Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

31/12/2010

Entraide ou concurrence? Sean Kinney d'Alice In Chains au rapport

A propos du Grunge à Seattle, y'a toujours un truc qui m'a posé question, à moi. A savoir : "Comment c'est possible que tous ces groupes, qui ont redéfinit, revivifié, réinventé le rock il y a 20 ans, avec leur son et leur esthétique bien à eux, il faut le dire - on ne confondrait pas les Screaming Trees avec Alice In Chains ou Soundgarden avec les Melvins - comment tous ces groupes, qui ont proposé quelque chose qu'on avait jamais entendu auparavant, quelque chose de révolutionnaire, comment c'est possible qu'ils soient tous sortis d'un seul endroit, une ville pas forcément tentaculaire comme peuvent l'être Los Angeles et New York?". C'est une question récurrente qui n'a pas forcément une réponse unique, mais peut être qu'un élément du schmilblick se trouve dans les paroles ci dessous. On vit dans une société aujourd'hui ou on estime que le fait de mettre systématiquement en concurrence les gens, les entreprises, les gamins à l'école, sa voiture avec celle du voisin, son QI avec celui de Julien Lepers, et j'en passe et des meilleures, est l'idée la plus intelligente que l'homme ai jamais eu, à priori ce qui devrait rendre ce monde meilleur et accélérer le sacro saint progrès... Moi perso je pense que c'est la plus grosse connerie jamais sortie de notre petit pois qui nous sert de cerveau!!! Enfin bon, moi j'dis ça, j'dis rien... Et kes' qu'ils en pensent, là haut à Seattle? Comment c'était au sein de la scène locale??? Y'avait de la compèt' ou pas?

Mark Pickerel (1er batteur des Screaming Trees et batteur de Truly) en parlant de la scène dans les années 80 : Je me rappelle avoir été intimidé par la réputation de Green River, parce qu'il semblait qu'ils avaient beaucoup en commun avec les Screaming Trees. J'avais toujours pensé qu'ils étaient le groupe contre lequel on aurait à prouver quelque chose, si on avait à se faire une réputation à Seattle. Avant qu'on monte à la ville, les groupes à Ellensburg était tellement en compétition, chacun balançant énormément de conneries dans le dos des autres. Avant qu'on soit accepté dans la communauté à Seattle, je me rappelle avoir pensé que tous ces groupes, là bas, allaient devenir nos ennemis. Mais en fait on a été complètement surpris : on s'est fait accepter chaleureusement non seulement par le public, mais par les groupes eux mêmes. Il semblait que tous ces groupes travaillaient étroitement ensemble, afin que les choses marchent pour tous - Chacun travaillait pour servir une cause commune, la cause de tous.

Charles Peterson (photographe) : Quand je photographiais Green River, il y avait les gars de Soundgarden à les encourager. Et quand je photographiais Soundgarden, les mecs de Green River étaient toujours là à trainer dans le coin...

Sean Kinney (batteur d'Alice In Chains) aujourd'hui : Le monde de la musique a tellement changé. Genre désormais, on a 3 maisons de disques, et environ 2 dirigeants pour toutes les radios (rires). Ça a été monopolisé - ils peuvent sortir n'importe quoi et dire : "Vous devez écoutez ça, on va vous passer cette vidéo. la fille chante comme une merde? Et alors, on va vous jouer cette soupe tellement de fois que vous serez forcé de l'acheter". "Va l'acheter, mouton". Et le pire : un paquet de gens le font. Plus globalement, dans la situation ou se trouve notre pays - et le monde - il y a de quoi être en colère à propos de l'avenir, pour ceux qui rentrent dans le monde adulte. Je serais terrifié si j'avais 21 ans et que je pensais avoir à devenir millionnaire, avoir ma propre Bentley et boire dans du cristal... avec une bande de gonzesses sur un yacht! Tout ça c'est un tas de conneries.

Ce qui me rend perplexe : on est en voie de rentrer dans la case "Classic Rock". C'est un truc qui m'a toujours fait chier, mais merde, c'est un grand honneur d'en être. Ça veut dire pour moi qu'on a fait quelque chose de bien - qu'on ne s'est pas éloigné de nos idéaux. Bon, ça vous fait juste vous sentir vieux... Quand je suis à Seattle, je vois les mecs de Soundgarden, et on file ensemble voir les gars de Pearl jam. C'est surprenant que personne n'ai jamais été affecté par ça, cette idée de compétition. Il n'y a jamais eu le moindre sentiment de compétition. Quand on joue, Novoselic est là, Kim Thayil arrive et jamme avec nous. Duff (Mac Kagan) est en ville? - il vient et il jamme. Toujours tu finis par rentrer dans une salle de répét' miteuse, merdique et qui sent le moisi. T'as un mec de Soundgarden, un mec de Nirvana, un putain de gars de chez Queensrÿche*, et un gonze des Guns N'Roses - et moi en train de pirater quelques riffs. Rien n'a vraiment changé finalement...

Je suis un peu fleur bleue, moi, à toujours penser que c'est en s'entraidant qu'on arrive à faire des grandes choses... Suis surement pas fait pour vivre dans ce monde là... Spéciale dédicace au petit monde des adorateurs de grunge en France : Sly, Cyborg, Sylverbast et les autres qu'on ignore encore... Et pour te faire écho Sly, par blog interposé, c'est pas grand chose tout ça, mais bordel on peut la changer cette putain de société qui ne pense qu'au fric, mais qui ne veut pas voir qu'elle est en train d'absolument tout pourrir!!! Et l'amitié, mettre du lien entre les gens, prendre du bon temps ensemble, finalement c'est une réponse tout à fait crédible à ça : c'est la chose la plus simple qui soit, ça coute rien et ça peut rapporter gros... La Vie, merde, n'est belle que si on y inclut entraide et amitié... Bordel, ça se saurait si l'argent faisait le bonheur... On devrait penser inconditionnellement à d'abord prendre plaisir avec la personne qu'on a en face de soi plutôt qu'avec l'argent qu'on a dans son porte monnaie... Si on mettait vraiment l'humain plutôt que l'argent au centre du système sociétal actuel, on en arriverait pas aux abbérations qu'on peut voir et entendre tous les jours... Donc pour moi, je le répète encore et encore, le véritable testament du Grunge en tant que mouvement, c'est ça, c'est un exemple quelque part : ces gars, cette bande de "nerds" (We were nerds, goddammit!!!! disait Van Conner dans Hype!), ont révolutionné le monde de la musique juste grâce à des amitiés solides, une envie de faire les choses ensemble, de l'entraide et une ouverture continue aux autres. Cette bande de "nerds", de ploucs, a, malgré elle j'en conçois, montré à tous, y comprit aux biens pensants, quelles sont les vraies valeurs de la Vie. Si le Grunge, c'était juste de la musique, perso je m'en foutrais complètement. Il se trouve que le Grunge à Seattle, c'est bien plus que de la musique, ça va bien au delà de la musique. Le Grunge à Seattle, c'est une aventure humaine, l'histoire de multiples amitiés intercroisées, et c'est vraiment ça que j'ai envie de faire sentir sur ce blog... Trinquons à notre amitié interblog : Grungement votre!!!!



Bonne année 2011 à vous les amis, et surtout n'oubliez pas de garder votre esprit punk et do it yourself : souriez quoi qu'il arrive à la Vie, mais gardez toujours l'esprit critique et insurgez vous contre la connerie humaine!!!! On est tous des Vedder en puissance, on peut tous ouvrir nos gueules et ne pas accepter l'inacceptable!!!!

PS : Si certain l'ignoraient encore, les Melvins passent au Hellfest à Clisson (près de Nantes) à la mi juin... Il en a déjà été question entre nous, y'a de la place ici pour camper, et ici, c'est à 40 bornes de Clisson... A bon entendeur salut...

*Queensrÿche : groupe de métal plutôt progressif issu de Seattle, et qui était vraiment en vue à la fin des années 80 début des années 90... Au fait : un morceau de Spys4Darwin dans la playlist Grooveshark à droite : groupe monté à l'aube des années 2000 par Sean Kinney, Mike Inez et Chris DeMargo, le guitariste de Queensrÿche...


