Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

24/12/2010

La pop lumineuse des Posies...

En dehors du fait que Jon Auer est le frère caché de Didier Bourdon et que Ken Stringfellow a finit par convoler en juste noce avec sa Fastback favorite Kim Warnick, que connait t'on vraiment des Posies? Un truc qu'on sait, c'est qu'ils ont toujours refusé de s'inscrire au sein du mouvement de Seattle... En même temps, qui parmi tous ces groupes n'a jamais cherché à se détourner de l'appellation d'origine non contrôlée « grunge »??? Il n'empèche : ils sont bels et bien de Seattle – Belligham exactement – et malheureusement pour eux, façon de dire, le groupe est né juste au bon moment juste au bon endroit. Les Posies, ce sont d'abord et essentiellement deux excellents songwriters. Amis d'enfance usant leurs fonds de culotte sur les mêmes bancs de l'école, ils prétextent la formation de plusieurs groupes pour toucher à tout : du métal au piano classique en passant par le punk rock, ce avant de tenter un mélange qui s'avèrera absolument pas hasardeux, et que Stringfellow qualifiera bêtement de « bonnes choses chipés dans tous ces précédents groupes – des bons morceaux, simplement »

Ken Stringfellow : Jon et moi étions ensemble au collège à Belligham. J'ai bougé à Seattle pour aller étudier à l'Université de Washington. Après ma première année à l'université, on s'est retrouvé. On avait vraiment les mêmes gouts musicaux. On était lassé des musiques délibérément « débiles » qui marchaient à Seattle à ce moment là. On se sentait plus d'affinités avec des songwriters habiles comme Squeeze, Elvis Costello ou XTC, avec des musiques qui avaient « du grain ». De la musique recherchée, intelligemment faite par des gens qui ont du métier, qui ont un large point de vue sur ce qu'ils font... Ce qui nous bottait, c'était de faire une musique mélodique et chaleureuse, ensoleillée. On s'est mit à écrire en série des morceaux arrangés, remplis de jeu de mots, de la musique pop en somme. Au début, ça n'était pas réfléchit, mais on s'est vite rendu compte que cette approche là nous distinguait vraiment des autres groupes. On voyait ça comme quelque chose de délibérément pas cool, ce qui paradoxalement le rendait cool pour nous.

Les Posies sont nés. Les deux potes enregistrent par eux même plusieurs morceaux chez le père de Jon, sur cassette. On est au début de l'année 1988.

Ken Stringfellow : Jon avait un studio chez lui – on a donc enregistré ce qui est devenu le premier album des Posies. Avec notre petit coté innocent, genre « on ne connait pas assez les règles du milieu pour être intimidés », on a distribué des cassettes dans les stations radios locales. Et parmi elles, une radio alternative, mais avec un coté un peu commercial : KJET. Ils passaient les Soul Asylum, les Replacements, Suzanne Vega, ce genre de choses. Pas vraiment de groupes locaux. On est arrivé avec la cassette en disant : « Hé les gars, ça vous dirait de passer notre musique sur votre radio ?». Un peu en leur léchant les bottes... « J'y jetterais une oreille »

Normalement, « y jeter une oreille » veut dire qu'ils vont la balancer à la poubelle. 4 ou 5 jours après, en écoutant cette radio, j'entends une de nos chansons. Et une heure après, je l'entend encore, puis encore une fois l'heure qui suit. Non seulement ils avaient décidé de la passer, mais ils la passaient tout le temps!

On avait trouvé notre voie. Mais le fait de l'avoir fait là ou d'autres groupes locaux n'y arrivaient pas, je pense que ça a été vu comme quelque chose de calculé de notre part. On n'était pas comme ça. Il a fallu quelques concerts pour que les gens se disent : « Ok, ils font quelque chose de différent de ce qu'on voit ici d'habitude. Ils ne sont pas totalement hors circuit musicalement, ils sont juste dans un trip légèrement différent.

Conrad Uno les signe sur son label PopLlama, qui est également celui des Young Fresh Fellows, de Flop, de certains Walkabouts et des premiers méfaits des Fastbacks (et accessoirement une des maisons de disques locales qui ont fait la renommée du Seattle Sound aux cotés de Sub Pop) et sort Failure, le premier album. Il semblerait même que Uno ait profité de la manne financière offerte par le succès de l'album pour s'offrir le "Egg Studio", un studio d'enregistrement tout neuf dans lequel les Mudhoney viendront mettre en boîte pour pas cher l'inégalé "Every Good Boy..."

Ken Stringfellow : Les Young Fresh Fellows ont été une sorte de modèle pour nous quand on débutait. Ils avaient sorti un disque sur un label indépendant, tourné partout dans le pays, et leur shows à Seattle étaient toujours excellents.

Les Posies sont vite repérés par les majors, et c'est naturellement qu'ils signent chez Geffen pour un deuxième album : Dear 23, absolument excellent. C'est le troisième essai, Frosting On The Beater, qui cassera la baraque. Que de merveilles pops, de solos lumineux : on touche à la perfection... Malheureusement, le succès ne dure pas, et après quelques autres disques, le groupe splitte en 1998. Stringfellow part en tournée avec REM, mais les deux amis ne se perdent jamais de vue, et décident d'un nouvel album en 2005. Blood/Candy, dernier album en date, est sorti courant 2010...

Ken Stringfellow : On a commencé ce groupe alors qu'on était des gamins. Et le fait de le dissoudre à un moment et de le reformer, on le voit plutôt comme quelque chose de sain. J'ai beaucoup appris tout au long de ma carrière, au niveau relationnel en général, et je peux dire que mon amitié avec Jon est quelque chose d'incassable. J'aurais jamais pensé que le groupe et notre collaboration puisse être fertile à ce point. Blood / Candy en est l'illustration actuelle.

Jon Auer : Le fond de notre amitié est une longue histoire, une histoire qui ne peut pas être effacée, quelque chose qui nous appartient à tous les deux. C'est ce qui fait de notre collaboration quelque chose d'unique. J'ai pas la sensation aujourd'hui qu'on ai été ensemble depuis si longtemps. Certains jours, j'ai même l'impression que c'est comme si on commençait. C'est un très bon signe.

video

video

En bonus le clip le plus kitch jamais vu sur ce blog, ainsi que Solar Sister revisité 20 ans après... Voir aussi dans la playlist Grooveshark The Posies...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire