Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

13/10/2011

L'émocore de Seaweed... The come back!!!

Et 2011 signe le retour de... SEAWEED!!!! Quoi? Comment se fesse? Point d'explosions de joies comme il avait été de mise avec Soundgarden ou Alice In Chains??? Faut dire que ces gars là sont pas des plus connus en Europe... Et pourtant, peut être l'auraient t'ils mérité... Explosion d'énergie brute balancée en plein dans ta face, Seaweed est un de ces groupes happés, situation géographique oblige (ils sont de Tacoma), par la vague grunge, ce sans en avoir le son caractéristique... Pour preuve, leurs premiers méfaits seront sortis chez Sub Pop, et produits par Endino (pourtant dépositaire du son "grunge" par excellence). Et puis il faut dire que les petits gars savent s'entourer de certains membres expérimentés de la scène de Seattle... Kim Warnick des Fastbacks assurera les chœurs sur plusieurs de leurs albums, Ken Stringfellow des Posies les chapeautera un temps... Car les Seaweed sont des jeunos à leur début en 1989, et rendent quelques années aux futures stars du grunge... C'est cependant en à peine un an d'existence qu'ils signent leur premier album, Despited.
Wade Neal (guitariste de Seaweed) : On n'en était pas (parti intégrante du mouvement). On est le meilleur exemple du groupe un peu « nerd » que tout le monde aime bien, mais que personne ne connait vraiment... Je peux pas dire. C'était une période intéressante.
Aaron Stauffer (chanteur de Seaweed) : Je sais pas si c'était une bénédiction ou si on a été maudit de signer avec Sub Pop, c'était juste cool d'avoir un label qui sortait nos disques, et ce dès notre première année d'existence, et c'était cool que ce soit un label local. Donc je peux pas dire si avoir été sur un autre label aurait été mieux ou moins bien. Peu importe. Il s'avère qu'on avait juste au début, un court contrat, et qu'après le premier album, on ne voulait déjà plus faire de disques avec eux (rires)
Le groupe signera trois albums chez Sub Pop. Pur produit DIY, ils enregistrent Four dans un studio aménagé par leur soin chez les parents de Clint Werner, le guitariste, en six mois de temps...
Aaron Stauffer : Ses parents n'habitaient plus la maison, sa mère était décédée, mais cette maison était une bénédiction pour nous. Clint avait construit ce petit studio où on répétait de temps en temps, et c'était vraiment petit. Pour Four, on a dû enregistrer la batterie dans le salon, et je pense le chant aussi... C'est toujours bizarre quand j'entends ces morceaux, au regard des conditions d'enregistrement qu'on avait. Parce c'est pas comme si tu chantais avec le groupe, là tu chantes tout seul dans le salon de quelqu'un avec un casque sur la tête. TacWa, c'était le nom qu'on avait donné à ce studio... Ken Stringfellow m'a aidé pour l'enregistrement du chant, mais sinon c'était une auto production complète, ce qui était vraiment excitant pour nous. Pas besoin de conduire jusqu'à Seattle. Pas besoin de quitter notre bien aimée Tacoma...
Sub Pop a aimé l'idée qu'on se démerde complètement avec cet album, juste parce que, de cette manière, on respectait complètement le budget. Habituellement quand les gens font des disques ils dépassent leur budget pour sortir de la merde. C'est comme ça qu'on a été capable de laisser tomber les petits boulots, juste parce qu'on économisait notre fric et qu'on enregistrait tout le temps par nous même. Je pense pas qu'ils croyaient qu'on pouvait le faire, je pense qu'ils se disaient juste « peu importe », ils se mêlaient pas vraiment des décisions de leurs groupes, ils les laissaient juste faire ce qu'ils voulaient. Ils étaient surement sceptiques à voir notre façon de faire, mais bon, ça a marché. Je pense qu'ils ont été surpris...
Le fait d'avoir signé sur Sub Pop avant la ruée vers l'or grunge de 1991 aura néanmoins le « mérite » de garantir à Seaweed une quasi automatique signature chez une major, en l'occurrence Hollywood Records, filiale de Disney... Spanaway, excellent album au demeurant, ne vend malheureusement pas aussi bien que Nevermind, héhé, et l'association ne durera pas plus...
Aaron Stauffer : A l'époque Sub Pop était sur le point de signer un deal avec Warner (ils étaient fauchés). On a pensé que quitte à aller sur une major, autant négocier nous même avec le diable plutôt que laisser Sub Pop le faire pour nous. (...) Hollywood Record c'est de la merde!!! Laissons les majors sortir toute la soupe qu'ils veulent et laissons les labels indépendants sortir toute la bonne musique... (...) Faire des vidéos n'est pas fun du tout, j'ai jamais eu aucun plaisir à faire des vidéos. C'est complètement stupide, je déteste les vidéos. J'ai pas de putain de télévision, j'aime pas la télévision et j'aime pas MTV, ça pue bordel, ça pue (rires).
Un cinquième et dernier album sortira chez Merge en 1999... Le groupe décide de stopper l'aventure sur un commun accord, mais sans jamais complètement fermer la porte pour toujours... La preuve en est : 2011 voit l'arrivée d'un nouveau single et le départ d'une nouvelle tournée US. Entre temps, Aaron Stauffer aura joué dans Gardener avec Van Conner, et se sera essayé à la new wave en compagnie de Steve Fisk et Ken Stringfellow...
Aaron Stauffer : On a arrêté parce que Seaweed était debout depuis 10 ans, et que 10 ans c'était bien assez. Mais on n'a jamais vraiment pensé que c'était un vrai split parce qu'on est toujours plus que jamais amis... On est de Tacoma, pas de Seattle. Tacoma est le lieu du crime, Seattle est le lieu du grunge... (...) Je pense qu'on a vécu entre l'underground et « l'overground ». Les plus gros concerts qu'on ai fait, c'était 1000 personnes, et habituellement on ne jouait pas pour plus de 100 personnes...
Emocore. C'est le petit tiroir qu'on a trouvé pour ranger Seaweed... Qu'on aurait presque inventé rien que pour lui d'ailleurs, tellement l'étiquette semble lui coller comme un gant... Une manière de présenter un hardcore le plus rentre dedans, auquel on aurait rajouté une bonne giclée de mélodies pop... Guitares cinglantes, catchy, avec riffs TGV qui donnent une furieuse envie de sauter partout... Même si Seaweed est loin d'être le premier combo affublé de l'étiquette en question, de Sunny Day Real Estate jusqu'aux plus dispensables zhéros du punk rock californien actuel, tous lui doivent un peu quelque chose...
Wade Neal : J'ai eu vent que pas mal de monde disait ça de nous (qu'ils sont une grosse influence pour les groupes punks d'aujourd'hui), et surement qu'il y a une certaine vérité là dedans. On était juste un groupe parmi d'autres. C'est un compliment, et j'apprécie... Ça me fait juste plaisir que les gens disent ça de nous...
Et le mot de la fin sera pour... Aaron Stauffer : Je suis un grand fan des Melvins. J'avais fait un t-shirt pour un concert des Melvins en 1986, qui avait écrit dessus : Mevins (not Melvins). Mevins. Pas mal de mes potes l'ont porté (rires). Je suppose que j'étais pour quelque chose dans le fait que Kurt Cobain ait appelé son chat Mevins... Les Melvins sont irréels. Personne ne peut faire mieux.
Seaweed vient de sortir un single : Service Deck/The Weight, en écoute dans la playlist Deezer à droite. Quelques autres morceaux dans la playlist Grooveshark plus bas... Une petite vidéo en sus...


