attendaient qu'une poussière divine se pose sur eux et qu'ils pourraient devenir riches? 

Peter Bagge est accessoirement un artiste multi talents, et notamment musicien au sein de Actions Suits, son groupe power pop, signé un temps sur Man's Ruins, le label plutôt orienté stoner de Frank Kozic, autre illustrateur de talent. Attaché à Seattle, Bagge servira également la cause de la scène locale en collaborant avec Sub Pop et quelques autres groupes locaux... 

J'étais tellement en dehors de ça. J'avais pas réalisé l'importance de l'utilisation de l'héroïne au sein de la scène grunge. J'avais dessiné un groupe, et je voulais y joindre les paroles les plus absurdes qui soient. Donc j'avais le chanteur qui criait "I Scream, you scream, we all scream for heroïn". Je pensais qu'il n'y avait pas d'héroïne à Seattle. Puis on m'a informé que l'héroïne était un vrai fléau dans le coin (rires). Beaucoup de monde dans la communauté musicale était très vexé. Mais plus tard j'ai appris que certaines personnes qui étaient addicts à l'héroïne avaient trouvé ça hilarant! Comme Mark Arm. Pavitt et Poneman ont trouvé ça très marrant aussi. Et deux trois fois ils m'ont demandé de faire des variations à partir de ce dessin pour des t-shirts, ou des posters. Ils m'ont fait écrire : "I scream, you scream, we all scream for a fashion spread in Vogue"
 
(…) J'ai jamais détesté le genre musical, mais j'ai jamais été un grand fan. Je trouvais la plupart des groupes horribles. Mon groupe préféré – ok j'aimais Nirvana, mais la plupart des trucs qu'ils faisaient, j'étais loin d'en être fou – c'était TAD. Pour moi TAD était meilleur que Nirvana. Mais Tad pesait 180 kg. Il n'avait pas de valeur marchande. (…) J'ai pas autant de mépris pour le grunge que Buddy. Buddy est un personnage semi-autobiographique. Il est plus irascible, plus négatif. Mais c'est comme dans tout type de musique, il y avait beaucoup de groupes grunge qui étaient merdiques. Mais certains étaient vraiment bons.

Une petite vidéo d'un épisode de l'adaptation dessin animée de Buddy Bradley... Tout savoir sur Peter Bagge Ici...

23/02/2013

Seattle Grunge's Anecdotes : Tad Doyle en mode stage diving!!!


Bruce Fairweather (guitariste de Mother Love Bone et Green River, bassiste de Love Battery) : Y'a une histoire sur Tad que j'aime beaucoup raconter. Mudhoney jouait ce soir là au MotorSports Garage. Ma copine et moi étions sur le coté de la scène à mater le show. Tout d'un coup, je vois une forme filer devant moi, je regarde, et c'était Tad. C'était l'époque où il était au top de sa forme, mec - il pesait probablement plus de 170 kg. Il courait comme un dingue et a sauté dans la foule. Stage diving. Il a fallu une vingtaine de personnes pour le réceptionner. Ils étaient tous là à en chier comme des turcs : "Putain de merde!!!!!". C'est un miracle que personne n'ai été tué.


TAD où le grunge incarné... L'actualité de Tad Doyle Ici. Pour une revisite de l'histoire du groupe :

09/02/2013

Zoom sur Cyril Jégou, auteur de "Pearl Jam au pays du grunge"...

Si si j'vous assure, aujourd'hui on trouve encore des gars courageux. Des gars qui n'en veulent. Des gars qui se fichent royalement de se faire du fric (putaing ça existe cette race là de nos jours?), et qui se laissent guider par leur(s) passion(s)... On en a rencontré un pour de vrai, pas plus tard que y'a 15 jours, dans un vieux (mais sympathique) rade d'Angers, au fond d'une vieille cave humide qui sert de défouloir pour excités du riff en tout genre, le T'es Rock Coco... Le gars il tenait la guitare pour un groupe qu'il a monté avec ses potes rennais, et qui sonne sacrément 90's... Cyril Jégou, je l'avais déjà eu une fois ou deux au tél, il m'avait sympathiquement envoyé il y a quelques mois le 6 titres de son groupe, Golden Age Of Monkeys, et franchement j'avais bien trippé dessus... Un savant mélange de mélodies et de puissance sonore, quelque chose qui rappelle étrangement l'age d'or du rock alternatif... En live, les mélodies sont toujours là, emmenée par la voix la plupart du temps douce et lancinante, mais parfois franchement déraillée, d'une chanteuse dont on se demande comment un bout d'bonne femme comme ça peut gueuler comme ça... Mais aussi, en live, c'est ça l'avantage : la puissance est démultipliée, et là on s'en est pris plein la gueule. Ça envoie du gros... Cyril est aussi accessoirement dessinateur bd de talent (putaing une bande dessinée sur Pearl Jam c'est unique ça!!!) , et écrivain à ses heures perdus. Bref, un touche à tout qui cherche d'abord à se faire plaisir... On parlait de Do It Yourself dans le dernier post. En voilà un bel exemple. Et par un gars humble et modeste comme tout... Mr Jégou est un grand fan de Pearl Jam, et a donc sorti à ce titre il y a bien peut être une année maintenant, un bon petit bouquin intitulé "Pearl Jam au pays du grunge"... Et comme il est d'actualité que ce bouquin réaugmenté sorte éventuellement chez Camion Blanc, ben c'était l'occase d'avoir le bonhomme une nouvelle fois au bigophone, histoire de mieux cerner le personnage...

Seattle Grunge : Bon Cyril, pourquoi un bouquin sur Pearl Jam?

Cyril Jégou : Parce qu'il n'y a pas de livres en français qui retrace l'histoire du groupe... Et aussi parce qu'il y a un truc qui m'a toujours énervé, c'est les dénigrements de la presse française au sujet du groupe... C'est un peu ça qui m'a incité à écrire ce bouquin... 

SG : Pourquoi PJ à travers l'histoire du grunge? 

CJ : Simplement : je trouvais intéressant de remettre Pearl Jam dans son contexte. La première partie de la vie du groupe est vraiment indissociable de l'histoire du grunge de Seattle. J'aurais fais un bouquin sur U2 ça n'aurait eu aucun intérêt de s'y prendre de cette manière. Mais pour PJ, on voit bien que certains des gars de ce groupe ont depuis toujours fait parti de cette communauté de musiciens qui sont à l'origine du mouvement... C'est une scène incestueuse comme ils disent, et ces gars en ont toujours été. Point barre. Ca permet de comprendre comment PJ en est arrivé là ou il est aujourd'hui. Et puis une chose : je prend comme exemple le seul morceau que PJ ai jamais sorti chez Sub Pop, sur la BOF du docu Hype!. C'est une version live de Not For You pour Self Pollution Radio, et sur le livret les mecs de Sub Pop ont noté sur le ton de la blague : "Ils nous ont demandé de sortir leur premier single, mais on a trouvé ça trop commercial. Un an plus tard on était au bord de la banqueroute. Pearl Jam est la conscience sociale de notre rock nation". Pour moi ça veut tout dire : ce groupe est l'épicentre social de la scène rock de Seattle... Ça m'a toujours passablement énervé de voir qu'ils étaient taxés de commercial, alors je voulais vraiment montrer qu'ils étaient issus d'une certaine lignée... C'est pour cette raison que j'ai choisis de démarrer le bouquin par la fin des années 70, qui sont la génèse du grunge, et par la même occasion de Pearl Jam...

SG : Comment tu t'y es pris pour orienter tes recherches documentaires? 

CJ J'ai d'abord commencé par rassembler tout ce que je savais sur le sujet, puis ensuite par vérifier la véracité de tout ça... Ensuite, j'ai eu un gros travail de recherche sur magazines, vieilles coupures de presses, et mine de rien, pas mal de truc sur internet. Et puis le bouquin de Greg Prato m'a bien aidé aussi... Tu sais, si tu commences à fouiller dans tout ce qui s'est dit sur PJ, tu tombes fatalement sur des tonnes de rumeurs, surtout pour la première période du groupe, les années 1993-94. Tout ça pour dire qu'en rassemblant un maximum de documentation, j'avais en main de quoi confronter les points de vue et faire la part des choses... Rassembler cette doc a été comme un grand jeu de piste... Concernant cette première mouture, j'ai illustré moi même le livre, mais pour la version Camion Blanc, j'ai cherché des photos libre de droit, et les membres du forum PJ m'ont beaucoup aidé en faisant jouer leur réseau...Si tout va bien, ma bd sur Pearl Jam sera incluse dans la version Camion Blanc...


SG : Justement, tu as sorti d'abord ton bouquin via un imprimeur sur le net, une sorte d'auto prod en somme... Pourquoi le choix de Camion Blanc ensuite?

CJ : J'aurais préféré vraiment auto produire la première mouture du bouquin dans le vrai sens du terme, mais pour ça c'est mieux si on a une petite somme d'argent pour commencer, parce qu'en général les imprimeurs ne bossent pas pour moins de 1000 exemplaires... Je me suis rabattu sur cette formule d'impression en ligne, qui, à défaut d'être satisfaisante, m'a permit de sortir rapidement mon travail, et d'écouler une centaine d'exemplaires, sans compter les versions pdf... J'ai eu de bonnes critiques sur certains webzines et magazines, qui m'ont pas mal aidé... Le contact avec Camion Blanc, je sais plus trop comment ça s'est fait... Je me rappelle les avoir contacté d'abord par lettre. Mais peut être que l'élément déterminant, c'est le contact que j'ai eu avec Brice Tollemer qui lui avait les siens chez Camion Blanc... Le principe de l'impression en ligne a ses limites, et j'avais vraiment envie d'approcher quelque chose de plus professionnel, de tâter le monde de l'édition... Mais ceci dit, il n'y a aucune raison pour qu'une auto production ne fonctionne pas... Après il faut juste trouver le bon tarif, et y'a un gros boulot de com' à faire soi même si on choisit cette option..

