Seattle est au rock n'roll ce que Bethléem est au christianisme.
Spin Magazine (1992)

On a besoin qu'il arrive à nouveau quelque chose comme ça - pour changer la face de la musique. Tout de suite!
Mike Inez (Alice In Chains)

22/01/2011

La controverse Pearl Jam à la loupe...

Après le split de Green River, conséquence inéluctable à certains souhaits d'orientations musicales non partagés, Jeff Ament et Stone Gossard partent fonder avec Andrew Wood le fameux Mother Love Bone, alors que Arm rejoint Steve Turner pour une revisite moderne du garage 60's : Mudhoney... Deux conceptions de la musique complètement à l'opposé l'une de l'autre : les premiers ne se cachent pas de chercher à devenir des stars du rock, les seconds ont en horreur l'idée même de notoriété... Il va sans dire que la rancœur s'installe entre les deux partis... Lorsque Pearl Jam apparait en 1990, ce n'est donc pas sans ricanements qu'ils sont accueillis à Seattle. Mudhoney, tête de pont de la scène locale, leur taille un costard. De là partira réellement l'idée toujours répandue que Pearl Jam est un vendu du mouvement, qui a sauté dans le train en marche. Ce qu'on ne sait pas forcément, c'est que les membres de Mudhoney et de Pearl Jam se sont rabibochés doucement, et la rancœur entre les uns et les autres est plus ou moins retombée au fil des mois. Et ce grâce à qui??? Dites moi donc!!! Eddie Vedder bien sûr!!!

Chris Cuffaro, un des photographes qui mitraillait la scène de Seattle au début des années 90, trainait un jour avec Eddie Vedder. Ayant rendez vous pour une séance photo chez Steve Turner, guitariste de Mudhoney, il invite Eddie à le suivre. "Pas possible, je veux pas y aller" lui répond un Eddie décomposé, bien au courant qu'il était des soucis communs des Mudhoney avec ses potes Stone et Jeff. "Arrêtes tes conneries et monte dans la caisse" lui rétorque Cuffaro.

Eddie cède, et quand ils arrivent chez Turner, Cuffaro fait les présentations - "Salut les gars, voici Eddie" - mais en négligeant de mentionner qui il était vraiment, afin de faire se rencontrer les uns et les autres de la manière la plus neutre possible. Après avoir passé l'après midi à parler musique et philosophie avec Eddie, Turner et Dan Peters prennent Cuffaro à part : "Redis nous qui est ce gars déjà???". Voulant lâcher la bombe le plus nonchalamment possible, Cuffaro prend quelques secondes pour répondre : "Eddie? C'est le chanteur de Pearl Jam". "Pas possible" répond Turner. "Nom de Dieu" lâche Peters un peu déconcerté. "Il est vraiment sympa!!!". Tous ont finit par partager une bonne bouffe ensemble, échangeant leur numéros de téléphone et faisant des plans pour se croiser à nouveau. "D'un seul coup, ils étaient devenus les meilleurs amis du monde" dira Cuffaro...

Cependant, le mal est fait, et sera amplifié au centuple par un Kurt Cobain, artiste underground dans l'âme rongé par le succès, et en quête d'une reconnaissance sub-culturelle. Pearl Jam trainera des années cette réputation d'opportuniste, non sans se défendre.

John Leighton Beezer (leader des Thrown Ups, et vieil ami de Arm et Turner) : Vers la fin des années 90, j'avais planifié un voyage à Hawaï, et j'avais entendu dire que Mudhoney allait ouvrir pour Pearl Jam juste quand j'y serais. J'ai appelé Mark et lui ai demandé : "Est ce qu'on pourra se voir là bas?" Et il a dit "Bien sûr". Donc grâce à ça j'ai eu mes entrées dans l'entourage de Pearl Jam. J'ai passé un couple de jours à Hawaï à vivre "the Pearl Jam life". Et finalement je suis parti de là en pensant "Je suis le pire des idiots. Comment ai je pu me foutre à ce point de leur gueule ?" Si tu te posais backstage et jetais un œil à l'équipe, il y avait juste un océan de gens adorables. C'est pas facile d'admettre ça. Rira bien qui rira le dernier, dit-on : ils ont eu le dernier mot. Ils ont été vraiment bienveillants avec moi - je me foutais de leur tronche à l'époque, et ils le savaient, probablement. Et finalement, l'imbécile, c'était moi!!!