09/10/2011

Seattle Grunge's Anecdotes : Alice In Chains en tournée avec Slayer

Jerry Cantrell : A l'époque (celle de Facelift), on avait une "fuck it" attitude. Si on nous proposait un concert que personne ne voulait prendre, on y allait. On allait jouer avec n'importe qui - c'était notre façon de faire. On se foutait de quel style de musique c'était - on avait un concert à donner avec un public en face, donc on était là. On a ouvert pour Poison, Warrant, ce style de groupe...

"Man In The Box" a percé au milieu de la tournée "Clash Of Titans - une putain de tournée, dure : cette fois on ouvrait pour Slayer, Megadeth et Anthrax. Ils tournaient tous les trois en tête d'affiche, mais les fans de Slayer étaient les plus endurcis, les plus supporters : "Slayer, Slayer, Slayer". Je me souviens avoir joué au Red Rocks près de Denver, et la scène était construite d'une telle manière que n'importe qui, d'une certaine distance, pouvait y jeter n'importe quoi. Ce concert a été une étape importante pour le groupe. On a été littéralement massacré. Ils ont commencé à nous jeter des trucs à partir du moment où on est rentré sur scène. Bordel, c'était impensable. On jouait avec toujours un œil sur le public - un œil sur tous ces trucs qu'ils nous envoyaient à la tronche, en essayant de les éviter au maximum, et ce sans s'échapper ni sortir de la scène. Après un moment où on avait été constamment bombardé de toute cette merde - je sais pas comment ils ont fait ça, mais ils ont balancé un jerrican rempli de liquide, qui s'est scratché sur la batterie de Sean.

Ça a rendu Layne furieux. Il a commencé à ramasser ce qu'ils nous jetaient et à leurs renvoyer. Il a sauté les barricades et s'est mis à cracher sur les gars de devant, leur balancer des trucs à la gueule, exactement comme eux nous avait fait. Donc on a tous fait la même chose, on a tous suivi Layne. On leur a foutu droit dans leur gueule, on a commencé à leur renvoyer en plein leurs faces ce qu'ils nous avait jeté. Et on a fini notre set. On s'est dit à un moment qu'il fallait qu'on finisse vite et qu'on se barre de la scène, ou ils finiraient par tous nous tuer... Après le show, il y avait un groupe de fans de Slayer près de notre bus, et on s'est dit que cette fois c'était mort, qu'ils allaient nous défoncer - ils nous bloquaient l'accès du bus. Mais en fait non, ils nous on juste dit : "Vous êtes des mecs bien, vous êtes pas des tapettes".

Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

01/10/2011

Seattle Grunge : c'est reparti pour une nouvelle saison!!!!

Hop, on avait dit début octobre, c'était pas des conneries : Seattle Grunge reprend du service pour l'hiver... C'était la bonne heure - l'automne tout ça, ça annonce souvent pour moi le retour du gros son... L'été c'est léger on écoute autre chose, mais là y'a pas deux semaines je me suis remis en boucle un grand classique du rock indé 90's, ce bon vieux Troublegum de Therapy. Therapy, ils sont irlandais, pas grand chose à voir avec Seattle, mais bordel quel album!!! Coté intensité, ça vaut largement les meilleurs scuds du Seattle 90's, et l'énergie qui s'en dégage a un vrai gout du son du North West... Du coup ça m'a remit le pied à l'étrier grunge!!!





Pleins de nouvelles news pour cette nouvelle saison : on fête cette année les 20 ans du premier Pearl Jam, les 20 ans de l'indémodable et indécrottable Nevermind, en gros les 20 ans du Grunge de Seattle, et 20 ans, on a beau dire, ça mérite bien moults retours en arrières, et foule d'analyses diverses et variées, ce qui nous vaut encore quelques bons bouquins pour cette rentrée... L'un en français m'sieux dames, sur Pearl Jam, et par un gars bien sympa : "Pearl Jam au pays du Grunge" (en vente sur le coté là)... L'autre en anglais, une nouvelle "oral history", que j'ai reçu il y a trois jours : "Everybody Loves Our Town"... Ces deux là, d'auteurs, mériteront bien dans les semaines à venir de petits interviews sans prétentions... Pour le reste, ça continue comme c'était, des petites histoires, des anecdotes, la grande histoire, des articles un peu plus poussés, des interviews... Et pour commencer, plus bas vous avez un petit truc sur les Melvins et leur roadies Cobain et Novoselic...

Paraitrait qu'Alice In Chains planche sur un nouvel album, que Soundgarden passe en France au printemps... Nan j'déconne, la bonne blague!!!! Putaing j'adorerais... A priori ils partent en Australie, fait chier... Que Pearl Jam Twenty est bientôt sur les écrans, mais pas les écrans français... Que les Screaming Trees sortent enfin leur dernier album resté dans les cartons au moment du split du groupe, une perle du genre qui trainait soit dit en passant depuis un moment sur le web... (un extrait dans la playlist Deezer). Cet été paraitrait aussi que Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax, le Big Four comme ils disent, soit passé à Amneville dans le cadre du Sonisphère... A quand un Big Four Grunge : Pearl Jam, Soundgarden, Alice in Chains, avec Mudhoney ou les Foo Fighters par exemple, ou Lanegan... Ça aurait vraiment de la gueule c't'affaire... Rêvons donc les amis...

Seattle Grunge's Anecdotes : Cobain et Novoselic roadies des Melvins...

On sait tous les liens qui unissaient Kurt Cobain et Krist Novoselic d'une part, aux Melvins Buzz Osbourne et Dale Crover d'autre part... On reparlera un de ces jours du début de ces amitiés entre les uns et les autres, mais on peut tout de suite avancer que ces quatre là ont fait les 400 coups ensemble... On a bien souvent entendu que les premiers ont fait office de roadies pour les seconds... C'est vrai c'mensonge??? Info ou intox??? Retour au début des années 80, à Aberdeen, à l'époque trou du cul du monde du rock...


Slim Moon (membre fondateur et 1er guitariste de Earth, fondateur du Kill Rock Stars Label) : Krist avait ce foutu van volkswagen zebré, et il emmenait souvent les Melvins à leurs concerts. Il était vraiment grand et toujours bourré. Il y a une soirée ou il a déclenché un extincteur sans le vouloir, et une autre ou il a commencé à danser sur une table qui s'est littéralement effondrée sous lui. C'était Krist à l'époque. Il me faisait penser à Sammy de Scoubidoo.