SG : As tu une date à nous donner pour la sortie? 

CJ : Pour l'instant ça reste mystérieux, c'est une petite maison d'édition, très ciblée aussi, et avec peu de moyens... Donc on verra... Mais tout est prèt pour une sortie rapide, le taf est finalisé... Reste plus qu'à...

SG : Parallèlement à l'écriture, tu es à l'origine d'un groupe au son très alternatif 90's : Golden Age Of Monkeys... Peux tu nous en parler un peu plus?

CJ : Concernant Golden Age Of Monkeys, on se concentre pour l'instant sur les concerts... On a sorti un 6 titres dernièrement, toutes des compos originales, et perso moi c'est ce que j'aime : le travail de studio... C'est mon ambition avec ce groupe : faire un album d'abord, puis éventuellement j'adorerais tourner sur une plus grande aire géographique, et pourquoi pas en Europe, juste une fois... Mais bon, c'est un objectif encore lointain. Après, je sais pertinemment que j'en ferais pas ma vie, mais j'ai juste envie de prendre plaisir avec ce groupe, de m'éclater, et de réaliser ce qu'il est possible de faire ensemble...

Merci à toi Cyril et au plaisir de te croiser à nouveau!!! Deux petites vidéos pour découvrir Golden Age Of Monkeys. Le premier morceau est mon préféré!!! Mais l'autre a une petite touche féminine qui n'est pas pour me déplaire non plus... Pour acheter Pearl Jam au pays du Grunge, voir sur la colonne à droite. Cyril a accessoirement écrit pour GoToSeattleGrunge un compte rendu sur le dernier concert français de PJ, à Arras l'année dernière... Lequel reste le post le plus consulté à ce jour sur ce foutu blog... Comme quoi Pearl Jam c'est vendeur... Putaing Cyril t'as peut être choisi le bon groupe pour te faire un peu de fric héhé!!!!

02/02/2013

Review bouquin très subjective : Do It Yourself! de Fabien Hein

Les gens s'imaginent généralement que le monde de la musique tourne avec des tas de gens chargés de faire le boulot à ta place. Mais ce n'est pas punk rock. Nous venons d'un monde où l'on fait les choses par nous même. (Ian McKay)

Rraaahh putaing, enfin un bouquin en français qui parle de culture punk pour de vrai, documenté pour de vrai, et écrit par un vrai fan... Fabien Hein était déjà connu du petit monde du punk pour avoir sorti il y a pas si longtemps un beau travail intitulé "Ma petite entreprise punk : sociologie du système D", où il décrit dans le détail la dure, mais tellement riche, vie d'un combo punk lambda (en l’occurrence les Flying Donuts). Cette fois ci, on a droit à "Do It Yourself : autodétermination et culture punk". DIY, où quelque part, l'autre nom chez les anglophiles pour système D... Un sujet existentiel au sein du mouvement punk. Et aussi pour votre serviteur, particulièrement intéressé qu'il est par faire tout avec rien.

Même si le bouquin suit un certain ordre chronologique, depuis 1977 et l'arrivée du punk anglais, et ce jusqu'à aujourd'hui, ici on ne revisite pas l'histoire du mouvement punk, mais on cherche surtout à en déterminer l'essence, la raison de vivre, les motivations... Et ce qui peut sembler en être les dérives... Ou l'on constate que, effectivement, ceux qui apparaissent aujourd'hui comme les groupes punks les plus respectés de tous les temps à jamais, Sex Pistols et Clash en tête, sont aussi ceux qui ont le plus rapidement signé des contrats avec les majors... La question est donc posée : l'esprit punk est t'il tout fait de DIY où le DIY n'est t'il qu'un moyen d'expression parmi d'autres au sein du mouvement punk? Le DIY est t'il un simple moyen d'accéder à un but précis, où une fin en soi avec une portée plus globale? Autrement dit : être punk veut t'il dire être simple fan de musique punk où alors, si l'on creuse, est t'il question de chercher à remettre en cause une certaine société dont les valeurs ne nous paraissent pas justes et égales pour tous, quitte à tenter d'inventer de nouvelles règles du jeu, en se retroussant les manches et en se disant qu'on peut faire beaucoup par soi même? 


