Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

26/03/2011

Soundgarden : Led Zeppelin moderne???


J'peux vous dire un truc??? ... Soundgarden c'est mon péché mignon... Ok ok, Pearl Jam c'est énorme et franchement si vous me demandiez lequel des deux a ma préférence, je saurais pas le dire moi même. Mais chez Soundgarden y'a une telle puissance!!! Dieu sait s'il en est sorti depuis, chez les stoners métalleux, des riffs de la mort à en faire perdre son dentier à ta grand mère... Mais la différence avec Soundgarden, c'est que la puissance n'est pas seulement dans le son en lui même, mais dans ce que ça dégage, quelque chose de quasi spirituel, de quasi mystique. Tenez : un morceau comme Nothing To Say par exemple : son énorme, riff surpuissant, hyper lent, monolythique... Et cette voix. Holy Fuck!!! Sortie du tréfond du néant... Si on voulait donner une bande son pour représenter au mieux ce que serait Dieu, la vacuité, l'Eternel, l'Absolu, pas de doute pour moi ce serait du Soundgarden... Comme un truc que t'as l'impression que c'est tellement gigantesque, un truc tellement infiniment grand que ça fait te rendre compte de ton infinie petitesse. Soundgarden c'est en soi une expérience chamanique, aussi lourd que les tables de la Loi (c'était de la caillasse bordel), aussi perçant que le trident de Shiva, aussi destructeur que le regard de Padmashambava... Voyez ce que j'veux dire ou bien? Soundgarden, c'est l'au delà de la Puissance, un truc pas descriptible. Quelque chose d'à peine imaginable. Démentiel. Transcendant. Quand Jack Endino parle de l'enregistrement du single Hunted Down / Nothing To Say dans Hype, il n'en revient pas lui même, et pour cause!!! On touche à la folie pure... Un grand nombre des premiers morceaux du groupe ont ce feeling extraordinaire. Beyond The Wheel, Hunted Down, Entering, Flower, et tant d'autres. Bon, on va s'arrêter là, mais regardez le petit dernier, Black Rain : c'est totalement du même acabit, et je dois vous avouer que la vidéo de ce single, ben c'est bien trouvé : ça correspond vraiment à ce que dégage le morceau...

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Un autre groupe qui est capable de jouer sur ce terrain de l'expérience mystique, ben c'est Led Zeppelin... Bordel, écoutez moi Houses Of The Holy (en même temps il porte bien son nom cet album là!!!). Moi perso ça me fait tripper grave... Et c'est d'ailleurs marrant parce que Soundgarden a souvent été prit à ses débuts, et même après, comme un suiveur de Led Zep...

Matt Vaughan (manager de Gruntruck) : J'étais chez un pote dans Capitol Hill, et il s'était mit ce disque, Screaming Life. J'ai écouté ça pendant 30 minutes, en me disant que c'était le meilleur bootleg de Led Zep que j'avais jamais entendu - j'avais pas idée que c'était un groupe de Seattle. Puis on est allé les voir - c'était frénétique. Ils étaient sans conteste le groupe le plus heavy à Seattle.

Jeff Gilbert (journaliste pour Guitar Part et The Rocket et employé de Sub Pop) : J'ai vu Soundgarden sur scène 50, 60 fois peut être, et il y avait des soirs ou ce n'était pas juste un simple concert - c'était une expérience biblique. Quand tu sors de ça et que tout ton corps bourdonne... C'était ça la première fois que je les ai vu. J'ai pensé : Bordel de Dieu, comment ces 4 gars arrivent à avoir un son pareil? C'était comme une nouvelle version de Led Zeppelin. Juste ce son insensé, surpuissant. Mais ils faisaient quelque chose de si différent, sombre par ailleurs - mais pas diabolique (rires)

Stu Hallerman (ingénieur du son de Soundgarden et proprio des studios Avast) : Kim n'aimait pas les groupes comme Led Zeppelin, et Hiro n'aimait vraiment pas tout ce qui venait du rock quand il était ado. Tout le monde à cette époque disait : "Oh, ça fait pas de doute que ces gars copient à fond Led Zep", mais quelle que soit la ressemblance, c'était naturel - c'était juste la façon dont ils utilisaient leurs guitares et hurlaient. C'était une coïncidence plus que tout autre chose. Je pense qu'on a tous aimé Led Zep à un moment donné, mais ce n'était pas une influence directe pour eux.

