Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

05/11/2010

Du Kyuss au Hellfest... et Pearl Jam au Mainsquare

Quelques mots sur le Hellfest 2010, et particulièrement la journée du dimanche et son pot pourri de groupes stoner et desert rock, intercalés entre Slayer, malsain à souhait, un Devin Townsend plus lourd que jamais et un Motorhead qui fait... du Motorhead... John Garcia, ex chanteur de Kyuss, y fait office de tête d'affiche, lui qui va reprendre sur tout un set les morceaux de son groupe d'origine... Kyuss, formation ultra culte née officiellement en 1989 au fin fond du désert californien, et composé de Josh Homme (guitare), John Garcia (chant), Nick Oliveri (basse), et Brant Bjork (batterie)... (suivront Scott Reeder à la basse, et Alfredo Hernandez à la batterie). Kyuss, tête de gondole de ce qu'on appellera plus tard le desert rock, co-organisateur des fameuses Generator Parties, concerts donnés au milieu du désert avec l'aide de groupes électrogènes, et futur modèle adulé de la horde stoner rock à venir... En 1995, après 4 albums, le groupe se sépare, Josh Homme part jouer avec les Screaming Trees pour la tournée qui suit la sortie de l'album Dust, Oliveri reprend du service chez les Dwarves, avant que tous deux partent fonder les très lucratifs mais néanmoins excellents Queens Of the Stone Age et le concept des Desert Sessions ou passeront pèle mêle les Dave Grolh, Mark Lanegan, ou Ben Shepherd...

Garcia Plays Kyuss donc, est de la partie pour ce dimanche au milieu des vignes nantaises, mais aussi, et c'est la cerise sur le gâteau, Brant Bjork et ses Bros, Nick Oliveri et Mondo Generator, et Alfredo Hernandez + Mario Lalli et les légendaires Yawning Man... Soit 4 des six membres du groupe, et 3 des membres d'origine... Ça promet quelques bons guests... Yawning Man nous balance son rock instrumental tout droit sorti du désert Mojave, c'est bien bon si on aime fumer des fleurs de cactus, pas de bol ici on est plutôt au muscadet... Concert bien sympathique cependant, à défaut d'être excitant. Mondo Generator nous envoie la purée sans concession... Du rock n'roll survitaminé au frontière du punk... Et la voix du bonhomme n'est pas là pour peaufiner la mélodie. Tout en puissance, on perd pas de temps, ça déménage!!! En sus quelques morceaux de QOTSA... Brant Bjork nous ressert ce qu'il fait de mieux depuis quelques années : du très bon rock 70's. Dixit l'excellent magazine Noise : un hard rock à la cool, un brin psyché, délicieusement groovy et blusy en diable. Efficace est le bon mot...

Quand à Garcia Plays Kyuss, concert ultra énergique pour une bonne masse de fans venus des 4 coins de l'Europe, et qui n'ont pas confondu avec Kiss, qui joue en même temps sur la grande scène. C'est heureux!!! 15 ans que ces morceaux n'avaient pas été joués live, on sent qu'il y a eu de la frustration durant toutes ces années, parce que bordel, c'est peu de dire que la tente Terrorizer est bien petite pour contenir la débauche d'énergie lachée au son des premières notes d'Asteroïd... Votre serviteur, 170 cm les bras levés, n'aura pas vu grand chose, mais aura bien profité de la frénésie ambiante, entre pogos endiablés autour, et slammeurs au dessus... Suivront un bon paquet de classiques, Freedom Run, Gardiena et Green Machine en tête, avec, on l'aura deviné, Oliveri et Bjork, la gueule fendue en deux d'une belle banane, pour se rappeler au bon souvenir du bon vieux temps... Au total, 1h20 d'un concert qui se terminera sous les huées d'un public qui ne loupera pas l'organisation, elle même fâchée de voir s'éterniser un set de retrouvailles entre Garcia, légende du stoner rock, et son public... Faut dire qu'il est pas loin d'une heure du mat', et que le Hellfest n'a pas le droit à l'erreur, la moindre faute ne sera pas pardonnée par le voisinage héhé... Hormis ce petit couac, chapeau bas à l'organisation parfaite de cette fête de l'enfer complètement bon enfant et respectueuse de tous... A noter que les Melvins sont d'ores et déjà programmés pour l'édition 2011!!!

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Deux semaines plus tard, rendez vous à Arras pour la sixième édition du Mainsquare Festival... Le Mainsquare... Y serait t'on venu si Pearl Jam n'en avait fait sa seule date française en 2010... A la vue du minimum syndical fourni par l'organisation, c'est sûr qu'on y retournera pas de sitôt... A moins qu'un improbable Soundgarden n'y apparaisse l'année prochaine... Qui sait?! Site original à défaut d'être sympathique, mais trop petit, voire minuscule face à l'affluence, bouffe sans choix et puante, et bordel, les verres consignés, personne leur a encore dit que ça existait!!! Résultat : un vrai dépotoir en fin de soirée...

Heureusement, coté programmation, c'est presque un sans faute. La fraicheur de Lilly Wood and The Prick, un duo franco français, fait plaisir à voir... Toute en pudeur, la chanteuse nous balance des petites merveilles pop rock aussi bonnes que celles de Julian Casablanca, le parolier des Strokes venu promouvoir son album solo... C'est bon, c'est sympa, mais le son est archi pourri, et le morveux est un peu puant... C'est pas avec cette attitude qu'on fera l'effort d'acheter son disque!!!! Phoenix, par contre, confirme tout le bien qu'on pensait d'eux : humilité et amour du public, et y'a pas à dire, le petit dernier Wolfrang Amadeus Mozart sonne excellemment bien en live... M fait du M, c'est à dire un vrai show, et le fait bien. Le bonhomme mérite le détour en live, c'est peu de le dire... Ben Harper assure avec Ressentless 7, on ne sera jamais déçu par ces éternelles revisites modernes du blues du Delta. Le temps de faire un tour d'un répertoire déjà étoffé, et agrémenté d'une reprise énergique du Heartbreaker de Led Zep, d'une autre du Under Pressure de Bowie (avec en guest l'apparition d'un Vedder qui nous laisse entrevoir l'ambiance pour le dernier concert de la soirée), et le set se termine par l'un des grands classiques du blues : un Red House époustouflant... Jusque là, on a pris son pied. Mais on attend surtout le clou du spectacle : Pearl Jam!!!

PEARL JAM. Le mythe. La légende. On ne peut pas dire que Pearl Jam ait jamais pris une grande ampleur en France, et c'est pas la presse musicale hexagonale qui dira le contraire, elle qui n'a jamais vraiment soutenu les 5 américains. Il n'en reste pas moins que le groupe y bénéficie d'une base de fans très solide, il suffit de regarder autour de soi pour comprendre que la majorité des gens ici sont venus pour eux... Y'a pas à chier, ce sera toujours un groupe qui suscitera la passion, par l'aura de son leader d'abord, la musique fédératrice du groupe ensuite, mais aussi par les symboles qu'il véhicule : intégrité sans faille, engagement politique, valeurs humaines... Et surtout, surtout, Pearl Jam représente tout à la fois le fondement et la synthèse de la grande aventure du rock alternatif américain, des débuts de certains de ses membres à l'aube des années 80 dans les bas fonds de Seattle, jusqu'à l'explosion Grunge, les désillusions des années 90, et l'entrée à l'aube des années 2000 dans le cercle très fermé des géants du rock (élu groupe du siècle par les lecteurs de USA Today en 2005...). C'est clair et net, certains sont venus pour le symbole, et donc, un peu, par nostalgie pour cette époque bénie...

Que dire d'un tel concert, sinon qu'il a respecté le vieil adage qui dit : « qu'on récolte ce que l'on sème » : Pearl Jam a toujours clairement pris soin de ses fans, en a toujours fait sa priorité. Pearl Jam aime profondément son public. Il est donc plus que logique que ce même public le lui rende au centuple... Si on pouvait évaluer l'intensité d'un concert au degré de communion d'un groupe et de son public, on dirait bien sûr que celui-ci fut extraordinaire... Surement pas plus, cependant, que celui qu'ils donneront dans deux jours, ni que celui qu'ils ont donné deux jours avant... Il se trouve seulement que Pearl Jam n'a plus rien à prouver, n'a plus de fans à conquérir. Ils sont conquis depuis belle lurette, et c'est peu de dire qu'il resteront à jamais fidèles... Quel pied ces mecs doivent prendre à partir en tournée!!! Il y a un tel respect et une telle ferveur autour d'eux. Pas un classique ou l'on entend pas la foule chanter en cœur... Et dieu sait si la discographie du groupe en contient, de classiques. On peut même parler d'hymnes, tellement tout ça est fédérateur.

C'est Unthought Known qui commence le set, et comme toujours, Vedder touche droit au cœur quand il s'agit d'interpréter des morceaux mi tempo qui montent en puissance progressivement... Il transporte... Got Some est taillé pour le live, et décidément un excellent morceau. Given To Fly se termine tout en puissance. La musique de Pearl Jam est belle, tout simplement, parce qu'elle magnifie ensemble Tristesse et Joie... et cette voix d'écorché vif y est pour quelque chose... Une marque de fabrique... La valse des classiques State Of Love And Trust, Corduroy, Even Flow, Porch déchaine le public... Just Breathe ne déroge pas à la tradition des chansons tout en douceur, souvent par ailleurs les plus touchantes. Of The Earth, morceau inédit, et Elderly Woman terminent la première partie... Début du deuxième set : Ben Harper à la slide apporte le petit plus qui va bien à Red Mosquito, et on est tout simplement heureux de voir le plaisir qu'ont ces 6 là à jouer ensemble. Le rock, c'est avant tout un sens du partage, et Pearl Jam sait le faire plus que nul autre : Ben Harper est entouré d'attention par les 5 autres, à commencer par Vedder, qui chantera assis pour mieux accompagner son invité. Mc Cready arbore un T-shirt Ressentless 7, et les gestes qu'il envoie aux trois compères de Ben Harper ne cachent rien du respect qu'il souhaite leur donner. Pearl Jam est un rêve de groupe rock, respectueux au possible, chaleureux envers tous, public, musiciens, entourage... Complètement humain. Un exemple. Jeremy, un Black extraordinaire, The Fixer et un Alive fédérateur prennent la suite, pour un show très marqué par Ten. Rarement vu un public aussi réceptif... Yellow Ledbetter et Baba O' Riley terminent un set de folie. Trop court...

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Pearl Jam, total respect... Quel groupe!!! Quelle performance scénique!!! C'est bô... Après ça, on peut arrêter de courir les concerts... On a vu Le groupe rock par excellence, on a touché l'Essence du Rock, on a entendu la Quintessence du Rock. Suffit pas que la musique soit bonne, elle doit nous faire passer par toutes les états possibles du Bonheur : quiétude, joie, beauté, chaleur, tristesse, amour, nostalgie, don de soi, humanité, douceur, énergie... Beaucoup de groupes savent nous emporter dans l'un ou l'autre, rares sont ceux qui peuvent nous emmener en l'espace d'1h30 dans tous à la fois... Pearl Jam est de ceux là, c'est ce qui fait que ce groupe est unique et adulé... Pas de doute, Pearl Jam mérite son succès, l'amour de ses fans, le respect de ses pairs musiciens... Ces 5 là sont juste des gars bien!!!




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