25/12/2010

Petit Pearl Jam Noël...

Comme chacun sait, Pearl Jam a toujours arrosé ses fans des fameux "Christmas Singles". Vous en trouverez un extrait en dessous : un Jingle Bells version PJ. Et avec ça, une vidéo live d'une reprise des Sonics*, I Don't Believe In Christmas, filmée en décembre 2002 au Showbox, une des salles de concert les plus mythiques de Seattle, ayant vu passer durant les années 80 nombres des groupes désormais mondialement connus... A quand une reprise du Petit Papa Noël de Tino Rossi???

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Pearl Jam - Jingle Bells

*Les Sonics, groupe garage des années 60, originaire de Tacoma, près de Seattle, et mondialement connus pour être les auteurs du fameux morceau Louie Louie...

(Attention : n'ayant malheureusement aucun autre moyen (Deezer ou autre) de faire découvrir la musique liée au sujet dont nous parlons, ce morceau est exceptionnellement mis à disposition des visiteurs)

24/12/2010

La pop lumineuse des Posies...

En dehors du fait que Jon Auer est le frère caché de Didier Bourdon et que Ken Stringfellow a finit par convoler en juste noce avec sa Fastback favorite Kim Warnick, que connait t'on vraiment des Posies? Un truc qu'on sait, c'est qu'ils ont toujours refusé de s'inscrire au sein du mouvement de Seattle... En même temps, qui parmi tous ces groupes n'a jamais cherché à se détourner de l'appellation d'origine non contrôlée « grunge »??? Il n'empèche : ils sont bels et bien de Seattle – Belligham exactement – et malheureusement pour eux, façon de dire, le groupe est né juste au bon moment juste au bon endroit. Les Posies, ce sont d'abord et essentiellement deux excellents songwriters. Amis d'enfance usant leurs fonds de culotte sur les mêmes bancs de l'école, ils prétextent la formation de plusieurs groupes pour toucher à tout : du métal au piano classique en passant par le punk rock, ce avant de tenter un mélange qui s'avèrera absolument pas hasardeux, et que Stringfellow qualifiera bêtement de « bonnes choses chipés dans tous ces précédents groupes – des bons morceaux, simplement »

Ken Stringfellow : Jon et moi étions ensemble au collège à Belligham. J'ai bougé à Seattle pour aller étudier à l'Université de Washington. Après ma première année à l'université, on s'est retrouvé. On avait vraiment les mêmes gouts musicaux. On était lassé des musiques délibérément « débiles » qui marchaient à Seattle à ce moment là. On se sentait plus d'affinités avec des songwriters habiles comme Squeeze, Elvis Costello ou XTC, avec des musiques qui avaient « du grain ». De la musique recherchée, intelligemment faite par des gens qui ont du métier, qui ont un large point de vue sur ce qu'ils font... Ce qui nous bottait, c'était de faire une musique mélodique et chaleureuse, ensoleillée. On s'est mit à écrire en série des morceaux arrangés, remplis de jeu de mots, de la musique pop en somme. Au début, ça n'était pas réfléchit, mais on s'est vite rendu compte que cette approche là nous distinguait vraiment des autres groupes. On voyait ça comme quelque chose de délibérément pas cool, ce qui paradoxalement le rendait cool pour nous.

Les Posies sont nés. Les deux potes enregistrent par eux même plusieurs morceaux chez le père de Jon, sur cassette. On est au début de l'année 1988.

Ken Stringfellow : Jon avait un studio chez lui – on a donc enregistré ce qui est devenu le premier album des Posies. Avec notre petit coté innocent, genre « on ne connait pas assez les règles du milieu pour être intimidés », on a distribué des cassettes dans les stations radios locales. Et parmi elles, une radio alternative, mais avec un coté un peu commercial : KJET. Ils passaient les Soul Asylum, les Replacements, Suzanne Vega, ce genre de choses. Pas vraiment de groupes locaux. On est arrivé avec la cassette en disant : « Hé les gars, ça vous dirait de passer notre musique sur votre radio ?». Un peu en leur léchant les bottes... « J'y jetterais une oreille »

Normalement, « y jeter une oreille » veut dire qu'ils vont la balancer à la poubelle. 4 ou 5 jours après, en écoutant cette radio, j'entends une de nos chansons. Et une heure après, je l'entend encore, puis encore une fois l'heure qui suit. Non seulement ils avaient décidé de la passer, mais ils la passaient tout le temps!

On avait trouvé notre voie. Mais le fait de l'avoir fait là ou d'autres groupes locaux n'y arrivaient pas, je pense que ça a été vu comme quelque chose de calculé de notre part. On n'était pas comme ça. Il a fallu quelques concerts pour que les gens se disent : « Ok, ils font quelque chose de différent de ce qu'on voit ici d'habitude. Ils ne sont pas totalement hors circuit musicalement, ils sont juste dans un trip légèrement différent.

Conrad Uno les signe sur son label PopLlama, qui est également celui des Young Fresh Fellows, de Flop, de certains Walkabouts et des premiers méfaits des Fastbacks (et accessoirement une des maisons de disques locales qui ont fait la renommée du Seattle Sound aux cotés de Sub Pop) et sort Failure, le premier album. Il semblerait même que Uno ait profité de la manne financière offerte par le succès de l'album pour s'offrir le "Egg Studio", un studio d'enregistrement tout neuf dans lequel les Mudhoney viendront mettre en boîte pour pas cher l'inégalé "Every Good Boy..."

Ken Stringfellow : Les Young Fresh Fellows ont été une sorte de modèle pour nous quand on débutait. Ils avaient sorti un disque sur un label indépendant, tourné partout dans le pays, et leur shows à Seattle étaient toujours excellents.

Les Posies sont vite repérés par les majors, et c'est naturellement qu'ils signent chez Geffen pour un deuxième album : Dear 23, absolument excellent. C'est le troisième essai, Frosting On The Beater, qui cassera la baraque. Que de merveilles pops, de solos lumineux : on touche à la perfection... Malheureusement, le succès ne dure pas, et après quelques autres disques, le groupe splitte en 1998. Stringfellow part en tournée avec REM, mais les deux amis ne se perdent jamais de vue, et décident d'un nouvel album en 2005. Blood/Candy, dernier album en date, est sorti courant 2010...

Ken Stringfellow : On a commencé ce groupe alors qu'on était des gamins. Et le fait de le dissoudre à un moment et de le reformer, on le voit plutôt comme quelque chose de sain. J'ai beaucoup appris tout au long de ma carrière, au niveau relationnel en général, et je peux dire que mon amitié avec Jon est quelque chose d'incassable. J'aurais jamais pensé que le groupe et notre collaboration puisse être fertile à ce point. Blood / Candy en est l'illustration actuelle.

Jon Auer : Le fond de notre amitié est une longue histoire, une histoire qui ne peut pas être effacée, quelque chose qui nous appartient à tous les deux. C'est ce qui fait de notre collaboration quelque chose d'unique. J'ai pas la sensation aujourd'hui qu'on ai été ensemble depuis si longtemps. Certains jours, j'ai même l'impression que c'est comme si on commençait. C'est un très bon signe.

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En bonus le clip le plus kitch jamais vu sur ce blog, ainsi que Solar Sister revisité 20 ans après... Voir aussi dans la playlist Grooveshark The Posies...

19/12/2010

Seattle Grunge's anecdotes : les débuts de Soundgarden

Soundgarden n'aurait pu voir le jour sans les Shemps, un groupe de reprises des Doors (entre autres) fondé par Matt Dentino, lequel dans l'histoire embarquera successivement ses deux amis Hiro Yamamoto et Kim Thayil... Sans ambition précise, le groupe voit arriver dans ses rangs un jeune punk du nom de Chris Cornell, initialement bon batteur...