Chris Hanzsek (producteur, fondateur de C/Z Records et accessoirement aussi des Studios Reciprocal Recording) : Le roadie des Melvins était Krist Novoselic. je me souviens avoir pensé qu'il était vraiment grand, avec ses baskets tailles 50, les lacets pas lacés - si bien qu'il avait 40 cm de lacets qui trainaient derrière chaque godasse... Un mec un peu gauche...

Matt Lukin (premier bassiste des Melvins, parti ensuite chez Mudhoney) : Je sais pas si je peux dire que Krist était roadie pour nous, mais on a commencé à utiliser son van, et il nous emmenait à Seattle et nous aidait à transporter notre équipement. Donc ouais, je suppose qu'il était notre roadie. Cobain a joué ce rôle fut un temps.

Buzz Osbourne : On n'a jamais eu de roadies - c'est de la connerie. Ils étaient juste nos amis. De temps en temps Krist nous conduisait aux concerts. Ca m'a toujours fait marrer d'entendre ça : Kurt Cobain aurait été notre roadie... Regarde le : il pouvait à peine se lever de son lit tout seul.

En photo : le van originel des Melvins...


Sources tirées du nouveau livre de Mark Yarm : Everybody Loves Our Town

22/06/2011

The Dwarves au Hellfest 2011 : le concert en intégralité

Bon les amis, c'est l'été depuis un moment déjà, et là je vois bien que c'est plus possible de rester devant l'ordi à tenter de pondre des petits articles pour le blog... Y'a tellement plein de choses à faire au jardin, voir les petits légumes pousser, des travaux partout, quelques fiestas qui s'annoncent, des petits et gros festivals partout... Moi je peux pas suivre... Et pis merde, y fait soleil bordel!!! Donc j'ai décidé que je me taperais vite fait bien fait un petit article sur Duff Mac Kagan, parce qu'il le faut (il est en dessous), et pis que je laisserais passer l'été avant de réalimenter le blog... Ben ouais, parce que des histoires sur le grunge, mon dieu, y'en a encore des tonnes... Pearl Jam, Soundgarden, Melvins, Screaming Trees, Mudhoney, Alice In Chains, Nirvana et consorts, en ont encore des bien bonnes à raconter au sujet du Seattle Sound... Donc RV début octobre pour la nouvelle saison de Go To Seattle Grunge!!!!

En attendant : et ben voilà, on a loupé le concert, mais on a une session de rattrapage!!! The Dwarves, les rockeurs les plus tarés du globe, et accessoirement de Seattle, c'est sur Arte Live Web...


Vous trouverez les autres concerts du WE retransmis par Arte ici. Vous avez dans les deux messages ci dessous un compte rendu, plus subjectif qu'autre chose, du Hellfest, avec une dizaine de vidéos amateurs triées sur le volet, et choisies pour leurs qualités d'une part, pour ce qu'elle montrent de l'ambiance d'autre part... Putaing de festival encore cette année, on s'en est prit plein la tronche...

Un vendredi au Hellfest 2011 - Melvins et consorts : le compte rendu!!!

Subjectif, le compte rendu, d'une part parce que je n'ai assisté qu'à deux des trois journées, d'autre part parce que j'ai vu que ce que j'aime, c'est à dire en gros, le vieux riff bien gras, lourd, puissant, répétitif voire monolithique... Et pis aussi les vétérans, c'est sympa les vétérans, ça rappelle souvent de bons souvenirs... Bon, c'est pas exclusivement du Seattle Sound, mais ma foi ça permet aussi d'étoffer sa culture rock, et puis y'a plus de frontière de genre maintenant...

Journée de ouf vendredi avec pour commencer... Church Of Misery... Ben ouaip, loupé The Dwarves, c'était bien la peine d'en faire tout un fromage, mais bon, je vais pas vous raconter ma vie, j'avais de bonnes raisons... Church Of Misery donc, à cheval entre stoner et doom, nous sert un truc bien pêchu et crado. Y'a pas à dire les jap' y z'inventent rien, mais y'savent faire... En passant devant la Mainstage 02, v'là t'y pas que le Japon revient en force : Maximum The Hormone, un fourre-tout qui bouffe à tout les rateliers, mais bordel quelle puissance!!! Y'a pas à dire les jap' quand ils se mettent à inventer kekchose, y savent faire... Petite mise en jambe que ceux là, parce que le reste de la journée est comme un rêve pour votre serviteur.

Passons donc aux choses sérieuses : The Cult!!! Pas loin d'être totalement mésestimés aujourd'hui, The Cult reste l'un des plus grands groupes à guitare de l'histoire du rock, un cran bien sûr derrière un Led Zep, mais écoutez moi Electric ou Sonic Temple, des condensés de hard rock classieux comme on n'en fait plus... Excellent concert, ponctués des cris de raton-laveur de Ian Ashbury et des tours de bras de Billy Duffy, les vieux ont encore la pèche et nous ressortent les inusables de leur fond de commerce : Wildflower, Electric Ocean ou Sweet Soul Sister... Un regret : ne pas avoir entendu plus de morceaux de Sonic Temple...


Putaing déjà finit??? Mais vite on file à la Terrorizer Tent voir Karma To Burn... Cuvée exceptionnelle que ce Hellfest 2011 quand on aime le stoner, car on aura droit au trio gagnant des historiques du genre : Kyuss, Monster Magnet, et Karma To Burn donc : en un mot et comme dirait mon pote Reynald : "Comment qu'ils font ceux là, à trois sans le moindre chant, pour produire autant de puissance dans le son et dans le jeu???" Comme de fait, bordel ça bastonne grave... Quelques classiques du premier album, ça fait plaisir...

Déjà finit??? Vite on file Mainstage 01 voir qui bordel??? DOWN mon pote!!! Anselmo particulièrement en voix et particulièrement détendu, pour un set classique mais complètement efficace... Pensez donc : Lifer, Temptations Wings ou Stone The Crow, on en prend plein les oreilles... Pour moi un des meilleurs moments du festival, DOWN en live ça déchire : entendre tous ces riffs plombés au metal de la Nouvelle Orléans, ce sous une petite pluie fine et un ciel gris noir, on s'y croirait dans le bayou la boue jusqu'aux genoux, poursuivi par la grand mère d'Uncle Ben prète à t'envoyer un de ces petits maléfices vaudou entre les omoplates !!!


Déjà finit??? Putain c'est l'Iguane qui sort de la jungle : Iggy Pop avec les Stooges deuxième version, le mythe. Quelle prestance scénique, ce mec est un extra terrestre... Scott Asheton assure tranquillement les futs, le vétéran du hardcore qu'est Mike Watts fait le show à la basse. James Williamson est quand à lui, vu de loin, un gentil garçon (en tout cas plus gentil qu'il ne l'était en 1971) mais bon l'est pas bougeant le gonze sur scène, par contre il fait bien son job... Mais le clou du spectacle reste le Iggy. Entendre ce gars chanter les hymnes stoogiens que sont No Fun, 1970, Fun House ou I Wanna Be Your Dog reste un moment totalement jouissif... Sans ce mec, tous les grungeux, punkeux et metalleux du monde entier n'existeraient pas...