Rod Moody (chanteur de Deranged Diction et Swallow) : J'avais vu un des tout premiers shows de Soundgarden. Chris Cornell a souvent dit que Led Zeppelin n'avait pas d'effets sur lui, mais ils avaient joué ce soir là 3 morceaux de Led Zep coup sur coup.

John Leighton Beezer (leader des Thrown Ups) : Ils ont sorti ce morceau, Incessant Mace, qui était plus ou moins du copié collé de Dazed and Confused de Led Zeppelin. Et pas seulement un peu. Mais j'étais sur le cul : c'était un morceau de 12 minutes, heavier than shit - "Led Zep ne joue pas dans les petits clubs (rires). Putain de Dieu, c'est un plagiat, mais... qu'est ce qu'ils sont bons!!!"

Scotty Crane (propriétaire des studios SoundHouse) : Quand j'écoute les premiers enregistrements de Soundgarden, je suis encore plein d'admiration. Quel groupe extraordinaire. J'étais tellement blasé de Led Zeppelin parce que je les avais entendu tellement de fois à la radio. Mais quand je réécoute Led Zep, même sans y avoir touché pendant 5 ans, j'ai toujours la même réaction : "Oh mon Dieu!, c'est vraiment un groupe extraordinaire". Comme un miracle : il y avait une alchimie entre ces 4 là. Et quand je pense à certains morceaux de Soundgarden, j'ai le même sentiment. Le tout est plus grand que la somme des parties...



Beyond The Wheel live. Titanesque!!! Nothing To Say en écoute dans la playlist Grooveshark

19/03/2011

Truly : un pas vers le post grunge...

Truly est un peu un cas à part... Arrivé avec une chouille de retard sur l'horaire du train pour pouvoir profiter un minimum des retombées nirvanesques, mais parti avec un temps d'avance sur tout le monde pour ce qui est de faire évoluer le style... Pas loin d'être totalement méconnu aujourd'hui, le son du groupe évolue cependant dans le très haut du tableau de ce qu'a pu fournir la scène de Seattle au monde du rock. Truly, c'est un peu la dream team du grunge : on tient là un ancien Soundgarden : Hiro Yamamoto à la basse. Un ancien Screaming Trees : Mark Pickerel à la batterie. Le tout dirigé par un ancien rien du tout qui toutefois avait été pressenti pour prendre la seconde guitare chez Nirvana du temps que sieur Cobain cherchait un quatrième larron pour étoffer son mur du son (en lieu et place de l'illustre "looser" Jason Everman qui s'y était collé, sans grand succès). Robert Roth, qu'il s'appelle, le gars. Robert Roth est ce qu'on peut appeler un songwriter de génie, le genre de gars qui te pond des morceaux extras sans avoir la moindre impression de se faire mal au cul. Le seul petit problème de Robert Roth, comme de ses deux comparses, c'est qu'il est trop gentil, trop "pas assez", trop "mec sans problème", trop monsieur tout le monde pour pouvoir prétendre à une certaine notoriété... Que voulez vous, aujourd'hui comme en 1990, il faut du scandale, de la drogue, des mecs qui montrent leur cul, des filles qui montrent leurs nichons, des chambres d'hôtels dévastées pour être pris un minimum au sérieux. Robert il est pas comme ça...

C'est en attendant la réponse des Nirvana que Robert Roth rencontre Mark Pickerel, tout juste sorti des Trees pour cause d'évitement de tournées à rallonge. Mark est un gars qui aime bien son petit chez soi. Allez taper ses futs à l'autre bout du monde, c'est pas son trip...

Van Conner (après la sortie de Uncle Anesthesia) : Mark voulait rester à la maison. On avait une offre d'une major, donc on a décidé d'enregistrer le disque. Puis Mark décida encore une fois qu'il ne voulait plus tourner. On voulait tous quitter le groupe à ce moment - mais il a été le seul assez courageux pour le faire.