Hiro Yamamoto (1er bassiste de Soundgarden) : Chris (Cornell) a répondu à une annonce qu'on avait posé pour trouver un chanteur, et il cherchait un endroit ou crécher. C'est comme ça qu'il a finit par bouger dans mon appart. Chris habitait donc chez moi et naturellement on a commencé à jammer ensemble. Je jouais de la basse, lui était aux fûts, et on jouait comme ça pendant des heures. C'est à peu près comme ça que ça a commencé. Chris était plus jeune que nous, c'était un gamin. Il avait dû quitter le collège. Il était jeune et calme - il aimait vraiment être dans son coin. Moi et Kim on aimait se poser là, boire des bières et mater David Letterman à la TV. Chris, lui, était plus réservé, introspectif. Il aimait disparaitre dans sa chambre et partir dans ses pensées. Kim n'habitait pas avec nous, il habitait ailleurs. C'est là que tout a commencé, dans cet appart.

Kim Thayil : Je n'étais pas leur premier choix. J'étais probablement pas non plus leur second. Je pense que j'étais leur huitième ou neuvième (rires). Mais les autres guitaristes, soit ne jouaient pas super bien, soit n'avaient pas les mêmes intérêts que Chris ou Hiro. Hiro a pensé à moi avant Chris, car Chris me connaissait seulement comme le bassiste chez les Shemps. Il ne savait pas que j'étais d'abord un guitariste. Donc Hiro a pensé : "Kim est un bon ami à moi, c'est un vraiment bon guitariste et il aime à peu près les mêmes choses que moi. Pourquoi ne pas l'inviter à jammer avec nous? Mais bon, Kim a une copine, il va à l'université et il a un job - il est très occupé"
Finalement je suis venu un soir et j'ai joué avec eux. Et immédiatement quelque chose s'est déclenché. Le premier jour on a écrit deux morceaux. Stylistiquement parlant, ça sonnait comme rien de ce qu'on avait pu entendu auparavant - et ça n'avait pas le coté heavy qu'on a finit par avoir. On avait tout trois participé à l'élaboration des morceaux, on aimait tous les 3 ces morceaux et on appréciait tout trois la façon dont nos instruments respectifs sonnaient et contribuaient aux morceaux. Et Chris - à ce moment, on n'avait pas encore réalisé qu'il avait des idées de paroles. Donc on avait ces morceaux qui étaient entièrement arrangés instrumentalement parlant, et qui étaient vraiment intéressants. Donc on s'est dit : "Revoyons nous demain". On était très heureux, très satisfaits - on rigolait comme des fous ce soir là, c'était vraiment fun. Le jour d'après on a écrit 3 morceaux de plus. Donc en 2 jours et 1 pack de bières, on avait 5 morceaux, que nous avons d'ailleurs tous finit par jouer live et enregistrer, bien qu'aucun ne soit sorti sur disque. C'est comme ça que ça a commencé, ces 2 jours et ces 5 morceaux. Mais bon, j'avais encore à terminer mon dernier trimestre à l'Université de Washington, j'avais cette nouvelle relation (amoureuse) et je bossais à plein temps au Native American Cultural Center (Centre culturel des Indiens d'Amérique). Et en plus j'étais bénévole à la station de radio de l'Université...

Hiro et Chris ont commencé à me rappeler après un couple de semaine : "Mec, reviens jouer la semaine prochaine". "Je peux pas, faut que j'bosse". Et ils rappelaient le jour d'après. C'était bizarre, parce qu'ils semblaient vraiment pressés - Hiro appelait tout le temps, et même Chris a appelé deux ou trois fois. A ce moment j'ai commencé à ressentir une certaine pression. "Putain mec, j'ai plein de taf... Je viendrais peut être d'ici deux ou trois jours". Hiro a commencé à devenir fou - je pense qu'il a dit à Chris : "Tu sais quoi : qu'il aille se faire foutre. Il est bidon, c'est trop dur de le motiver". Finalement il s'est mis à m'engueuler. C'était bizarre pour moi, il agissait comme une petite copine jalouse, genre "T'es mon petit ami ou pas?". J'étais là : "Ouais, bien sûr que j'aime ce qu'on fait, j'aime beaucoup même, mais bordel, je suis vraiment débordé mec!!!". Finalement, je suis revenu et cette fois là on a eu encore une nouvelle idée de chanson. Mais ils voulaient vraiment que je m'engage avec eux. En faisant un effort, j'ai réussit à trouver du temps pour venir jouer 3 nuits par semaine. Mais à cause de ça, j'ai perdu mon boulot parce que j'arrivais plus à fournir. Du coup j'avais plus de fric, mais ça devenait enfin possible d'aller faire des trucs avec ces crétins (rires).


Chris Cornell est né à Seattle, mais Kim et Hiro sont arrivés de Chicago au début des années 80, en compagnie de quelques potes à eux, dont un certain Bruce Pavitt, qui va lancer rapidement un fanzine : Subterranean Pop. Faudra qu'on s'attarde sur ce petit détail qui a fait la grande histoire du Grunge... Comme il faudra qu'on s'attarde sur l'arrivée d'un groupe du Montana mené par un certain Jeff Ament, ou aussi sur cette bande d'étudiants de l'Ohio qui formèrent pèle mêle The Gits, 7 Year Bitch ou encore Alcohol Funnycar... Une prochaine fois peut être...
Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

11/12/2010

Interview de Greg Prato, auteur de "Grunge Is Dead : the oral history of Seattle Rock Music"

Savez pas la nouvelle : je reçois cette semaine un mail de Jack (Endino, celui qui a enregistré les premiers Nirvana et Soundgarden), qui me dit, texto :

Salut l'ami, dis voir, qu'es tu fais à la St Sylvestre? Y'a Kim (Thayil) qui fait une petite fiesta chez lui, y'aura tous les copains (Stone, Tad, Eddie, Mark, Krist...). Kim nous fera quelques morceaux de son nouveau groupe "Noise Vegetable". Il y jouera du youkoulélé en string, avec ses nouveaux copains musicos (Un certain Ben, qui joue de la contre bassine, un dénommé Matt qui tape sur des futs de 100 litres avec des branches de châtaignier et un mec du nom de Chris Corneille qui chante des chants basques avec eux). Ça risque d'être dément!!!! On t'attend sans faute!!! PS : Faut vraiment que tu rencontres ce mec, Greg Prato, son bouquin est une bombe, et il en sait désormais bien plus que nous tous sur ce qui nous est tombé sur la tronche en 1991...

Et avec ça il m'envoie cette photo ci dessus, de lui à Reciprocal... Intrigué, j'enfile mon parka et démarre la mobylette. Direction New York, ou le personnage suscité réside. C'est pas n'importe qui le gars : journaliste pour Billboard, Rolling Stones Mag ou encore Classic Rock Mag, gros gros fan de rock, et auteur jusque là de quelques bons bouquins sur le sujet, entre autres une bio du guitariste Tommy Bolin et l'histoire du groupe alternatif Blind Melon...

Seattle Grunge : Greg, d'où te viens cette passion pour Soundgarden, qui est plus ou moins à l'origine de "Grunge Is Dead"?

Greg Prato : J'adore presque tous les groupes grunge de la période fin 80's début 90's, mais si j'avais à en choisir un, ce serait effectivement Soundgarden. J'étais fan de Soundgarden bien des années avant de commencer à écrire “Grunge Is Dead”. Je les ai vu en concert pour la première fois en mars 1990, ils étaient à l'affiche avec Faith No More (un autre de mes groupes favori de tous les temps) et Voivod, au Lamours, un club de Brooklyn (NY) désormais fermé. Depuis l'époque de Badmotorfinger, eux et Faith No More sont restés probablement mes groupes rocks préférés de “l'époque moderne”. Et puis, il faut dire qu'il y avait dans Soundgarden 4 énormes songwriters, et que chacun d'eux était vraiment unique dans la maîtrise de leur instrument. Ils ont été le premier groupe grunge que j'ai découvert, et j'en suis devenu un fan inconditionnel. Ils se sont améliorés album après album, ils avaient vraiment des très très bons shows, dont j'ai été témoin au fil des ans. Ils sont aussi responsables de deux mes albums préférés de tous les temps : Badmotorfinger et Superunknown

SG : Pourquoi avoir écrit un livre basé sur des interviews? L'exercice n'est pas si simple. Et pourquoi un livre sur le grunge à Seattle? Était ce un manque que tu sentais au sein de la communauté musicale aux Etats Unis?

GP :
La raison pour laquelle j'ai écrit “Grunge Is Dead” est qu'en tant que fan, je n'avais jamais trouvé un bouquin qui racontait dans son entier l'histoire du mouvement, depuis son commencement (le livre commence au début des sixties, quand Jimi Hendrix, natif de Seattle, commençait à jouer avec certains groupes locaux) jusqu'à aujourd'hui. Donc j'ai décidé de faire le boulot moi même! Deusio, de mon point de vue certains groupes n'avaient pas été autant mis en lumière que Nirvana ou Pearl Jam, et méritaient de l'être. Tercio, le format adopté pour le bouquin est celui de “l'histoire orale”, lequel est devenu très populaire de nos jours, et personnellement c'est quelque chose que j'ai toujours préféré en temps que lecteur (en gros, chaque chapitre traite d'un sujet, et les témoignages des gens que j'ai interviewé sont insérés en fonction de sujets de chaque chapitre : l'histoire se déroule de cette façon d'elle même, aucun besoin donc de faire intervenir des commentaires de quelqu'un qui était en dehors de la scène locale de l'époque). Et, par ce biais, on détient l'histoire de source sûre!

SG : De quelle manière as tu organisé ton travail? En supposant qu'un contact en amène un autre, qui a été la toute première personne que tu as interviewé? Et quels ont été ceux qui ont été prédominants, qui ont été le plus ouvert pour te parler?

GP : Les premières personnes que j'ai interviewé étaient Ben Shepherd, Matt Cameron et Jack Endino, pour un article sur Soundgarden pour Classic Rock Magazine, intitulé “Black Hole Sons”. En réalisant cet article, je me suis rendu compte que j'avais là une bonne base pour un vrai bouquin, sur Soundgarden, voire sur le mouvement en général. Comme j'aimais vraiment tous ces groupes, j'ai choisi la deuxième solution. Parmi tous ces interviews, ceux avec Blag Dahlia des Dwarves, Kim Thayil, Duff MacKagan des Guns N 'Roses (qui est originaire de Seattle), Mark Arm de Mudhoney, Nancy, la mère de Layne Staley, et bien sûr Eddie Vedder ont été les plus mémorables.

SG : Est ce qu'il y a une méthode pour trouver la confiance des personnes qu'on interviewe?

GP :
Chacun me recommandait d'autres personnes à qui je pourrais parler. Et plus je faisais d'interviews, plus le bouche à oreille fonctionnait au sein de la scène là bas, et tous ont réalisé petit à petit que je n'étais pas un de ces gaffeurs qui cherchait à écrire un bouquin de commérages, mais plutôt un document profond et authentique sur l'histoire du grunge.

SG : En lisant le bouquin, on se rend compte que ni les ex Nirvana ni Chris Cornell ne participent. La densité des propos font que leur absence n'est absolument pas un manque. Mais de ton coté, est ce que ça a été une déception de ne pas avoir pu les interviewer?

GP : J'ai effectivement fait des demandes d'interviews via les maisons de disques ou directement pour Dave Grohl et Krist Novoselic, mais je n'ai eu de permission pour aucun d'entre eux (même chose avec Mark Lanegan). J'ai eu le plaisir de rencontrer Krist Novoselic à Seattle en 2009, la fois ou je suis allé dédicacer mon livre. C'est même Kim Thayil en personne qui m'a présenté à lui. C'était énorme!!! Je suis certain que Dave Grohl et Krist Novoselic auraient trouvé une bonne place dans le bouquin, mais personnellement, je suis très content du livre tel qu'il est. J'ai cependant interviewé un membre de Nirvana – le batteur Chad Channing (qui a joué sur Bleach et quelques morceaux de Incesticide). Et plusieurs des personnes associés à leur carrière (les producteurs Jack Endino et Steve Fisk, l'ingénieur du son Craig Montgomery, la petite amie de de Kurt Cobain, Tracy Marander, etc...).

Pour Chris Cornell, j'avais fait une demande à son attaché de presse. Mais il venait de sortir son deuxième album solo, et était complètement accaparé par sa promotion. Mais j'ai pu interviewer tous les autres membres de Soundgarden, même le premier bassiste Hiro Yamamoto, et aussi leur manager (et ex-femme de Chris), Susan Silver.

SG : Toi personnellement, ressens tu de la nostalgie vis à vis de cette période, les années grunge?

GP : Un petit peu, mais j'ai toujours continué à écouter ces groupes de Seattle au fil des ans, donc ce n'est pas comme si j'avais oublié combien cette musique était bonne. Mais j'ai été long à me remettre de ce qu'a représenté le mouvement au début des nineties – un changement dans la société en général. Avec l'émergence de Nirvana et des autres, ça a définitivement modifié les gouts de la population, dans le monde du rock, mais aussi dans la mode, la politique, etc. Et j'ai toujours respecté que des gars comme Cobain ou Vedder ouvrent leur gueule sur des sujets sur lesquels la plupart des groupes de rock d'aujourd'hui n'auraient pas le courage de parler... par peur de perdre leurs tournées des stades en cours, que quelques bienveillantes sociétés leur sponsorisent...

SG : C'est un fait qu'en France, nombres de personnes voient ce mouvement, à cause des histoires de drogues et les morts successifs, comme quelque chose de sombre, dépressif. Au contraire, dans ton livre, on peut lire beaucoup d'anecdotes très drôles...

GP : J'ai grandi à New York, et je n'ai jamais vu le mouvement grunge comme quelque chose de dépressif. Les drogues et la mort sont partout dans le monde, et liées à tous les genres musicaux – du vingtième siècle jusqu'à maintenant. Mais oui, “Grunge Is Dead” a son compte de lumineux moments et d'histoires vraiment drôles – ce n'est pas que drogues et mort!

SG : As tu eu des retours des personnes interviewés qui auraient lu ton livre?

GP : Pas de retours négatifs en tout cas. Tout le monde là bas semble avoir une opinion favorable à son sujet. Quand aux lecteurs, il m'arrive de jeter un œil sur amazon.com, et toutes les critiques sont positives, ce qui est encourageant.

SG : 20 ans après, on peux ressentir un certain frémissement du son de Seattle : reformation de Soundgarden et Alice In Chains, 20 ans de Sub Pop, des livres comme le tien, l'influence toujours plus grande de groupes comme les Melvins ou Earth sur la scène actuelle. En tant que journaliste rock, est ce quelque chose que tu peux sentir aux Etats Unis actuellement?

GP : Ce que je vois surtout c'est que le rock “mainstream”, "tendance", est aussi exécrable, voire pire encore, que ce que c'était juste avant que Nirvana, Pearl Jam ou Soundgarden débarquent en 1991. Aujourd'hui, on a aux USA une bande de débiles qui sonnent les uns comme les autres exactement pareil, qui n'ont aucun désir d'essayer d'être original, d'essayer quelque chose de différent que ce qui a déjà été fait. Donc si c'est le signe qu'une nouvelle insurrection du type grunge est en cours, alors c'est ok pour moi... Je prends! On attend quelqu'un pour jeter tous ces groupes puants aux chiottes et tirer la chasse, un peu comme Kurt Cobain l'a fait pour les groupes glam metal dégoutant de l'époque.

SG : Comment une petite ville comme Seattle a pu donner naissance à autant de talents musicaux? Comment est ce possible que tous ces gars aient pu être au même moment au même endroit? Est ce que ça veut dire que tout endroit dans le monde a le même ratio de talents?

GP : Je pense que ça devrait donner l'espoir que ce genre d'évènement est possible pour toutes les villes du monde – peu importe sa taille, sa situation géographique, etc. Seattle n'est pas la seule ville a avoir accouché d'un mouvement musical ou a être désigné comme un vivier du rock (New York dans les années 70, Londres, San Francisco ou Détroit l'ont été dans les 60's).

SG : Tu as écris plusieurs bouquins sur le rock, tous sorti à compte d'auteur? Pourquoi ce choix?

GP : En choisissant de publier à compte d'auteur, j'ai surtout pu écrire ces livres comme je voulais qu'ils soient. Mais en contrepartie, j'ai à payer de ma poche les promotions, les réimpressions, etc. Donc c'est un pari risqué et qui, initialement, a un coût, mais j'ai l'impression désormais que ça m'a ouvert un large lectorat, vraiment loyal, de personnes qui aiment ce que j'écris. Donc, aux gens qui ont acheté mes précédents livres ('A Devil on One Shoulder and an Angel on the Other: The Story of Shannon Hoon and Blind Melon,' 'Touched by Magic: The Tommy Bolin Story,' and 'No Schlock...Just Rock!'), merci beaucoup! Je viens de sortir, toujours à compte d'auteur, deux bouquins qui j'en suis sûr plairont aux fans de rock : 'MTV Ruled the World: The Early Years of Music Video' and 'The Eric Carr Story'. Chacun d'eux étant construit sur le même format de “l'histoire orale”. Des extraits des deux livres ( et les moyens de se les procurer) sont disponibles sur http://stores.lulu.com/gregprato – allez y!

SG : Ta maison d'édition est active seulement aux USA et au Canada. As tu déjà pensé à sortir "Grunge Is Dead" dans d'autres pays?

GP : C'est mon éditeur, ECW Press qui a décidé de l'espace géographique ou il voulait publier “Grunge Is Dead”. Ceci dit, j'ai reçu un nombre incalculable de mails de personnes extérieures à l'Amérique du Nord, me demandant si le livre allait être traduit dans d'autres langues. J'aimerais que ça se fasse – chacun devrait avoir l'opportunité de lire la vraie histoire de tous ces excellents groupes de Seattle. De mon point de vue, si vous voulez que “Grunge Is Dead” soit publié dans votre pays, une seule solution, prenez contact avec ECW Press et faites le leur savoir (http://www.ecwpress.com/).

SG : Tu vis à New York : est ce que la scène rock actuelle est aussi active qu'il y a trente ans? Si c'est le cas, en profites tu toi même?

GP : En fait j'habite à Long Island, et là maintenant je ne crois pas que la scène rock soit quoi que ce soit de spectaculaire. Si vous prenez le train pour aller à New York City (à une heure d'ici), vous pouvez avoir la chance de trouver quelques bons concerts. Mais je suis sûr que chaque scène locale a ses bons et ses mauvais groupes de rock. Qui sait, Long Island ou New York sera peut être le prochain point chaud du rock, ou peut être la ville ou vous habitez. On ne sait jamais ou sera la prochaine “rock city”.

SG : As tu la moindre idée de la scène rock en France?

GP : Absolument pas!

SG : Tu m'étonnes! Dernière question : si tu rencontres dans les mois à venir un des membres de Soundgarden, je t'en supplie, parles lui de ce petit français qui exige une tournée mondiale et une date en France!!!!

GP : Je vois ce que je peux faire...

Ouais ben fais gaffe, je t'ai à l'œil, t'as plutôt intérêt d'faire ce que j'te dis, sinon j'en parle à Jack!!! Grand merci à toi Greg pour avoir donné un peu de ton temps, c'était vraiment sympa!!!!

Les photos : Greg entouré de 1) Krist Novoselic et Kim Thayil, 2) Ben Shepherd, 3) Chad Channing, 4) Susan Silver, 5) Robert Roth chanteur de Truly et 6) Mark Arm et sa femme Emily Rieman...

Pour trouver les bouquins de Greg Prato :

www.amazon.fr/gregprato

http://stores.lulu.com/gregprato

http://www.myspace.com/gregpratopage

Les Melvins jouent pour ta petite soeur...

Y'a que les américains pour nous inventer ça : un Club Dorothé version Punk N'Roll. Ça s'appelle Pancake Moutain, et si tu veux voir Henry Rollins, Ian Mc Kay ou My Morning Jacket jouer pour ta petite nièce ou ton voisin de 6 ans, une seule solution : Pancake Moutain!!! Mais franchement, seuls les Melvins peuvent donner le meilleur d'eux même devant un tel public...


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Et pour le plaisir, une petite anecdote sur les Melvins : Steve Manning (attaché de presse de Sub Pop) : J'ai vu les Melvins en concert des tonnes de fois. Mais je pense que leur passage à l'International Pop Underground Convention* restera mon expérience favorite et la plus mémorable que j'ai jamais eu avec les Melvins. Ils ont joué l'après midi dans le parc. Toute leur famille était venue pour eux - 2 de leurs grands-mères étaient là, et portaient des t-shirts avec écrit dessus : "Mamies des Melvins"

*4 jours de concerts organisé par Calvin Johnson de Beat Happening à Olympia en 1991, avec des groupes alternatifs venus de partout. Une compilation en témoigne chez Kill Rock Stars, avec entre autres : Melvins, Seaweed, Beat Happening, Fugazi, Bratmobile, Fastbacks, L7...

01/12/2010

Earth et Dylan Carlson : du grunge au drone, il n'y a qu'un pas...

Dylan Carlson accède mondialement à la célébrité aux alentours d'avril 1994 pour avoir fourni à son grand pote Kurt Cobain de quoi se plomber la cervelle... Fait "d'arme" peu glorieux, si je puis me permettre... Ce cher Dylan aurait même été celui qui introduisit Cobain auprès de miss Héroïne, du temps qu'il partageait un appartement avec Kurt à Olympia (attenant à celui de Slim Moon), et s'amusait avec lui et Toby Vail (leader de Bikini Kill et principale énergie du mouvement Riot Grrrl naissant) à quelques expérimentations sonico-musicales. Il faut dire à ce stade que le bonhomme est depuis ce temps un grand toxico devant l'éternel qui, aux dernières nouvelles, viendrait juste de s'en remettre. Voilà pour la petite histoire.

Il se trouve que Dylan Carlson peut être fier de son autre fait d'arme : celui d'avoir inventé un genre musical. Du gros son qu'on appelle communément "drone-doom".

Slim Moon (membre fondateur et 1er guitariste de Earth, fondateur du Kill Rock Stars Label) : En 1987, quand "Gluey Porch Treatments" (1er album des Melvins) est sorti, mon meilleur ami, Dylan, est tombé dépressif. L'idée récurrente qui lui venait en tête était que ce disque était tellement bon qu'il n'avait plus aucune raison d'être dans un groupe, parce qu'il ne serait jamais aussi bon qu'eux. Il a piqué une crise, a détruit sa guitare et son ampli, et s'est barré à Seattle.

Car les Melvins sont une influence prépondérante du monsieur. Il s'en inspirera quelque peu pour, une fois remis de sa déception, monter en 1990 avec son pote Slim Moon donc, un groupe expérimental et instrumental : Earth. Pas de restrictions sur la disto, le concept est entièrement basé sur la maitrise de l'effet suscité et sur la mise en place de morceaux longs de 10 à 15 mn.

Larry Reid (manager des U-Men et organisateur de concerts) : Earth a joué son premier show à Seattle au COCA (Center of Contemporary Art) en 1991. Ils ont juste joué un morceau, un instrumental lourd et grinçant. Cobain était dans l'audience, c'était l'époque ou il aimait bien sortir en public. Il a quitté la salle au bout de 10mn. Au bout de 20mn les seules personnes encore présentes étaient moi et un autre membre du staff de COCA. Même l'ingénieur du son s'était barré. Carlson nous demanda ce qu'on faisait encore là. Je lui ai répondu qu'on travaillait ici. Et là il me sort : "Vous auriez pu le dire, on avait prévu de jouer jusqu'à ce qu'on ai fait sortir la dernière personne venue nous voir!!!".

