Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

04/03/2011

Riot Grrrl!!!!!!!!!!!!!!!

D'une sub culture locale devenu phénomène de foire international, sortira, ne l'oublions pas, une "sub-sub culture" féminine et féministe, qui, 20 ans après, continue de forcer l'admiration non seulement des filles, mais aussi des garçons, moi le premier : Riot Grrrl!!! Si la première (de sub culture) a prit naissance autour de Seattle, c'est à Olympia que la seconde voit le jour... en réaction à l'ambiance prédominante du moment, testostéronée et machisante. Si la première n'a pas de conscience politique clairement affichée, l'activisme est la raison d'être de la seconde.

On associe très fréquemment, et pas souvent à raison, le Riot Grrrl Movement à des groupes de filles (pourvu qu'il y en ai au moins une) tels L7, Hole, Babes In Toyland, 7 Year Bitch ou The Gits, mais c'est réellement autour de Bikini Kill et Bratmobile, deux groupes d'Olympia, qu'il y a à chercher les prémices et l'essence du mouvement : un esprit révolutionnaire et revendicatif.

Allison Wolfe (chanteuse de Bratmobile) : Au lycée, j'avais eu un incident. Je sortais avec un mec qui était une vraie blague à lui tout seul - blouson de cuir et tout le reste. Il avait deux ans de plus que moi. Quand j'étais avec lui, il me contrôlait vraiment - j'avais pas réalisé au début, parce que j'avais jamais vraiment eu de boy friend avant. Au fil du temps, progressivement, il ne voulait plus que je sorte avec ma frangine et mes amis, surtout quand lui ne pouvait pas venir. Donc un jour j'ai cassé avec lui. Ma sœur et quelques amis étaient là, à l'étage. Il m'a physiquement agressé - il m'a prit par le col, m'a plaqué contre le mur en me criant dessus. Il a perdu les pédales, il a prit une casserole et, en partant, l'a jeté dans la pièce - il y avait un gros trou dans le mur. C'était dingue comme situation, et ça m'a rendu folle. C'était dur pour moi, parce que j'ai grandi dans un environnement violent - mes parents se battaient beaucoup. Quelque chose a fait tilt en moi ce jour là. Quelque chose devait changer - je devais me bouger pour ça. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à fréquenter la scène alternative d'Olympia.

Kathleen Hanna (chanteuse de Bikini Kill) : Je me souviens avoir croisé Tobi Vail dans le coin, et pensé qu'elle était vraiment cool, et je voulais vraiment la rencontrer. C'est arrivé à un concert de Fugazi (combo new yorkais mené par Ian Mc Kay, fer de lance du hardcore américain, dont on reparlera très certainement un de ces jours sur ce blog) à Seattle. J'avais jamais vu Fugazi avant. J'avais prévu d'y aller avec une amie qui, à l'époque, était dans Fizt Of Depression. Mais une fois sur place, on ne s'est pas trouvé. J'avais pas de ticket et c'était sold out - j'étais trop stupide. Tobi était déjà à l'intérieur - elle m'a choppé le bras et m'a entrainé dans la salle. Puis elle a disparu. j'ai vu Fugazi, et vraiment c'est le truc le plus dingue que j'ai vu de toute ma vie. Ils ont joué "Suggestion" et moi je me disais "La vache - des mecs qui parlent de sexisme. C'est dingue!"
Ce WE là, Kathy Acker, dont je devais assurer la première partie de ses lectures publiques, m'avait incité à arrêter la poésie et les lectures et à démarrer un groupe si je voulais vraiment que les gens entendent ce que j'avais à dire. Donc je suis revenu à la maison et j'ai commencé Viva Knievel. Une fois, en tournée, j'ai écrit une lettre à Tobi au sujet de son fanzine (Jigsaw), en lui demandant si je pouvais écrire dedans. Et elle a dit oui. J'ai commencé à interviewer toutes les filles que je rencontrais en tournée - leur demandant ce que ça leur faisait d'être une femme dans un groupe. J'ai envoyé les interviews à Tobi, et en retour, elle m'a répondu me demandant si ça me dirait de monter un groupe avec elle...

C'est le début de l'aventure Bikini Kill. Le groupe, soutenu par Calvin Johnson, cherche d'entrée à inciter le filles à venir aux concerts, et carrément près de la scène! Elles revendiquent clairement et outrageusement une place pour les filles, et pas celle du pauvre.

Kathleen Hanna : Pour Olympia, c'était vraiment une époque excitante, parce que beaucoup d'entre nous étaient jeunes et idéalistes. On était vraiment excité d'être dans un groupe féministe. Une grosse partie de la mission qu'on se donnait était de se faire connaître pour inspirer d'autres filles à se mettre à la musique, parce que, personnellement, on voulait une scène. Une des choses que le grunge nous a apporté, c'est qu'il nous a montré qu'il pouvait y avoir une grosse scène musicale rien qu'à l'endroit ou on vivait. On n'était pas vraiment parti prenante dans la scène dite grunge - c'était surtout une scène de mecs. Il y avait définitivement beaucoup de sexisme. En dehors de Kim des Fastbacks, c'était le désert coté filles. On voulait juste notre propre scène. On voulait plus de filles aux concerts, plus de filles à jouer dans des groupes.

Allison Wolfe : Après le lycée, je suis parti un an en Thailande dans le cadre d'un échange étudiant. Je suis revenu juste avant l'été 1989. c'était comme un nouveau départ pour moi. J'ai commencé à fréquenter pas mal les concerts punk. Et je me suis mis à écouter Beat Happening. J'étais vraiment intéressé par l'idée de faire sa propre musique dans son propre appartement pour soi même et ses amis. C'est comme ça que j'ai rencontré Kathleen Hanna, dans le bus beaucoup, et à certains concerts - j'étais vraiment intrigué par elle. Un jour je l'ai vu jouer au Reko avec Viva Knievel. Elle chantait, et elle était tellement puissante - elle semblait taré sur scène. Et aussi, le même été, j'ai vu Calamity Jane. L'un comme l'autre ont vraiment fait grosse impression sur moi. L'année d'après, à l'Université, j'ai rencontré Molly (Neuman, future batteuse de Bratmobile), et au bout d'un moment, on ne s'est plus quitté. On s'est vraiment influencées toutes les deux. Et la combinaison politique + musique DIY qui était en vigueur à Olympia nous excitait beaucoup, et l'idée de faire notre propre truc est venue. On sortait pas mal avec Calvin (Johnson) et de fait, aussi avec Tobi et Kathleen. Ils nous ont beaucoup influencés. Et de fil en aiguille, on prenait confiance dans l'idée qu'on pouvait se lancer aussi. Molly a commencé à prendre des leçons de guitare, de mon coté j'écrivais des poèmes, et on a commencé à dire aux gens qu'on était un groupe. On a pensé qu'on était des chipies (brat) et qu'on voulait être mobile, donc on s'est appelé Bratmobile.

Kathleen Hanna : On s'entendait vraiment bien avec ce groupe, Nation Of Ulysses. On a tourné avec elles, et comme elles vivaient à Washington DC, on a finit par s'installer là bas pendant deux années. Quand nous étions là bas, entre deux tournées je me faisait chier, et moi et mes amis Allison et Sharon Cheslow parlions beaucoup de la condition de la femme, de féminisme. On a décidé d'organiser un meeting. Molly et Allison étaient de Bratmobile, et elles avaient un fanzine appelé Riot Grrrl. Le meeting a commencé, et bon, c'était rien d'autre qu'une réunion a propos de la conscience féministe - dans la scène punk. Je sais pas comment, on a parlé de nous dans la presse. Et alors pleins d'autres filles dans le pays ont commencé à organiser des meetings. D'un seul coup, de la même manière que la presse avait appelé grunge "grunge", elle s'est mise à appelé les Riot Grrl "Riot Grrrl"

Allison Wolfe : Tobi Vail utilisait souvent le terme "Angry Girl". Elle avait une amie, Jen Smith, qui était de DC, et qui avait pas mal d'idées. Elle nous avait parlé d'une révolte (riot) qui avait eu lieu dans une banlieue de Washington DC où vivait une grosse majorité de la communauté punk du coin : Mount Pleasant. Il y avait là bas aussi une grosse minorité d'origine salvadorienne, et cette population là était vraiment oppressée par la police et les lois anti-immigration. Je pense que c'était en 1991, il y avait eu une fusillade là bas, et un salvadorien avait été tué par un flic dans la rue. Les gens étaient révoltés, et ils avaient brulé des bâtiments. Ça avait fait une grosse impression sur les gens qui vivaient là, et en particulier sur la communauté punk. cette fille parlait beaucoup de ça : de révolte, d'insurrection, et un jour elle nous a sorti : "Je pense qu'on a aussi besoin d'une insurrection de filles (riot girl). C'est comme ça qu'est arrivé cette expression, Riot Grrrl. Cet été là, on s'est mit à l'utiliser pour des fanzines et des meetings.

Tinuviel (co-fondatrice du Kill Rock Stars Label et organisatrice de concerts à Olympia) : J'étais à Olympia à l'époque. Je me souviens Kathleen, Tobi et Allison revenant avec des tonnes d'informations qu'elles avaient collectés pendant l'été sur le sujet (rires). Et à ce moment là, ça a juste explosé.

Perso je trouve ça vraiment intéressant de voir comment tout un chacun, des mademoiselles tout le monde pour ce qui concerne les Riot Grrrl, rien qu'avec un rien de volonté, une touche d'idéalisme, et une conviction profonde, peut arriver à se faire entendre. Chapeau bas les Riot Grrrl!!! Du Bikini Kill et du Bratmobile dans la playlist Grooveshark à droite : faut vraiment écouter ça, c'est moins connu que Hole ou L7, mais certainement tout aussi bon. Quelques vidéos choppées sur le net en sus... PS : rien à voir, mais Sly vient de mettre en ligne un super petit docu sur les Melvins en français s'il vous plait, sur le blog Seattle Sound...

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Sources tirées de "Grunge Is Dead" de Greg Prato

1 commentaire:

  1. En passant, Nation of Ulysses avait cinq membres, tous masculins. Ça m'a fait sourire de lire Ian Svenonius en tant que femme, mais ce n'est pas tout à fait le cas.

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