Clutch c'est bien, ça mérite le détour sur disque, ça mérite le détour en live. Monster Magnet??? Ouf, z'ont rien perdu de leur stoner cosmico-psychédélique... On a droit au dernier album, un bon que celui là, mais surtout aux vieux classiques tantôt enfumés et lysergiques (Dopes To Infinity), tantôt super burnés (Space Lord, Crop Circle). The Moment of the show reste le public chantant en coeur "I'm never gonna work another day in my life"... Allez, lundi finit les conneries, tout le monde au boulot... Félicitations à ce cher Dave Windorf, qu'on croyait complètement cramé il y a encore quelques mois, et qui revient en vieux loup de scène...


Fuckin' Melvins... Buzz Oz'Burne et Dale Crevure en chair et en os, ça fait son petit effet dans la petite tête grungeuse de votre serviteur... Des légendes chers amis!!! Un mythe!!! On a tout le temps d'admirer la coiffure du bonhomme, vu que les Melvins, y sont leurs propres roadies... Bien placés backstage, on aperçoit les gars de DOWN qui déconnent sur la tenue de guitare de Buzz... Impressionnant quand même que ces deux batteries au milieu de la scène, qui ne laissent finalement que peu de place à Buzz et Jared Warren... Bon, ça commence, on est bien... Bon ça fait chier les grandes perches qui collent leur cul devant ton nez, mais on fait avec... Putaing ça commence!!! Long instrumental pour mettre en jambe, c'est lourd, c'est lent, ça groove... On se croirait presque à planer au dessus du Puget Sound... Enorme performance que The Water Glass en live... Fallait le faire, c'est fait et bien fait... Pas évident ces chants alternés... Un putaing de morceau. Qu'est ce que j'aime les gimmicks faciales de Buzz, il est trop poilant ce mec... Une première partie de set dédiée aux morceaux récents, et pis tout d'un coup, ça bascule dans les années 90, et là on s'en prend plein la tronche, du Stoner Witch, et surtout du Houdini en veux tu en voilà... Night Goat, Honey Bucket et ses parties de batteries démentes, pour finir par Goin' Blind... Du grand art... Les Melvins sont devenus ce qu'on fait de mieux, de plus barré, de plus expérimental dans le grand cirque rock n'roll d'aujourd'hui... Oh putain qui c'est qui vient frapper les derniers coups de Goin' Blind : Phil Anselmo... Bon, 3 heures du mat', l'est temps d'rentrer et de se mettre en forme pour dimanche...

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Un dimanche au Hellfest 2011 - Duff Mc Kagan et autres : le débriefing

Bon, dimanche c'est l'occase de voir les frangins Cavalera, et même plus que ça, puisque fistons voire cousins sont là aussi... The "Clan" Cavalera. Pour un peu on avait droit au grand père... Cavalera Conspiracy, ça déboite, voyez par vous même... Quelques morceaux de Sepultura quand même, Refuse/Resist, on ne refuse pas, et on résiste encore moins!!! Inflikted...


Goatsnake nous fait entrer dans l'univers du son massif. On a droit à du riff monolithique et pachidermique à gogo, bien trippant. Il faut dire à ce stade que Greg Anderson officie aussi dans Sunn O))), et que Pete Stahl a quand à lui un bon CV catalogué stoner doom... On comprend pourquoi on a le cerveau en bouillie en sortant de là...


La dernière tournée de Judas Priest, il parait... 42 ans qu'il existe ce groupe!!! Incroyable... J'ai jamais été un grand fan de Judas Priest, ayant assimilé très tôt (à tord?) l'appartenance du groupe à la NWOBHM. Chapeau bas,je m'incline et repart bluffé. Du très bon hard rock, simplement. Faut dire là qu'on eu droit aux classiques du groupe, dixit "the fan ultime", Reynaldino. Excellent.

Dans le genre massif, je demande Electric Wizard... Gros trip sous acide, riffs éléphantesques répétés à l'infini ou presque, accompagnés d'une vieille série Z gore à souhait... Au poil... De gros outsiders du doom sur lesquels il va falloir compter!!! Hein quoi??? Qui a dit que la guitariste avait un beau popotin? Moi j'ai rien vu, j'suis trop petit... Ozzy Osbourne, tête d'affiche du festival, nous sort ses classiques, Bark at the Moon, Crazy Train ou No More Tears, mais aussi la moitié de Paranoïd, truc de dingue : Paranoïd justement, War Pigs, Iron Man ou Faeries Wear Boots... Des bons moments, et bon j'avoue, j'adore voir Ozzy courir et bouger, putain ou dirait vraiment un vieux papy avant l'age. Bien poilant.


Kyuss pour terminer... Comme l'année dernière : énorme... A un détail prêt : autant il y a un an les petits protégés de John Garcia récitaient leurs gammes au poil prêt, ce qui était super soit dit en passant, autant cette année on a droit à la vraie prestation d'un vrai groupe, et on sent que ces gars, Oliveri, Bjork et Garcia ont joué ensemble un moment de temps, les automatismes sont bien là... Même Bruno Fevery, seul non original du groupe, se laisse aller à l'impro... Et c'est bien bon. Au fait quelqu'un a vu Brant Bjork??? Alors deux théories : soit ils avaient des stocks de fumigènes à écouler pour ce tout dernier concert du Hellfest 2011, soit on aurait remplacé Brant Bjork à l'insu de tous et on voulait pas que ça se sache...


Allez, on termine sur l'historique du Seattle Sound du jour : Duff Mc Kagan et son groupe Loaded... Perso sur disque, j'avais pas vraiment accroché : plutôt mièvre et produit à la californienne... Pas mon truc... Maintenant en live, je dirais que c'est honnête. On passe un bon moment, malgré tout peut être qu'on espérait plus, peut être que les morceaux manquent un poil de quelque chose, peut être d'un vrai chanteur en fait, même si le chant de Duff reste... honnête, on aurait aimé plus de coffre... Cependant j'aime beaucoup l'implication de ce gars, son attitude. On sent vraiment l'authenticité de la démarche, et la simplicité du bonhomme, qui est loin d'arriver en terrain conquit, et qui repart comme au bon vieux temps sur les routes pour faire connaître son nouveau projet. Loaded mérite rien que pour ça un certain respect.


RV vous en 2012 pour un Hellfest apocalyptique, on l'espère... A voir la prog de cette année, on a confiance!!!

02/06/2011

Duff Mc Kagan en bon petit punk

Y'a un truc vraiment étonnant dans l'histoire du grunge à Seattle, c'est qu'on y trouve parfois des gars qu'on aurait jamais pensé qu'on les trouverait là... Genre Duff Mc Kagan, bassiste fondateur du groupe de hard rock par excellence, j'ai nommé Guns N'Roses... Ouais vous savez ce groupe, plutôt bon au demeurant, qu'a fait des albums plutôt sympas, dans un registre hard on ne peut plus classique, et qui a laissé une trace indélébile dans le cœur de beaucoup d'anciens adolescents... et adolescentes (ouais les ballades, elles étaient énormes faut bien le dire). Bon, après ça ça s'est gaté : les gueguerres d'égos, le chanteur un peu barré tout ça... Un groupe plus ou moins aux antipodes de l'éthique punk et DIY... Et pourtant, Duff Mc Kagan, le gars, c'est un natif de Seattle, et pas n'importe lequel, puisqu'un de ceux qui ont vraiment fait émergé la scène punk de la ville dans les années 80...

Joe Toutonghi (membre des Bopo Boys et ami de Duff) : Duff Mc Kagan était parti prenante de la scène punk. C'était avant qu'il ne laisse tout tomber pour bouger à L.A.

Dave Dederer (guitariste des Presidents Of The United States Of America) : J'ai rencontré Duff pour la première fois à un fiesta au lycée. Il avait une chemise en soie qui laissait voir son nombril, et il restait près de la stéréo, en jouant au Dj et en faisant de l'air guitar toute la nuit. Il était déjà connu pour être un musicien talentueux.

Duff est le dernier d'une fratrie de 8, au sein d'une famille de hippies où trainent en permanence guitares et batteries. Il apprend donc à jouer de la guitare avec l'aide de ses frères. En 1978, à 14 ans, commence pour lui l'aventure punk : il monte un groupe avec Mike Refuzor, un ancien membre des Refuzors, un groupe punk local mythique.

Duff Mc Kagan : Jouer avec Mike Refuzor était sacrément cool - ce gars est taré. Il y avait toujours des junkies dans son appartement - ça m'a vraiment ouvert les yeux. Il y avait une fille, elle était en train de mourir du cancer et elle était complètement dans la dope. C'était tellement "réel". C'était un endroit ou j'allais souvent.

Puis Duff rejoint les Fastbacks pour prendre la batterie, et file ensuite chez les Fartz, puis Ten Minute Warning...

Duff Mc Kagan : Les Fastbacks m'avaient demandé de les rejoindre - ils voulaient que je prenne la batterie. Kim Warnick a vraiment été importante pour moi - elle avait une voiture et toutes les musiques les plus cools sur cassette. Elle avait tout. Elle venait me prendre en voiture - j'écoutais déjà les Ramones, les Sex Pistols et le Clash - elle m'a fait découvrir les Sweet, Slade et T-Rex.

Kim Warnick : Il était tellement jeune - une quinzaine d'années. On était à Vancouver, Canada - on faisait une interview pour la radio. Ils nous ont demandé : "Qu'est ce que vous espérez retirer du fait de jouer de la musique?" Et Duff a dit : "Je veux juste quelqu'un pour bouger mon équipement à ma place!" On devrait faire plus attention aux souhaits qu'on formule...


Mark Arm : The Fartz reste le groupe le plus rapide que j'ai jamais vu - je les avais vu ouvrir pour les Dead Kennedys. Pour moi, aussi longtemps que le batteur gardait le rythme, je me foutais un peu de ce que le reste du groupe jouait. Bien sûr, quelques mois plus tard, en écoutant leur disque, j'ai réalisé qu'ils jouaient aussi des riffs...

John Conte (un membre de la scène punk de Seattle) : En tant que musicien, il me rappelait toujours Brian Jones (des Stones) - être capable de s'enfermer dans une chambre avec un instrument qu'il n'a jamais joué, et revenir 15 minutes plus tard en le maitrisant... Mon dieu, vous alliez à n'importe quelle fête en sa compagnie, et il fallait pas 15 secondes pour que les filles soient toutes autour de lui.

Duff Mc Kagan : Paul Solger et moi avons commencé à jouer ensemble, et on a décidé d'explorer ça. Ca a donné le très heavy et expérimental Ten Minute Warning. Notre chanteur, Steve Verwolf, était un gars avec des longs cheveux et des tatouages partout, qui versait tout autour de lui de la peinture argent quand on jouait. Greg Gilmore (futur Mother Love Bones) était notre batteur : il jouait le dos tourné au public. C'était un putain de bon groupe. Vraiment heavy. (...) J'avais pas planifié de partir de Seattle. Ce qu'il se passait à Seattle au début des années 80... la récession a vraiment durement touché la ville... "Est ce que la dernière personne à quitter la ville pourra éteindre la lumière?" Coté musique, il n'y avait pas d'endroits ou jouer. Personne pour supporter la scène punk. C'est pour ça que je suis parti - en aout 1984.

John Leighton Beezer (leader des Thrown Ups) : J'ai pas idée de ce qui s'est passé pour lui à Los Angeles, j'imagine qu'il est arrivé là bas, qu'il a cherché un groupe, trouvé des musiciens plutôt talentueux, et mit au point quelque chose avec eux. Axl Rose dit toujours qu'il a vraiment été influencé par Elton John. Ok, bon, quoiqu'il soit arrivé avec Guns N'Roses, ça ne venait pas de lui (rires). Je vois Duff, basiquement comme le gars qui a débarqué pour precher le gospel aux sauvages.

Mark Arm : GNR a joué un de ses premiers shows au Gorilla Gardens à Seattle. Il y avait un concert hardcore au même moment dans la pièce d'à coté... Seulement quelques personnes - la plupart des amis de Duff - ont vu GNR. Je suis venu jeter un oeil parce que j'avais vu un flyer qui disait : "Le nouveau groupe de Duff, de Los Angeles", et j'étais un énorme fan de Ten Minute Warning. Je me rappelle pas grand chose sinon qu'ils avaient massacré deux trois morceaux des Stones. Je pouvais pas croire que Duff avait quitté Ten Minute Warning et bougé à L.A. pour ça. Ils sont devenus bien meilleurs par la suite - je les ai vu détruire the Cult deux ans après.

Duff Mc Kagan : GNR a ouvert pour les Fastbacks là bas. J'avais moi même monté cette tournée qui débutait à Seattle. Notre caisse est tombée en panne 200 bornes après L.A., et on a dû rallier Seattle en stop. On était vanné. On a joué le concert, et on a merdé. Mais c'était fun pour moi, de revoir tous mes anciens potes.

Tom Price (guitariste des U-Men) : Je me souviens lui avoir couru après ce soir là. il avait clairement perdu du poids - il devait pas bouffer à sa faim tous les jours. Quelques mois plus tard, "Welcome To The Jungle" perçait, et Duffski est devenu une superstar.

Des morceaux des Fartz, de Ten Minute Warning, mais pas de GNR, dans la playlist Grooveshark... Une vidéo live de Ten Minute Warning lors de leur reformation en 1998...



Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato


29/04/2011

Seattle Grunge's Anecdotes : Mudhoney premier grand succès national avec Touch Me I'm Sick

Oh vindieu, la scène de Seattle ne date pas que de 1988. Mais une chose qui est sûr, c'est que 1988 marque l'avènement et la suprématie dans le monde de la musique underground, de la scène rock du NorthWest étasunien. La faute à un putaing de single qui déchire sa vieille maman : Touch Me I'm Sick, et à un groupe qui deviendra l'archétype du futur son grunge : Mudhoney. Mudhoney, ils sont trop sales, trop drôles, trop bourrés, trop garage et trop stoogiens dans leur approche de la chose. Ce qui pouvait nous arriver de mieux finalement...

Jonathan Poneman (co fondateur de Sub Pop Records) : Tout le monde pensait que Sweet Young Thing était "the morceau". Puis on a été appelé par des gars qui en savaient plus que nous tous, et qui nous ont dit "Non non - c'est Touch Me I'm Sick". Ce single avait deux faces A - c'était énorme.

Nils Bernstein (publicitaire de Sub Pop) : Un des souvenirs que j'ai de Mudhoney est celui d'avoir été dans le camion d'un pote avec Mark Arm juste après que Green River splitte. Il m'a dit : "je suis en train de monter un groupe avec Steve Turner, et ça va être le meilleur que Seattle ai jamais vu". A peu près un an après ils sortaient Touch Me I'm Sick. Il avait totalement et entièrement raison.

Art Chantry (designer et "affichiste") : Difficile d'exprimer réellement l'impact que ce single a eu. Je me souviens la première fois que je l'ai entendu, j'étais en train de conduire dans Broadway, et cette chanson s'est mise à passer sur la radio. J'étais là : "qu'est ce que c'est que ce truc de dingue". Ca passait sur KCMU, et j'ai du me garer sur le côté pour écouter - je pouvais plus conduire.




Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

22/04/2011

L'interview de Charles Peterson par Brice Tollemer (2008)

Puisqu'on en parle : paru originellement sur le webzine Inside Rock, voici la fameuse interview de Charles Peterson, menée de main de maître par Brice Tollemer en 2008, et intéressante à plus d'un titre... Je vous laisse découvrir...


2008. A l’occasion de la sortie du film Kurt Cobain : About a son, de AJ Schnack, en salles le 26 novembre, certains clichés de Charles Peterson sont exposés à la galerie Chappe (Paris, XVIIIe) jusqu’au 1er décembre. Rencontre avec l’un des témoins clés de la période grunge, qui a photographié et côtoyé de près des groupes comme Mudhoney, Nirvana, Soundgarden et Pearl Jam…

Inside Rock : Vous avez dû prendre des milliers de photos de cette période : comment fait-on pour choisir parmi cet énorme catalogue ?

Charles Peterson : En fait, d’une certaine façon, c’est l’autre plus gros travail du photographe, juste après celui de prendre des photos. Certaines sont très évidentes à sélectionner, tandis que d’autres le sont beaucoup moins. Il m’est par exemple arrivé d’en redécouvrir quelques-unes dix ans après leur prise, et le temps qui passe peut avoir son effet. Mais le plus difficile dans cet exercice est d’éliminer des photos, c’est un peu comme avoir le droit de « tuer ses bébés », parce que, bien évidemment, vous ne pouvez pas toutes les montrer. En définitive, il n’existe pas de décision juste, c’est souvent le choix du moment. Notamment dans mon livre Touch Me I’m Sick, il n’y a pas d’ordre particulier, ce n’est pas classé par ordre chronologique, seul compte véritablement le critère visuel et esthétique.

I.R : Justement, quand comme vous on a été à la fois acteur et témoin de cette période, est-il difficile de prendre du recul ?

C.P : Vous savez, quand je choisis mes photos, pour une exposition ou pour un livre, j’essaie de laisser de côté mes impressions personnelles. Tout simplement parce que certaines images peuvent avoir un sens précis pour moi alors qu’elles en auront beaucoup moins pour la plupart des gens. Des sessions de photos peuvent me rappeler des moments agréables ou particuliers, mais elles peuvent ne rien évoquer à ceux qui les regarderont. En définitive, il faut choisir celle qui, sortie de son contexte propre, aura le plus d’impact. Raconter toute l’histoire en une seule photo.

I.R : Comment avez-vous rencontré la plupart des groupes avec qui vous avez eu l’occasion de travailler ?

C.P : D’abord il faut dire que Seattle est une petite ville, notamment au début des années 1980. Quand vous vous rendiez à des concerts durant cette période, vous trouviez un public d’une centaine de personnes tout au plus. C’était donc un groupe réduit de gens, qui se connaissaient tous et chacun faisait son truc, eux de la musique, moi des photos. C’était juste comme ça, il n’y avait pas de mots de passe secrets pour pouvoir rentrer dans ce cercle vous savez. J’ai rencontré Mark Arm [le chanteur de Mudhoney, ndlr] juste parce que je venais de rentrer à la fac. Comme j’étais originaire de la banlieue, je ne connaissais personne à Seattle et je cherchais donc des personnes à rencontrer. Et quand je l’ai vu, avec le crâne rasé et un t-shirt des Crass [groupe anglais anarcho-punk des années 80, ndlr], je me suis dit que ça serait cool d’aller lui parler. C’est donc comme ça que nous sommes devenus amis, puis colocataires. A cette époque, il était dans son premier groupe, Mr. Epp and the Calculations. J’ai donc rencontré ses potes, il a rencontré les miens. Et c’est comme ça que j’ai rencontré Bruce Pavitt [fondateur du label Sub Pop, ndlr] qui travaillait dans un magasin de disques du côté de Capitol Hill et qui était DJ à la radio du campus, KCMU. C’est aussi comme ça que j’ai connu Jack Endino [producteur entre autres du premier EP de Soundgarden, Screaming Life, et de Bleach, le premier album de Nirvana, ndlr] qui enregistrait pour vraiment pas cher dans son studio.

I.R : Pavitt distribuait donc les disques, Endino les enregistrait et vous photographiez les groupes… Vous aviez étudié la photographie à l’Université ?

C.P : Pas spécialement, j’étudiais plutôt Shakespeare et le reste du temps je buvais des bières, comme tout bon étudiant. Le plus important dans la photographie, notamment en ce qui concerne ce genre précis, est juste de la pratiquer, en se rendant tout simplement sur place, dans les concerts, et prendre tous les clichés que vous pouvez. Soit vous avez l’œil, soit vous ne l’avez pas, c’est tout.

I.R : Votre première réalisation officielle fut la pochette du premier EP de Green River, Come On Down, en 1985. Peut-on dire que c’est le début de votre carrière professionnelle ?

C.P : Ce n’est pas vraiment le cas, dans le sens où je ne considérais pas ça comme un job. En tout cas, je ne le faisais pas pour l’argent. Ce n’est qu’à partir de 1991 que j’ai véritablement commencé à vivre de la photographie. A cette période, durant ces années 1985-86, c’était plus l’accomplissement d’un rêve qu’autre chose. Quand j’étais plus jeune, je regardais dans ma chambre les pochettes d’album des Clash, des Buzzcocks, et tout ceci me donnait envie de photographier des groupes de rock plus tard. Je profitais donc d’être là, au milieu de ces musiciens, de ces potes, pour réaliser ce que j’avais envie de faire depuis longtemps.

I.R : Quand on écoute les groupes de cette époque, on sent qu’il se dégage une énergie un peu folle, une énergie que vous avez su saisir à travers vos clichés. Comment l’expliqueriez-vous ?

C.P : C’est vrai que la plupart des concerts de Mudhoney, de Soundgarden ou de Nirvana se déroulaient de manière incontrôlable. Le sentiment général était celui d’une sorte d’explosion, de libération. Vous savez on était tous jeunes, c’était quelque chose de nouveau, d’amusant, et les shows étaient complètement fous, même si nous n’étions qu’une trentaine dans la salle. Et Bruce Pavitt trouvait ainsi que mes photos saisissaient bien cet esprit et qu’il fallait s’en servir pour le montrer à un plus large public. C’est notamment le cas avec une des premières photos de Green River en concert, utilisée pour un dossier de presse de Sub Pop, où l’on ne peut même pas distinguer la tête des membres du groupe. Cette façon de faire tranchait avec les illustrations habituelles des formations de l’époque et attirait par conséquent l’attention.

I.R : Justement, comment faisiez-vous pour saisir cet esprit, cette folie, lors des concerts ?

C.P : Le plus important pour moi était d’être le plus près possible de la scène. Mais il n’y avait pas d’organisation pré-établie. Je faisais comme n’importe quelle personne qui va à un concert, je buvais quelques bières, je sautais un peu partout et je parfois je prenais des photos, parfois non. En tout cas, ce n’était pas très difficile, il suffisait juste d’être là. Je ne réfléchissais pas trop à la manière de faire, je m’adaptais aux conditions. Par exemple, je ne tirais pas mes photos en noir et blanc pour une raison esthétique prédéfinie, je le faisais parce que les pellicules étaient moins cher, c’est tout.

I.R : Dans le livre de Lancer Mercer, vous expliquez que ce dernier suivait la voie Alice In Chains/Pearl Jam tandis que vous vous chargiez du parcours Mudhoney/Nirvana : comment tout cela s’est-il mis en place ?

C.P : En fait, tout le monde se connaissait et se fréquentait, mais les groupes de Seattle avaient des styles de musique et des influences totalement différentes. Musicalement, Alice In Chains n’a pas grand-chose de commun avec Mudhoney. J’étais plus attiré par le côté « punk » des groupes. Le grunge en tant que tel ne veut pas dire grand-chose. Il n’y avait pas d’uniformité ni dans la musique, ni dans les personnalités. Il est vrai que je suivais plus les formations de Sub Pop. Rétrospectivement, j’aurais peut-être aimé d’avantage photographier les débuts de Pearl Jam, même si j’ai eu l’occasion de le faire un peu plus tard.

I.R : Aviez-vous senti que quelque chose allait se passer à Seattle, que le grunge allait déferler sur le reste du monde ?

C.P : Ce n’est qu’à partir de 1989, quand Bleach est sorti que l’on a commencé à pressentir quelque chose. On pensait que Nirvana allait rencontrer un gros succès, mais plutôt tel que Sonic Youth le connaissait. Pas d’un succès planétaire.

I.R : Comment avez-vous vécu et géré ce changement soudain de dimension, dans la manière de faire vos photos durant les concerts ?

C.P : Bien évidemment on rencontrait plus de contraintes. Je ne pouvais plus juste arriver devant la salle avec mon appareil et rentrer comme ça. Il fallait faire des demandes de passe et de backstage, ce genre de choses, quelquefois il y avait des restrictions, des interdits, et de temps à autre tout ceci était un peu chiant. A tel endroit je ne pouvais pas utiliser de flash, à tel autre la scène était tellement grande que j’étais trop loin des groupes…Mais, finalement, quel que soit le lieu ou le contexte, la manière de faire est fondamentalement la même. Vous êtes là pour prendre des photos et vous vous attelez à cette tâche. Vos yeux sont les mêmes, même si l’équipement peut changer. Vous photographiez ce qui se passe, sans vous soucier de l’environnement extérieur. Vous vous adaptez à la situation. Que ce soit lors d’un concert gratuit de Pearl Jam à Seattle devant 75 000 personnes ou bien lorsque vous suivez Nirvana au festival de Reading en 1992.

I.R : En définitive, quelle était la meilleure attitude à avoir, au milieu de cet univers tout en mouvement et de ces personnalités si particulières ?

C.P : Je pense que les bonnes photos sont celles qui montrent les gens comme ils sont réellement. C’est pour ça que j’aime photographier les gens sur scène, ils sont dans un état second, ils ne pensent pas à l’appareil, ils sont dans leur univers. Un bon photographe doit ainsi savoir se rendre discret et surtout la fermer quand il faut, tant et si bien qu’on ne remarque plus votre présence.


18/04/2011

Interview de Brice Tollemer, auteur du "Pearl Jam - Vitalogy"

Des bouquins sur le grunge en français??? Y'en a pas des masses. Disons qu'on les compte sur les doigts de la main... Pourtant depuis quelques temps on entend parler d'un nouveau griffonneur, fana du rock underground 90's, qui aurait déjà à son actif une bio de Rage Against The Machine et un essai sur l'un des albums phares du Seattle Sound : Vitalogy de Pearl Jam... Même qu'il s'est pas mal penché sur l'histoire du mouvement, et qu'il pourrait un jour, qui sait, nous en sortir un pavé... Brice Tollemer, qu'il s'appelle : jeune trentenaire agréablement coincé entre Charteuse, Belledonne et Vercors, historien, et webzineur assidu...

Seattle Grunge : Brice, qu'est ce qui t'a amené à l'écriture? Comment passe t'on de rédacteur sur un webzine (Inside Rock) à écrivain pour Camion Blanc puis chroniqueur pour Le Monde? Ecrire c'est un truc naturel chez toi?

Brice Tollemer : En fait, tout a commencé lors de mon DEA d’Histoire. J’avais soutenu un mémoire consacré, en résumé, à Twin Peaks et au grunge, puisque la série de David Lynch datait aussi du début des années 90 et se déroulait également dans l’état de Washington, c’était intéressant de mettre en parallèle ces deux phénomènes culturels, qui ont à leur façon fortement marqué une génération. C’est donc à cette période que j’ai pris goût à l’écriture. Par la suite, j’ai commencé à collaborer aux Cahiers du Football, puis à Inside Rock. Après, j’ai contacté Camion Blanc, parce que je désirais écrire sur l’histoire de Pearl Jam, mais eux préféraient une biographie sur les Rage, qui venaient de se reformer.

Pour Vitalogy, c’est la maison d’éditions du Le Mot et Le Reste qui recherchait des auteurs pour une nouvelle collection. J’ai été contacté par un chroniqueur d’Inside Rock et j’ai donc proposé d’écrire sur cet album.

