Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

11/06/2013

Master Musicians Of Bukkake live Festival Indigène - Stéréolux Nantes - 30 mai 2013


Putaing la surprise!!!! Pensez donc : Master Musicians Of Bukkake à Nantes!!! Ils l'avaient déjà fait lors de leur dernière tournée (2011?), mais là il me semblait bien qu'il allait falloir monter à la capitale pour voir le phénomène drone du moment... Et ben non en fait!!! Tout ceci dans le cadre d'un petit festival tranquille : le festival Indigènes... Alors MMOB c'est quoi??? Ben c'est encore un groupe de Seattle!!! Composé d'anciens et actuels membres de Secret Chiefs 3, Burning Witch mais surtout Earth ou Accused (tous deux groupes précurseurs et partis prenants du mouvement qui nous intéresse, mythiques à défaut d'être connus), le groupe nous livre un drone évolutif, avant gardiste, tout en longueur plutôt qu'en lourdeur (les guitares sont quand mêmes bien présentes hein), et original par le fait qu'il n'hésite pas à utiliser moults instruments traditionnels orientaux et particulièrement tibétains. Le tout donnant un effet des meilleurs à l'heure de s'élever dans les brumes du voyage interplanant du vendredi soir... Qu'est ce que c'est long et lent, mais on sait bien que plus c'est long plus c'est bon... J'ai pas de vidéos du concert de Nantes, mais on trouve sur Arte celui du concert de Villette Sonique, quelques jours plus tard... Ca donne une bonne idée...


 Bon, y'avait pas que MMOB qui valait le coup, mais aussi un autre groupe très sympa : les canadiens de Besnard Lakes, à la musique belle comme une fleur des champs des grandes plaines qui se balance au vent un soir d'été orageux... Putaing qu'est ce que c'est beau bordel!!! On se laisse emporter par les envolées toutes tirées à l'infini du guitariste leader Jace Lasek... Ouaip, un truc lumineux et sombre à la fois... Me rappellerait presque les ambiances de Pink Floyd version Wish You Were Here... Von Pariahs aussi, un mélange de rock puissant, sautillant, typé 80's qui lui, m'a rappelé les meilleurs moments de Midnight Oil et du grand Peter Garrett. Je laisse la place à mon pote Nono, qui lui est très bon pour donner sa version des faits 

North America : On commence avec du post rock inventif ! Groupe formé de vraisemblablement deux frangins : un batteur au jeu très inventif et très trippant, un guitariste variant arpèges clairs et riffs saturés et des boucles de sons étoffant leurs compos. Un total de quatre morceaux étirés et envoutants. Typiquement le groupe intéressant en live, mais qui risque fort d’être ennuyeux sur disque !

Master Musicians Of Bukkake : Changement de style avec  un groupe de doux fêlés effectuant un Drone agrémenté de nombreux instruments orientaux et chants incantatoires ! Les mecs sont déguisés (on n’aperçoit pas leurs visages). Il y a très peu de lumières et de la fumée est régulièrement projetée : tout est rassemblé pour nous emporter sur une autre planète ! Les deux batteurs apportent un élément tribal aux compositions qui mettent de longues minutes pour se mettre en place et nous rentrent dans la tête et tout le corps ! Set trop court ! Concert superbe, s’il on se laisse happer par cette ambiance ! 

Von Pariahs : Autre concert, autre ambiance avec ce groupe de punk/rock français qui enchaine les titres courts et puissants ! Basse caoutchouc, claviers et guitares agressives qui rappellent certains grands groupes comme savent nous produire les anglo-saxons. Kyuss me dira que le chanteur (originaire de Jersey), par sa débauche d’énergie, lui faisait penser au grand dégingandé de Peter Garrett ! C’est pas faux !
Concert énergique et frais !  Un dernier titre dingue où le chanteur fini par balancer son micro le long de la batterie et on file rapidement. Cela pour se placer idéalement pour voir le groupe pour lequel je suis venu ici ce soir…

The Besnard Lakes : Voir ces canadiens près de chez moi ce soir, est quelque chose de totalement inespéré ! Heureux de pouvoir profiter de leur musique en live, eux qui me procurent tant de frissons lorsque j’écoute leurs disques (le désormais classique triptyque Are The Dark Horse, Are The Roaring Night et le petit dernier qui enfonce le clou, Until In Excess, Imperceptible UFO (voir mon humble chronique) !)
Je ne fus pas déçu par cette prestation intense, mais bien trop courte ! Je ne boude pas mon plaisir car nous avons eu droit à la crème de leur dernier opus, mais je n’aurai pas été contre un Albatros ou un Disaster ! Olga, toute petite derrière sa basse, nous a gratifié de lignes rythmiques impressionnantes avec son batteur bucheron ! Jace et son acolyte à la guitare lead nous ont, tour à tour, charmé avec leur arpèges  et fait trembler avec leur puissants riffs qui déboulent sans crier gare ! Et ces voix, ces voix entremêlées qui dénotent parfois avec la puissance dégagée, mais qui le plus souvent vous mettent en apesanteur.  46 Satires (belle entrée en matière), People Of The Sticks (magnifique), The Specter (enchanteur),  At Midnight (cette basse !!), Catalina (vaporeux), Colour Yr Light In (au charme rétro) nous ont scotché sur place, tout en faisant bouillonner nos cerveaux…


Dark, Dark, Dark : Détour par la grande salle pour voir ce groupe avec banjo (que l’on n’entend pas), accordéon (joué comme en baloche) et chanteuse au piano qui nous parait bien fade après ce que l’on vient d’entendre ! Deux titres nous suffisent pour nous décider à regagner tranquillement nos pénates (oui, nous avons squeezé la suite avec Cantaloupe )

D'autres découvertes de Nono sur http://ziqueinmyhead.blogspot.fr/

18/05/2013

Neil Young et Pearl Jam : une reconnaissance mutuelle... Ou comment l'on devient le parrain du grunge...


Cette semaine j'avais à la maison mon vieil ami australien Peter, grand fan de Neil Young devant l'éternel, et surtout depuis ses débuts (et ouaip Peter, t'as 60 balais quand même!!!)... La bonne occaz' pour se remettre l'énorme Mirror Ball en écoute prolongée... Souvenez vous : Mirror Ball, 1995... Neil Young sort le scud ultime en laissant à Pearl Jam la chance de l'accompagner sur disque, pour un album tout en distorsion, aux mélodies imparables et aux solos qui mettent sur le cul Mike McCready himself. C'est dire... Une tournée européenne aura même lieu dans la foulée... 

Mike McCready : On jammait en studio, et un moment j'ai regardé autour de moi et je me suis dis : "Putain, on est avec Neil Young. Et il joue les solos. C'est la merde". Je pouvais seulement souhaiter être aussi bon que lui... Pour moi c'est un génie. Il y a une complexité dans son jeu de guitare, et dans les émotions qu'il fait passer. Il fait durer les notes éternellement et c'est extraordinaire comme ça sonne, et je dis ça alors que j'ai l'habitude de jouer des solos à tout bout de champ. Il m'a fait me pencher sur mon propre jeu, et j'aimerais un jour jouer comme lui. Il joue toujours la note qu'il faut au bon moment, et je pense pas que ce soit quelque chose de réfléchit chez lui. C'est juste normal pour lui...


Y'a pas à chier, un solo de Neil, ça déchire grave... Neil Young, vieil hippie dans l’âme, parti prenante dans le folk band Buffalo Springfield (1966-68), puis au sein du mythique Crosby, Stills, Nash and Young, lequel participera au non moins mythique festival de Woodstock... Le bonhomme, qui vaut bien plus que ça, poursuit ensuite par une carrière solo florissante, enchainant une flopée d'albums extraordinaires, tantôt acoustiques, tantôt électriques (pour lesquels il se fait souvent accompagné de son backing band : le Crazy Horse) tels Harvest, Tonight's The Night, Zuma, On The Beach, ou plus proche de nous, le non moins excellent Ragged Glory. Neil Young restera à jamais un rebelle, affichant sa sympathie pour le mouvement punk originel  (écoutez My My, Hey Hey (Into The Black), sur Rust Never Sleeps), et se prenant d'amitié pour les grungeux de Seattle, en particulier Kurt Cobain, qu'il tachera sans relâche de contacter avant son suicide, pressentant l'inéluctable. Mais c'est bien avec Pearl Jam qu'il entamera dès 1992 une amitié restée depuis sans faille...


La rencontre initiale aura lieu lors d'un festival tribute à Bob Dylan le 16 octobre de la même année, ou PJ et Neil jouent séparément... Suite à ça, PJ est invité à participer au Bridge School Benefit, festival annuel organisé par Young et sa femme en faveur des enfants handicapés (Neil étant papa de deux d'entre eux). C'est le début d'une longue histoire commune. Le respect est réciproque, Pearl Jam n'ayant pas attendu de rencontrer Neil Young pour reprendre ses titres en live, et particulièrement Rockin' In A Free World, qui deviendra un des grands moments des concerts de PJ... Vedder est même choisit, en 1993, par Neil lui même pour l'introduire au Rock N'Roll Hall Of Fame : 

Eddie Vedder, pour l'occasion : Il nous a énormément apprit sur la dignité, l'engagement et l'importance de vivre l'instant présent, de jouer pour le plaisir. Je suis ravi qu'il entre ici. Je dois dire que je ne suis pas sûr qu'il y ait eu d'autres artistes introduits ici alors même que leur carrière était au sommet. Certaines de ses meilleures chansons sont sur son dernier album...

Mirror Ball, fruit de cette amitié et de ce respect mutuel, sort finalement un peu par hasard, sans que rien ne soit prémédité... Neil Young décide de bouger à Seattle, avec sa guitare, son ampli et son orgue pour seuls bagages, afin de s'adapter au mieux à l'environnement de ses petits protégés... L'album est mis en boite au Bad Animals Studio, en 4 jours seulement, la plupart des morceaux écrits durant l'enregistrement... Des mêmes sessions sortira Merkin Ball, deux titres de PJ avec Neil en guest...

Neil Young : PJ et moi jouions au Pro Choice Benefit à Washington. Eddie venait juste de m'introduire au Rock N'Roll Hall Of Fame à New York, où j'avais joué Act Of Love avec les gars du Crazy Horse. Les gars de Pearl Jam avaient enregistré le morceau sur une cassette, et ils l'avaient apprise. Je leur ai dit : "Pourquoi on ne l'essayerait pas ensemble?". On l'a donc joué dans la foulée en live, et c'était super. J'ai proposé qu'on l'enregistre, parce que ça sonnait vraiment bien, c'était une version puissante. Ils pensaient la même chose. On s'est donc trouvé une journée pour aller l'enregistrer en studio. Et comme je voulais plus qu'une chanson, simplement parce que je n'aime pas rentrer en studio avec seulement une chanson, je suis venu avec trois autres en main. (...) La beauté de ce disque, c'est qu'on en a jamais parlé ensemble. On savait tous ce qu'on avait à faire. On était tous ensemble, on formait un groupe. Y'a pas eu de blabla. Tout était spontané. Tout le monde était à l'écoute de tout le monde. Ils ont fait gaffe aux morceaux, ils ne pensaient pas à tirer la couverture à eux, ils voulaient juste jouer. Les morceaux ont évolué au cours de l'enregistrement, mais en général, on n'a jamais dépassé quatre prises.

(...) A la question de la production effectué par Brendan O'Brien, qui est clairement un membre du staff PJ : J'ai choisi d'utiliser leur organisation à eux, laquelle avait l'air de fonctionner à merveille. J'ai juste amené les morceaux et on les a joué ensemble, en utilisant leur matos. Pourquoi ça aurait dû être plus compliqué? C'était plus facile pour eux de s'adapter à moi si je venais à eux. C'est donc ce que j'ai fait.

Eddie Vedder : En studio, c'est comme si on avait été des voisins de longue date. C'était tellement confortable. Mais quand vous êtes sur scène avec Neil, et bien... C'est une chose d'être au zoo et de regarder un animal sauvage tranquille dans une cage. C'en est une autre d'être en cage avec lui.

Neil Young : C'est pas qu'ils étaient bons. C'est juste qu'à un moment je me suis posé la question de ce que je ferais si j'avais l'occasion de jouer avec eux. Et je me suis vu le faire. Musicalement ça marchait. J'aimais la puissance qui se dégageait de notre jeu ensemble. (...) D'un point de vue purement musical, c'était la première fois que je me retrouvais dans un groupe avec trois potentiels guitaristes lead depuis les Buffalo Springfield. Et ils avaient Jack Irons, leur batteur, qui était simplement incroyable. Il a donné tout ce qu'il pouvait sur chaque prise de chaque morceau. Je pourrais jamais dire assez de bien de lui.

Même si Vedder joue un rôle minime dans l'album, l'entente entre les six est parfaite, et ça se sent. Lors de la seule tournée promo du disque, en Europe, c'est un vrai groupe et non l'addition de deux noms, qui se présente en live : 

Dean Stockwell (acteur américain et ami de Neil) : Je les ai vu performer à Dublin. Je me souviendrais toujours, avant qu'ils ne reviennent sur scène pour le rappel. Neil s’apprêtait à repartir sur scène, mais il s'est retourné, et les membres de Pearl Jam sont venus à lui. Ils ont tous joints leurs mains ensemble au centre du cercle, comme une équipe de basket de collège. J'ai pensé : "Attends une minute, c'est quoi ce bordel? Ce mec a 50 balais et il a ces quatre gars qui viennent à lui comme une équipe. C'est pas juste un respect pour sa musique, c'est de l'amour"

L'expérience restera un grand moment de musique et d'amitié pour les deux parties, et les membres de Pearl Jam en retireront une certaine sagesse et un certain recul dont ils avaient bien besoin à l'époque...

Mike McCready : J'ai été complètement honoré de jouer avec lui. On est tous amoureux de lui... Et je suis honoré qu'il ait dit qu'il se sentait comme un membre du groupe à part entière. Je pense qu'il apprécie juste là d'où on vient. Il sent beaucoup d’honnêteté dans notre musique.

Jeff Ament : D'un certain coté, j'aurais aimé qu'on ait plus de temps, mais il nous a montré qu'il était possible d'écrire plusieurs bonnes chansons en un laps de temps minimum. Et il n'aurait jamais pu arriver à une meilleure période pour nous. A l'époque on sentait la pression d'être un gros groupe de rock, et d'une certaine manière, on portait cette pression. Il nous a fait réaliser que ce n'était pas si important. Ce n'était pas une question de vie ou de mort - c'était juste de la musique.

Stone Gossard : Je pense qu'il a probablement joué un rôle dans le fait qu'on existe encore en tant que groupe...


Neil Young restera toujours fidèle à Pearl Jam, épaulant le groupe dès qu'il le peut, sauvant notamment le fameux concert du 24 juin 1995 à San Francisco, remplaçant au pied levé Vedder, prit de malaise et en route pour l'hopital... En pleine guerre contre Ticketmaster, il se range officiellement aux cotés du groupe. Quand à PJ, ils ne sont pas en reste pour faire plaisir au Loner dès qu'ils le peuvent, possédant le record de participation au Bridge School Benefit... Et prouvant une fois de plus qu'ils restent un des groupes parmi les plus humainement attachant de ces 20 dernières années... Act Of Love en écoute dans la playlist Grooveshark à droite. Au dessus une superbe version de Rockin In A Free World avec Neil Young en 2011... A noter que Neil n'est pas le "parrain" du grunge juste pour son amitié avec PJ ou autres, mais aussi parce qu'il est un des précurseurs d'un certain "rock alternatif" : Ragged Glory (1990) ou Arc (1991) en sont les meilleurs exemples, dans deux registres opposés. Neil Young a sorti deux excellents albums en 2012, tous deux avec le Crazy Horse : Americana, et Psychedelic Pills, un double album. Les deux étant à la hauteur de la légende...

13/05/2013

Nirvana par Peterson - Beehive Records 91'

Le 16 septembre 1991, Nirvana est à 8 jours de sortir son nouvel album, sans savoir qu'il sera celui qui déclenchera l'onde de choc alternative des années 90. Pourtant, à Seattle, le disque est déjà dans toutes les mains...