Bon, je dis pas pour les Sex Pistols, que j'ai toujours personnellement considérés comme des rigolos (après tout ils n'ont sorti qu'un album, et quoi qu'on en dise, ils n'étaient que le moyen qu'avait trouvé le fameux Malcom McLaren pour se faire du fric...). Mais les Clash, extraordinaire groupe au demeurant, ont su profiter de la puissance d'exposition de leur maison de disque pour faire passer de vrais bons messages à portée sociale... Fabien Hein s'attache donc tout au long du livre à mettre en lumière toutes ces contradictions qui scinderont le mouvement en deux : les puristes et ceux qui le sont moins. D'autre part, en passant à la moulinette moults expériences réalisées dans tous les domaines d'expression punk, et en fouinant dans la vie de deux groupes au parcourt exemplaire en la matière, les anglais de Crass et les américains de Fugazi, il s'efforce de définir au mieux ce que représente le Do It Yourself, et pourquoi nombres de petits punkeux en ont fait le garant de leur liberté d'être et de vivre, tout simplement...

Merci cependant Mr Hein de montrer que le DIY n'est pas que l'apanage du mouvement punk, mais celui des insurgés, contestataires, révolutionnaires dans l'âme de toutes époques et de tous lieux. Merci Mr Hein de faire allusion à un certain Henry David Thoreau, père de la désobéissance civile et écologiste avant l'heure. J'allais même dire que "Faire par soi-même" est pratique courante depuis que l'homme est homme... Il suffit cependant qu'on arrive à l'avènement d'un certain capitalisme moderne pour que d'autres s'attachent à faire les choses à notre place : cuisiner (les plats préparés au supermarché, ou MacDonald), cultiver (avec quelques pesticides en plus), gérer notre argent (merci Lehman Brothers et toutes les banques qui ne nous veulent que du bien), nous soigner (soyons clair : le but premier de l'industrie pharmaceutique est bien de faire de l'argent, pas de nous rendre la santé...), et même penser (les politiciens sont très bons pour ça : exemple les OGM, toujours pas interdits en France alors que 80% des français sont contre)... Le poids des lobbies est assez ahurissant... Ou l'on se rend compte qu'une démocratie mise au service d'un système marchand et productiviste va peut être à contre courant de ce pourquoi elle a été inventée...


En résumé, faire par soi même, c'est véritablement reprendre sa vie en main sans la laisser entre les doigts de ceux qui sont censer savoir mieux que soi... Faire à son petit niveau, comme une goutte d'eau qui mine de rien, est essentielle pour éteindre un grand feu. C'est réellement ça qu'ont voulu expérimenter Crass et Fugazi, qui ont poussé à l’extrême l'expérimentation dans ce domaine. "Notre objectif premier consiste à être nous même au sein de notre propre groupe et à ne jamais devenir la propriété de quiconque. Et dans un second temps, à être utile à notre communauté" (Ian McKay). Crass en est sorti lessivé, concassé par tant d'effort pour aller à contre courant. Fugazi, et son leader Ian McKay (au passage modèle pour nombres de musiciens de Seattle à l'époque), à travers leur label Dischord Records, ont quand à eux su sublimer le modèle, au prix d'efforts constant, d'une intégrité sans faille (ils ont toujours catégoriquement refusé les appels des majors et autres interviews de Rolling Stone et consorts), et d'un mode de vie que très peu auraient eu le courage de vivre, qui font dire que pratiquer le DIY oui, mais pas sans savoir s'organiser et compter. DIY oui, mais les pieds sur terre d'abord!!!!

Au final, on est ravi de ce petit bouquin, qui, même s'il n'aborde pas notre sujet, celui du grunge de Seattle (qui quoi qu'on en dise, de ses débuts jusqu'à la fin des années 80, n'était fait que de ça), fait complètement fi de ce qui s'est passé à Olympia dans les années 80 et 90 (merde alors : l'International Pop Underground Convention, si ça c'est pas du DIY), et ne parle que peu des Riot Grrrl, reste un très bon moment de lecture où l'on apprend pleins de bonnes choses. Qui surtout, nous font réfléchir et dire que, oui on n'a pas beaucoup de moyens, mais non, ça veut pas dire que rien ne peut être fait. Tout est affaire d'abord de volonté. Les solutions viendront en leur temps.



A noter que les Buzzcocks furent le tout premier groupe de l'histoire du punk à sortir un disque entièrement autoproduit, en l’occurrence le maxi Spiral Scratch en 1977, ce pour l'équivalent de 3500€ actuels. Enregistré en 3 heures top chrono, il se serait vendu à 16000 exemplaires en 9 mois. Et ben savez quoi? Les Buzzcocks seront visibles et écoutables au Hellfest en juin prochain. Attendue sera aussi la prestation de Walking Papers, ainsi que celle d'Alice In Chains (même si pour le moment pas sur l'affiche, après l'avoir été, on le sait hein l'équipe du Hellfest, qu'ils en seront)... Du bon donc, en sus de tout l'armada stoner doom sludge (Spiritual Beggars, Sleep, Cult Of Luna, The Sword etc...) et autres ZZTop, Kiss, Down, Korn ou Stone Sour qui eux, fouleront les grosses scènes...