Le groupe sortira une bonne poignée d'albums, quelques lives et EP qui verront passer du beau monde. Joe Preston par exemple, bassiste de son état, plus tard chez les Melvins (mais pas longtemps comme tout bassiste chez les Melvins), et passé depuis dans l'intégralité ou presque des groupes du genre, participera à l'EP "Extra-Capsular Extraction". Même Cobain et Dale Crover viendront prêter main forte. Carlson restera cependant l'unique membre permanent d'un groupe aux nombreux changements de line-up. Earth est passé depuis belle lurette au stade de groupe culte, influençant nombres de groupes actuels, à commencer par Sunn O))) (encore un groupe de Seattle), que ses membres expliquent avoir fondé en hommage au groupe et à l'homme. Certains membres actuels de Earth s'investissent en ce moment dans Master Musicians Of Bukkake, un groupe mystico chamanico drone doomesque toujours issu de la région de Seattle... Earth n'est pas mort et vient même de terminer l'enregistrement d'un nouvel album.


Deux morceaux à découvrir dans la playlist Grooveshark à droite, ainsi que deux autres des Master Musicians Of Bukkake

27/11/2010

Seattle Grunge's anecdotes : les party houses avec Charles Peterson

Il n'y avait pas d'endroits ou jouer. Personne pour supporter la scène punk. C'est pour ça que je suis parti. Duff Mac Kagan à propos de son départ de Seattle pour LA en 1984...

Comme de fait, à Seattle au milieu des années 80, beaucoup de clubs, bars, salles de concerts où se produisent nombres de groupes locaux ont mis la clé sous la porte. Même les lieux ouverts au plus de 21 ans ne seront pas assez robustes pour résister. Les anciens clubs ferment plus rapidement que les nouveaux ouvrent, lesquels sont en général souvent plus petits, ou moins enclins que les précédents à promouvoir des groupes punk ou rock. Les causes : des problèmes récurrents avec les autorités locales et une certaine frange de la populasse cherchant avant tout la tranquillité. N'oublions pas que Seattle à l'époque, c'est 600000 habitants, plus petit que Marseille en France... On est loin de l'effervescence perpétuelle d'un New York ou d'un Los Angeles...

Pourtant, des groupes se forment et pratiquent toujours dans des sous sols, des entrepôts, et des salles de répet' installées dans des vieilles usines. Il y avait un besoin pour eux, des "party houses" se sont donc informellement mises en place afin de leur permettre de jouer, dans des maisons, appartements, habitations du centre ville et de la banlieue de Seattle. L'une d'elle était la Room Nine House, ou Ron et Tracy Rudzitis vivaient avec Charles Peterson et Dan Peters. Elle tenait son nom du fait que Ron, aka Ron Nine, était le leader à l'époque de Room Nine, un groupe qui avait une approche très psychédélique du rock. C'est d'ailleurs à l'une de ces party houses que Bruce Pavitt remarquera les photos que Peterson avait fait de ses amis musiciens, et qu'il se persuadera du réel potentiel rock de Seattle.

Charles Peterson : C'était des petites fiestas... Avec jamais moins de 200 personnes...

Ron Rutzitis (chanteur guitariste de Room Nine et Love Battery) : On habitait près de la Rainbow Tavern, ce qui était plutôt pratique. Ma copine à l'époque connaissait Charles (Peterson), c'est comme ça que je l'ai rencontré. Il est devenu notre colocataire, et là, d'un seul coup, les copains de Charles se sont mis à débarquer en permanence. Mark Arm était son meilleur pote, donc il était tout le temps là. Des gars comme Ed Fotheringham aussi, qui a fait les covers d'albums de tout le monde ici et qui était le chanteur des Thrown Ups. Au moment précis ou Charles a débarqué, on a immédiatement été connu comme le lieu des fiestas les plus tarés.

Lilly Milic (la femme de Garrett Shavlik, batteur des Fluid) : C'était toujours les mêmes personnes et la même bande son. Scratch Acid, Butthole Surfers, Bad Brains. Mêmes fiestas, mais différents endroits. Un truc marrant que je me rappelle à propos de ces soirées : tout le monde cachait ses bières quelque part - dans chaque maison on avait nos planques, parce que tout le monde piquait les bières de tout le monde.

Ron Rudzitis : Quand Charles est arrivé, la première chose qu'il a voulu, c'est faire une soirée. Ça s'est transformé en un de ces trucs complètement hors de contrôle, au point que notre voisin de palier, qui avait un tuyau d'arrosage, s'est mit à arroser tout le monde sur la pelouse. Il y avait toujours des instruments à trainer, et pas mal de groupes sont venus jouer là bas. Je pense que les Melvins y sont passés. Et Green River.

Dans le même quartier, il y avait le Green Barn. Tammy Watson de Kill Sybill y habitait.

Tammy Watson (Kill Sybill) : Le Green Barn était un défouloir sauvage, taré, un rendez vous permanent de punks et d'hippies. On ne savait jamais qui était en train de jouer dans la salle de répet', à pilonner un rock qu'on n'avait jamais entendu auparavant.

Charles Peterson : Je me souviens particulièrement d'une party house dans le quartier de l'Université. Cette nuit là, Green River et Feast devaient jouer dans un dépôt à Stanwood, mais tout a été annulé à cause de la pluie. Tout le monde a bougé jusqu'à une maison. On devait être 250 à 300 personnes dans un 5 chambres. A 2 heures du mat', "un panier à salade" est arrivé. Quelqu'un a dit qu'il devait bien y avoir 11 bagnoles de flics avec des chiens policiers. Perso j'ai rien vu, parce que moi et 8 autres personnes on s'était caché dans une des chambres...

Ron Nine fondera par la suite Love Battery, excellent groupe dont on aura l'occasion de reparler sur ces pages.

22/11/2010

3 Soundgarden + 1 Tad = Tadgarden

Et pis merde, puisqu'on en parle, peut être beaucoup d'entre vous l'ont déjà vu, mais pour le plaisir, on s'là refait... Kim Thayil + Ben Shepherd + Matt Cameron avec l'excellent Tad Doyle pour une réunion des 3/4 de Soundgarden et d'1/4 de TAD (héhé, ben ouais finalement, mais quel quart!!!) lors d'un concert de Tom Morello au Crocodile Cafe à Seattle le 24 mars 2009... Ca donne : TADGARDEN!!!! Et quelques mois après, ça donne la reformation de : SOUNDGARDEN!!!!


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Kim Thayil : Tom Morello passait à Seattle pour le Justice Tour et il avait demandé à Susan (Silver, manager de Soundgarden) s'il pouvait avoir certain d'entre nous en guest. Ben et moi on nous a demandé séparément - on devait jouer séparément. La date approchait, et Ben ne savait toujours pas ce qu'il allait jouer, quand à moi et les gars avec qui je devais jammer, on n'avait pas des supers idées : on devait plancher sur des vieux morceaux punk rock avec Mark Arm au chant. C'est tombé à l'eau. Et puis Tom a appelé, en nous demandant à Ben et moi si on voulait bien le rejoindre sur scène pour jouer Spoonman. Et j'ai dit "Bien sûr, mais j'ai entendu dire que Matt (Cameron) serait là pour le show, et je ne jouerais pas un morceau de Soundgarden devant Matt - je veux le jouer avec Matt. Donc j'ai appelé Matt, et il a dit oui. Ben a proposé : Jouons le premier single Hunted Down / Nothing To Say, et après on jouera Spoonman. Après seulement est venu le problème de savoir qui allait chanter avec nous... Beaucoup des personnes à qui j'avais proposé le truc étaient vraiment hésitantes - elles ne voulaient pas s'attaquer aux performances de Chris. Donc ça devait être Tad, n'est ce pas? Ca devait être le gars avec les couilles de Dieu (God's Balls) pour dire "Fait chier, je le fais!!!" On est donc allé à la salle de répèt' de Pearl Jam, on a répété ces trois morceaux pendant 1h30, et le lendemain on était au Crocodile Cafe...


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PS : Les vidéos sont un peu pourris, mais on fait avec ce qu'on a sous la main...

21/11/2010

TAD, pas de bol mais qu'est ce que c'est bon...

TAD, pur grunge, maximum heavy sound, on peut pas appeler ça faire dans la dentelle, bien que ça aurait certainement plût à ce bon Tad Doyle. Mais après tout, c'est pas ce qu'on leur demande. TAD, pronostiqué en 1989 comme « the next big thing » à Seattle. Puis finalement rangé dans la catégorie des groupes qui auraient pu faire la différence, mais qui ont surtout fait preuve d'une malchance à tout épreuve... Fleurons de Sub Pop, et pour moi vraiment l'archétype du son de Seattle : sale, heavy, lourd, drôle, énergie dévastatrice et sens de la scène hors du commun...
Garrett Shavlik (batteur des Fluid): Tad essayait d'être tellement heavy. Il était tellement drôle sur scène que c'en était à se taper le cul par terre. Le groupe jouait très bas et très dur, drop D. Son truc à lui c'était : « J'ai juste envie de jouer cette note, pour que les gens se chient dessus!!! »
Bruce Pavitt (co-fondateur de Sub Pop) : Extraordinaire présence, sens de l'humour brillant, et un musicien incroyable – il pouvait jouer tout à la fois batterie et guitares. Super heavy – probablement le plus heavy de tous les groupes du moment.
Tad Doyle avait quitté sa ville natale de Boise, Idaho, diplôme de musicologie en poche, excusez du peu, pour faire de la musique et profiter des concerts à Seattle. Dans les faits, il enchaine surtout les petits boulots, ce qui lui vaudra plus tard une réputation un peu facilement construite, et vendu avec, quelques désagréments.
Nils Bernstein (publicitaire de Sub Pop) : Tad était boucher chez QFC sur Broadway. Une fois ils ont trouvé un doigt dans la viande qu'ils vendaient... Mais je crois que c'était après que Tad soit parti...
Jim Blanchard (dessinateur de flyers pour les concerts) : Le Kinko ou je bossais était un Kinko très rock n'roll. Mark Arm y bossa fut un temps, Tad idem. Tad était le gars qui avait pour tache de vous saluer quand vous arriviez, et qui prenait votre commande. Imaginez vous aller au Kinko et être accueillit par ce gros mec patibulaire!!!
Tad Doyle : J'ai bossé à Muzac fut un temps. Et pendant cette période, j'ai rencontré des gens de la scène locale. La musique était très importante pour moi – j'allais voir des groupes tous les jours de la semaine, et j'ai monté mon propre groupe après avoir été batteur dans H-Hour. J'étais juste fatigué d'être le premier arrivé, dernier parti à cause de tout cet équipement qui te suis quand tu es batteur. TAD a vu le jour à cause de ça, parce que ça me faisait chier de continuer la batterie. J'ai décidé de jouer de la guitare. Et petit à petit j'ai écrit des morceaux, et quelques mois plus tard j'ai enregistré le tout à Reciprocal avec Jack (Endino), en y passant tout mon fric. Les guitares, la batterie, les chants, la basse, tout par moi même – 3 morceaux – et j'ai emmené ça au boulot, à Muzac, ou on passait toutes sortes de musiques cools pour les gens. Et ils étaient là : « Qu'est ce que c'est que ce putain de morceau, c'est qui? ». Ils semblaient aimer ça. Et Bruce Pavitt est arrivé, et m'a demandé : « C'est génial, c'est qui? Le nouveau Butthole Surfers? ». Et là c'était parti. Bruce voulait sortir ça!!!
Tad, qui se rend vite compte que c'est beaucoup de taf que de tout faire tout seul, se met en quête de musiciens pour former un vrai groupe. Il fait appel d'abord à Kurt Danielson, ex Bundle Of Hiss.
Kurt Danielson : Autour de 1980, j'habitais dans une petite ville à une heure de Seattle, et je jouais de la basse dans ce qui fut mon premier groupe, Bundle Of Hiss. J'étais le principal membre. Notre batteur était vraiment bon – Dan Peters – qui finit par jouer pour Mudhoney. Autour de 1986-87, on faisait beaucoup de concerts avec Green River, Soundgarden, Skin Yard. H-Hour aussi. Tad c'était quelque chose à voir sur scène. Extraordinaire batteur – énorme présence physique. Puis Bundle Of Hiss a splitté.
Puis tous deux recrutent Gary Thorstensen (ex-Treeclimbers, le groupe de Jonathan Poneman) à la guitare et Steve Wied à la batterie, originellement dans Skin Yard... Pavitt, sous le charme, et Sub Pop, se chargent de sortir les premiers singles, avec une technique de vente douteuse mais efficace...
Art Chantry (dessinateur de nombreux posters, flyers et couvertures de disques pour les groupes de Seattle) : Tad était vraiment gros. Il était énorme. Ses grosses guitares ressemblaient à des jouets quand il les portait. Bruce (Pavitt) décida de faire de ce gars quelque chose de burlesque, et le fait que Tad avait été boucher fut un temps allait faire parti intégrante de la blague. Donc il essayait de créer un personnage pour Tad, qui était, soyons franc, insultant pour Tad. Tad détestait ça, mais il pensait : « Bruce est mon pôte, et il sort mon disque, je le laisse faire ce qu'il veut ». Quand il était sur scène, il y avait ce mec énorme, mais il ne semblait pas pesant. Il flottait juste, jouant cette énorme, heavy musique. Tout le monde pensait qu'ils allaient devenir « the next big thing ».
Le groupe rentre presque immédiatement en studio.
Tad Doyle : On a enregistré le premier album (God's Balls) à Reciprocal, avec Jack. Je pense qu'il n'y avait qu'un seul morceau qui n'était pas sur la même clé, et c'est quelque chose que Gary n'avait pas apprécié. « Tous ces morceaux sont en E, ils sonnent tous pareils ». On s'est bien marré – on a utilisé des scies à métaux, et des archets sur les cymbales...
TAD fait son bout de chemin, avec des albums à suivre de qualité, mais loupe le coche en 1991, surement parce que Tad et ses pôtes n'ont pas la gueule d'ange d'un Kurt Cobain ou d'un Vedder... Ils resteront une des plus grosses victimes des obligations marketing... Coté puissance musicale, rien à redire, mais la voix rauque du monsieur et son physique « ample » sont considérés comme pas vraiment à la mode. La vidéo de Woodgoblins sur l'album Salt Lick est délaissée par Mtv, qui considère TAD comme pas assez présentable pour passer dans Headbanger's Ball. La stratégie de vente de Sub Pop, qui fait passer Tad pour un ancien bucheron, n'aidant pas à casser cette image ruste du bonhomme...
La loose qui leur colle aux semelles achèvera de dynamiter la carrière du groupe. Pour l'album qui suit, 8 Way Santa, ils veulent utiliser un photo qu'ils ont déniché dans un vide grenier du coin. Manque de bol, la fille sur la photo, devenue born-again christian, se reconnaît, et demande l'arrêt de la distribution du disque...
Art Chantry : Le groupe allait sortir 8 Way Santa, la meilleure chose qu'ils aient jamais sorti. Le disque qui allait tout casser. J'ai eu cet appel de Kurt Danielson : « On travaille sur la pochette du disque. On veut utiliser cette photo qu'on a trouvé dans un album photo à ce vide grenier. On l'a acheté, donc il est à nous, donc on a le droit de l'utiliser, n'est ce pas? Et moi je leur ai dit : «Surtout ne le faite pas, n'utilisez pas cette putain de photo ». Et bien sûr ils ne m'ont pas écouté. Quelqu'un dans un magasin de disque a reconnu le mec sur la photo, et l'a contacté. C'était sa photo de mariage. Il l'a montré à son ex femme, et la merde est arrivée...
Rebelote pour le single Jack Pepsi. Cette fois c'est Bruce Pavitt qui fait la connerie :
Art Chantry : Au même moment, Bruce décide de promouvoir le single Jack Pepsi – une chanson qui raconte l'histoire d'un mec bourré qui conduit un énorme truck, et qui tue quelqu'un, un truc dans le genre. Bruce trouve que ce serait hilarant d'utiliser le logo de Pepsi Cola, et mettant le mot TAD dessus – enlever le mot Pepsi, et mettre à la place le mot TAD. Et quelqu'un a filé des copies du disque au siège de Pepsi. Ils ont écouté le single, regardé leur logo détourné, et intenté un procès à Sub Pop...
La promotion complète de 8 Way Santa est ruinée. TAD part en tournée, mais en promouvant du coup un disque qui n'est pas encore sorti, avec un single qui lui même est encore sur le bureau. C'est en quelque sorte le début de la fin pour TAD, qui signera par la suite sur deux majors, sans jamais pouvoir faire valoir dans de bonnes conditions sa musique. TAD splitte en 1998. Paraîtrait que traine dans quelque tiroirs fermés à triple tours un dernier album oublié, et dont de temps en temps on nous promet une sortie imminente... Un très bon DVD sur le groupe est sorti en 2008... Tad Doyle, qu'on a pu voir s'amuser au Crocodile Cafe avec ses potes de Soundgarden pour un TadGarden plus vrai que nature, est à fond désormais dans son nouveau groupe Brother Of The Sonic Cloth.

3 morceaux de TAD à découvrir dans la playlist Grooveshark à droite, ainsi que d'autres de Bundle Of Hiss et H-Hour 


On laissera le mot de la fin à Ben Rew, fidèle roadie de TAD : J'ai rencontré Tad au Vogue. J'ai vu ce gars s'enfiler une pinte de bière cul sec. Il est devenu sur le champ mon idole. J'ai commencé à passer des soirées et sortir avec lui comme ça. Je me souviens quand Tad a rencontré celui qui est devenu l'agent du groupe au Canada, James Mc Lean, TAD venait juste de jouer un gros show à Vancouver. Je les présente. James : "Je suis un gros fan". Tad : " BARRE TOI!". "Mais je suis un gros fan!". BOUGE!!!! Tad l'a poussé et s'est mis à dégueuler dans l'instant...Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

17/11/2010

Seattle Grunge's anecdotes : la loose de Green River en tournée

Green River, première tentative de fusion hard rock / punk sur Seattle au début des années 80. En tant que précurseur du genre, le groupe n'était pas toujours forcément bien accueilli pendant ses tournées nationales. Il faut dire qu'ils le cherchaient parfois un peu...

John Leighton Beezer (bassiste des Thrown Ups) : Je me rappelle être allé à leur premier show – aout 1984 – il y avait peut être 40 personnes dans la salle. Je pouvais pas croire ce que je voyais. Steve (Turner) parlait à cette époque, qu'ils essayaient d'avoir le son d'un avion au décollage, et c'était bien ça. C'était pas un mur du son, c'était un barrage de son.

Dale Crover (batteur des Melvins) : Deux trois gars chez Green River avaient des coupes à la Motley Crüe...

Mark Arm (guitariste chanteur de Green River et Mudhoney, batteur des Thown Ups) : Jeff était vraiment dans un gros trip à la Kiss. Au premier concert, Jeff est arrivé maquillé. Je me souviens Steve et moi pensant « C'est bizarre, d'où est ce que ça lui vient? » (rires). Je me rappelais vaguement Jeff évoquant la possibilité de se maquiller, mais je pensais qu'il déconnait. Je suis sûr que le fait que Landrew (Andy Wood) de Malfunkshun se maquillait a joué dans la décision de Jeff de faire pareil.

Tom Price (guitariste des U-Men) : Chaque fois que j'allais les voir jouer, il y a avait toujours des incidents, et forcément quelqu'un finissait par saigner. Ils saignaient beaucoup. Une fois, je vais les voir à la Central Tavern – j'avais fini mon taf tard. Mark se frittait toujours avec le public. Ils jouaient et j'essayais de me glisser à travers le public vers la scène. Juste au moment ou j'arrive au pied de la scène, la foule s'est écartée comme la mer Rouge – Mark avait une pinte de bière, et était en train de la lancer. Elle m'est arrivé directement sur ma tronche. J'avais pas vu venir : il m'avait juste douché de la tête aux pieds...

Mark Arm : Notre première tournée – on a joué à Détroit deux ou trois jours avant Halloween – pour the Big Halloween Punk Rock Show, avec Samhain, qui était le groupe de Glenn Danzig ex Misfits. Je me rappelle roulant dans Détroit, et on était comme : « Quel pied, Détroit, les Stooges, le MC5! ». On s'est mit une cassette des Stooges, on était prêt pour passer un bon moment ici. Mais au fur et à mesure qu'on rentrait dans la ville, on s'est aperçu que c'était pas forcément une bonne place pour nous. C'était une ville déchirée, brulée, pilonnée. On a finit par trouver un hôtel qui semblait assez sûr pour nous autres gamins de Seattle. Au petit dèj le lendemain matin, la serveuse avec son accent du Michigan nous demande : « Est ce que vous êtes gay les gars? Vous parlez comme des gays les gars! ». C'était une première indication de comment le show allait se passer pour nous la nuit suivante. Jeff s'était maquillé comme à son habitude, et portait un débardeur rose avec écrit San Francisco en brillant. Tous les mecs dans leur blousons de cuir étaient complètement livides quand ils nous ont vu monter sur scène. On s'est donné comme jamais à ce concert, mais les gens ne pouvaient tout simplement pas supporter comment on était fringué. Jeff en particulier. Il y avait une fille qui lui gueulait : « pédé, pédé! »

Jeff Ament (bassiste de Green River, Mother Love Bone, Pearl Jam) : A un moment, j'ai voulu lui foutre mon pied dans sa tronche, mais son mec était là, m'a choppé le pied, et m'a tiré dans la foule. Trois gars m'ont sauté dessus et ont commencé à me tabasser. Tout ce que je pouvais faire était de me protéger avec ma basse. Quand le mec de la sécurité est finalement venu pour repousser les trois gars, tous les gars du groupe étaient là à me regarder me faire botter le cul. J'étais un peu désappointé à ce moment précis. Je pensais : « Hmmm, mon groupe vient juste de me voir me faire botter le cul »...

Bruce Fairweather (guitariste de Green River, Mother Love Bone, bassiste de Love Battery) : Mark a sauté dans le foule, et je pense qu'Alex aussi. Stone et moi on s'est regardé et on a reculé, genre « Et merde, fait chier » (rires)

Mark Arm : J'avais déjà été trainé dans des publics mal lunés auparavant, comme quand on avait ouvert pour Black Flag et Saccharine Trust à Seattle. Jeff était toujours le premier à sauter dans le public pour m'aider à en sortir. Alors cette fois je me suis dis : « Ok, c'est à mon tour d'aider Jeff ». Donc j'ai sauté dans le public, et le seul truc que je me souviens, c'est que d'un coup on a été encerclé par un putain de groupe de mecs énormes à faire pâlir – prêts à nous tuer. Le seul truc qui nous a sauvé, c'est que le mec de la sécurité était un flic et qu'il avait un flingue. Après ça, dans les couloirs de la salle, des skinhead avec des tronches de chèvres nous tournaient autour (rires). Deux trois gamins sont venu nous parler : « On a compris ce que vous faites – vous mélangez les Stooges avec Alice Cooper. C'est génial ». mais pour la plupart des gens à Détroit en 1985, on n'était pas assez punk.


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Le split de Green River en 1988 a pour beaucoup marqué le début d'une rivalité au sein du mouvement de Seattle, en cristallisant les influences en apparences contradictoires du mouvement : hard rock et punk hardcore. Mark Arm rejoindra Steve Turner, 1er guitariste chez Green River pour former Mudhoney, un condensé explosif de punk garage qui servira de définition quelques mois plus tard au son grunge. Ament, Gossard et Fairweather, de leur coté, fonderont Mother Love Bone avec Andy Wood au chant, avant de monter les très lucratifs Pearl Jam en 1990... Green River s'est reformé en 2008 à l'occasion des 20 ans de Sub Pop...

Quelques morceaux à découvrir dans la playlist Grooveshark à droite... Faut chercher...