Enfin, concernant la série Rock Around The World Cup, je l’avais originellement écrite pour les Cahiers du Foot, et le site internet du Monde a voulu la reprendre pour la publier, dans le cadre d’un partenariat durant la dernière coupe du monde. L’idée était ainsi de mêler l’histoire du rock et le monde du football, chose qu’on retrouve souvent en Angleterre, mais très peu en France finalement.

SG : En jetant un oeil sur tout ce que tu as écrit pour Inside Rock, on perçoit de suite ton intéret pour le rock indé des années 90, et plus particulièrement pour RATM et PJ bien sûr, mais aussi Lanegan, Pavement, ou le rock seventies (Who, Stooges), voire certains groupes métal. D'ou te vient cette passion pour ce que j'aime a définir comme le vrai rock n'roll ?

BT : Je crois que j’ai eu simplement la chance d’avoir été adolescent à une époque où le rock connaissait une ébullition complètement folle. Quand on fait la liste des disques sortis par exemple entre 1991 et 1994, c’est vraiment saisissant. Entre les albums de Nirvana, Pearl Jam, Alice In Chains, Soundgarden, mais également ceux de Pavement, Dinosaur Jr., Weezer, Nine Inch Nails, Tool, sans oublier les Rage, les Red Hot, Faith No More ou bien encore la Brit Pop, ça foisonnait de partout. Et dans tous les styles. Les années 90 sont une très grande décennie pour le rock. C’est également à cette période que Douglas Coupland a sorti son livre « Génération X ». On est souvent le produit de son environnement. Quand il est bon, autant se laisser porter…

SG : Rapport à PJ ou RATM qui sont des groupes plutôt contestataires : Est ce que pour toi l'éthique punk ou DIY, ce coté rebelle, révolutionnaire que peut véhiculer le rock est quelque chose d'important ou au contraire plutôt arbitraire dans ton approche de la chose?

BT : Concernant l’engagement politique de ces deux groupes, je pense que je suis plus attiré par celui de Pearl Jam. Pour autant, on n’écoute pas des disques parce qu’on est d’accord avec les artistes qui les sortent. Mais quand l’engagement et la musique se rapprochent, cela peut être enrichissant. Par exemple, après les attentats du 11 septembre, alors que les Etats-Unis étaient en plein délire patriotique et revanchard, Pearl Jam a envoyé un livret à tous les membres du fan-club, livret qui contenait des textes d’Howard Zinn, Noam Chomsky ou bien encore Michael Moore. Ce genre de démarches me plaît assez. Du côté des Rage, prôner la révolution via une multinationale comme Sony… On peut trouver ça facilement contradictoire ou délicieusement ironique, c’est selon. Quant au DIY, l’éthique et la carrière d’un groupe comme Fugazi par exemple sont bien évidemment exemplaires.

SG : Tu as rencontré Charles Peterson lors de son passage à Paris en 2008... Ça fait quoi de se retrouver dans la peau de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours? Enfin... Devant une star du rock à sa manière, l'ami de nombreuses personnalités du grunge à Seattle, et un de ceux qui ont vu naitre le mouvement depuis ses balbutiements?

BT : C’est une personne vraiment très humble et très profonde. Quand on pense à tous les tocards qui se touchent le nœud quand ils parlent de Kurt Cobain alors qu’ils ont du le rencontrer une fois dans leur vie, le contraste est saisissant. Je me rappelle d’une scène lorsque je m’étais rendu à son exposition pour l’interviewer à Paris : durant la soirée, une équipe d’une émission de Paris Première était arrivée et faisait une espèce de reportage sur Cali, qui parlait devant une photo de Nirvana… Il y avait tout dans cette scène : le côté branchouille-bobo d’une ville faussement rock et la médiocrité ambiante de la musique française. C’était à dégueuler. Quand juste cinq minutes auparavant, vous discutiez paisiblement de Seattle et de tous ces groupes avec quelqu’un qui n’en rajoute pas, qui vous raconte sans vous faire sentir qu’il est plus important que vous…

SG : Y a t'il un groupe que tu apprécies plus que tout parmi tous ceux sorti de Seattle?

BT : C’est bien évidemment Pearl Jam. Ils font partie de ces groupes qui vous accompagnent toute une vie, dans la droite lignée de Bruce Springsteen ou de Neil Young. Bon, quand on a 14-15 ans on ne pense pas à eux quand on écoute Pearl Jam. Mais c’est un sentiment qu’on peut décrire 15 ou 20 ans plus tard. Des morceaux comme Porch, Rearviewmirror, Immortality, Do The Evolution sont vraiment fabuleux de mon point de vue. Surtout, ce qui est enthousiasmant, c’est de se plonger dans toutes leurs b-sides et dans leurs reprises : quand on pense que des morceaux comme I Got Id, Dead Man Walking ou bien encore Crazy Mary ne sont même pas sur leurs albums studios… Leur répertoire est donc immense et diversifié, et ils savent s’en servir, notamment en live, où ils prennent toujours soin de ne jamais jouer deux fois la même setlist deux soirs de suite, avec un public prêt à chanter en chœur sur n’importe quelle chanson. C’est vraiment le rock fédérateur dans ce qu’il a de plus noble.

Quant aux autres groupes de cette période, cela serait trop long d’en parler précisément, mais je pense que si je devais ressortir deux ou trois albums, ça serait l’Unplugged d’Alice In Chains et Above de Mad Season. Je rajouterais aussi les disques solo de Mark Lanegan, I’ll Take Care Of You et Field Songs pour ne citer qu’eux.

SG : Tu as écrit un essai plutôt personnel sur le Vitalogy de Pearl Jam : brièvement, sans réécrire le livre, en quoi est ce un album qui t'as marqué?

BT : Pour faire court, il y a trois principales raisons : c’est d’abord grâce à cet album que j’ai redécouvert le disque vinyle, et à une période où le cd régnait en maître. C’est par ailleurs une époque où Pearl Jam était en lutte contre à peu prés tout : MTV, Ticketmaster, etc… Et on ressent ce combat quand on écoute des chansons comme Not For You ou Corduroy. Enfin, et c’est ce qui est essentiel au final, le son de ce disque. Un peu crade, à la limite de la rupture, et la rage de Vedder. Le mal-être tout simplement. Tout comme le concept du livret Vitalogy.

SG : As-tu d'autres projets d'écriture en cours sur des sujets rock?

BT : Avec des amis, on a monté récemment un nouveau webzine, Not For You, plutôt centré sur l’indé niveau chroniques de disques et tendance Eric Zemmour pour les billets d’humeur (rires). Sinon, avec un groupe nommé H-Burns, on a un projet où on mêlerait des reprises de Dylan et de Neil Young notamment avec des petites nouvelles que j’écrirais, dans un esprit Bukowski pour résumer, le tout avec des illustrations, des dessins, des photos, etc… Pour le moment, on est tous occupés, surtout H-Burns qui va bientôt enregistrer chez Steve Albini, mais j’espère que ça se fera au cours de cette année.

Merci pour tout Brice, et taches de nous sortir encore quelques bons trucs à lire!!!!