Turnover live par Fugazi + une reprise du Pulled Up de Fugazi couplée avec Rockin' De Neil Young en vidéo par Pearl Jam en 1992... Vedder est un grand fan et accessoirement ami de Ian McKay... Ceux qui veulent en savoir plus sur les relations entre grand capital et grandes démocraties peuvent lire "Une histoire populaire de l'empire américain", adaptation bd du chef d'oeuvre d'Howard Zinn, un des plus grands critique du modèle américain... Photos : Ian McKay et Henry Rollins (Black Flag) lors d'un concert de Minor Threat début 80' + Ian McKay et Jeff Nelson dans les bureaux de Dischord - Washington DC).

27/01/2013

Seattle Grunge's Anecdotes : Alice In Chains est t'il vendu?


Pour fêter ce qui est officiellement officieux mais va devenir officiel sous peu, c'est à dire un passage en France, et certainement au Hellfest, l'été prochain, d'Alice In Chains, on revient rapidement sur la controverse Alice, celle qui a longtemps alimenté les conversations : Alice In Chains est t'il un vendu du "grunge", un simple profiteur ou plus que ça???

Jerry Cantrell : On était inspiré par tous ces groupes, spécialement Soundgarden, mais on avait notre propre façon de faire, notre propre son. Seattle n'était pas comme nombre de ces communautés musicales que j'ai vu et où tout le monde essaie de faire ce qui est à la mode. On était tous des rockeurs, mais personne n'essayait de copier le truc de l'autre. C'était une compétition respectueuse.

Grant Alden (journaliste à The Rocket) : Il y avait une série de groupes qui avaient vu ce qui marchait et qui ont commencé à copier ça. Je pense qu'Alice In Chains était l'un d'eux. Ca ne veut pas dire qu'ils étaient sans talent, mais ça veut dire dans un certain sens qu'ils étaient sans âme. Si Alice In Chains a eu une telle carrière, ce n'est certainement pas grace à moi, et c'est bien le signe de mon impuissance en tant que rock critic, parce que j'ai fais de mon mieux pour ne jamais rien écrire sur eux, et plus encore pour les discréditer. J'en ai toujours parlé sur le ton de la blague, mais ma mère s'appelle Alice, et donc le nom du groupe m'a toujours fait chier. Avant d'être connu, ils étaient un vulgaire groupe de métal de banlieue, et d'un seul coup ils décident qu'ils veulent être Soundgarden. Nous on les appelait Kindergarden (déformation de kindergarten = maternelle)

Mark Arm : Chacun venait de milieux différents. Y'a pas de test de "pureté". Alice In Chains était définitivement meilleur que pas mal de groupes punks qui émergeaient à l'époque en ville.

Dave Hillis (producteur d'Alice In Chains) : Je pense que le changement de son d'Alice In Chains était naturel. Je pense pas qu'ils ont sauté dans le train en marche. Je me souviens de la première démo qu'ils ont enregistré chez Rick Parashar au London Bridge Studio, juste avant que j'y travaille. Ca sonnait tellement bien, comme un vrai disque. C'était pas un groupe hair metal, mais pas encore le Alice qu'on connait aujourd'hui...


A noter que les Melvins sont aussi fortement pronostiqués pour le Hellfest 2013!!!! Une bonne année encore que celle là... Le premier morceau du dernier album à sortir d'Alice!!!

11/01/2013

Interview de Dieu le Père : Bruce Pavitt en direct!!!!!

Après un premier gros poisson pèché par le sieur PYC en la personne de l'inventeur du "son" grunge, j'ai nommé Mr Jack Endino, v'là t'y pas qu'un deuxième vient mordre à l'hameçon. Bruce Pavitt. Dieu le Père du Grunge. L'inventeur, quand à lui, de "l'identité" grunge, du "concept" grunge, et accessoirement de Sub Pop Records, qui signa en son temps tout ce qu'il est possible de signer de groupes indies (la liste est , elle est tellement énorme qu'on va pas s'éterniser à développer ici), démarre l'aventure en 1979 dans le plus pur esprit DIY, après avoir passé une enfance heureuse à Chicago en compagnie de ses potes d'enfance Kim Thayil ou Hiro Yamamoto... On peut donc dès maintenant pousser un peu plus loin la découverte de la vie pas toujours facile de Mr Pavitt, après l'interview posté la semaine dernière qui retraçait magnifiquement le parcourt du bonhomme...


Seattle Grunge : Salut Bruce!!! On est surpris de te voir si occupé encore aujourd'hui (dj la nuit, conseiller musical pour jeunes groupes inexpérimentés et conférencier le jour), alors qu'on te croyait retiré des affaires... Tu as pour de vrai survécu à "l'explosion grunge"!!!!. Bon, la vie est malgré tout plus tranquille pour toi aujourd'hui, comparé aux années 90...

Bruce Pavitt : Oui, la vie est plus calme, d'autant plus que j'habite dans une île perdue : Orcas Island, pas loin de la frontière canadienne. J'adore faire le dj, rapprocher les gens rien qu'avec un peu de musique...