Jeff Ament : Je jouais du punk quand Kurt allait encore voir les concerts de Sammy Hagar (un des gars de Van Halen, un groupe de hard rock dans le plus pur sens du terme). Cette histoire m'a vraiment fait chier, parce que je connaissais Krist (Novoselic) à ce moment, et je pensais qu'il y avait comme une sorte de connexion. Mais après tout ça, il y a eu une réelle séparation entre nous. Deux camps se sont formés quand Green River a splitté, et ces gars (Nirvana) était de Sub Pop, et étaient de bons amis de Mark (Arm)...

Mark Arm : Avant qu'on tourne avec et Pearl Jam et Nirvana, on pensait que Pearl Jam était plus enclin à s'accoquiner avec l'industrie musicale, et Nirvana prêt à s'accrocher à ses racines underground. Je connais Jeff depuis qu'il est un "hardcore kid" et s'occupe de fanzines, et il a fait plus dans le milieu hardcore que n'importe lequel des gars de Nirvana. Mais après le split de Green River, lui et Stone n'avaient aucun problème à dire : "On veut percer dans le business de la musique. On veut jouer de la musique pour le reste de notre vie". C'était une notion tellement ridicule pour moi. Donc, après notre expérience à ouvrir pour Nirvana, qui avait vraiment été pourrie, on a pensé : "Si tourner avec Nirvana c'est ça, alors imagine ce que c'est de tourner avec Pearl Jam". On y est quand même allé, parce que c'était juste deux dates. Ça nous a retourné le cerveau. Tout le monde - des techniciens au groupe lui même et à leur management - était super cool. Ils avaient Eric Johnson - qui est un mec super - qui s'occupait de l'organisation de la tournée. Leur manager, Kelly Curtis, était vraiment chouette avec nous. On entend tellement d'histoires cauchemardesques sur les groupes de première partie qui se font traiter comme de la merde sur des grosses tournées de ce genre... Les ingénieurs du son aussi, ont travaillé avec nous et nous ont vraiment aidé. Tout le monde avançait dans le même sens. Le groupe faisait face à l'énorme hype du moment avec ses propres moyens, et s'en sortait plutôt bien. Ça a été pour nous un changement spectaculaire par rapport à ce qu'on avait vécu avec Nirvana juste quelques semaines avant...

Jeff Ament : On a beaucoup appris de ce qu'on a fait ensemble - Steve, Mark, moi et Stone. La raison pour laquelle on a joué ensemble dans Green River était qu'on avait des idées similaires, et qu'on venait vraiment tous de cette mentalité "do it yourself". Quand on était dans Green River, on a joué avec énormément de groupes - je me rappelle avoir joué avec Black Flag, et Henry Rollins (le chanteur de Black Flag) avait sa propre dressing room. Avec Public Image (Public Image Limited, le second groupe de Johnny Rotten, chanteur des Sex Pistols) aussi, et ces gars avaient des bouteilles de Bordeaux à 200$ pièce. On savait tous, à l'époque, qu'on ne ferait jamais ça. On ne traiterait jamais les autres groupes comme de la merde, comme ces groupes nous avaient traités comme de la merde. On prenait ça vraiment à cœur. A la surface des choses, les gens ont pu penser qu'on était juste des carriéristes réunis pour former un groupe, mais ce n'était pas du tout ça. On voulait juste jouer de la musique et être créatifs, et nous pousser mutuellement pour être toujours meilleurs. On prenait ça vraiment au sérieux. Et probablement tellement sérieusement à un moment donné que ça ne l'a pas fait du tout avec Mark et Steve. Je voulais pas travailler dans un putain de restaurant pour le reste de ma vie. Je voulais pas avoir 40 ans et trainer mon amertume en faisant la tournée des bars, en parlant du bon vieux temps...

On l'a déjà dit, mais Green River s'est reformé pour les 20 ans de Sub Pop. Z'ont plutôt l'air en forme les vieux!!!

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