Mark Pickerel : La demande autour des Screaming Trees a vraiment augmenté quand on a signé chez Sony. C'était désormais une grosse machine, avec du monde qui bossait pour nous. Et l'attente de ces gens n'était pas en adéquation avec la vision qu'on avait. J'étais moi même pas près à assurer le nombre de concerts à venir. J'ai rencontré ce gars, Robert Roth, depuis devenu un ami, qui avait écrit des morceaux, et qui m'a demandé si j'étais près à les développer avec lui dans l'idée de les sortir sur disque. J'ai entendu les morceaux, et je les ai trouvé très bons. Ils avaient les mêmes qualités que ceux des Screaming Trees.

Les deux amis enregistrent une première démo pour Sub Pop, et un premier Ep en septembre 1990 (qui ne sortira que vers la fin de l'année suivante). Un mois plus tard, ils ouvrent pour The Jesus Lizard, et font forte impression sur le public de Seattle. Le premier bassiste, Chris Quinn assure à ce moment la basse. Mais quitte bientôt le navire.

Robert Roth : Chris et moi on avait du mal à bosser ensemble - je suis plus un gars qui fonctionne à l'intuition, lui est plus studieux. Je voulais faire de Truly un Television (groupe new yorkais de la fin 70's très novateur à l'époque) du NorthWest. Chris insistait pour passer à la guitare, ce qui signifiait qu'on avait besoin d'un nouveau bassiste. Mark a donc appelé Hiro.

Hiro Yamamoto, ex bassiste fondateur de Soundgarden, est à l'époque dégouté de la musique. La rencontre des trois a lieu dans les bureaux de Sub Pop, et tous s'accordent immédiatement sur le fait que Truly est en train de créer un son plus sophistiqué que ce qui se faisait à Seattle à l'époque, que c'est excitant, mais aussi qu'ils veulent faire les choses par eux même, et jouer et tourner parce qu'ils en ont envie, pas seulement parce qu'il le faut. C'est une déclaration d'indépendance.

Hiro Yamamoto : J'ai été en dehors de la scène musicale pour un moment - je voulais juste ne plus jouer. J'étais fatigué de ça. Mark m'a appelé, en me disant "Je joue avec ce gars, et on cherche un bassiste". J'ai dis : "Bon ok, je vais y jeter un oeil". J'avais pas joué depuis deux ans. J'ai écouté, et j'ai trouvé ça vraiment cool. J'ai toujours adoré le jeu de Mark. Il semblait à ce moment là que reprendre la basse était la bonne chose à faire.

Robert Roth : Quand Jonathan Poneman a écouté notre travail, il a tout de suite décidé de nous signer et de sortir quelque chose. L'idée de Truly était d'être "post-grunge". Ca a été notre intention depuis le premier jour, d'emmener le débat ailleurs...

Une apparition sur la BO de Singles avortée, et un trop habituel retour sur parole de Sub Pop feront que le groupe ne sortira son premier album qu'en 1995, et sur Capitol Records. Ils ont déjà gagné la bataille auprès du public de Seattle, mais la sortie de Fast Stories... From Kid Coma, un album pour le moins extraordinaire, finit de clore le débat. L'album est d'une telle densité...

Robert Roth : Je me souviens Kurt (Cobain) avoir dit qu'il allait en parler à Gary Gersh (qui signera Truly sur Capitol peu de temps après). C'était vraiment excitant, parce que nous avions totale liberté à Capitol. On avait plus de liberté chez Capitol que chez Sub Pop, et avec ça le contrôle artistique. Ils nous ont dit : "Prenez l'enveloppe et faites ce que vous voulez avec. Ne vous préoccupez pas des singles, ne cherchez pas à faire des hits avant le troisième ou le quatrième album. On veut faire de vous un groupe à album comme Pink Floyd ou Led Zeppelin. Nous on était là : "Vous êtes sûr?" (...) J'ai vraiment le sentiment que Fast Stories... est un vrai album, dans le sens ou ce n'est pas seulement une collection de chansons mises ensemble. En bossant dessus, dans notre tête, c'est comme si on était en train de faire un film.

Hiro Yamamoto : Certains morceaux de Fast Stories m'ont mis sur le cul quand je les ai écouté. C'est pour ça que je fais de la musique - pour entendre ça. L'album suivant, Feeling You Up, est beaucoup plus pop. C'était notre envie. Je me souviens avoir dit à Robert : "N'essayons pas de rester dans le trip psychédélique. Arrêtons les morceaux de 6 ou 10 mn".

Robert Roth : Je pense qu'on a poussé la musique de Seattle beaucoup plus loin. J'ai su par certaines sources qu'on avait été une influence pour Radiohead.

Le groupe splitte en 1998, mais s'est reformé en 2008 pour une série de concerts. La preuve en image plus bas. Robert Roth sortira en 2004 un album solo encensé par la critique, tout en collaborant avec le poète punk Jim Carroll (mort en 2009. Le film Basketball Diaries, dont la BO reprend des morceaux de Soundgarden, Pearl Jam et The Posies, est basé sur son autobiographie) pour un Ep et quelques concerts sold out. Un titre de Fast Stories + un de Feeling You Up dans la playlist Grooveshark à droite... Truly fait parti de ces groupes qui se révèlent au bout d'écoutes répétées... Persevérez, vous ne le regretterez pas!!!!!!

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: Avec le concours du bouquin qu'est en photo là...

18/03/2011

Seattle Grunge's Anecdotes : Remember Kurt - Cobain par ses pôtes...


Kim Warnick (des Fastbacks...) : Il était resté fut un temps à notre appartement - je vivais avec Suzie Tennant à l'époque. Kurt n'avait pas de logement à l'époque, il vivait dans sa voiture. Quand ils jouaient en ville, ça finissait toujours en fiesta inopinées à la maison. Un des plus grands souvenirs que j'ai de Kurt, c'est un jour qu'on était tous à tuer le temps, et moi et lui dansant sur "Come On Get Happy" de Partridge Family (une série américaine des années 70). On s'était pété la gueule et dans notre chute, on avait embarqué la stéréo.

Van Conner (des Screaming Trees...) : Dylan Carlson et moi avions l'habitude de se faire des sorties ensemble. Donc parfois il arrivait qu'on sorte tous les trois, avec Kurt. On allait simplement s'en jeter quelques unes. Un soir à une fiesta pas loin du Moore Theater, Kurt avait décidé de me sauter sur le dos. Les gars un peu petits, je sais pas pour quelle raison, ils ont toujours aimé me sauter dessus. Je me souviens lui s'agrippant, et moi courant le plus vite que je pouvais pour l'éclater contre un mur. Je l'ai broyé comme ça au moins 4 fois. Un psychotique - il ne voulait pas lâcher l'affaire. La cinquième fut la bonne, il a finit par s'écrabouiller sur le sol!!!

Jerry Cantrell (d'Alice In Chains...) : Je pense que Layne et lui sortaient ensemble de temps en temps - à un moment donné. Je pense que Layne était vraiment inspiré par lui.

Mark Pickerel (des Screaming Trees et de Truly...) : Probablement le seul gars qui m'ait embrassé sur les lèvres que je n'ai pas claqué.

Ben Shepherd (de Soundgarden) : Ils aiment dire qu'il avait du charisme. Bullshit. Il n'en avait pas - il était juste Kurt, et c'était sa plus grande qualité. Il était juste Kurt. Je l'ai rencontré à Olympia, je pense pas qu'il avait commencé Nirvana à l'époque. Je l'ai rencontré à une soirée - on était tous les deux assis au bout d'un canapé, et je lui ai dit un truc du genre : "T'es comme moi, tu finis toujours à cet endroit dans les soirées". Et il m'a dit : "Yep". Tout le monde faisait la fète, et nous on était assit là, "loners" au fond d'un canapé. Heureusement y'avait une guitare. On a fumé quelques clopes et papoté là tout avachis...