SG : Qu'en est t'il de Sub Pop? En es tu toujours parti prenante?

BP : Plus ou moins. Je fais parti du groupe de conseillers, on se rencontre de temps en temps pour discuter musique...

SG : Tu es originaire de Chicago, une cité très active musicalement, avec beaucoup de label influents (Wax Trax, Chess Records)...

BP : C'est ça. Avant d'arriver à l'Evergreen State College d'Olympia, j'étais déjà très influencé par le punk rock, et pour tout dire je passais beaucoup de temps à Chicago dans le magasin de Wax Trax, à acheter fanzines et disques. C'est grâce à ce magasin là que j'ai fais mon éducation punk. Comme pour le blues d'ailleurs : j'avais l'habitude de faire tourner les disques d'un label de Chicago nommé Alligator Records (Hound Dog Taylor, Johnny Winter, Buddy Guy etc) quand je bossais à la station radio du lycée. J'étais un grand fan de blues, j'ai même eu la grande chance de voir le légendaire Howlin' Wolf en 1976...

SG : Et donc tu débarques en 1979 à Olympia, WA, pour les études... Enfin, officiellement... Puisque tu te lance immédiatement à corps perdu dans la promotion de la scène musicale locale, via la création de la version 1.0 de Sub Pop... Peux tu nous en dire un peu plus, comment tu t'y es pris tout ça?

BP : J'ai très vite animé une émission indie/punk sur KAOS-FM, la radio de l'université, que j'avais appelé Subterranean Pop. En mai 1980, j'ai décidé de publier un fanzine, sous le même nom, où on pourrait trouver les critiques des disques que je passais dans l'émission. La plupart de ces disques était super durs à trouver, donc à la fin de la critique j'incluais toujours une adresse où se les procurer. Au bout du troisième numéro, Subterranean Pop est devenu Sub Pop, et pour le cinquième numéro, j'ai décidé de contacter certains de mes groupes favoris pour qu'ils me fassent parvenir des démos de morceaux que je pourrais utiliser pour faire une compilation cassette, laquelle serait vendue avec le fanzine. Je faisais toujours en sorte de parler d'un maximum de villes américaines, mon idée était de partager la musique de différentes régions des States. L'ensemble de ces musiques offrait une variété de sons totalement différents. Les cassettes étaient dupliquées par des professionnels, mais c'est moi qui me chargeait d'insérer le livret et d'envoyer le tout depuis mon petit appartement d'Olympia. Ces cassettes m'ont permis de payer mon loyer pour un couple d'année!!! Calvin Johnson m'a aussi pas mal aidé à l'époque...

SG : En parlant de Calvin Johnson, y a t'il eu une influence "Olympia" sur ton travail a l'époque? Le fait que tu te retrouves dans une ville où l'activité musicale est très intense, et l'éthique DIY une religion, a t'il joué sur la création de Sub Pop?

BP : Sans aucun doute. J'étais très influencé par ce qui se passait à KAOS, et par les dj's qui bossaient là bas, comme Steve Fisk par exemple, ou Calvin bien sûr, et John Foster, qui publiait à l'époque un fanzine nommé OP Magazine, que je considère encore aujourd'hui comme la bible de l'indie rock. John Foster et OP ont définitivement influencé mon taf. Et K Records par la suite, qui est né en 1983.

SG : Tu finis ensuite par te baser à la grande ville, Seattle, où tu découvres les photographies d'un certain Charles Peterson au cours d'une de ces fameuses "party houses", lesquelles photos te convainquent du réel potentiel de la scène punk rock locale. Comment des simples photos peuvent t'avoir aidé à penser ça?

BP : C'était en 1986, et ça faisait déjà 3 ans que je vivais à Seattle. Je commençais sérieusement à avoir le sentiment que le son plutôt heavy des nouveaux groupes qui émergeaient à Seattle créait une sorte de cohérence, et qu'il y avait là une vraie scène en formation. Et les photos de Charles capturaient admirablement l'énergie des shows de tous ces groupes. Elles étaient le chainon manquant qui allait m'aider à développer le tout nouveau label qu'était Sub Pop à l'époque.

SG : Sub Pop devient donc officiellement un label en 1986. Une question me taraude : toi et Jonathan Poneman êtes vu aujourd'hui comme des businessmen géniaux, alors que paradoxalement, vous étiez l'un et l'autre de très très mauvais gestionnaires (voir ici). Penses tu que, dans le cas contraire, vous auriez signé tous ces groupes que vous avez signé sans absolument vous préoccuper de savoir s'ils allaient vous rapporter un peu de fric ou pas?

BP : Haha. Excellente question!! Je peux t'assurer que si on avait été de bons businessmen, il y a longtemps qu'on ne serait plus dans le business!!! La façon dont on s'y est prit était très risquée, elle nous a permis de continuer bon an mal an, mais tu peux pas imaginer comme ça a été dur. La prise de risque a finit par payer, mais ça reste une période très éprouvante pour moi, et j'ai probablement perdu des années de vie à cause du stress constant vécu à l'époque. Je suis vraiment ravi de l'avoir fait, mais jamais je voudrais le refaire!!

SG : Une question très française : vous avez signé les Thugs, un groupe qu'on connait bien ici, après les avoir rencontré à Berlin en 1988. As tu un souvenir spécial les concernant?

BP : Le premier disque qu'ils ont sorti chez nous, un 45 tours : Chess and Crimes. Définitivement l'un des meilleurs singles qu'on ai jamais sorti. Epique. 

SG : Quel est ton actualité actuellement?

BP : Je viens juste de sortir un e-book via iTunes : Experiencing Nirvana : Grunge in Europe 1989. Il contient un paquet de photos de Nirvana, TAD et Mudhoney lors de la tournée européenne de 1989, et y'a même quelques photos de Paris dedans! Plus d'infos sur www.experiencingnirvana.com

Enorme merci à toi Bruce!!! Dessous l'intégralité de la 1ère compil vinyl Sub Pop 100, ainsi qu'un court extrait de K7...


Le track listing de Sub Pop 100 :

1. Steve Albini – Spoken Word Intro Thing
2. Scratch Acid – Greatest Gift
3. Wipers –
Nothing To Prove (live)
4. Sonic Youth – Kill Yr Idols
5. Naked Raygun – Bananacuda
6. U-Men – Gila
7. Dangerous Birds – Smile On Your Face
8. Skinny Puppy – Church In Hell
9. Steve Fisk – Go At Full Throttle
10. Lupe Diaz – Itsbeena
11. Boy Dirt Car – Impact Test
12. Savage Republic – Real Men

13. Shonen Knife – One Day Of The Factory

04/01/2013

Ouais, le chanteur avait une bonne voix : Bruce Pavitt a fondé Sub Pop, signé Nirvana et changé votre vie

On savait que Bruce Pavitt venait de sortir un de ces documents rares qui font baver tout fan de "grunge" qui se respecte. On savait qu'un jour ou l'autre Bruce Pavitt répondrait à nos questions qu'on lui a envoyé y'a un mois de ça bordel merde tu fous quoi Pavitt, balance les tes réponses putaing!!!! On savait aussi qu'il y avait des gars autrement meilleurs que nous en interview, enfin des gars dont c'est le métier, enfin je pense. Et on se disait qu'en le lisant, celui là d'interview, ben on avait une chouette rétrospective de la folle aventure que fut la vie du bonhomme, en même temps que moults détails sur ce qui marqua l'arrivée de la musique de Seattle en Europe : cette fameuse tournée TAD / Nirvana / Mudhoney. C'était en 1989. On se disait que ce serait bien de vous le proposer, cet interview, avec l'accord de l'auteur Sylla Saint-Guily (et de son patron, vice.com), qu'on remerçie vivement au passage... C'est parti : 

Si vous vous intéressez à l'indie-rock (l'indie-rock d'avant, celui des mecs crades en échec scolaire), le label Sub Pop est le plus proche équivalent de la Bible, de Jésus et de Dieu réunis. Pas seulement parce que c'est grâce à lui que vous connaissez Nirvana, Mudhoney, les Thugs, Beat Happening et No Age – ou plus récemment Pissed Jeans ou Metz – mais aussi parce que Jonathan Poneman et Bruce Pavitt, les deux fondateurs du label, ont été assez malins pour faire en sorte que le label soit toujours, vingt-cinq ans après sa création, une référence pour les kids en fringues trouées.

Récemment, j'ai appris que Bruce Pavitt sortait un e-book intitulé Experiencing Nirvana, retraçant l'historique de la première tournée Sub Pop en Europe – qui regroupait Tad, les Headcoats de Billy Childish, Mudhoney et les jeunes Nirvana. Juste pour que vous sachiez : ce truc tue du début à la fin. En plus de retracer le voyage sur notre continent de ces kids de la côte Ouest américaine, c'est la première fois que ces documents inédits sont publiés. Ces photos, chopées à l'époque par Bruce sur un appareil claqué, constituent aujourd'hui un vestige inestimable pour ceux qui, comme moi, ont appris la musique avec les groupes du label.

J'ai chopé Bruce par mail ces dernières semaines pour l'interviewer à propos de ces photos oubliées et lui parler de Seattle avant que la ville ne devienne le haut-lieu des cafés prétentieux. Après de longues négociations, il m'a raconté par téléphone comment il avait transformé un punk rocker adolescent en Michael Jackson.

VICE : Comment vous est venue l’idée de sortir un e-book sur la première tournée de Nirvana en Europe ?

Bruce Pavitt : Récemment, je suis retombé sur cette photo de Kurt Cobain devant une croix du Colisée, à Rome. J’ai toujours trouvé cette photo incroyable – Kurt ressemble à Jésus, dessus. Puis j'ai cherché et retrouvé les autres photos de cette tournée. J’ai été surpris par le fait que ces photos racontaient une vraie histoire. Je me suis dit qu’en les sortant au format e-book, tout le monde pourrait les choper de suite, partout.

OK. Quel âge aviez-vous quand vous avez découvert le punk rock ?

J’ai grandi dans la banlieue de Chicago. J'ai toujours adoré la musique. À 9 ans, mes parents m’ont offert mon premier lecteur de vinyles et très rapidement, je me suis mis à dépenser tout mon argent de poche en disques. Je me trimballais toujours avec une petite radio sur moi. Je voulais tout connaître. En terminale, en 1977, j’ai découvert le punk et j'ai passé le reste de l’année à traîner chez les disquaires du centre-ville à la recherche de tout ce qui avait l’air punk.

C'est le moment où vous avez emménagé à Seattle ?

J’ai déménagé à 20 ans à Olympia, à côté de Seattle, pour m’inscrire dans une université alternative, l’Evergreen State College – elle était connue pour sa station de radio, KAOS. Ils passaient pas mal de punk et de musique indépendante – ce qui était inédit à l’époque. J’ai commencé à faire de la radio là-bas, avec mon émission, « Subterranean Pop », en 1979. Puis, en 1980, j’ai lancé mon fanzine du même nom. C’était le premier fanzine aux États-Unis qui ne publiait que des chroniques de disques qui sortaient sur des labels indépendants.

Subterranean Pop ne chroniquait que des groupes locaux ?

Pas seulement. Les groupes étaient classés en fonction de leur provenance. J’avais une section pour les groupes d’Austin, une autre pour les groupes de Seattle, de Chicago, etc. Je voulais parler des groupes qui venaient de régions reculées des États-Unis, pas seulement de New York ou LA, pour donner une visibilité à toutes ces scènes locales. Je publiais l’adresse des labels, pour que les lecteurs puissent commander leurs disques.
KAOS FM avait un énorme catalogue de disques de labels indé – je trouvais tout ce que je voulais chez eux. À l’époque, j'adorais les Wipers de Portland et les Blackouts de Seattle. Puis, j’écoutais beaucoup de punk rock californien, les Dead Kennedys, The Gun Club, tous ces groupes-là.

Comment avez-vous fini par monter le label ?

J’ai d’abord sorti des compilations sur tapes. J’en ai sorti trois, à partir des démos de groupes d’un peu partout. J’étais en contact avec les groupes, je récupérais leurs cassettes, et quand j’ai déménagé à Seattle, en 1983, j’ai décidé de sortir ces morceaux en vinyle. En 1986, j’ai sorti mon premier disque, la compilation Sub Pop 100. Dessus, il y avait Sonic Youth et The Wipers. Elle s’est plutôt bien vendue, ça m’a donné envie de continuer.

Vous étiez tout seul à l’époque ?

Oui, je sortais les compilations dans mon coin. J'ai vite compris que la scène de Seattle commençait à devenir riche, foisonnante. J’ai emprunté de l’argent à mon père pour sortir mon premier vrai album, Dry As a Bone de Green River. Un an plus tard, Jonathan [Poneman, qui bosse avec Bruce dans Sub Pop] et moi nous sommes associés pour sortir le premier album de Soundgarden.

Comment vous êtes-vous rencontrés, Jon et vous ?

Il présentait une émission sur une radio dans laquelle j'ai aussi bossé, KCMU FM. Un jour, il m’a invité dans son émission pour faire la promo de Sub Pop 100. J’ai vite capté qu’on avait des goûts en commun, et on est devenus potes.
Pour en revenir à Soundgarden, je connaissais Kim Thayil, le guitariste, depuis l'enfance – nous avions grandi dans le même quartier et on était dans le même lycée. Quand Jonathan Poneman a voulu sortir leur disque, Kim lui a suggéré que nous fassions équipe. On est devenus associés sur une idée de Kim.

Ouais. Comment avez-vous connu Nirvana ?

Je me souviens qu'ils étaient allés voir Jack Endino, le mec qui a produit tous les albums de Sub Pop jusqu’en 1990, pour enregistrer quelques morceaux. Jack a filé la cassette à Jon Poneman, Jon me l’a passée, et j’ai fini par l’écouter avec Mark Arm, le frontman de Mudhoney. On n’a pas trouvé ça renversant, mais ouais, on a noté que le chanteur avait une bonne voix. Sur ce, Jon et moi avons organisé un concert avec Nirvana, le 10 avril 1988 si je me souviens bien.

(...) La suite ICI

Ci dessus quelques photos du bouquin, Bruce à Paris Gare de l'Est lors de la tournée de 1989, et plus haut Bruce en compagnie de Kurt chez un disquaire papotant musique avec un client...