Susie Tennant (représentante locale pour Geffen Records) : L'été d'avant la sortie de Nevermind, il y avait des copies qui tournaient partout à Seattle. Les gens faisaient des copies pour d'autres, et vous ne pouviez aller nulle part sans l'entendre. Tu t’arrêtais au feu rouge et tu l'entendais dans la voiture d'à côté. Tu marchais dans la rue et tu l'entendais dans les magasins...  

Van Conner (bassiste des Screaming Trees) : Un jour il y a eu une fiesta chez Dan Peters, et Krist était là. Tous les trois on s'est mit à écouter l'album, qu'ils venaient juste de finir d'enregistrer. On était là "Wow, c'est vraiment bon mec. Vous les gars vous allez vendre... 100000 disques (rires)*. Vous les gars, vous serez plus gros que Hüsker Dü"

Art Chantry (artiste affichiste) : C'était l'époque où je bossais à The Rocket. Un gars avait amené une cassette avec les deux disques que Nirvana et Soundgarden venaient d'enregistrer - on avait cette cassette de 90 mn avec Badmotorfinger d'un coté, et Nevermind de l'autre. Donc on a commencé à l'écouter : "Merde, c'est un putain de disque!!", puis à changer de face. "Merde, c'est un putain de disque aussi". Puis à changer de face. "Merde, celui là est VRAIMENT un putain de disque". Au bout d'un moment on ne tournait plus la cassette, on ne jouait plus que Nevermind, encore et encore.

Eddie Vedder : Le disque de Nirvana - les gens s'en faisaient des copies. Tout le monde en avait une. Tu l'entendais partout. C'était vraiment excitant. Mais c'était juste basé sur la musique - tout le monde était fasciné par les morceaux. C'était des mois avant que l'album sorte.

C'est dans ces conditions particulières que Nirvana commence à jouer Nevermind en live, et l'une des premières du groupe sera programmé dans un magasin de disque du U District, Beehive Records...

Charles Peterson (photographe de la scène de Seattle) : Pour fêter la sortie imminente de Nevermind, Nirvana s'est produit dans le magasin Beehive Records, situé à proximité du quartier des universités de Seattle. Ils ont joué devant une centaine d'amis et d'inconditionnels. C'est la première fois que j'ai vu des spectateurs se faire porter à bout de bras au dessus du public dans un magasin de disques. En saluant le public avant de commencer le concert, Krist pouvait presque toucher le plafond. (...) Après le concert, le groupe a été assailli par les chasseurs d'autographes. Kurt a l'air totalement dépassé par les évènements. Cela laissait cependant présager la notoriété qu'ils allaient rencontrer.





*Il s'en vendra 26 millions...

29/04/2013

Buzz Osborne et Kim Thayil par Jeff Gilbert circa 1996...

Bon, les gars les filles, dur dur de tout faire en ce moment, et là j'ai un peu laché le blog... Mais ça revient!!! Tenez, pas plus tard que dimanche en 8, j'ai trouvé un vieux "Hard Mag" spécial Nirvana datant de 1996 dans un vide grenier du coin... Loin de l'avoir récupéré pour les supers posters centraux de feu Kurt Cobain, non non il s'agit de bien autre chose : cette fameuse interview croisée de Buzz Osborne et Kim Thayil par Jeff Gilbert, qui vaut cent fois les quelques centimes que j'y ai mis... Enfin, d'interview, on a plutôt droit à un encensage en règle des pères du grunge, j'ai nommé les Melvins... Et aussi à un Buzz fidèle à sa conduite anti-langue de bois, tout en restant assez sérieux tout de même, j'irais même jusqu'à dire qu'il en serait presque à dévoiler quelques émotions autres que blaguistiques... Surtout, on a là matière à réfléchir à l'énorme influence qu'ont eu les Melvins dans ce mélange détonant de metal et de punk qui caractérise le grunge, et dans ce son ultra heavy amené par le groupe au sein de la scène de Seattle... Morceaux choisis : 


Jeff Gilbert : Kim, te souviens tu quand tu as vu les Melvins pour la première fois?

Kim Thayil : Je crois que c'était en 1984. L'affiche réunissait les U Men et les Melvins, et c'était au Mountaineers (un club d'alpinisme de Seattle dont la salle de réunion était utilisée pour des concerts)

Buzz Osborne : C'était le premier concert relativement important qu'on ait donné à Seattle.

Kim : Tout le monde n’arrêtait pas de me dire "Kim, tu as entendu ça?". J'étais sidéré - les Melvins étaient passés du stade de groupe le plus rapide du coin à celui de plus lent. C'était une décision aussi stupéfiante que courageuse. Tout le monde essayait de faire du punk rock, de jouer le plus mal possible, et les Melvins, eux, s'étaient mis en tête de devenir le groupe le plus lourd de la planète.

Buzz : C'était la grande époque Black Flag.

Kim : C'était juste au moment ou Green River et Soundgarden commençaient à trainer ensemble. Mark Arm, Ben Shepherd et moi-même étions sans cesse en train de parler des Stooges. On évoquait ce sentiment étrange qui nous envahissait lorsque le MC5 partait dans un trip lent et dépressif. On en a discuté énormement, mais les Melvins, eux, ne se sont pas arrèté là, ils l'ont fait. 



Jeff : Kim, qu'est ce qui te plaisait chez les Melvins?

Kim : Je trouvais qu'il était téméraire de devenir ultra lent après avoir été ultra rapide. Pour les fans de punk rock, qui pensaient que la rapidité était synonyme de puissance, ce fut un grand choc. L'une des raisons pour lesquelles ça m'excitait, c'était que cela satisfaisait chez moi un plaisir coupable, parce que j'ai toujours apprécié la lenteur dans le heavy et je trouvais que les Melvins jouaient du heavy metal tel qu'il devait être joué.
Les gens disaient ; "Si c'est lent, c'est du metal; donc s'ils ralentissent, ce n'est plus du punk". Or le metal était considéré avec mépris. Mais les Melvins n'avaient ni chanteur qui se croyait à l'opéra, ni solos égoïstement interminables. Ni ces bottes (rires), ces horribles bottes de hard rockeur!

Jeff : St Vitus, qui cherchait lui aussi à calmer le jeu à peu près à la même époque, était le groupe le plus lent du monde. Buzz, les Melvins sont-ils venus avant ou après St Vitus?

Buzz : Saint Vitus a sorti son premier LP avant le nôtre.

Kim : Vos débuts sur vinyle, vous les avez faits en 1985 sur Deep Six, qui fut le premier témoignage sur la scène de Seattle jamais enregistré.

Buzz : Ouais, même si tout le monde s'en foutait quand Deep Six est sorti. Personne ne l'a acheté!!


Jeff : Kim, même si Soundgarden est généralement crédité pour avoir lancé l'accordage en Ré dans le hard rock, vous n'avez cessé de répéter que ce sont les Melvins qui ont commencé. Te souviens tu quand Buzz t'as montré cette technique?

Kim : Je me rappelle que Buzz et moi avons assisté à un concert de Saint Vitus ensemble en 1986 après quoi nous sommes allés chez Mark Arm. On écoutait des disques en discutant de la tonalité des morceaux de Kiss, qui étaient tous en Mi bémol. Mark et moi avions justement dans l'idée de décaler nos doigtés d'un demi ton, et Buzz nous a dit que tout ce que nous avions à faire, c'était de détendre la corde de Mi jusqu'à obtenir un Ré. J'étais littéralement interloqué. A ce moment là, je jouais avec un accordage standard. Je n'allais pas me compliquer la vie à essayer des accordages différents alors que j'avais déjà du mal à m'accorder convenablement. Je veux dire, les accords barrés, c'était notre fond de commerce. Mais dès qu'on a commencé à s'accorder en Ré et à faire des expériences, on n'a plus jamais arrèté.

Buzz : Et ça a ouvert beaucoup de portes.

Kim : C'était un grand changement pour nous. Soudainement, toutes les idées que j'ai pu amener au groupe ont pris corps. Je suis allé voir les autres et leur ai dit : "Ecoutez moi ça! Vous saisissez ou Buzz voulait en venir? On n'aurait jamais pu trouver un riff comme celui là avec un accordage standard!". On a inauguré cette technique sur "Nothing To Say" et "Flower"


Buzz : C'est un truc qu'un mec d'Aberdeen - un fan de metal d'ailleurs - m'avait appris...

(...) Buzz : Prends quelqu'un comme Kurt Cobain. Il était bon compositeur, mais ce n'était pas un virtuose. C'était un guitariste moyen, et ce n'est pas l'essentiel. Des petits gratteux de treize ans branchés metal auraient pu le ridiculiser. Dans leur esprit, le fait que tu appartiennes à un groupe à succès implique nécessairement que tu sois un virtuose. Beaucoup de mômes m'ont abordé en me demandant si je savais jouer telle ou telle chose, et je leur ai répondu non!


Jeff : Kurt Cobain était t'il un loyal disciple des Melvins?

Kim : Absolument, vous exerciez une influence colossale sur Kurt, Nirvana, et sur nous, ainsi que sur Green River, même s'ils avaient suffisamment de mal à jouer en Mi pour ne pas chercher à passer en Ré. Ils essayaient de ressembler à Aerosmith et n'avaient donc aucune raison de tenter d'imiter Black Sabbath.

Buzz : C'était juste une question de coupe de cheveux. C'est tout.

Kim : Nirvana et Soundgarden sont probablement les deux groupes les plus célèbres qui aient été directement influencés par les Melvins. Les suivants l'ont été par nous. Même Urge Overkill s'accorde en Ré maintenant. (...) Dis moi Buzz, Kiss est t'il encore un de vos groupes préférés?

Buzz : Je n'écoute plus Kiss aussi souvent qu'auparavant. Mon groupe préféré aujourd'hui, c'est ZZ Top.

Jeff : On a d'ailleurs été surpris de voir que les Melvins ne figuraient pas sur la compilation hommage Kiss My Ass?

Buzz : J'ignore quelles étaient les motivations de Gene Simmons lorsqu'il a monté ce plan. J'ai l'impression qu'il cherchait à réunir un maximum d'artistes vendant énormément d'albums de façon à en vendre beaucoup lui même!

Jeff : Je sais qu'il a été impressionné par vos parodies. A t'il aimé également votre version de Going Blind (sur Houdini)?

Buzz : Je n'en suis pas très sûr. On lui a raconté que Kurt Cobain avait chanté dessus, ce qui était un mensonge. Mais il a paru s'y intéresser nettement plus après qu'on lui ai dit.


Jeff : La réussite de Nirvana ou Soundgarden a t'il eu des retombées sur les Melvins? En avez vous profité?

Buzz : Je serais stupide de croire que leur succès ne nous a pas aidés. Il y a grandement contribué. On continue lentement, mais surement, à vendre de plus en plus d'albums à chaque fois qu'on en sort un. Et lorsque je compare ma situation et les buts qui étaient les miens quand on a monté les Melvins, ce qui se limitait à peu près à jouer dans un club cool comme le Metropolis, avec ce qui s'est effectivement produit, je trouve que j'ai incontestablement dépassé de très loin mes espérances en la matière.

Jeff : L'une de ces retombées est que vous vous retrouvez associés à des produits. As tu été consulté pour la réalisation de la pédale d'effet qui porte ton nom Buzz?

Kim : Tu ne parles pas de la grunge pedal de DOD, n'est ce pas? Sur la notice on peut lire comment obtenir le son des Melvins ou celui de The Accused! Je l'ai acheté, mais pas pour en jouer, juste comme souvenir.

Buzz : C'est la Buzz Box, elle est fabriquée par DOD, mais je n'ai rien à voir avec elle. Sincèrement, tu crois que ma guitare a réellement un son aussi pourri? (rires). Ils sont cinglés chez DOD. Un type n'arrêtait pas de m'emmerder dans les concerts pour que je lui dise comment j'avais obtenu un tel son sur Eggnog. J'utilisais une Blue Box, un diviseur d'octave qui datait du début des 70's, et le type m'a annoncé qu'il voulait mettre en vente une pédale qui s'appellerait la Buzz Box et qui aurait le même son. Donc un jour il s'est pointé à un concert et a démonté ma Blue Box pour voir ce qu'il y avait dedans, puis il l'a clonée et croisée avec la Grunge Pedal pour en faire un nouveau modèle. J'admire DOD pour avoir pondu un truc aussi débile. La Buzz Box n'a pas le moindre intéret. Elle sonne comme un aspirateur (rires). J'ai fini par l'utiliser pour quelques bruitages sur Stoner Witch, mais l'album sur lequel elle a le plus été mise à contribution, c'est Prick, un disque de merde qui est sorti avant Stoner Witch, et que nous n'avons enregistré que pour son étrangeté. C'était une monstrueuse blague dénuée de sens. on s'en est pris plein la gueule à cause de ça. Prick est sorti en aout dernier, et je dirais qu'il ne comportait pas un seul élément positif susceptible de compenser ses défauts et que c'était certainement l'album le plus stupide que nous ayons fait. 

06/04/2013

Seattle Grunge's Anecdotes : les coulisses de Temple Of The Dog

Après la mort d'Andrew Wood, charismatique leader de Mother Love Bone, son ancien colocataire et ami Chris Cornell, chanteur de Soundgarden, se met à écrire quelques morceaux en forme d'exutoire...

Scott McCullum (batteur de Skin Yard et Gruntruck) : Je me souviens que Chris était vraiment furieux après Andy, juste après qu'il meure. Ça m'avait vraiment surpris sur le moment. Il le traitait de "putain d'idiot". Il était fou, vraiment contrarié de ce qu'Andy avait fait. Choqué. Et puis, il a finit par se calmer, et il s'est mit à écrire des morceaux extraordinaires.

Xana La Fuente (petite amie de Andrew Wood) : Un jour Chris m'a refilé une cassette, en me disant que c'était des morceaux qu'il avait écrit pour moi au sujet d'Andy. Mais au début c'était juste pour moi. Comme j'habitais un étage au dessus de Kelly Curtis (manager de PJ), il s'est trouvé que Stone (Gossard) et Jeff (Ament) (tous deux ex Mother Love Bone et futurs PJ) ont finit par l'entendre. Ils étaient complètement excités. Je leur ai dit que c'était des chansons de Chris, alors ils se sont mit à le harceler.

Chris Cornell : J'avais écrit "Say Hello To Heaven" et "Reach Down", et je les avais enregistré par moi même à la maison. Et puis j'ai eu un coup de fil de Jeff, disant qu'il trouvait les morceaux incroyables et qu'il fallait absolument en faire un disque. Quand on a commencé à enregistrer les morceaux, j'ai bloqué sur "Hunger Strike", j'arrivais pas à en faire un morceau cohérent. Eddie était là dans un coin du studio à attendre pour une session de Mookie Blaylock. J'étais en train de chanter, et il est humblement - mais avec des couilles - venu chanter les choeurs dans le micro, parce qu'il voyait que c'était dur pour moi. Ca a changé le morceau du tout au tout. 

Eddie Vedder : C'était le tout premier week-end que je passais à Seattle. Au quatrième ou cinquième jour, les gars avait cette session d'enregistrement pour Temple Of The Dog, juste après la notre. J'étais resté pour voir comment Chris travaillait, et pour voir Matt Cameron jouer. A un moment j'ai vu que Chris avait du mal, et je voyais aussi où il voulait en venir, donc j'ai taché de prendre le micro - et j'ai été très surpris d'avoir le cran de le faire - et j'ai chanté "Going hungry, going hungry".

Susan Silver (manager de Soundgarden et ex femme de Chris Cornell) : Ils sont allé en studio, et 10 jours après, c'était en boite. C'était juste une incroyable expérience cathartique. Un disque incroyable - un disque puissant.

Le projet ne fera pas que des heureux, puisque les propres frères d'Andrew Wood sont toujours restés, peut être à juste titre, déçu de ne pas avoir été invités à jouer sur le disque... L'album en lui même n'en est pas moins est un des plus fantastiques disques à être sorti de l'époque grunge. Du vrai rock, sombre et beau à la fois... Quelques morceaux dans la playlist Grooveshark...


23/03/2013

Intégral TAD : Busted Circuits and Ringing Ears + Les Thugs : Come On People!!!


La suite ... 


"Come On People, this is one of the greatest bands in the world" (Jonathan Poneman). Je ne tarirais jamais assez d'éloges sur ce groupe en général et ce docu en particulier... Les Thugs sont notre bout de Sub Pop à nous, et leur musique n'a rien à envier à n'importe quel groupe américain des années alternatives, et je dirais même plus, tient la dragée haute à n'importe lequel d'entre eux... Musicalement au dessus du lot, humainement simples et exemplaires sans oublier d'être engagés, les Thugs sont tout simplement hors normes... Pour revisiter l'histoire du groupe : .

17/03/2013

Mr Epp and the Calculations, ou comment, sur un malentendu, entrer dans l'histoire du rock...

Mr Epp and the Calculations serait surement resté un groupe mineur du mouvement hardcore originel, s'il n'avait pas contenu en son sein certains des acteurs essentiels du futur mouvement grunge, j'ai nommé Mark McLaughlin, alias Mark Arm, et Steve Turner, tous deux futurs Green River et Mudhoney. Mr Epp est à lui seul une vaste blague. Jugez en vous même :


Maire Masco (Associé chez Pradva Productions, cofondateur du fanzine Desperate Times) : C'est dur à imaginer aujourd'hui, mais beaucoup des membres de la scène de Seattle n'avaient pas de téléphone. Pour avoir un téléphone à l'époque, tu devais donner une caution qui allait de 75 à 125$. C'était un paquet de fric! Donc les gens communiquaient essentiellement avec des flyers, pas seulement pour promouvoir des groupes ou d'autres événements, mais aussi pour exprimer des avis politiques par exemple.
Il  y avait un groupe en ville qui avait des flyers hilarants. L'un de ces flyers disait "Mr Epp and the Calculations, encore plus pourri que Bob Dylan", ou "Encore moins créatif que John Cage".
Dennis White et moi on adorait ces flyers et on s'est dit qu'on devait trouver qui étaient ces gars. Mais il n'y avait pas de numéro de téléphone, ni de dates de concerts. Et un jour qu'on marchait en ville, on a vu des gars distribuer des flyers, et on s'est aperçu que c'était pour Mr Epp. On était là : "Putain on les a trouvé!" On a donc traversé la rue en courant pour les rencontrer. Quand ils nous ont vu, ils ont détallé en pensant qu'on voulait les tabasser ou un truc dans le genre.
Finalement on arrive à leur parler. Donc vous êtes les gars de Mr Epp? C'était Mark Arm et Jeff Smitty, et, tous penauds, ils acquiescent, comme s'ils étaient coupables. "Ok je suis Maire Masco, et voici Dennis White. On est de Pravda Productions et on adorerait vous booker pour quelques concerts". Ils ont commencé à rire, et Mark Arm a dit : "Oh putain, ça veut dire qu'il va falloir qu'on trouve des instruments!"

Mark Arm : Mr Epp est resté un faux groupe pendant un paquet d'années. On l'avait nommé comme ça à cause d'un des profs de math de notre petit lycée chrétien. On prenait ce qu'on avait entre les mains, par exemple un aspirateur, on en faisait de la musique, et on enregistrait. On savait pas ce qu'on faisait. Et puis il y avait cette radio, KZAM, la seule qui passait de la new wave. Ils nous avaient dit : "Si vous êtes un groupe, envoyez nous une cassette, et on la passera". Ils nous ont présenté comme le pire groupe au monde. On était super fiers. C'est là qu'on s'est mit à distribuer à fond des flyers. On n'avait pas d'instruments mais on se faisait notre propre pub. C'est arrivé à un point où tu pouvais trouver un graffiti de Mr Epp derrière les sièges de chaque bus de la ville. (...) Darren Morey était un bon batteur, mais le reste d'entre nous ne savions absolument pas comment jouer. Après le lycée, on a décidé de rendre le groupe un peu plus réel, et Smitty et moi avons fait l'acquisition d'une guitare et d'un ampli. A l'époque Darren était encore au lycée, et Todd avait 16 ans. C'était le frère de Darren et le bébé de la bande.

Dennis White : C'était des petits morveux suffisants, du haut de leurs 16 ans. Je devais avoir 24 ou 25 ans, et ils nous voyaient comme des vieux cons périmés. Y'a aucun doute qu'il y avait un sens du fun et quelque chose de nouveau dans leur musique, mais il y avait autre chose : pour moi ils ont repoussé les limites de l'éthique DIY. Ils étaient comme chargé d'une certaine mission. Ils auraient juste ricané s'ils avaient entendu ça : "Qu'est ce que tu veux dire par mission?"


Le morceau Mohawk Man, une satire du mode de vie hardcore punk tiré du EP 5 titres Of Course I'm Happy Why?, fait son bonhomme de chemin sur les radios locales, et va s'exporter jusqu'à Los Angeles, où la radio KROQ le fait tourner en heavy rotation, mais Maire et White n'auront pas les moyens de tirer plus que les milles exemplaires originaux... A l'instar d'un groupe comme Flipper, Mr Epp était de ces groupes intégrés dans la scène hardcore américaine, alors même qu'ils cherchaient constamment à la tourner en dérision...

Steve Turner : J'ai rencontré Mark Arm en octobre 1982. On n'a jamais réussit à savoir si c'était à un show de PIL (Public Image Limited, le groupe de Johnny Rotten ex Sex Pistols) ou de TSOL (un groupe hardcore de LA). On avait beaucoup en commun : un sens de l'humour déplacé, et du dédain pour les punks et les gars de la scène hardcore. Un des boulots de Mr Epp était définitivement de faire chier les punks.

Tom Price (guitariste des U-Men) : Mr Epp a joué avec tous les groupes de hardcore et était le groupe le plus haï de Seattle. Les gars en veste de cuir cloutée essayaient de les choper; Mr Epp les leurraient totalement. Ils restaient rarement longtemps sur scène. Bien souvent, après trois ou quatre chansons, quelqu'un montait sur scène, leur arrachait leur guitare et la brisait sur le sol.

Mark Arm : On s'est aperçu qu'on pouvait très bien louer nous même une salle et y organiser des concerts. On demandait à des groupes punks locaux de jouer, la plupart d'entre eux n'avaient aucune idée de qui on était. Ils pensaient surement qu'on était des blaireaux, et qu'on faisait de la merde. On a ouvert pour Savage Republic au Ground Zero. Darren voulait reprendre The Gift du Velvet Underground. Ça a vraiment fait chier les punks qui étaient présents. Les Bopos Boys (un gang de pseudo mods punks plutôt violent, actif à Seattle au début des 80's) ont foutu le chaos en cassant les fenêtres de la salle parce qu'à leur gout ni Mr Epp ni Savage Republic n'étaient assez punk. On n'a jamais fait de fric - on perdait toujours la caution des salles qu'on louait pour x raisons. Une fois on a perdu la caution du Polish Hall, parce que les Bopos avaient piqués de la viande dans le frigo.

Dave Dederer (Presidents Of The USA) : Ils étaient du même acabit que Pere Ubu, Flipper, où le Butthole Surfers des débuts (tous groupes hardcore déviants ou innovants). Toujours à essayer d'être le plus bizarre possible.

Steve Turner, ex Limp Richerds, rejoint le groupe en 1983, pour ses 6 derniers mois d'existence.

Steve Turner : Mark voulait que le groupe soit plus "rock'n roll", et il a convaincu les autres de me prendre à la seconde guitare. Les derniers six mois, on a beaucoup pratiqué, joué deux shows, et les autres n'ont pas aimé le virage rock'n roll, donc le groupe a splitté (rires)

John Leighton Beezer (guitariste des Throwns Up et ami des Mudhoney) : J'étais au lycée en Californie, et je lisais souvent Maximumrocknroll (le fanzine phare du mouvement hardcore) pour avoir des nouvelles de ce qui se passait à Seattle. Tout était à chier sauf Mr Epp - Mohawk Man était un bon morceau.

Le EP Of Course I'm Happy Why, avec Mohawk Man (1er titre), ainsi qu'un extrait live pourri d'un concert au Metropolis, qui vaut bien le coup, rien que pour l'ambiance... Un autre morceau tiré de l'album "best of" Ridiculing The Apocalypse sorti en 1996, dans la playlist Grooveshark à droite. Ici vous aurez un aperçu de Attack, le fanzine fondé par Mark Arm et Smitty, et qui couvre à peu près la carrière de Mr Epp, ainsi que les débuts de Green River...

01/03/2013

Peter Bagge et Buddy Bradley, où le Comic made in Seattle...

 

Le Northwest, on l'a vu, peut être considéré à la fin des années 80 et au début de l'explosion grunge comme l'épicentre géographique de l'ère du temps. Là où tout se passe, de là en tout cas où sortira le meilleur de la culture américaine des années 90... Matt Groening et les Simpsons, Art Chantry, The Jim Rose Circus Sideshow, le Grunge, Pearl Jam, Soundgarden, Nirvana, les Riot Grrrls, Sub Pop. On en trouve encore un exemple avec Peter Bagge, jeune illustrateur de comics à l'américaine, installé depuis 1984 à Seattle.

Bagge est un des élèves de l'illustre maître du comic alternatif américain (j'entend par là : le comic sans super héros), j'ai nommé Robert Crumb, et accède à une certaine notoriété en rentrant dans l'équipe de Weirdo, le légendaire magazine créée par Crumb. Il en deviendra le grand chef de 1983 à 1986... Bagge en profite pour peaufiner la série de son invention : les Bradleys, une famille de dégénérés de banlieue. En sortira quelques années plus tard la Bd Hate, mettant en scène la vie déglinguée, merdique, sans avenir de Buddy, le cadet des Bradley, lequel deviendra une des références des pseudo paumés de la X Generation... Peter Bagge est alors hissé au rang d'artiste majeur de son temps, bien malgré lui et grâce, finalement, à un heureux concours de circonstances (toujours pareil : à la bonne place au bon moment), ce alors même que Buddy Bradley se veut une satire de l'esprit slackers du moment...

Bagge démarre les aventures de Buddy à Seattle entre 1989 et 1990, soit une année avant que Smells Like Teen Spirit se mette à tourner en boucle sur les radios. Le timing parfait sera le garant de son succès, mais pèsera de tout son poids sur le reste de sa carrière. Ironiquement, Bagge n'est pas vraiment fan de musique grunge...

Peter Bagge : Certains diront que le grunge a contribué à la popularité de Hate, mais Hate a autant souffert de cette association qu'il en a profité. Beaucoup de gens n'ont pas prit Hate au sérieux à cause de ça. Toute une catégorie de gens est devenue allergique aux termes « Grunge » ou « Génération X », et le fait que Hate y soit associé a fait que ces derniers ont refusé de s'y intéresser. 

(...) Quand j'ai commencé Hate, bien que terme grunge existait déjà, il n'était pas devenu un nom commun dans les foyers américains. Les deux premières années d'existence de Hate, la bd s'est plutôt bien vendue. Ce qui a tout changé c'est quand Nevermind est arrivé. Seattle est soudain devenue la destination préférée des journalistes. Curieusement, quand le phénomène grunge est arrivé, les ventes ne se sont pas envolées. Elles sont plus où moins restées les mêmes. On aurait pu penser, et certainement je l'espérais moi même, qu'à cause de cette attention continue des médias, les gens se seraient mis à acheter ma bd, mais ça n'est vraiment pas arrivé. Ça montre finalement que l'impact des comics de ce genre au States se limite à un petit nombre de personnes... Sans compter que, comme je l'ai dit plus haut, un paquet de gens ont mis un point d'honneur à ne pas lire Hate juste parce que c'était associé au grunge. C'est malheureux car ils l'auraient surement apprécié. L'autre problème, c'est que beaucoup ont dit que j'avais profité du train « Grunge » pour sauter dans un des wagons, ce qui n'était vraiment pas le cas. C'était juste une coïncidence. Toute cette histoire a eu l'effet d'une épée à double tranchant pour moi.

(…) J'ai mis en scène Buddy à Seattle, parce que c'était où je vivais. Mais pour moi ça n'avait pas vraiment d'importance : Buddy aurait pu vivre n'importe où. Mais tout d'un coup, Seattle est devenue SEATTLE, à cause du business grunge. (…) Pour moi Seattle est toujours la même. Pas de différences. Pendant une brève période après Nirvana, beaucoup de gens venaient visiter la ville. Et puis ils sont repartis aussi vite qu'ils sont arrivés. Pareil dans la scène comics alternative dont je suis... Beaucoup de dessinateurs sont venus ici pour je ne sais quelle raison. Je sais pas ce qu'ils pensaient qu'il allait arriver, peut être qu'ils attendaient qu'une poussière divine se pose sur eux et qu'ils pourraient devenir riches? 

Peter Bagge est accessoirement un artiste multi talents, et notamment musicien au sein de Actions Suits, son groupe power pop, signé un temps sur Man's Ruins, le label plutôt orienté stoner de Frank Kozic, autre illustrateur de talent. Attaché à Seattle, Bagge servira également la cause de la scène locale en collaborant avec Sub Pop et quelques autres groupes locaux... 

J'étais tellement en dehors de ça. J'avais pas réalisé l'importance de l'utilisation de l'héroïne au sein de la scène grunge. J'avais dessiné un groupe, et je voulais y joindre les paroles les plus absurdes qui soient. Donc j'avais le chanteur qui criait "I Scream, you scream, we all scream for heroïn". Je pensais qu'il n'y avait pas d'héroïne à Seattle. Puis on m'a informé que l'héroïne était un vrai fléau dans le coin (rires). Beaucoup de monde dans la communauté musicale était très vexé. Mais plus tard j'ai appris que certaines personnes qui étaient addicts à l'héroïne avaient trouvé ça hilarant! Comme Mark Arm. Pavitt et Poneman ont trouvé ça très marrant aussi. Et deux trois fois ils m'ont demandé de faire des variations à partir de ce dessin pour des t-shirts, ou des posters. Ils m'ont fait écrire : "I scream, you scream, we all scream for a fashion spread in Vogue"
 
(…) J'ai jamais détesté le genre musical, mais j'ai jamais été un grand fan. Je trouvais la plupart des groupes horribles. Mon groupe préféré – ok j'aimais Nirvana, mais la plupart des trucs qu'ils faisaient, j'étais loin d'en être fou – c'était TAD. Pour moi TAD était meilleur que Nirvana. Mais Tad pesait 180 kg. Il n'avait pas de valeur marchande. (…) J'ai pas autant de mépris pour le grunge que Buddy. Buddy est un personnage semi-autobiographique. Il est plus irascible, plus négatif. Mais c'est comme dans tout type de musique, il y avait beaucoup de groupes grunge qui étaient merdiques. Mais certains étaient vraiment bons.

Une petite vidéo d'un épisode de l'adaptation dessin animée de Buddy Bradley... Tout savoir sur Peter Bagge Ici...

23/02/2013

Seattle Grunge's Anecdotes : Tad Doyle en mode stage diving!!!


Bruce Fairweather (guitariste de Mother Love Bone et Green River, bassiste de Love Battery) : Y'a une histoire sur Tad que j'aime beaucoup raconter. Mudhoney jouait ce soir là au MotorSports Garage. Ma copine et moi étions sur le coté de la scène à mater le show. Tout d'un coup, je vois une forme filer devant moi, je regarde, et c'était Tad. C'était l'époque où il était au top de sa forme, mec - il pesait probablement plus de 170 kg. Il courait comme un dingue et a sauté dans la foule. Stage diving. Il a fallu une vingtaine de personnes pour le réceptionner. Ils étaient tous là à en chier comme des turcs : "Putain de merde!!!!!". C'est un miracle que personne n'ai été tué.


TAD où le grunge incarné... L'actualité de Tad Doyle Ici. Pour une revisite de l'histoire du groupe :

09/02/2013

Zoom sur Cyril Jégou, auteur de "Pearl Jam au pays du grunge"...

Si si j'vous assure, aujourd'hui on trouve encore des gars courageux. Des gars qui n'en veulent. Des gars qui se fichent royalement de se faire du fric (putaing ça existe cette race là de nos jours?), et qui se laissent guider par leur(s) passion(s)... On en a rencontré un pour de vrai, pas plus tard que y'a 15 jours, dans un vieux (mais sympathique) rade d'Angers, au fond d'une vieille cave humide qui sert de défouloir pour excités du riff en tout genre, le T'es Rock Coco... Le gars il tenait la guitare pour un groupe qu'il a monté avec ses potes rennais, et qui sonne sacrément 90's... Cyril Jégou, je l'avais déjà eu une fois ou deux au tél, il m'avait sympathiquement envoyé il y a quelques mois le 6 titres de son groupe, Golden Age Of Monkeys, et franchement j'avais bien trippé dessus... Un savant mélange de mélodies et de puissance sonore, quelque chose qui rappelle étrangement l'age d'or du rock alternatif... En live, les mélodies sont toujours là, emmenée par la voix la plupart du temps douce et lancinante, mais parfois franchement déraillée, d'une chanteuse dont on se demande comment un bout d'bonne femme comme ça peut gueuler comme ça... Mais aussi, en live, c'est ça l'avantage : la puissance est démultipliée, et là on s'en est pris plein la gueule. Ça envoie du gros... Cyril est aussi accessoirement dessinateur bd de talent (putaing une bande dessinée sur Pearl Jam c'est unique ça!!!) , et écrivain à ses heures perdus. Bref, un touche à tout qui cherche d'abord à se faire plaisir... On parlait de Do It Yourself dans le dernier post. En voilà un bel exemple. Et par un gars humble et modeste comme tout... Mr Jégou est un grand fan de Pearl Jam, et a donc sorti à ce titre il y a bien peut être une année maintenant, un bon petit bouquin intitulé "Pearl Jam au pays du grunge"... Et comme il est d'actualité que ce bouquin réaugmenté sorte éventuellement chez Camion Blanc, ben c'était l'occase d'avoir le bonhomme une nouvelle fois au bigophone, histoire de mieux cerner le personnage...

Seattle Grunge : Bon Cyril, pourquoi un bouquin sur Pearl Jam?

Cyril Jégou : Parce qu'il n'y a pas de livres en français qui retrace l'histoire du groupe... Et aussi parce qu'il y a un truc qui m'a toujours énervé, c'est les dénigrements de la presse française au sujet du groupe... C'est un peu ça qui m'a incité à écrire ce bouquin... 

SG : Pourquoi PJ à travers l'histoire du grunge? 

CJ : Simplement : je trouvais intéressant de remettre Pearl Jam dans son contexte. La première partie de la vie du groupe est vraiment indissociable de l'histoire du grunge de Seattle. J'aurais fais un bouquin sur U2 ça n'aurait eu aucun intérêt de s'y prendre de cette manière. Mais pour PJ, on voit bien que certains des gars de ce groupe ont depuis toujours fait parti de cette communauté de musiciens qui sont à l'origine du mouvement... C'est une scène incestueuse comme ils disent, et ces gars en ont toujours été. Point barre. Ca permet de comprendre comment PJ en est arrivé là ou il est aujourd'hui. Et puis une chose : je prend comme exemple le seul morceau que PJ ai jamais sorti chez Sub Pop, sur la BOF du docu Hype!. C'est une version live de Not For You pour Self Pollution Radio, et sur le livret les mecs de Sub Pop ont noté sur le ton de la blague : "Ils nous ont demandé de sortir leur premier single, mais on a trouvé ça trop commercial. Un an plus tard on était au bord de la banqueroute. Pearl Jam est la conscience sociale de notre rock nation". Pour moi ça veut tout dire : ce groupe est l'épicentre social de la scène rock de Seattle... Ça m'a toujours passablement énervé de voir qu'ils étaient taxés de commercial, alors je voulais vraiment montrer qu'ils étaient issus d'une certaine lignée... C'est pour cette raison que j'ai choisis de démarrer le bouquin par la fin des années 70, qui sont la génèse du grunge, et par la même occasion de Pearl Jam...

SG : Comment tu t'y es pris pour orienter tes recherches documentaires? 

CJ J'ai d'abord commencé par rassembler tout ce que je savais sur le sujet, puis ensuite par vérifier la véracité de tout ça... Ensuite, j'ai eu un gros travail de recherche sur magazines, vieilles coupures de presses, et mine de rien, pas mal de truc sur internet. Et puis le bouquin de Greg Prato m'a bien aidé aussi... Tu sais, si tu commences à fouiller dans tout ce qui s'est dit sur PJ, tu tombes fatalement sur des tonnes de rumeurs, surtout pour la première période du groupe, les années 1993-94. Tout ça pour dire qu'en rassemblant un maximum de documentation, j'avais en main de quoi confronter les points de vue et faire la part des choses... Rassembler cette doc a été comme un grand jeu de piste... Concernant cette première mouture, j'ai illustré moi même le livre, mais pour la version Camion Blanc, j'ai cherché des photos libre de droit, et les membres du forum PJ m'ont beaucoup aidé en faisant jouer leur réseau...Si tout va bien, ma bd sur Pearl Jam sera incluse dans la version Camion Blanc...


SG : Justement, tu as sorti d'abord ton bouquin via un imprimeur sur le net, une sorte d'auto prod en somme... Pourquoi le choix de Camion Blanc ensuite?

CJ : J'aurais préféré vraiment auto produire la première mouture du bouquin dans le vrai sens du terme, mais pour ça c'est mieux si on a une petite somme d'argent pour commencer, parce qu'en général les imprimeurs ne bossent pas pour moins de 1000 exemplaires... Je me suis rabattu sur cette formule d'impression en ligne, qui, à défaut d'être satisfaisante, m'a permit de sortir rapidement mon travail, et d'écouler une centaine d'exemplaires, sans compter les versions pdf... J'ai eu de bonnes critiques sur certains webzines et magazines, qui m'ont pas mal aidé... Le contact avec Camion Blanc, je sais plus trop comment ça s'est fait... Je me rappelle les avoir contacté d'abord par lettre. Mais peut être que l'élément déterminant, c'est le contact que j'ai eu avec Brice Tollemer qui lui avait les siens chez Camion Blanc... Le principe de l'impression en ligne a ses limites, et j'avais vraiment envie d'approcher quelque chose de plus professionnel, de tâter le monde de l'édition... Mais ceci dit, il n'y a aucune raison pour qu'une auto production ne fonctionne pas... Après il faut juste trouver le bon tarif, et y'a un gros boulot de com' à faire soi même si on choisit cette option..

SG : As tu une date à nous donner pour la sortie? 

CJ : Pour l'instant ça reste mystérieux, c'est une petite maison d'édition, très ciblée aussi, et avec peu de moyens... Donc on verra... Mais tout est prèt pour une sortie rapide, le taf est finalisé... Reste plus qu'à...

SG : Parallèlement à l'écriture, tu es à l'origine d'un groupe au son très alternatif 90's : Golden Age Of Monkeys... Peux tu nous en parler un peu plus?

CJ : Concernant Golden Age Of Monkeys, on se concentre pour l'instant sur les concerts... On a sorti un 6 titres dernièrement, toutes des compos originales, et perso moi c'est ce que j'aime : le travail de studio... C'est mon ambition avec ce groupe : faire un album d'abord, puis éventuellement j'adorerais tourner sur une plus grande aire géographique, et pourquoi pas en Europe, juste une fois... Mais bon, c'est un objectif encore lointain. Après, je sais pertinemment que j'en ferais pas ma vie, mais j'ai juste envie de prendre plaisir avec ce groupe, de m'éclater, et de réaliser ce qu'il est possible de faire ensemble...

Merci à toi Cyril et au plaisir de te croiser à nouveau!!! Deux petites vidéos pour découvrir Golden Age Of Monkeys. Le premier morceau est mon préféré!!! Mais l'autre a une petite touche féminine qui n'est pas pour me déplaire non plus... Pour acheter Pearl Jam au pays du Grunge, voir sur la colonne à droite. Cyril a accessoirement écrit pour GoToSeattleGrunge un compte rendu sur le dernier concert français de PJ, à Arras l'année dernière... Lequel reste le post le plus consulté à ce jour sur ce foutu blog... Comme quoi Pearl Jam c'est vendeur... Putaing Cyril t'as peut être choisi le bon groupe pour te faire un peu de fric héhé!!!!


02/02/2013

Review bouquin très subjective : Do It Yourself! de Fabien Hein

Les gens s'imaginent généralement que le monde de la musique tourne avec des tas de gens chargés de faire le boulot à ta place. Mais ce n'est pas punk rock. Nous venons d'un monde où l'on fait les choses par nous même. (Ian McKay)

Rraaahh putaing, enfin un bouquin en français qui parle de culture punk pour de vrai, documenté pour de vrai, et écrit par un vrai fan... Fabien Hein était déjà connu du petit monde du punk pour avoir sorti il y a pas si longtemps un beau travail intitulé "Ma petite entreprise punk : sociologie du système D", où il décrit dans le détail la dure, mais tellement riche, vie d'un combo punk lambda (en l’occurrence les Flying Donuts). Cette fois ci, on a droit à "Do It Yourself : autodétermination et culture punk". DIY, où quelque part, l'autre nom chez les anglophiles pour système D... Un sujet existentiel au sein du mouvement punk. Et aussi pour votre serviteur, particulièrement intéressé qu'il est par faire tout avec rien.

Même si le bouquin suit un certain ordre chronologique, depuis 1977 et l'arrivée du punk anglais, et ce jusqu'à aujourd'hui, ici on ne revisite pas l'histoire du mouvement punk, mais on cherche surtout à en déterminer l'essence, la raison de vivre, les motivations... Et ce qui peut sembler en être les dérives... Ou l'on constate que, effectivement, ceux qui apparaissent aujourd'hui comme les groupes punks les plus respectés de tous les temps à jamais, Sex Pistols et Clash en tête, sont aussi ceux qui ont le plus rapidement signé des contrats avec les majors... La question est donc posée : l'esprit punk est t'il tout fait de DIY où le DIY n'est t'il qu'un moyen d'expression parmi d'autres au sein du mouvement punk? Le DIY est t'il un simple moyen d'accéder à un but précis, où une fin en soi avec une portée plus globale? Autrement dit : être punk veut t'il dire être simple fan de musique punk où alors, si l'on creuse, est t'il question de chercher à remettre en cause une certaine société dont les valeurs ne nous paraissent pas justes et égales pour tous, quitte à tenter d'inventer de nouvelles règles du jeu, en se retroussant les manches et en se disant qu'on peut faire beaucoup par soi même? 


Bon, je dis pas pour les Sex Pistols, que j'ai toujours personnellement considérés comme des rigolos (après tout ils n'ont sorti qu'un album, et quoi qu'on en dise, ils n'étaient que le moyen qu'avait trouvé le fameux Malcom McLaren pour se faire du fric...). Mais les Clash, extraordinaire groupe au demeurant, ont su profiter de la puissance d'exposition de leur maison de disque pour faire passer de vrais bons messages à portée sociale... Fabien Hein s'attache donc tout au long du livre à mettre en lumière toutes ces contradictions qui scinderont le mouvement en deux : les puristes et ceux qui le sont moins. D'autre part, en passant à la moulinette moults expériences réalisées dans tous les domaines d'expression punk, et en fouinant dans la vie de deux groupes au parcourt exemplaire en la matière, les anglais de Crass et les américains de Fugazi, il s'efforce de définir au mieux ce que représente le Do It Yourself, et pourquoi nombres de petits punkeux en ont fait le garant de leur liberté d'être et de vivre, tout simplement...

Merci cependant Mr Hein de montrer que le DIY n'est pas que l'apanage du mouvement punk, mais celui des insurgés, contestataires, révolutionnaires dans l'âme de toutes époques et de tous lieux. Merci Mr Hein de faire allusion à un certain Henry David Thoreau, père de la désobéissance civile et écologiste avant l'heure. J'allais même dire que "Faire par soi-même" est pratique courante depuis que l'homme est homme... Il suffit cependant qu'on arrive à l'avènement d'un certain capitalisme moderne pour que d'autres s'attachent à faire les choses à notre place : cuisiner (les plats préparés au supermarché, ou MacDonald), cultiver (avec quelques pesticides en plus), gérer notre argent (merci Lehman Brothers et toutes les banques qui ne nous veulent que du bien), nous soigner (soyons clair : le but premier de l'industrie pharmaceutique est bien de faire de l'argent, pas de nous rendre la santé...), et même penser (les politiciens sont très bons pour ça : exemple les OGM, toujours pas interdits en France alors que 80% des français sont contre)... Le poids des lobbies est assez ahurissant... Ou l'on se rend compte qu'une démocratie mise au service d'un système marchand et productiviste va peut être à contre courant de ce pourquoi elle a été inventée...


En résumé, faire par soi même, c'est véritablement reprendre sa vie en main sans la laisser entre les doigts de ceux qui sont censer savoir mieux que soi... Faire à son petit niveau, comme une goutte d'eau qui mine de rien, est essentielle pour éteindre un grand feu. C'est réellement ça qu'ont voulu expérimenter Crass et Fugazi, qui ont poussé à l’extrême l'expérimentation dans ce domaine. "Notre objectif premier consiste à être nous même au sein de notre propre groupe et à ne jamais devenir la propriété de quiconque. Et dans un second temps, à être utile à notre communauté" (Ian McKay). Crass en est sorti lessivé, concassé par tant d'effort pour aller à contre courant. Fugazi, et son leader Ian McKay (au passage modèle pour nombres de musiciens de Seattle à l'époque), à travers leur label Dischord Records, ont quand à eux su sublimer le modèle, au prix d'efforts constant, d'une intégrité sans faille (ils ont toujours catégoriquement refusé les appels des majors et autres interviews de Rolling Stone et consorts), et d'un mode de vie que très peu auraient eu le courage de vivre, qui font dire que pratiquer le DIY oui, mais pas sans savoir s'organiser et compter. DIY oui, mais les pieds sur terre d'abord!!!!

Au final, on est ravi de ce petit bouquin, qui, même s'il n'aborde pas notre sujet, celui du grunge de Seattle (qui quoi qu'on en dise, de ses débuts jusqu'à la fin des années 80, n'était fait que de ça), fait complètement fi de ce qui s'est passé à Olympia dans les années 80 et 90 (merde alors : l'International Pop Underground Convention, si ça c'est pas du DIY), et ne parle que peu des Riot Grrrl, reste un très bon moment de lecture où l'on apprend pleins de bonnes choses. Qui surtout, nous font réfléchir et dire que, oui on n'a pas beaucoup de moyens, mais non, ça veut pas dire que rien ne peut être fait. Tout est affaire d'abord de volonté. Les solutions viendront en leur temps.



A noter que les Buzzcocks furent le tout premier groupe de l'histoire du punk à sortir un disque entièrement autoproduit, en l’occurrence le maxi Spiral Scratch en 1977, ce pour l'équivalent de 3500€ actuels. Enregistré en 3 heures top chrono, il se serait vendu à 16000 exemplaires en 9 mois. Et ben savez quoi? Les Buzzcocks seront visibles et écoutables au Hellfest en juin prochain. Attendue sera aussi la prestation de Walking Papers, ainsi que celle d'Alice In Chains (même si pour le moment pas sur l'affiche, après l'avoir été, on le sait hein l'équipe du Hellfest, qu'ils en seront)... Du bon donc, en sus de tout l'armada stoner doom sludge (Spiritual Beggars, Sleep, Cult Of Luna, The Sword etc...) et autres ZZTop, Kiss, Down, Korn ou Stone Sour qui eux, fouleront les grosses scènes...

Turnover live par Fugazi + une reprise du Pulled Up de Fugazi couplée avec Rockin' De Neil Young en vidéo par Pearl Jam en 1992... Vedder est un grand fan et accessoirement ami de Ian McKay... Ceux qui veulent en savoir plus sur les relations entre grand capital et grandes démocraties peuvent lire "Une histoire populaire de l'empire américain", adaptation bd du chef d'oeuvre d'Howard Zinn, un des plus grands critique du modèle américain... Photos : Ian McKay et Henry Rollins (Black Flag) lors d'un concert de Minor Threat début 80' + Ian McKay et Jeff Nelson dans les bureaux de Dischord - Washington DC).