Photos : Kurt avec Mark Lanegan et Dylan Carlson + Kurt avec Mark Arm et Matt Lukin. Photos piquées chez http://site.thegrungescene.com

Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

15/03/2011

Alice In Chains en deuil : mort de Mike Starr

Nouvelle de la semaine, balancée par Sly : Mike Starr, premier bassiste d'Alice In Chains, a donc trouvé la mort il y a quelques jours, après deux décennies d'oubli total. Il était de toute évidence l'archétype du gars bouffé par la pseudo gloire, écrasé par un star system qui fait passer en deux secondes de l'état d'illustre anonyme à celui de star du rock. Qui n'est pas préparé à ça le regrette généralement amèrement. C'est en perçant avec Alice In Chains que Starr a commencé à toucher à la petite poupoudre, comme d'autres l'ont fait depuis 25 ans au sein de la scène de Seattle : Andrew Wood, Kurt Cobain bien sûr, Layne Staley, Mark Arm qui a su s'en tirer, ou Mike Mc Cready. Et bien d'autres.

Starr n'était à priori pas le plus futé des musiciens de Seattle. Il aimait d'abord s'amuser, mais il n'était définitivement pas le meilleur musicien du coin, juste un gars qui jouait de la basse en s'en tirant pas trop mal... Mike Inez est surement bien meilleur. Ses copains d'Alice In Chains ont comptés rapidement faire leur vie sans lui, car il avait depuis le commencement de l'aventure, eu bien du mal à gérer le succès soudain, l'argent qui coule à flot, et la drogue.

Ben Rew (roadie de TAD) : Le groupe voulait le virer quand ils ont été signé, mais le label leur a conseillé de le garder, parce qu'il avait le physique de l'emploi et que ça passait bien. Pauvre Mike, ça aurait été beaucoup mieux pour sa santé s'ils l'avaient viré à ce moment là...

Sean Kinney : En janvier 1993, on a fait deux dates sur deux festivals au Brésil. Tout le monde était là bas : L7, les Red Hot... Ça a été un moment un peu "aigre doux", parce que Mike Starr était sur le départ - c'est le dernier show qu'on a fait avec lui. C'était un des plus gros show qu'on ai jamais joué - surement 100000 personnes. On était mal, parce qu'il partait. Je connaissais ce gars depuis... lui et moi étions dans des garages bands depuis... qu'on a 11 ans... C'était un triste moment.

Doit y'avoir carrément un village pour anciens musiciens de Seattle là haut, pas possible autrement...

04/03/2011

Riot Grrrl!!!!!!!!!!!!!!!

D'une sub culture locale devenu phénomène de foire international, sortira, ne l'oublions pas, une "sub-sub culture" féminine et féministe, qui, 20 ans après, continue de forcer l'admiration non seulement des filles, mais aussi des garçons, moi le premier : Riot Grrrl!!! Si la première (de sub culture) a prit naissance autour de Seattle, c'est à Olympia que la seconde voit le jour... en réaction à l'ambiance prédominante du moment, testostéronée et machisante. Si la première n'a pas de conscience politique clairement affichée, l'activisme est la raison d'être de la seconde.

On associe très fréquemment, et pas souvent à raison, le Riot Grrrl Movement à des groupes de filles (pourvu qu'il y en ai au moins une) tels L7, Hole, Babes In Toyland, 7 Year Bitch ou The Gits, mais c'est réellement autour de Bikini Kill et Bratmobile, deux groupes d'Olympia, qu'il y a à chercher les prémices et l'essence du mouvement : un esprit révolutionnaire et revendicatif.

Allison Wolfe (chanteuse de Bratmobile) : Au lycée, j'avais eu un incident. Je sortais avec un mec qui était une vraie blague à lui tout seul - blouson de cuir et tout le reste. Il avait deux ans de plus que moi. Quand j'étais avec lui, il me contrôlait vraiment - j'avais pas réalisé au début, parce que j'avais jamais vraiment eu de boy friend avant. Au fil du temps, progressivement, il ne voulait plus que je sorte avec ma frangine et mes amis, surtout quand lui ne pouvait pas venir. Donc un jour j'ai cassé avec lui. Ma sœur et quelques amis étaient là, à l'étage. Il m'a physiquement agressé - il m'a prit par le col, m'a plaqué contre le mur en me criant dessus. Il a perdu les pédales, il a prit une casserole et, en partant, l'a jeté dans la pièce - il y avait un gros trou dans le mur. C'était dingue comme situation, et ça m'a rendu folle. C'était dur pour moi, parce que j'ai grandi dans un environnement violent - mes parents se battaient beaucoup. Quelque chose a fait tilt en moi ce jour là. Quelque chose devait changer - je devais me bouger pour ça. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à fréquenter la scène alternative d'Olympia.

Kathleen Hanna (chanteuse de Bikini Kill) : Je me souviens avoir croisé Tobi Vail dans le coin, et pensé qu'elle était vraiment cool, et je voulais vraiment la rencontrer. C'est arrivé à un concert de Fugazi (combo new yorkais mené par Ian Mc Kay, fer de lance du hardcore américain, dont on reparlera très certainement un de ces jours sur ce blog) à Seattle. J'avais jamais vu Fugazi avant. J'avais prévu d'y aller avec une amie qui, à l'époque, était dans Fizt Of Depression. Mais une fois sur place, on ne s'est pas trouvé. J'avais pas de ticket et c'était sold out - j'étais trop stupide. Tobi était déjà à l'intérieur - elle m'a choppé le bras et m'a entrainé dans la salle. Puis elle a disparu. j'ai vu Fugazi, et vraiment c'est le truc le plus dingue que j'ai vu de toute ma vie. Ils ont joué "Suggestion" et moi je me disais "La vache - des mecs qui parlent de sexisme. C'est dingue!"
Ce WE là, Kathy Acker, dont je devais assurer la première partie de ses lectures publiques, m'avait incité à arrêter la poésie et les lectures et à démarrer un groupe si je voulais vraiment que les gens entendent ce que j'avais à dire. Donc je suis revenu à la maison et j'ai commencé Viva Knievel. Une fois, en tournée, j'ai écrit une lettre à Tobi au sujet de son fanzine (Jigsaw), en lui demandant si je pouvais écrire dedans. Et elle a dit oui. J'ai commencé à interviewer toutes les filles que je rencontrais en tournée - leur demandant ce que ça leur faisait d'être une femme dans un groupe. J'ai envoyé les interviews à Tobi, et en retour, elle m'a répondu me demandant si ça me dirait de monter un groupe avec elle...

C'est le début de l'aventure Bikini Kill. Le groupe, soutenu par Calvin Johnson, cherche d'entrée à inciter le filles à venir aux concerts, et carrément près de la scène! Elles revendiquent clairement et outrageusement une place pour les filles, et pas celle du pauvre.

Kathleen Hanna : Pour Olympia, c'était vraiment une époque excitante, parce que beaucoup d'entre nous étaient jeunes et idéalistes. On était vraiment excité d'être dans un groupe féministe. Une grosse partie de la mission qu'on se donnait était de se faire connaître pour inspirer d'autres filles à se mettre à la musique, parce que, personnellement, on voulait une scène. Une des choses que le grunge nous a apporté, c'est qu'il nous a montré qu'il pouvait y avoir une grosse scène musicale rien qu'à l'endroit ou on vivait. On n'était pas vraiment parti prenante dans la scène dite grunge - c'était surtout une scène de mecs. Il y avait définitivement beaucoup de sexisme. En dehors de Kim des Fastbacks, c'était le désert coté filles. On voulait juste notre propre scène. On voulait plus de filles aux concerts, plus de filles à jouer dans des groupes.

Allison Wolfe : Après le lycée, je suis parti un an en Thailande dans le cadre d'un échange étudiant. Je suis revenu juste avant l'été 1989. c'était comme un nouveau départ pour moi. J'ai commencé à fréquenter pas mal les concerts punk. Et je me suis mis à écouter Beat Happening. J'étais vraiment intéressé par l'idée de faire sa propre musique dans son propre appartement pour soi même et ses amis. C'est comme ça que j'ai rencontré Kathleen Hanna, dans le bus beaucoup, et à certains concerts - j'étais vraiment intrigué par elle. Un jour je l'ai vu jouer au Reko avec Viva Knievel. Elle chantait, et elle était tellement puissante - elle semblait taré sur scène. Et aussi, le même été, j'ai vu Calamity Jane. L'un comme l'autre ont vraiment fait grosse impression sur moi. L'année d'après, à l'Université, j'ai rencontré Molly (Neuman, future batteuse de Bratmobile), et au bout d'un moment, on ne s'est plus quitté. On s'est vraiment influencées toutes les deux. Et la combinaison politique + musique DIY qui était en vigueur à Olympia nous excitait beaucoup, et l'idée de faire notre propre truc est venue. On sortait pas mal avec Calvin (Johnson) et de fait, aussi avec Tobi et Kathleen. Ils nous ont beaucoup influencés. Et de fil en aiguille, on prenait confiance dans l'idée qu'on pouvait se lancer aussi. Molly a commencé à prendre des leçons de guitare, de mon coté j'écrivais des poèmes, et on a commencé à dire aux gens qu'on était un groupe. On a pensé qu'on était des chipies (brat) et qu'on voulait être mobile, donc on s'est appelé Bratmobile.

Kathleen Hanna : On s'entendait vraiment bien avec ce groupe, Nation Of Ulysses. On a tourné avec elles, et comme elles vivaient à Washington DC, on a finit par s'installer là bas pendant deux années. Quand nous étions là bas, entre deux tournées je me faisait chier, et moi et mes amis Allison et Sharon Cheslow parlions beaucoup de la condition de la femme, de féminisme. On a décidé d'organiser un meeting. Molly et Allison étaient de Bratmobile, et elles avaient un fanzine appelé Riot Grrrl. Le meeting a commencé, et bon, c'était rien d'autre qu'une réunion a propos de la conscience féministe - dans la scène punk. Je sais pas comment, on a parlé de nous dans la presse. Et alors pleins d'autres filles dans le pays ont commencé à organiser des meetings. D'un seul coup, de la même manière que la presse avait appelé grunge "grunge", elle s'est mise à appelé les Riot Grrl "Riot Grrrl"

Allison Wolfe : Tobi Vail utilisait souvent le terme "Angry Girl". Elle avait une amie, Jen Smith, qui était de DC, et qui avait pas mal d'idées. Elle nous avait parlé d'une révolte (riot) qui avait eu lieu dans une banlieue de Washington DC où vivait une grosse majorité de la communauté punk du coin : Mount Pleasant. Il y avait là bas aussi une grosse minorité d'origine salvadorienne, et cette population là était vraiment oppressée par la police et les lois anti-immigration. Je pense que c'était en 1991, il y avait eu une fusillade là bas, et un salvadorien avait été tué par un flic dans la rue. Les gens étaient révoltés, et ils avaient brulé des bâtiments. Ça avait fait une grosse impression sur les gens qui vivaient là, et en particulier sur la communauté punk. cette fille parlait beaucoup de ça : de révolte, d'insurrection, et un jour elle nous a sorti : "Je pense qu'on a aussi besoin d'une insurrection de filles (riot girl). C'est comme ça qu'est arrivé cette expression, Riot Grrrl. Cet été là, on s'est mit à l'utiliser pour des fanzines et des meetings.

Tinuviel (co-fondatrice du Kill Rock Stars Label et organisatrice de concerts à Olympia) : J'étais à Olympia à l'époque. Je me souviens Kathleen, Tobi et Allison revenant avec des tonnes d'informations qu'elles avaient collectés pendant l'été sur le sujet (rires). Et à ce moment là, ça a juste explosé.

Perso je trouve ça vraiment intéressant de voir comment tout un chacun, des mademoiselles tout le monde pour ce qui concerne les Riot Grrrl, rien qu'avec un rien de volonté, une touche d'idéalisme, et une conviction profonde, peut arriver à se faire entendre. Chapeau bas les Riot Grrrl!!! Du Bikini Kill et du Bratmobile dans la playlist Grooveshark à droite : faut vraiment écouter ça, c'est moins connu que Hole ou L7, mais certainement tout aussi bon. Quelques vidéos choppées sur le net en sus... PS : rien à voir, mais Sly vient de mettre en ligne un super petit docu sur les Melvins en français s'il vous plait, sur le blog Seattle Sound...

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Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato